VANNONCIATION DE LA SAINTE VIERGE
(25 mars. )
ÉPITRE
Isaïe, cb. VU, v. 10.
hdM cra jours-là ^ le Seigneui' parla à Acbaz , et' lui dît : De* niaodes au Seigpeur voUc Dieu qu'il fasse pour vous un prodige, ou au fond de l'enfer , ou au plus haut du ciel. Achas répondit : Je n'en demanderai point, et je ne tenterai point le Seigneur. Et Isaïe dit : Écoutez donc^ maison de David > ne vous suffit-il pas de vous rendre pénible aux hommes^ sans r^tr« encore à noon Dieu? C'est pourquoi le Seigneur vous donnera lui-mtoe un signe. Une vierge concevra, et elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel. Il mangera le bcui re et le miel, afin qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien.
C'est une chose bien admirable que cet accord des prophéties qui concernent le Messie ^ avec les événemeus de la Vie de Jésus noire Sauveur. Promis aux patriarches , prédit par les prophètes au temps oh Jésus naquit, il était généralement attendu par les Juifs. C'était une opinion si répandue , qu'elle avait même prévalu chez les na- "tfons îdoldtreSjCt qu'il paraissait constant qu'une ancienne prédiction promettait l'empire du monde à la nation jnive. Quant aux Juifs , rien n'était si lionnu parmi eux que les caractères qui devaient distinguer ce désiré des nations. Presque tous liraient habilueliement les saintes llcritures , et la
igH INSTRTJCTIOIVS 8CB LES éptlHES
plupart en avaient une connaissance fort profonde; mais les prophéties ayant par essence quelque chose de mystérieux et par conséquent d'obscur, il s'en était ensuivi qu'à la fin une partie de la nation, égarée par de fausses interprétations'» en avait méconnu le véritable sens. Par exemple ^ il avait été prédjt que le Messie serait grand, environné de gloire , roi et dominateur des nations , et que tout fléchirait devant son trône ; {nais il avait aussi été prédit qu'il serait abaissé , humilié , quiil partagerait nos infirmités et nos faiblesses > qu'on le persécuterait , qu^il serait couvert de plaies, et même mis à mort. 11 y avait là une contrariété apparente, et il aurait fallu concilier ces caractères au premier coup'd'œil si opposés : cela, sans doute, se pouvait; les Juifs, regardant les saintes Écritures comoie un ouvrage inspiré , sentaient bien que Dieu n'avait pu se contredire. Tout les eût conduits à cette conciliation , s'ils eussent été de bonne foi , et ne se fussent pas laissé aveugler par leur orgueil. Le Messie pou« vaît être grand par ses vertus, faire éclater sa puissance en opérant des miracles, en guérissant toutes les maladies, en faisant des choses évideoiment au-dessus da pouvoir de l'homme >et néanmoins vivre dans l'abaissement et dans Thumiliation. Il pouvait être roi, et pourtant, comme il le dit lui-même, avoir un royaume qui ne fût pas de ce monde. 11 pouvait être entouré de gloire, comme il le fut en effet au moment de son baptême , quand une voix du ciel ( 1 ) le déclara le fils bien-aimé , dans lequel
(i) Iftallh. , m. i§ , x-j.
Eî LES £Vi\GlI.EA. i\hï
Dieu avait mU 9a çoiapkàisaiiec , convoie il ie.iut daus sa traii^G^w^tiAm , oix ^Qn visage {mruJt vesn pleadissapt ( i) de {i^mi^re ^Qomqpie il te fut nuèiue à SQU eotràe trÎQmphaote dans Jérusalem (a) » et aéaumoios avoir meoé une lie otiscuie , ^telle qu^il la mena chez ses parens , ayant sa prédioa^ ijon , et n'avoir ni biens, ni riobe^ae85 ni méine un logepient, comme il paraltqa*il n'en eut point (3). Alors , pour que tout s-ac6ordàt paiffiitement » il^ «e s'agissait que de prendre dans un sens spirituel tout ce qui présentait des idées de gloire , et dans un sans naturel tout ce qui avait rappest à la faiblesse de la nature humaine dont le Christ s'était revêtu; et poui* reconnaître le Messie dansl^homme persécuté et.80uffi'a»t , il n'é<ait besoin que d? voir les œuvres de Dieu écialer en lui , que d'écouter SCS prédication^ 9 que de faire altentipn à la divine «ngesse de sa doctrine et à la sainteté de sa vie.
Les Juifs firent précisément tout le con^trairc de ce qu'il fallait faire; ils voulurent ne voir dans Jésus qu'un homme ^ parce qu'il était pauvre et faible ; mais les œuvres qu*H opérait les embarrassaient. Sans songer que Jésus ne faisait que du bien , et ne prêchait que la morale la plus pure , ils tombèrent dans la contradiction d'attribuer au démon le bien que faîsaic le Sauveur. Ils prirent à la lctti;e toutes les idées de grandeur attribuées au GhrÎ!«t flans les liiçriturcs , et ne tinrent aucun compte lie ce q\ie Iç^ propbétie$ disaiçint des Uu|paiUaU(^nA
(O Mnlll), , XVII. *. (0 Luc , ÏX. 58.
(-.>) ibid. XXI. q.
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du Messie. Ces idées se trouvant profondément gra- ▼ées dans leur esprit, et y étant nourries par l'orçueil , il n'est pas étonnant qu*ils aient méconnu le Sauveur ; mais ils n'en sont pas moins coupables , parce que leur aveuglement a été Teffet de leurs passions.
L'épttre de ce jour est tirée du prophète Isaie. C^est en parlant à Achaz , roi impie , que le prophète dit « qu^un en£ant naîtra d^une viei^e , et qu*on l'appellera £mfiumt<e^ ^ c'est-à-dire Dieu avec nous. » Si on ne considère que la lettre de la prophétie, cet enfant n*e8t point le Messie ; (car sa naissance était donnée à Achaz comme le signal prochain d'un événement qui le regardait ; ) mais les liv/es saints ont appliqué ce passage à Jésus , et saint Mathieu dit formellement (t), en parlant du Sauveur , qu'en lui s'est accomplie cette prophétie d'Isaïe : «Voilà que la Vierge sera enceinte, et. mettra au monde un fils , à qui on donnera le nom d'Emmanuel. » Tel est, au reste, le caractère des prophéties d'avoir un sens littéral et un sens figuré, et d'être enveloppées d'un voile mystérieux, (|ui ne se lève parfaitement que quand elles sont accomplies. , ^
EVANGILE
Saini LnCj ch, I, ▼. zQ.
Ë H ce temps-Jà » Taiige Gabriel fut envoyé de Dieu en une ▼ille de Galilée appelée lïazaretb , à une vierge qu'un homme de la maison de David, nommé Jo6cph, avait épouaëe, et cette vierge s'appelait Marie. L'ange, étant entré où ellcétait y lui dit : Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec
(ï) Matlb. , I. a3.
feT LES EVANGILES. l^S
TOUS : vous ^tes bénie entre toutes les femmes. Maïs elle » l'ayant vu, fut Iroablée de ces' paroles , et elle pensait en eilo' même quelle pouvait éiré cette salutation. L'ange lui dit : Ne craignez point, Marie» car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Vous concevrçx dans votre sein ^ et vous en&nterez un fils, à qui vous donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé le fils du 'Très-haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trônetle David, son père. Il régnera éternellement sur la maison de Jacob , et son règne n'aura point de fin. Alors Marie dit à l'ange : Gomment cela se fera<^t-il F car {e ne oon^ na's potnt d'homme. L'ange lui répondit : Le Saint-Esprit surviendra en vous , et la vertu du Très- Haut vous couvrira dft son ombre; c'est pourquoi le /ruit saint qui naîtra de.vou sera appelé le fils de Dieu. Atusi je vous awnonee qu'Elisabeth , votre cousine , a conçu un £ls en sa vieillesse , et c'est ici le sixième mois de celle qui est appelée stérile, parce qu'il n'j à rien d'impossible à Dieu. Alors Marie lui dit : Voici la servante du Seigneur > qu'il me soit fah selon votre parole.
La fête do l'Annoncialion , comme celle de la Purification , a un double objet. C'est une des fêtes de Marie, mère de Dieu; c'est aussi une des fêtes du Seigneur. Marie reçoit la visite de Fange, qui la salue pleine de grâce , qui la déclare bénie entre toutes les femmes , quj lui annonce qu'elle deviendra mère du Christ. Marie d'abord est troublée ; Marie, lapureléménie, est embarrassée de ce nom de mère,* et quel que soit le haut rang qui lui est proposé , quoique l'ange Tassure que l'enfant qu'elle mettra au monde sera appelé fils du Très- Qaut, et que Dieu lui donnera le trône de David son père 4 toute cette gloire ne l'éblouit poitat. Elle préfère à tout sa virginité, ce trésor qu'elle a résolu de conserver intact; et tandis que c'est le haut
1^ i\5:Krcii05S Ml LU Eriifics
pi îx qu'elle T attache qiil lui a mérité Thoiincur qu'elle reçoit, ce mèine sentiment la porte à ra* fuser cet houneur |4utôt f|iie de soniller qo riao la pureté à laquelle son cœur met une si grande Taleur. Sa réponse h Tange exprime toute sou inquiétude. Comment , dîl-elle , cela pourrait-il sç faire ? Mais bientôt Tange la rassure : Le SaUjQt- £siprit , lui dit-fl , sur^ iendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; et , pour appuyer d\in prodige le mystère promi% Tange annonce à Marie qu^Ëlùabeth^ sa paienlç, ^térÛp et âgée , a conçu un fils , et qu^elle est d^ns le sixième moi» de sa grossesse. Marie, alors tranquillisée, obéît : Je suis, répond-elle, la servante du Seigneur et entièrement soumise à sa volonté : qu'il nie soit fait selou votre parole ; et , au moment qu'elle a donné sou consentement, Jé-sus, Ycrbc éternel et fils de Dieu , est conçu d^ns le jseîn virginal de Marie, et y prend une cbair sepiblablc à la nôtre. C'est cette conception miraculeuse, c'est rîncarnatîos vu Sauveur, événenient ou plutôt mystère qui a opéré uolre délivrance du péché , et sur .lequel est fondé tout l'édiAce du christianisme 9 dont TEglisc célèbre la mémoire en même temps que celle de rAuiionciatîon,et qui fait de ce jour une des plus grandes solennités de notre religion.
Tout en effet , dans les grands événen(iens qui signalèrent cette journée, nous o(fre des smîets 4^ surprise , d*admiration , de reconnaissance. Les temps sont accomplis : la promesse d*ua libérateur,
faîte à notrd pi'eiuîërc mère , à Eve pcctercsse, téiiéréie à Abràhani et aux autres patriarches , a reçu son etéciilion. Dîéu daigne lui-même la faire ann'oncer à celle qu^il a choisie pour être sa mère. C'ci?t un adge 9 c*est un esprit céleste qui est chargé de clé lie mission ; mais les vues de Dieu ne ressemblent point à celles des hommes; et si d'un côté 8b trouve un appareil si imposant , si convenable à la majesté des circonstances , de Pautrc tout est hatnble et pauvre. Ce n'est point dans les palais déé ptînéés que Dieu envoie chercher une mère à st)rl fils; c*est uiie vierge qu'il préfère, fille n*a point de richesses; elle n'est point entourée des grand^étirs du monde. Il est vrai que dans celte vierge coule le sang des rois ; c'est une ûlle de David qui doit être l'instpament de ce mystère ineffhblb ; mais le lustre de sa maison s'est obscurci : elle et son mari Joseph sont rentrés dans une condition vulgaire. Les vertus de Joseph, l'admirable pureté de Marie, forment toute leinr noblesse; ouds celte noblesse, que ne. savent pas toofoors estimer les hommes ^ est précieuse aux yeux de Dieu , et la puissance divine éclate et se manifeste d'aulant plus que les liioyens^ qu'il emploie' parals^rént plus, faibles aux hommes.
Qttant à notre instruction , trois admirables qua*» lités de Marie qui brillent dans l'accomplissement du mystère de l'incarnatiOft > nous fournisseat une ampte matière. Aiarte est pure, et sa ptifeté lui mérHe te plus gtîfnd hoUneur qa*afît fàmais reçu une créature. Ayons donc cet amour pour la pureté ;
igS IHSTAVCTIOHS StB LES SpItRES
elle est de tous les états; elle consiste à ne souiller ni son corps , ni son âme , et à tenir l'un et Tautre chastes et sans tache. Marie est humble: être hum« ble, c'est reconnaître sa faiblesse, sou néant, sa continuelle dépendance de Dieu ; et quelle est la créature, quelque élevée qu'elle soit selon le monde, qui ne trouve en soi cette faiblesse, ce néant , cette dépendance, si elle veut considérer ce qu'elle est? Marie est obéissante. • Je suis , dit-elle, la servante du Seigneur; > et elle n'est pas moins sa servante, pas moins résignée à la volonté de Dieu , quand , pendant la passion de son fils , sou cœur est percé d'angoisses , que quand l'ange lui annonce sa haute destinée. Marie est donc pour nous un modèle parfait de ces trois vertus.