‹ Manuel d'une mère chrétienne: ou, Nouvelles lectures chrétiennes en forme d'instructionsChapitre 5 sur 29 · LE IV DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE IV DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

ÉPITRE

Saint Patii OHje Rom,, cfa, VIII, t. i8.

JM-Bt frèrei , je suis persuadé que lei souffrances de la vie présente n'ont point de proportion avec cette gloire qui sera nn jour découverte en nous. Aussi les créatures attendent avec un grand désir la manifestation de cette gloira (i) I. rfp. ans CSerinth. , X. it.

24 IlfftT&V<AlOK8 8im L88 ÂPÎTRES

det cafiiDs de Dieiii parce qa'ellet lont assujetties à la Taaité ; et elles ne le sont fMs ¥olotttaireBfte«t » mais i cause de celui qui les y a assâojetties , avec espérance d'être délivrées de cet asservissemeot à la corruption pour participer à la liberté et à la gloire des cnfans de Dieu. Car nous savons que jusqu'à maintenant toutes lea créatures soupirent dans cette atlente , et sent comme dans le travail 4e l'enfantement. Et non-scalement elles» mais ihmu encore 4iqm possédens les prémicct de l'esprit, nous soiq>irQnset noua gémissons eonotts-mdraea» attendant l'effet de l'adoption divine 9 qui sera la rédemptioa et la délivrance de nos corps.

L'apôtre parle dang cette épitre d'une vie présente et d'une gloire à renir^ qui n'a aucune proportion avec les souffrances qu'on éprouve dans le monde. II suit de là que , quand nous mourons , nous ne mourons pas tout entiers ^ et qu'une portion , la plus noble portion de nous-mêmes ^ notre âme , survit à notre corps , qui alors se réduit en poussière. Nous ne devons donc regarder la vie présente que comme un passage à une autre situation, laquelle, sous aucun rapport, ni sous celui du temps, ni sous celui de la manière d'être, ne peut lui être aucunement comparée. Sous celui du temps, la vie présente ne consiste que dans un certain nombre d'années plus ou moins considérable , mais toujours d'une courte durée , vu la rapidité avec laqiielle on les voit s'écouler ; aiu lieu que l'autre vie durera toujours. Les deux situations ne se ressemblent pas non plus quant à la manière d'être. La vie. présente se compose de quelques plalBÎrs dont, quand on y réfléchit bien , on sent bientôt le vide , et de beaucoup de traverses.

L*Apôtre 5 au contraire , attribue à la vie future un bonheur 5 une gloire avec lesquels les souffrances de cette vie n'ont aucune proportion ; mais il ne la promet pas à tous; il dit seulement <(u*elle sera découverte 9 manifestée en nous , c'est-'à-dire que nous en aurons connaissance. Les uns la connaîtront en en jouissant ; et ce sera ceux dont la vie aura été pure , ou qui du moins mourront saintement , c'est-à-dire dont Tàme se présentera à Dieu exempte de péché » parce qu'il est écrit que rien de souîUé ne peut entrer dans le ciel. Les pécheurg connaîtront aussi cette gloire; mais, comme elle fera le bonheur des justes, elle fera le malheur des méchans. Mieux ils en connaîtront l'étendue 9 plus ils en sentiront le prix, plus ils auront regret d'en être privés , et ce sentiment profond qui ne les quittera jamais , avec la pensée qu'il n'a tpnu qu'à eux de jouir du même bonheur , sera pous eux un tourment insupportable.

Il est important pour tout chrétien de se bien pénétrer du bonheur inexprimable àe l'autre vie : cette idée , si on l'avait souvent présente à l'esprit 9 nous ferait trouver les plaisirs de ce monde bien petits , leur privation assez légère , et les pei« nés dont ils sont entremêlé» d'autant plus* sup-* portables qu'elles sont passagères; et que po^r iies âmes pieuses elles deviennent des moyens, 4,^^.piation et de mérite. Rappelons -nous donc bé* quemment que dans ce monde nous somnie»» comme le dit l'Apôtre (1) , assujettis à la vanÂé ,

tO Rom, . Vni. 90.

96 INSTKUCTlOirS «VA llS ÉpÎTRES

c'est-à-dire que nous sommes les esclaves de mille choses vaines t^pi^nous ealourejat.» jma^.qufll ne tient qu> i^ous d*ètre délivrés de cet aésetjviasement. Attendons avec un grand désir la manifestation de 1^ gloire des en£ans de Pieu 9 hii^n. f^rsuadés qu'en cherchant sincèrementle iqyai^^ du ciel. Dieu no|is jie^rder<^'paff,.«iirér0§Mon tout ce qui est néceiuMMre k n^o» hesioins f pirifiiels et temporels (1).. .. ,• - t . .'j.tc^3\

EVANGILE

Saint lue , cb-, V, y. i,^ ,

Jliii ce temps-là , JémtéMitmr le bord du lac de Génësareth , çt te trouvant accablé pur la foule da''|)«itple qui se pi«iyait pour entendre la parole de Ufeu 1 il' vît -djeiif .barqu^a irràléea au bord du lac, àontlf^ pécheurs, étaient descenéva» çt .lavaient leurs plets. tl entra d<nic dansi*une de cesiMrqnes, qui était à Simon , et le i>ria de s'éloigoér un peu de la terre ; et, l'étant- 'aaiià, il enseignait le peuple ^è dessus'la barque. Jjorsqo'il eut cesaé de parler , il dit à l^inon : AvMicee en pleii|e.çau, jetez vos filets poi^r p^cber^ Simon lui répondit : Maître , nous avons travaillé toute la nuit sans rien preodri: ; / mais néanmoins je jetterai le filet ^sur votre parole. L'aj^aot jeté , ils prirent une' si grande quantité de poissons , que le fllét'WD'roDàpait. Et ils fil-ént signe k leurs compagnons^ qui étaîsnt 4aj9a «une «n^è. battque, de venir les aider* Ib y viaceim et ilf r^fupUteii^^tellqnMiQt les deux barque», ^qo^il «'en fallait peu qu'elles^ ne coulassent à fond* Ce que Simon - Pierre ayant vu,'i! se jeta aux pieds de Jésus eu disant : Seigneur, r(ftireK-v6u8 de moi, parce que je suis un pécheur. Car il était tdut épouvanté, aus&i-bien qne'£eux qui élaient'avec lùi> de )a^'péGlle des poissons qu'ils avaient faîte. Jacquet et Jean , fils de ^ébédé^, qui: étaient' compagnons de Simon ^ étaient dans

(1) Matth. , VI. 33.

! 'fr„,.rf^f^, ^ &i/J^Jf.^^iUr.

ET LBS fiVASGILBS. %y

le même étoaiiement. Mm» JénuB dit à Simon : Ne craignes point; votre emploi sera désormais de prendre des hommes. Kt ayant ramené leurs barques à bord , ils quittèrent tout et le suivirent.

La première chose à remarquer dans cet évan* gile, c*est rempressement du peuple à entendre la parole de Dieu. Jésus est obligé de se dérober à la foule qui Taecable et de monter dans une barque qu'il trouve sur le rWage , d'où il contiaue d'enseigner le peuple. Cette ardeur du peuple qui s'empresse de suivre Jésus pour l'entendre est pour 1#- chrétiens négligens une leçon et un reproche : une leçon , parce qu'elle leur apprend qu'ils ne peuvent mettre trop de soin à s'instruire d'obîets qui sont pour eux d'une si grande im* , portance ; et un reproche 9 en accusant leur insouciance à cet égard.

Nous trouvons ensuite danjs la manière dont

s'opère la pèche, miraculeux la r^le de conduite

qui doi^ nous guider dans nos entreprises. Jésus

ordonne aux disciples de jeter leurs, filets; ils l'a-

yaiept ÙJJL pendant toute la nuit aveô beaucoup de

iatigueSasas rien prendre} ils eu font l'observation

à Jésus ; néamnoins: le commandefitei^it qu'ils re*

çoiveat leur sufilk ; ils obéissent sur la parole dut

Sauveur^ et leur obéissance est suivie du plus

grand succès. Pourquoi cet exemple nous est-il

proposé ) si ce n'est pour que nous imitions leur

confiance. Faisons comme eux , mettons entre les

mains de Dieu^ comme en celles d'un père tendre,

nos intérêts les plus chers; disons-lui que nous ne

3o IKSTRVCTlOirS 9tB lES ÉpItBES

charité indulgente 5 accompagnée de douceur et d'humilité. Tels sont nos devoirs les uns envers les autres, et les vertus d'une société de chrétiens. Ah I si tout un peuple remplissait ces devoirs j s'il pratiquait ces vertus, quel beau spectacle il offrirait ! Il n'y aurait plus de différends parmi les hommes; ils se préviendraient miutuellement ; loin de chercher à se dominer, ils n'ambitionneraient qu'à se servir les uns les autres; chacun s'en tr' aiderait; plus d'envie, plus de jalousie, plus d'injustice.

Cet état n'est point chimérique. La religion chrétîenue tend continuellement à l'établir; et quoiqu'il ait peu duré, l'Église primitive en a pourtant présenté le parfait modèle. C'est ce dont demeureront convaincus ceux qui liront l'excellent livre de M. l'abbé Fleury, intitulé Moeurs des chrétiens. Les Actes des apôtres , d'ailleurs , , nous en offrent la preuve. Ils persévéraient , y est-il dit 4es premiers chrétiens , dans la doctrine de Jésus. < icnx qui croyaient étaient tous unis ensemble, et tout ce qu'ils avaient était commun , et \]& le distribuaient à tous selon les besoins de chacun

Toute la multitude de ceux qui croyaient n'avaient qu'un cœur et qu'une àme. . • . . U n'y avait point de pauvres parmi eux. . . . , point de besoin auquel il ne fût pourvu , point de malheur qui ne fût soulagé , point d'affligé qui ne reçût des consolations. Si nous sbnmies aujourd'hui bien loin de ces temps heureux , tâchons dti moins de nous mettre dans des dispositions qui nous en approchent.'

Ce qu'il faut^ortout remarquer dans cette éptfre.

KT tes iyANGitcs. Si

parce que c'est en c^la que consistent rexcellence du christianisme et sa supériorité sur toute autre doctrine, c'est qu'en nous ordonnant la bienfaisance, il ne la fonde pas sur les représailles. Ce n'est pas parce qu'on nous fait du bien qu'il veut que nous en fassions ; c'est parce que le bien est bon à faire ,. et si bon à faire , que nous devons en faire même à ceux qui nous font du mal. La raison seule conduirait au même résultai, si elle n*était pas communément offusquée par^ les passions.

Car, de ce qu'un autre est méchant et vicieux, il ne s'ensuit pas qu*on doive l'être. Il faut en con-^ dure, au contraire, que, puisqu'il encourt notre blâme et celui des autres, nous devons nous efforcer de ne pas lui ressembler, pour ne pas être blâmé à notre tour; et, rien ne nous paraissant si noble que de se venger, par du bien , du mal qu'on nous fait, il serait naturel d'aspirer à l'estime qu'une si belle conduite obtient toujours. Mais ces motifs humains seraient trop faibles , si la religion ne venait les renforcer. En nous commandant de faire du bien à ceux qui nous font du mal, elle nous en offre de plus puissans , en ce que nous bisons alors poulr Dieu ce qu^ autrement nous ne ferions que pour une vaine gloire ou pour notre satisfaction personnelle; et qu'en accomplissant au contraire le précepte , nous avons l'espoir d'une récompense à laquelle tous les biens àe ce monde ne sont point comparables.

Sa IHSTftUGTIOS.^ «un LES épItkbs

ÉVANGILE

SsilU Matthieu, ch. T, t. ao. \

Jbin ce tempg-tii^ Jésus dît à ses disciples : Je vous dis que , si votre justice 'ii'est plus pleine et plus parfaite que ç^eUe det docteurs de la loi et des pharisiens , yous n'entrerez point dans le rojaume du ciel* Vous «Tez appris qu*il a été dit aux anciens \ Vous ne tuerez poitit; et quiconque tuera méritera d'^re CQaf damné par le jugement* Mais moi je vous di^ que qui<:pnqiî| se mettra en colère contre son frère méritera d'être condaio^li^ parle jugenaient^ que celui qui dira à son frèr^, Raca, mé^ ritera d'être condamne par le conseil; et que oeluî qui lui dira , Vous êtes un fou , méritera d^^fè çiondamné au feu de Tenfer. Si donc, lorsque vous présentez votre don à Faotel^ vous vous souvenez que votre frère a quelque ckose eojAtrt vous , laissez là votre don devant l'autel , et allez vous récouf cilier auparavant avec votre frère , puis vous reviendrez offrit votre don.

Cet évangile est tiré de la première prédicatiofn de Jésus- Christ, intitulée sermon de la mon^ tagne. Dans cette prédication^ .qui eut Ueu.presque immédiatemeut après son baptè^ne 5 ie Sauveur posa tous les fondemens de la morale chrétienne. On peut regarder le discours quMl tint alors à. ses dis* ciples comme un coçle complet de justice et de charité, cpmme une règle, de conduite chrétienne qu'on ne saurait trop méditer, et qui surpasse en excellence cç.qu'ont écrit de mieux les moralistes les plus saçes d!e tous les temps. Les devoirs de tous les états y sont tracés, et le grand principe de la fraternité entre les hommes y brille de tout son éclat.

BT LÉS ÉVAVCtt». 33

Le court extrait qu'en donne Tévangile que nous venons de lire se borne à deux points ; mais ils sont capitaux. Jésus-Christ avertit ses disciples que ce n*e8t pas en se contentant de la justice des scribes et des pharisiens que Ton gagne te ciel. Les premiers étaient des orgueilleux, fiers de leur savoir et du droit qu'ils avaient d'interpréter la loi. Le» antres, attachés à la lettre bien plus qu'à Tesprit des commandemens , croyaient y avoir satisfait en se conformant à de simples observances. Ils affichaient le rigorisme ; mais ils n'avaient que Tapparence de la vertu , et Jésus leur reproche souvent d'être des hypocrites.

Non -seulement de tels hommes n'étaient pas faits pour servir de modèles; mais encore leur conduite était répréhensible. Aussi Jésus en avertit ses disciples , et ne manque pas de les prévenir contre le levain pharisaifque , qui est , dit - il , l'hypocrisie (i).

Jésus fait ensuite voir aux disciples qu'il ne suffit pas de prendre les commandemens à la lettre , mais qu'il faut en saisir l'esprit. Par exemple , le cinquième commandement dit : Vous ne tuerez point. Ne pas commettre de meurtre, voilà la lettre ; mais l'esprit du commandement, c'est non-seulement de ne pas tuer son prochain, mais encore de ne point le blesser, de ne point le frapper, de ne point l'injurier , et de ne lui faire aucun outrage. Jésus condanme expressément toutes ces actions , et déclare qu'elles seront punies rigoureusement.

(i) mc.xii. I.

S4 IRfiTBDOTIOXS SDB LES BpItbBI

L'autre point doul il est queslion daas cçt évangile , c'est la nécesailë du sacriCce de son ressentiment, quand on a sujet d'eu'avoir contre quelqu'un, ou de son amour-propre, en réparant ses torts , quand on a donné ù autrui des sujets do plainte. C'est-à-dire que, si on a reçu uneoffeme, il faut la panlonner, et que , si on a donné A quelqu'un un ïuste sujet de mécontcntenieut, il faut réparer oa faute. Ce sacrifice est si nécessaire et ai urgent , que Dieu veut qu'on suspen4e même l'hommage qui lui ert dû jusqu'à ce que l'on se soit réconcilié avec le prochain ( i ). 11 repousserait l'oOrande d'un cœut rempli par le ressentiment,' comme autrefois il repoussa celle de Caïn, pussêdé 4e l'esprit de falousie. Hais , quand la baioe sera banniedenotreAme,ilpramet de nous écouter et d'avoir nos dons pour agréables.

PODB

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