‹ Manuel d'une mère chrétienne: ou, Nouvelles lectures chrétiennes en forme d'instructionsChapitre 13 sur 29 · PROPRE DES SAINTS · texte numérisé non relu

PROPRE DES SAINTS

POUR LA FÊTE DE SAINT ANDRÉ, ifôm

( 3o ooTcmbre. } ÉPITRE.

Sàmt Paul aux Rom, , cb. X , t. lo.

JVlis fièret, il faut croire de cœar pour obtenir la {ustîce, et confcMer sa foi par ses paroles pour obtenir le salut. C'est pourquoi l'Écriture dit : Tous ceux qui croient en lui ne seront point confondus dans ieur eipéraihe». Il n'y a point en cela de distinction entre les Juifs et les CrettS»; mais tous n*ont qu'un mâme Seigneur, qui rëpand ses ricbfcses sur tous oeak qai HuToquent : car tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur seront sauvés. Mais comment l'invoqueront -ils, s'iU ne croient point en lui f Et comment croiront-ils en lui, s'ils n'en ont point cntendo parler f Et comment en entendront-ils parier» si personne ne leur prftchet Et comment les frédUm» ieum leur prècheront-îls « s'ils ne sont envoyés F selon ce qui est écrit : Que les pieds de ceux qui annoncent Tévangile de paix sont beaux , de oeux qui annoncent les vrais bieps. Mais tons n'obéissent pas ft l'ivangile. C'est oe qui a fait dire i Isaîe s Seigneur, qui a cru oe qu'il nous a ont prftcher f La foi donc vient de ce qu'on a ou!» jmtm fiM U paiole de léMM-Christ • Mé frêchéê* Mais ne l'oot-ils pas déjà eoteodnet Oui , eertts s leur voix a retenti par toute la terre , et leur parole t^êgêfmU tnUndre jusqu'aux exttémîiés du mondf •

Ditx cho66$ «ont donc oéce89aSr09 au salut ; c'e»t d'abord dt croire ce q[ue Dieu ft révélé à sod

i56 uinmucTioiis svi ixê épîtris

ÉçUse f notamment les mystères de la Trinité , de rincamation et de la Rédemption. « Tous ceux qui croient ces saintes et auf^ustes yérités , dit TÉcriture 5 ne seront point confondus dans leur espérance. > Cependant il ne suffit pas de les croire ; il faut encore f quand cela est nécessaire , avoir le courage de confesser sa foi par ses paroles. Un chrétien qui croirait , et qui^ au moment où il doit rendre compte de sa foi , n'aurait pas la force de la confesser, ressemblerait à un soldat qui saurait bien se revêtir de ses armes , mais qui , au moment du combat^ n'aurait pas le courage de s'en servir et prendrait la fuite.

Au reste 5 s'il est nécessaire d'être toujoius prêt à confesser sa foi , même au péril de sa vie ^ à plus forte raison ne doit-on pas en rougir, et lui refuser un aveu public devant ceux qui en sont les détracteurs. Il y a , ce me semble , bien plus de motif à une véritable honte, à être ou même à paraître irreligieux, qu'à professer le contraire; careiifin la religion est un frein au vice , un encouragement aux mœurs et à la vertu, et il n^y a pas grand motif à se glorifier d'avoir secoué ce frein , ou de se soucier peu des moyens qui contribuent à nous arrêter dans la pente naturelle que nous avons à satisfaire nos passions.

Au moyen de la foi toute distinction s'efface entre les honnoes ; dès qu'ils ont la foi en Jésus- Christ, touslui appartiennent ; tous sont les héritiers

e Dieu et les cohéritiers du Sauveur (1), pourvu

(0 nom, VIII. 17.

tT LBS BTÀNGIIKS. iS^

quMU souffrent avec lui , afin d'être glorifiés avec lui. t II n'y a plus ni juifs » ni grecs , ni infidèles, ni gentils ; il n'y a plus que des frères et des membres de la même Église» ayant tous droit au même héritage et à la même espérance ; car Dieu ne fait acception de personne (i), et répand également ses richesses sur tous ceux qui l'invoquent. »

La foi f dit le même apôtre , vient de ce qu'on a oui dire (a) ; elle appartient aux choses qui ne paraissent pas (5) , c'est-à-dire qui ne tombent point sous les sens , ni ne peuvent être conçues par la raison. En effet , les objets de la foi étant des vérités surnaturelles et au-dessus de la conception humaine, on tenterait en vain de les comprendre I, et on ne peut en être instruit que parée qu'on les entend dire et qu'elles ont été révélées, c'est-à-dire connues par inspiration divine. Par exemple , les hommes peuvent bien , au moyen de leur seule raison , parvenir à la connaissance de Dieu , ou d'un premier auteur de toutes choses , parce que des œuvres de la création il est naturel de remonter jusqu'au Créateur. Mais comment l'homme aurait-il pu parvenir à ta connaissance d^un Dieu en trois personnes , qui pourtant ne font qu'un seul Dieu , et de l'une de ces personnes se dévouant poifr les péchés du monde , si tout cela ne lui était enseigné ? Ces objets sont d'un ordre supérieur à nos faibles lumières; et c'est à la bonté seule de Dieu que nous en devoir»

(0 Colot. , m. aS. (3) B^rcux, XI. i.

^) Bmd»»X. 17-

la eonnaissance. Jésus-Chrisl , après que tous ces

nAystères avaient été présentés aux patriarches

comme à traders un Toîle , est vena les annoncer

plus manifestement. Il a confirmé par des mi-

racles ees vérités, et le témoignage qu'il leur a

rendu. Il les a fait répandre dans tout Tnnivers par

des hommes qu*U a choisis lui-même 9 à qui il a

dohné le don de faire des prodiges, et qui ont scellé

de leur sang ce testament nouveau. Leur voix a

retenti par toute la terre, et leur parole s^est fait

entendre jusqu'à l'extrémité du monde. Enfin

l'Évangile une fois établi a passé successivement

de génération en génération par l'enseignement,

«t , malgré le laps des siècles qui l'ont éloigné de

sa source, il se trouve, par une prérogative qui

n'appartient à aucune institution humaine , aussi

pur qu'il l'était à sa première origine.

Qu'avons-nous donc à faire, nous autres simples fidèles , sinon d'être fermes dans notre croyance , et de modeler notre foi sur celle de nos pasteurs unis à rÉglise ? Dieu ne demande de nous ni examen ni discussion, mais seulement de la soumission , et une obéissance entière à cette mère commune. A cette foi simple joignons les œuvres; soyons bons , charitables , miséricordieux ; aimons nos frères et servons-les. Abstenons-nous de toute action mauvaise ou déshonnéle , et soyons persuadés que, moyennant cette conduite, Dieu aura pitié de nous , et ne permettra pas que nous nous égarions. Ce ne sont pas les hautes connaissances qui sauvent : il est possible qu'il y ait plus de science

KT LES ivÂffCILES. iSg

du salut dans Thumble villageois que dans le philosophe orgueffîeux qui mesure la distance des astres , et se vante d^avoir dérobé à Tauteur des mûudes le seeret de la création (i).

ÉVANGILE

Saint Matthieu, ch. IV» v. i8.

iiin ce tempg-lâ , limu marclMiit le long de la mer de Galilée y ▼it deux firèrei» Simon, appeië Pierre, et André son frère» qui jetaient leun filets dans la mer^ car ils étaient pécheurs » et il leur dît : Suirez-moi y et je tous ferai pêcheurs d*hommes. Aussitôt ils quittèrent leurs filets et le suivirent. De là s'avançant, il vit dans nne antre barque deux autres frères , Jacquet» fils de Zébédée , et Jean son frère » a? ec leur père Zébédée» qui raccommodaient lenrs filets; et il les ap|>ela. En même temps ils quittèrent leurs filets et leur père , et ils le suif ireot.

Nors avons vu que Simon, Pierre et André , étaietit les premiers que Jésus avait appelés à Taposlolat; presque aussitôt il leur adjoignit Jacques et Jean , (ils de Zébédée , et ensuite plusieurs autres 5 la plupart pécheurs de profession , ou d*une condition qui, n'étant guère plus relevée, ne supposait ni une éducation soignée, ni des études assez parfaites pour qu'on pût par la suite attribuer à leurs talens les succès qu'ils pourraient obtenir. C'est avec ces faibles moyens cependant que commence le gtand ouvrage de la propagation de cei évangile qui s'est répandu dans le monde entier , qui a changé la face de l'univers , qui a civilisé les peuples sauvages , arraché des nations où les arts étaient cultivés aux ténèbres et aux

(i) Imitation , Ut. I. ch. U. s.

r6a lAstEvcTioifs sri lés ipîiBÊS

erreurs du paganisme 9 et porté uoe lumière noixvelle dans tooles les contrées du monde. Ainm s^est Térifié dans touDs son étendue le mot de 1*A« pôtre (1) 9 < que Dieu a choisi ceux qui étaient vils et méprisables aux yeux des hommes pour confondre ceux qui étaient forts aux yeux du monde. » Ainsi encore s'est justifiée la comparaison que fait Jésus du royaume du ciel avee le grain de sénevé (2) , lequel , bien qu'il soit la plus petite de toutes les graines lorsqu'on la sème, monte si haut après q^'on Ta semée., qu'elle devient plus grande que toutes les autres plantes , et pousse de grandes branche» ; ensorte que les oiseaux peuvent se mettre à couvert sons son ombre.

N'y eut-il que les étonnans progrès d'une doc^ trine qui , loin de flatter les passions humaines , les condamne et cherche à les enchaîner , cela seul serait un miracle suffisant pour prouver que l'établissement de l'Évangile ne peut ètr^ l'ouvrage des hommes ^ mais qu'il est naanifestement Peffet de la volonté divine » l'œuvre d'un pouvoir surnaturel 5 et le résultat d'une protection toute puissante qui veille à sa conservation , le défend des attaques de ses ennemis , le préserve des innovations , et ne laisse point , selon la promesse de Jésu»> iChrist 9 prévaloir contre lui l'enfer, si intéressé à sa destruction. Qui ^ à moins d'être dépourvu de sens , pourra jamais croire que Jésus , s'il n^eût été qu'un hoûgfime y que Jésus , dis- je , qui ^ dans cette supposition , né dans une condition obscure^

(^) L CoriBtb.» I. aS. (a) VtajK. , IV. 3i,

IT I.E8 ÉVÀNCILE8. l6l

n^avait ni richesses ^ oi crédit, ni puissance, aidé de quelques honunes du peuple sans talens et sans étude 9 eût pu parvenir à opérer un aussi grand changement ^ et à fonder une religion nouvelle , non-seulement en accord parfait avec ce qui se trouvait prédit dans les plus anciens livres du monde , mais encore assise sur des fondemens sî solides, qu^elle dure depuis plus de 1800 ans, et se soutient avec le même éclat ? En pesant ces conr sidérations, quelque penchant que Ton ait à douter, il n'est guère possible de leur refuser son assen-' timent, et on est forcé de s^écrier comme autrefois les magiciens de Pharaon à Taspect des miracles de Moïse : c Certainement , c'est le doigt de Dieu c qui agit ici • (1)*

Ce qu'il y avait d'éclairé parmi les Juifs sentait bien la force de ce raisonnement; et Gamaliel, l'un de leurs docteurs , l'employa en faveur dès apôtres dans l'un des conseils de la synagogue (2). Après avoir rapporté l'histoire d'un nommé Théodas, et d'un Galiléen nommé Juda, qui, ayant voulu chacun établir une nouvelle secte, avaient péri dans cette entreprise , et dont les dicîples s'étaient aussitôt dissipés , il conseilla de ne point persécuter les disciples de Jésus; « car, ajoute-t-ily ou ce dessein et cette œuvre viennent des hommes , et elle se détruira ; mais si eUe vient de Dieu , vous ne sauriez la détruire. »

Non -seulement ce dessein et Oette œuvre ne sont point détruits après une si longue suite d'an-

0) Exod. , VIII. 19. (a) Actes » V. 89.

i6a tssTBrCTtoirft stri lcs iptrats

nées ; mais, au contraire, la reli§;ion chrétienne a continué de s'étendre; elle a résisté à la persécu^ tion et aux attaques des faux docteurs qui ont voulu en altérer les dogmes. Elle a triomphé de tous les obstacles. Conéiuans donc, si le raisonnement de Gamaliel a quelque solidité , que cette religion est rœuvre de Dieu, et qu^elle serait depuis longtemps anéantie, si elle n'était que Touvrage des hommes.

Le même évangile nous offre un autre point d'instruction. Nous y voyons les apôtres répondre au premier appel de Jésus. Suivez-moi , leur ditil, et aussitôt ils quittent tout. Ils laissent leurs filets , ils ne font aucune représentation. C'est ainsi que nous devons obéir à la voix de Dieu. Quand il nous parle , répondons-lui , obéissons aussitôt. S'il est si^eu de conversions, si tant de personnes ,' vertueuses par caractère , religieuses au fond du cœur, ne font pas plus de progrès dans la voie du salut, c'est qu'elles ne repondent pas au cri intérieur qui les appelle; c'est qu'elles croient pouvoir différer ; c'est que des attachemens d'habitude , une honte mai entendue peut-être, les retiennent. Qu'elles fassent comme les premiers disciples de Jésus : qu'elles abandonnent leurs filets, c'est-à-dire les fausses considérations qui les arrêtent encor e> et les suivent; c'est là que sont le repos et les consolations. Apprenons encore de l'exemple de ces disciples à quitter tout pour nos devoirs. La voix du devoir , de quelque nature qu'elle soit , est la voix de Dieu. Quand cette voix parle^ celle des plaisirs , celle des

tr LES ÉVAXCILBS. l65

passions surloat, toute autre voix, doivent être réduites au silence.

fori u jovi DE LA CONCEPTION DE LA SAINTE VIERGE.

(8 décembre. ) ÉPITRE.

Genèse, ch. ni, r, 9.

xL n ces joan-!à , le Seîgnear Dieu appela Adam , et loi dit : Ou èten-voas ? Il lui répondit : J'ai entendu Totre Tmx dana le paradis; et ayant eii peur parce que j'étais nu» je me suis caché. Le Seigneur lui repartit : Et d'où tous est venoe cette pensée que vous étiez nu , sinon de ce que tous avez miogé du Fruit de l'arbre dont je vous avais défendu de manger f Adam lui répondit : C'est la femme que voas m'avez àoamèe pour compagne qui m'a présenté do fmtt de cet arbre » et j'eo aï mangé. Le Seigneur Dieu dit à la femme : Pourquoi avezvous fait cette faute 7 Elle lui répondit : Le serpent m'a trompée; et i'ayaiU cru, j'ai mangé de ce fruit. Alors le Seigneur dit au serpent : Parce que tu as fait cela, tu sens maudit entre tons les ammaox et tontes lea b£tes de la terre. Ta rampera sur le ventre , et tu mangeras la terre tous les jours de ta vie. Je n»eltrai une inimitié entre toi et la femme , entre sa postéi-ité^et la tienne. Elle te bridera la tête , et tn tâcheras de la mordre par le talon.

Adam nous offre Texemple du premier coupable^ de la première transgression ^ des effets que fait le crime sur ceux qui le Commettent, et des suites malheureuses qu*il ne manque jamais d'avoir pour eux. Il désobéit à Dieu : aussitôt la erainte et la honte s'emparent delui. Tranquille auparavant y

i64 IK^TRVCtïONS 8«B LES ÛfÎTKKS

heureux de son innocence, il attendait avec impatience que Dieu, qui daignait alors commuoiq^uer quelquefois avec Thomme , parût dans le jardin. Il aspirait après cette faveur; il en sentait tout le prix. Dès qu'il a cessé d'élre innocent, il craint, il se cache , il essaie de se dérober à l'œil de celui qui voit tout, qui sait tout , et qui pénètre les plus secrètes pensées du cœur > mais Dieu sait bien le trouver.

Il en est ainsi de tout homme coupable. Le pre-' fiaier sentiment qui se fait éprouver, c'est la honte, et bientôt elle est suivie du remords. N'y eût-il que cette peine attachée aux fautes , ne pcrdtt-on avec son innocence que sa tranquillité , que cette heureuse paix du cœur sans laquelle il n'y a ni plaisir ni bonheur, ne serait-on pas déjà bte» cruellemeRt . puni? et ne serait-ee pa» acheter tropr cher que^ ques momeâs de la prétendue satisfaction qu'on éprouve en cédant à ses passiot^^ ? itlais on n'en est point quitte pour cela ; tm yùwe vient oh Dieu exercé »a justice, et où â demande au coupable, comme autrefois à Adam r « Oh étes-vous ? » Que lui répondre ? lui dira-t-on : J'ai craint et je me suis caché parce que j'étais nu. Le coupable est nu en effet : Il est nu de vertus, de mérite , de bonnes œuvres ; il est pauvre de fout ce qui plaif à Dieu; il n'est riche que de tout ce qui attire son indignation et appelle son courroux : il faut alors que , comme notre premier père , il subisse son fugement ; encore était-il pour Adam une miséricorde , et il m^èn est plus pour celui qui' meurt

ET LES ÉVAl^GILES. l65

dans le péché et dans rimpénitence ; son sort est fixé.

Évitons donc le mal afin d^éviter la honte , la crainte , et surtout la punition ; mais si nous avons le malheur d'ofi*enser Dieu , ne perdons du moins ni la honte ^ ni la crainte d'un Dieu vengeur ; celle même des lionuues et de Topinion sont bonnes à «conserver , parce que c^est un frein qui retient le pécheur. Malheur à ceux qui s'endurcissent assez dans le mal pour ne plus avoir honte de le faire! ils tombent dans l'aveuglement, ils ont oublié Dieu^ et Dieu les oublie , ou ne s'en souvient que pour les punir.

Apprenons encore de l'exemple d'Adan:^ à ne point nous laisser aller parla suggestion d'autrui au mal auquel on nous invite, et à nous précau* tionner contre les mauvais conseils et les mauvais exemples. Pour n'avoir fait que céder aux suggestions des autres , on n'en est pas moins coupable. Dieu n^excuse point Adam pour if avoir désobéi que parce que le fruit lui avait été présenté par sa compagne. Il n'excuse point Eve , quoique ce fût le serpent qui l'avait séduite. Il commence par la punition du séducteur ; mais il n'en n'exerce pas moins sa justice sur ceux que le démon avait entraînés dans la désobéissance.

En même temps néanmoins que cette justice , exercée rigoureusement sur nos premiers \parens, doit être pour nous un juste sujet de crainte , admirons l'extrême bonté que Dieu montre à l'égard des coupables. Sa justice avait par}é ; il fait parler

l66 IRSTRUGTIORS SUa LBfl irÎTftBê

fia miséricorde ; elle est toujours prête à accueillir le pécheur repentant. La femme était la première ouii'ière de la faute ; cVst la femme que, dans le moment, il console. Par son péché et celui d'Adam, tout le genre humain qui devait naître d^eux était perdu ; toute leur postérité était maudite ; c'est au milieu du trouble dont devait être agitée rame de notre première mère que Dieu daigne lui offrir le plus puissant motif de consolation. Par une femme le péché était entré dans le monde ; d'une femme devait nattre un jour celui qui devait délivrer le monde de la mort et de la servitude du péché ; et cette femme c'était Marie , afin , dit saint Bernard, « que, si l'homme avait péché par la femme, l'homme fût aussi réconcilié par la femme : • admirable réconciliation, et Taule heureuse , dit rÉglise dans ses chants , puisqu'elle nous a valu un Dieu pour rédempteur !

ÉVAHOILE.

Saint Matthieu, ch. I, v. i,

Ija gëoéalogie de JësuB-Giirift» fils deDatîd, fils d'AbraLam. Abraham engendra Iiuiae, âfaac engendra /ao»b. Jacob engendra Juda et ses frères. Ju4a engendra de Tbamar Phares et Zara. Phares engendra Esron. £sron engendra Aram. Aram engendra Aminadab. Aminadab engendra Kaasson. Naasson engendra Salmon. Salmoa engendra Booz de Rahab. Booi engendra Obed de Buth. Obed engendn Jess^. £l Jeasé engendra David , qui fut roi. he roi David engendra Momon de celle qui avait été femme d'U rie. Sa lomon engendra Ro* boam. Boboam engendra Abias. Abias engendra Asa. Asa en* gendra' Josaphat. Josaphat epgondra Jorain. JoraqA enecndra

BT LES ÉVâRGILES. 167

Ozîas. Ozias engendra Jonalhan. Jonathan engendra Achaz. Achaz engendra Ezëchias. Ëzécbias engendra Manassé. Mana:»sé engendra Amon. Amon engendra Josîas. Josûis engen* dra Jéchonias et tet frères vers le temps qae les Juifs furent transportés en Babylone. Et depuis qu'ils furent transportés en Babylone, Jécbonias engendra Salathiel. Salai hiel engendra Zorobabel. Zorobabel engendra Abiud. Abiud engendra ÉHacim. Ëliacim engendra Azor. Azor engendra Sadoc. Sadoc engendra Achim. Achim engendra Eliud. Éliad engendra lËléazar. Éléazar engendra Mathan. Matbnn engendra Jacob, Et Jacob engendra Joseph , l'époiu de Marie , de laquelle est né Jésus , qui est appelé Gbrist.

Le Blesfiie y suivant le^ prophètes 9 devait être fils de David , issu de la race de Juda y et remonter de fils en pères ju^^qu^à Abraham. Il était donc nécessaire qu*en écrivant Thistoire de la vie^ de la mission et des miracles de Jésus 9 les évang^élistes prouvassent qu'en effet il était fils de David ; et ils ne pouvaient montrer que ce caractère était appliçabU au Sauveur qu'en rapportant sa généalogie 9 ou la liste des personnes dont il était issu. Saint Matthieu et saiut Luc se sont chargés de ce soin ; et Ton trouve dans ces deun^ évangélistes la descendance du Sauveur. La généalogie rapportée par saint Luc(i) diffère néanmoins de celle qu'on trouve dans saint Matthieu^ quoique les prin* cipaux personnages, c'est-à-dire David et Judas , j'y trouvent. La. différence de ces deux généalogies vient de ce que saint Matthieu rapporte celle de Jésus par Joseph j son père nourricier , au lieu que saint Luc rappoite la généalogie du Sauveur

(1) Luc» m. aîetsniv.

i68 iRsiaocTiONs sub les épItres

par Marie, sa mère. Ces deux généalogies sont propres au Messie comme homme ; mais, d*un autre côté , les Écritures peignent le Messie comme de* vant partager la divinité, et comme le fils du Père. II fallait donc qu'il fût également prouvé que cette génération divine convenait à Jésus ^ et en parler avec la sublimité qui convenait à un si haut sujet. C'est dans Tévangile selon saint Jean qu€ se trouve décrite cette auguste et ineffable origine du Yebbe éternel incarné, c Au commencement, dit Téyangéliste (i) , était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu , et le Verbe était Dieu ,.... et le Verbe s'est fait chair, et a habité parmi nous. » Par là se trouve caractérisée la double nature que la foi nous apprend être réunie dans la personne de Jésus- Christ , qui ainsi «st Dieu parfait et homme parfait: Dieu parfait, comme fils de Dieu, et Verbe coéternel au Père; homme parfait comme fils de Marie , demeurée vierge, dans le pur sein de laquelle le Verbe étemel a daigné prendra un corps semblable au nôtre ; et sous ce rapport, fils de David, et issu de la race de Juda.

Dans ce grand dessein de l'incarnation du Verbe, il convenait que la personne choisie pour l'exécution de cet ineffable mystère , et qui devait devenir la mère de Dieu, fût la plus pure et la plus parfaite des créatures ; et si , selon la remarque d'un écrivain , lorsque Salomon éleva un temple au Seiçneur , tant de soins furent pris pour que ce lieu fût digne de sa destination , quoique l'ar-

ET lES ÉVANGILES. 169

chc seulement dût y être placée , et que Dieu ne dût rhabiter que par sa puissance; si David , Tami de* Dieu , ne fut point appelé à bâtir ce temple , parce que ses mains , teintes du sang (i ) répandu dans les guerres qu'il eut à soutenir, n'étaient pas assez pures , dé quelle pureté ne devait pas être le sein de Marie destiné à servir de temple, de tabernacle à un Dieu fait homme, au Désiré des nations I Aussi tous les saints personnages , tous les docteurs et les plus grands évéques ont-ils pensé que la sainte Vierge ou avait été purifiée par .une grâce particulière de Dieu après sa conception , ou même avait été exempte du péché originel.

La plupart des églises ont môme adopté cette dernière opinion , et la croyance de l'immaculée conception , quoiqu'elle n'ait pas été définie comme article dé foi , a prévalu. « Cette opinion , dit Bossaet , a je ne sais quelle force qui persuade les âmes pieuses. Après les articles de foi, je ne vois rien de plus assuré. » Il ajoute que « la soumission à celte croyance honorable de la conception de Marie lui paraît être la volonté de l'Eglise. »0r, quel guide plus si'kr pourrions- nous choisir pour fixer ce que nous devons croire de la conception de Marie ? Voyons donc en elle la plus pure des créatures, la seule créature exenapte de la tache origînelle; la seule qui, en naissant, n'ait pas été un objet de haine et de colère. Honorons-la comme la nière de Dieu; ayons pour elle une tendre dévotion ; recourons à elle dans iios ciffliction» et nos

(OIT. des RoU, VIL iS. .

i INSTHOCriOKS 8U1I LES épÎTRES

ns le royaume clei( cieux ; enfin elle veut que nous

^prisions les biens de ce monde; elle nous en

)ntre le vide; elle nous dît combien ils sont

rissables ; elle nous exhorte à nous préparer des

rsors plus solides ( i ) par de bonnes œuvres. Elle

trult donc en nous tout ce qui pourrait être un

)}if de division et de querelle avec nos frères:

r ce n'est que pour Tintérèt de leur amour-

opre et pour la possession des biens temporels

e les hommes se disputent.

Mais, en rapprochant les hommes entre eux, la

igion les rapproche encore de Dièu^ parce que

mour de Dieu n'est parfait que quand on y joint

mour du prochain. Deux chrétiens, en quelques

ux qu'ils se rencontrent, s'ils sont véritablement

rétiens , doivent être deux amis ; car ils ont la

^me foi , car ils attendent les mêmes biens , car

tendent au même but. Ils doivent être deux

reâ , car ils ont le même père céleste , car ils doi-

it partager le même héritage, car ils ont été

helés avec la même rançon , avec le sang de

as- Christ. £t ce n'est pas seulement les hommes

la religion He entre eux , c'est encore les peu-

;; et si ses |Vréceptes étaient bien suivis, il n'y

lit entre les nations chrétiennes ni guerre , ni

ensîon, ni inimitié, parce que la justice et ia

*ité régleraient tout.

:)us sommes les enfans des gentils. Nos pères partenaient point au peuple choisi, et les téesde ridolàtrie régnaient sur la terre que nous

lallb. ^ YI. ao.

ET LES ÉVARGILES. 173

habitons. C'est par une grâce spéciale que nos an-* cétres ont été appelés au christianisme. Mais si nous dégénérons de leur foi, si, après que l'étendard de rÉvanglie a été planté pour nous, chrétiens dégénérés et sans ferveur, nous démentons notre vocation ; si nos œuvres ne répondent point à notre croyance , ne sommes-nous pas inGnimeut plus condamnables que nous ne le serions d'être demeurés dans l'idolâlrie? et n'aurons nous pas converti en u» poison mortel, un remède salutaire? Dieu nous demandera à proportion de ce qu'il nous aura donné. Sachons donc apprécier la grâce qui nous a ét^ faite, et surtout sachons en profiter. Vivons en saints , puisque notre vocation est sainte. Devenons nous-mêmes , par la pureté de notre vie , des temples où Dieu se plaise â habiter. Réunissons-nous en Jésus-Christ qui est la véritable pierre de l'angle, et n'ayons avec lui qu'un même esprit. C'est par ce moyen que nous aurons accès 'vers le Père^ et que nous pourrons participer aux mérites du Fils*

Évangile;.

Saint Jean, ch. XX , v. u^.

JiiR ce tem|>s-Iâ, Thomas, Fun des douze apôrres, appelé Dîdyme, n'était pas avec eux lorsque Jésus vint. Les aulret disciples lui dirent donc : 14ous avons vu le Seigneur. Il leur répondit : Si je ne vois dans ses mains les marques des clous, et que je ne mettre mon doigt dans le trou des clous, et ma main dans la plaie de son rôté, je ne le croirai point. Huit jours après, les disciples étant encore dans le même tieu^ et Thomas avec eux, Jésus vint, les portes étant fermées, et se tiat au milieu d'eux , et leur dit : La paix soit avec vous. ^' "*'"

174 ISSTBVCTIOflS 8VB LES éptlBES

roMÎte à Thomas : Partez iri rolre doigt, et considérez mn Mftûii , et «pproohcft «nissî Totre main , et mettez-hi dans mon cûlé, et ne soyes pas iocrëdule, man Cdèle. Thomas répondit et loi dit : Mon Seigneur et mon Dieu. Jésus lui dit : Vous avec cru, Thomas, parce que youw avez vu. Heureux ceuz qui croient sans avoir vu i

AppBcvoifs de Texcmple de saint Thomas que ce n^est pas sans dang;er et sans dommage qu^on se sépare de la société des saints. Thomas n*est point avec les apôtres lorsque Jésus vient, et qu'en arrive -t- il? Non -seulement il y perd Tavautage d'avoir vu Jésus, mais, s'il se fût trouvé avec eux, il est à présumer qu'il n'eût pas été plus difficile sur le témoignage de ses yeux qu'ils ne lé furent fur le témoignage des leurs, et que, pour croire, H n'eût pas demandé de toucher auparavant les plaies de son maître. De ce qu'il se trouvait séparé des apôtres , il est ddnc résulté pour lui un doublée désavantage , celui d'être privé de la vue dn JSauvctir, et le maliieur d'être tombé dans l'incrédulité. Tirons encore un autre sujet d'instruction de cet exemple de saint Thomas ; c'est que les saints mêmes, quand ils ne sont pas assez sur leurs gardes 5 sont sufets à l'égarement. Nous avons vu saiirt Pierre realer Jésus, et puai ainsi de la firésomptien qu'il avait montrée auparavant ; nous voyons saint l1]omas, qui plus d'une fois avait entendu dire au Sauveur qu'il ressusciterait, se refuser à la croyance de sa résurrection. Si un •iaftple défjiut de vigilance 9 un excès de conliaiwe dans «es propres Ibroes a pu ainsi eutralner les

ET t£S éVA1?6lLBS. l^S

apôlres hors des bornes du devoir 5 combien he devons nous pas veiller sur nbus*nlèihes 9 nous qui ne sommes que néant et faiblesse !

âaint Augustin trouve daUs le doute de saint Thomas de Topiniàtreté , de la présomption et de 1^'ncréduUté. 11 y avait de l'opiniâtreté , parce qu*ll refusait de croire , quoique des preuves réitérées dussent l'y engager. Ce n'était pas la première apparition de Jésus, et saint Thomas devait Ile savcHr; oar quoi déplus ittiportant pour les disciples que la résurrectioâ de leur maf tre , puisque cette ràbixrrection confirmait sa doi^trin^e en ac^ complissant ses prédictfons? Il n^est donc pas possible que saint Thomas ait ignoré ces apparitions ; on ne peut le disculper d'obstination de n*airoir point voulu y croire ; cette obstination se mohti^ plus encore dftns la déclairalîofi qù^l fait , qu'à moins qu'ail n*aH t«nché lescplaies, e^t mis ses doigts daab les ouvertures des clous 9 vl ne croira point. Le vioedieprésemptitonese inoiilre pas moiu^dam Isa oondukc. Tous les autres a^vdfres et les disciples croyaient que e'ëtai)t véritablèmeût déAùfi qui leur avak apparu. £» t^lFusant de part^gei* leur sentiment , saint Thomas iprëfêrÀll donc bon jiYgiement à celift d^ autres; il 8^ cro^iflt seul plus i^agë que tous ensembfte ,^ et de ropiniâftrdé et de la pré* simiption s'eti8uiv4t uu «mail pllus ^rand encore, celui de l'incrédulité, c'est-à-dire ce qui est le piul opposé au chrisjtiamsme. Car le christianisme u*est fondé que sur la foi , et la foi est la croyance des choses qui ne tombent point sous les sens ^ qni n<i

176 I58TftUGT101l8 Stll LES ÉpItBES

sont pas même conçues par la raison , et qui néan-moins doivent être crues, parce qu'il y a des motifs suffisans pour les croire. Ce qui égara saint Thomas égare encore aujourd'hui les incrédules. Une confiance dans leur jugement que le moindre examen leur aurait bientôtfait perdre j une opinfâtreté qui ne leur permet pas de revenir sur des opinions adoptées précipitamment, leur fait fermer les yeux à la lumière et rejeter toute instruction. Ils imitent saint Thomas ; maïs ils ne Timltent point dans son retour à de meilleurs sentimens. Saint Thomas reconnafit sa faute, et la répare promptement. Il la rachète par de vifs sentimens de componction, de respect et d'amour. Il reconnaît dans Jésus non-seulement le Sauveur ressuscité , mais encore son Seigneur et son Dieu.

Au reste les saints docteurs ont remarqué, et nous l'avons déjà dit, que l'incrédulité de saint Thomas avait fourni au christianisme la plus forte preuve de. la résurrection de Jésus -Christ, et servait merveilleusement à confirmer notre foi; c'est le sentiment de. saint Grégoire (1) : «Nous sommes, dit ce père, plus affermis dans notre foi par le doute de saint Thomas que par la foi prompte des autres apôtres. » Nouvelle preuve que Dieu sait tirer .le bien du mal uiéme, tourner nos fautes au profit commun , et les faire servir à Taccomplissement de ses desseins.

(0 Homélie XXVI sur l'Évansilc,

ET LB8 éVÀHGILVI. I77

Page 1