i iN8TRTTcno2i!r sur les épîtres
^ui croit être ferme prenne garde à oe pas tomber. Vous n'avez en encore que des tentations humaines et ordinaires. Dieu est fidèle, et il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de Yos forces; mais, en permettant la tentation ^ il fera que ▼OU8 pourrez tellement la supporter, que vous en sortirez avec avantage.
Les saintes Écritures , sous quelque rapport qu'on les considère, sont une source abondante d'instruction, et Ton ne peut trop exhorter les fidèles à les lire et à les méditer. Tantôt ce sont de sages préceptes, d'autres fois d'utiles exemples dans la conduite qu'ont tenue les saints personnages dont il est fait mention , de sorte qu'on y trouve toujours, ou de« règles sûres d'après lesquelles on peut ^e diriger, ou de bons modèles proposés à notre imitation. Ainsi nous apprenons d'Abraham à avoir une foi ferme ; de Job , à supporter l'adversité et les revers de fortune avec patience ; de Tobie, à mettre toute notre confiance en Dieu, et à ne point nous écarter des sentiers de la vertu; de David, à recourir à Dieu par la pénitence, quand nous avons eu le malheur de l'offenser.
Maïs, outre ces avantages que nous offre le sens littéral de TÉcriture sainte, et surtout de Tancien Testament , Dieu a voulu que ce livre renfermât un sens mystique qui n'est pas moins instructif, et que tout ce qui s'est passé sous l'ancienne loi fût comme la fîgm'e de ce qui devait arriver sous la loi nouvelle. C'est ce que nous apprend l'Apôtre dans répitre de ce jour , en développant aux fidèles de son temps ce sens mystérieux. Il leur montra
dans cette nuée, tantôt lumineuse » tantôt obscure^ qui accompagnait le camp d^Israêl , et dans le miracle de la mer Rouge 9 Tlmage du baptême , par lequel les chrétiens sont régénérés; la grâce guidant et éclairant nos âmes, comme la nuée guidait les Israélites et les éclairait dans leur marche, et les eaux du baptême détruisant nos péchés comme les flots de la mer Rouge détruisirent Parmée égyptienne. Après cette première figure TApôtre nous montre celle de réucharistie dans la manne du désert et dans les eaux du rocher : ce pain spirituel nourrissant nos âmes d'une manière aussi miraculeuse que celle dont furent nourris les Israélites pendant les quarante années qui s'écoulèrent depuis leur sortie d'Egypte jusqu'au moment où ils entrèrent dans la terre promise. L'Apôtre trouve de même dans les prévarications de ce peuple, l'image des infidélités par lesquelles quelques chrétiens déshonorent leur baptême ; et, pour les retirer de ces désordres, il leur rappelle la punition infligée aux Israélites rebelles , soit après qu'ils se furent livrés à ridolâirle en adorant le veau d'or, soit après leurs fréquens murmures. Dieu ayant fait périr dans le désert tous ceux qui s'y étaient livrés , sans excepter Moïse et Aaron eux-mêmes ^ exclus de la terre promise pour un simple man que de foi.
L*Apôtre nous prémunit ensuite contre l'excès de confiance et contre le danger de:^ tentations. Gè n'est en effet quo par une attention continuelle sur nous-mêmes, et par une extrême défiance de nos
5) IKSTAUGTI0N8 STTR LES BPtrBES
propres forces que nous pouvons espérer de nou9 soutenir dans Tamour du bien. De ce que nous avons pn résister dans quelques occasions périlletises pour le salul^no^s aurions tort dé conclure que nous potivonff nous exposer au danger. Celui qui aime le péril , dit le sage ^ y périra ( i) ; le plus sûr est de l'éviter , et d^avoir r^coiirs à Dieu. Il permet que nous soyons tentés ; car il n'y aurait point de mérite s'il n^y avait point de résistance ; mais il ne souffre pas que nous le soyons au-delà de nos forces; et la tentation est toujours telle, que non - seulement nous pouvons la surmonter, mais même que nous en pouvons tirer avantage. Le cœur éprouvé par la tentation ressemble à l'or qu'on met dans le creuset; il sort de Tépreuve plus pur, et par conséquent plus agréable
à Dieu.
ÉVANGILE
Saint luCf cb. XIX, ▼. 4^.
Jli!f ce tempB-là, Jésus étant arrivé proche de Jérusalem, et jetant les yeux sur la tîIIc, îl pleui'a de compassion pour elle^ CD disant : Ah 1 si tu reconuàissab ifu moins, en ce four qui t'est donnée ce qui peut. l'apporter la paix; mai&mainienaot tout cela est caché à tes yeux. Aussi il viendra lin temps malheureux pour toi, que tes ennemis t'environneront de trauébécs, qu'ils t'enfermeront et te serreront de toutes parts, qu'ils te raseront et te détruiront entièrement, toi et tes enfans qui sont dans tes murs , et qu'ils ne te laisacront pas pierre sur yierre , parce que tu n'as pas connu le temps auquel Dieu t'a visitée. Étant entré dans le temple, il commença à en chasser ceux qui y vendaient et y achetaient, leur disant : Il est écrit : lia maison est une maison de prière, et vous en faites ua«
(i) Eccli. , III. 37.
ET I.B8 évAlIGIUS. 55
caverne de Toleun. Et il enseignait tout les jonn dans I0 temple.
C'est au moment de son entrée triomphante dans Jérusalem que Jésus-Christ , jetant les yeux sur cette ville 9 et prévoyant tous les malheurs qui bientèt devaient fondre sur elle , à cause du crime qui allait s*y commettre, versa des larmes de compassion. Il avait fait tout ce qu'il fallait pour la sauver tlu malheur qui la menaçait ; il y avait annoncé sa doctrine ; Il s'y était fait connaître par desr œuvres merveiUeuses qui ne pouvaîeut laisser aucun doute sur sa mission. Les Juifs savaient d'ailleurs que les temps marqués par les prophètes pour rarrlvée' d'un libérateur étaient accomplis , et tous les caractères qui devaient dbtlnguer ca libérateur se réunissaient sur Jésus. Il en. était temps encore. Il sufi&sait que ce peuple ouvrit les yeux f et qu'au lieu de rejeter , conune il le fit^ co Rédempteur des nations promis depuis si long* temps à leurs pères, au lieu de ledévouer à la mort» ils crussent en lui. Cette foi devenait pour eux une source de paix et de salut; niais leur aveuglement et leur opiniâtreté les perdirent. L'homme-Dieu fut crucifié , et la vengeance divine ne tarda pas à éclater. Jérusalem fut assiégée par Tite , et souffrît , comme l'avait prédit Jésus, toutes les horreurs d'un siège dont il n'y avait eu jamais eu d'exemple. Onze cent mille hommes y pérurent , le Temple fut détruit pour toujours , et la ville sainte ensevelie sous ses ruines. Telle était l'objet de la douleur du Sapveur et la cause de ses larmes.
56 IRSTBCGTIOIVS Sl^R LCft EpItRES
Cette tendre compassion de Jésus pour Jérusd» lem infidèle est Timage de celle qu^il nous porte à tous. Le Sauveur ne désire pas moiiis' notre salut qu*il ne désirait celui des Juifs, et il n*a pas moins faut pour nous que pdur eux. Si Jésus lui-même avait consacré trois ans de sa vie à leur instruction ; s'il avait confirmé par des miracles la vérité de sa nussion , ne nous a-t*il pas offert ^ ne met-il pas chaque jour à notre disposition des moyens de salut aussi puisans ? Nos temples ne retentissentils pas journellement de prédications ? n'avonsnouS" pos des pasteurs s^és qui nous représentent nos dèf oirs , qui nous reprochent nos viees , qui nous invitent à les dompter en faisant pénitence ?Ne trouvons«nou8 pas dans les sacremens des sources de grâces toujours ouvertes 9 où il né ^ient qu'à nous de puiser? Ne peut-on pas même dire que ce qui était encore un peu obscur pour les JuHs, nous a été révélé d'une manière plus manifeste par les lumières de TÉvangile ? Si done nous ne proli* tons pas nous-mêmes de tant d'avantages qui nous sont présentés , ne sommes-nous pas aussi coupables que les Juifs ? et n'avons-nous pas à craindre le même sort ? Plus nous aurons reçu de grâces , et plus le compte qu'on nous demandera de Fusage que nous en aurons fait sera rigoureux.
Que les larmes de Jésus-Christ et les mérites de sa passion ne nous soient donc pas inutiles ; reconnaissons à temps les avantages qui nous sont offerts, et mettons-les à profit. Il n'y a point de sûreté dans le délai, parce que l'avenir est iucer-
ET LES ÉVAHCrtÉ^; $7
tain , et ne nous appartient pas. De méme\ iit saint Pierre , qu*un larron se glisse furtiyetneUFt pendant la nuit pour surprendre ceux qu'il vent voler, de même le jour du Seigneur viendra au moment qu'on s'y attendra le moins (i).
Apprenons encore de cet évangile à nous com* porter dans les^ëgUses avec le respect et le recueillement dus à la sainter<rdu li<;n. Songeons qu'elles sont la maison de la prière , et que 9 la religion les ayant consacrées au culte que l'on rend à Dieu , nous devons ne nous y rien permettre qui ne réponde à cette haute destination, a Si quelqu'un profane le temple de Dieu, dit l'Apôtre, Dieu le perdra » (2).
roua LE X« DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE.
ÉPITRJE.
/. ép. fie fiaiat Paul aux Corint/t., cb. XII, v. a.
JVIb8 frères, tous vous souvenez bien qu'étant païens, Sùwt Tons laissiez en traîner, selon qu'on ▼eus. menait, vers les idole» muettes. Je vous déclare donc que nul houinSc, païUnt par l'esprit de Dieu , ne dit aoalhème à Jésus ,,et que nul ne peut cooiesscr que Jésus est le Seigneur, sinon parle Sainl-Ësprit. Or, il y a diversité de duns spirituel; mais il n'y a qu'un nème Esprit. Il y. a diversité de mioUtères ; inais il n'y a qu'un neul Seigneurv, Et il y a diversité d'opérations surnatai relies ; mais il n'y a qu'un qaéme Dieu gui opère tout en ious. Or , les dons du Saint-Esprit , qui ^^c font connaître au-dciiorb , sont donnés à chacun pour Tutilité de l'Eglise. L'un reçoit du
(1) II. ëp. de saint Pierre, UI. ^o. {•») I. e'p. aux Corintfa. , III. s>
56 nSTAIJCTIOKS BV% LES ÉPÎTBSS
Saînt-Esptît le don de parler dam une haute sagesse ; un autre reçoit du même Ei»prit le don de parler avec scienoe; un antre feçoit le don de la foi par le même Esprit ; un autre reçoit du même Esprit la grâce de guérir les maladies; un autre le don de faire des miracles; un autre le don de prophétie ; un autre le don du discernement des esprits; un autre le don de parler diverses langues ; un autre le don de l'interprétation des langues. Or , c'est un seul et un même Esprit qui opère toutes ttt choses » dntrîbuant à chacun les dons selon qu'il lui plaît.
Les Corinthiens, auxquels TApôtre adressait cette épltre , sortaient des ténèbres de ridolàtrîe. C'était lui qui leur avait prêché TÉvangile, et qui, par deS; travaux assidus, était parvenu à les convertir. Il avait appris que des dissensions s'étaient élevées dans cette église naissante, qu'il y régnait des désordres, et que, sans songer que leurs frères en étaient scandalisés , quelques-uns mangeaient de la viande des victimes immolées aux idoles. C'est pour ramener les Corinthiens à l'unité de sentimens, et pour corriger ces désordres que saint Paul leur écrit. Il leur rappelle le misérable état dans lequel ils vivaient quand ils étaient païens ; quand , au lieu de rendre au vrai Dieu des hommages qui ne sont dus qu'à lui seul, ils adoraient des idoles muettes. Il leur fait sentir combien est grand le bonheur qu'ils ont eu d'être appelés à lafoi , et. combien il serait honteux pour eux que , deve* nus les disciples de Jésus-Christ , leur conduite ne fût pas digne de cette sainte vocation. Comme plu* sieurs docteurs avaient prêché à Corinthe, et que chacun s'était attaché à celui qui lui plaisait le plus, il leur fait entendre que, comme il n'y a qu'an
El LKS ÉYAKGUBS. SQ
Dieu, qu*une doctrine , il ne doit y avoir qu'un seul esprit.
Il parle ensuite des dons divers par lesquels Dieu manifestait sa puissance dans les premiers temps du christianisme 9 sans doute pour en faciliter la propagation. Ces dons étaient celui des langues , le don de (aire des miracles et le don des prophéties. On ne peut douter que ces doQS n'aient été accordés aux premiers disciples. Sans le don des langues, comment eussent-ils pu annoncer rÉvaugile à tant de nations différentes , et comment ces hommes sans études, et presque tous nés dans le même pays , en auraient*ils été entendus ? Les Actes des apôtres rapportent divers miracles faits par saint Paul; et quant au don de prophétie, on voit dans ces mêmes Actes qu'un certain Agabus (1), ayant rencontré cet apôtre dans ses voyages , lui prédit qu'il serait lié à Jérusalem , c'est-à-dire mis aux fers , et que les Juifs le livreraient aux gentils : prédiction qui s'accomplit peu de temps après. Si ces dons n'existent plus aujourd'hui, c'est que, la religion étant établie^ ils ne sont plus nécessaires comme ils l'étaient alors.
Mais comme, ces dons surnaturels venant de bien 9 c'était un devoir pour ceux à qui ils étaient départis de les employer à son œuvre , c'en est un aussi pour tous les fidèles de faire un bon usage non-seulemeut des grâces que Dieu leur siccorde , mais encore des dons naturels el des biens temporels dont il daigne les favoriser. Étes-vous riches ,
(1) Actes , XXI. to.
6o IRSTBVGTIOHS SVB LES EPtTBI»
sachez rfue ce n'est pas puur vous seuls que Dieu vous agratiiiés des biens tle la fortune» et qu'ail ne vous a constitués que les économes 9 et pour ainsi dire les intfndans des pauvres, à qui vous devez compte de votre superflu. Jquîsscz-vous par vos places ou par votre naissance d'un crédit èminent, vous vous tromperiez beaucoup dans Tordre de la religion si vous croyiez que ce crédit 9 que ce grand pouvoir ne vous ont été dtinnés que pour votre avai)ta[;;e personnel et celui de vos proches, et si vous oubliiez que Dieu ne vous a mis audessus des autres que pour être le protecteur du faible, pour défendre la veuve et l'orphelin , et pour les relever de l'oppression. Êtes-vous doués de grands talens^ apprenez qu'i]|^ ne vous ont point été donnés pour votre seul plaisir, pour votre utilité particulière, mais puur en faire un sage emploi, un emploi qui soit avantageux à la société et à la religion. C'est^donc aussi Tesprit de Dieu qui doit régler l'emploi des dons naturels ; et, loin d'être des avantages, ils seraient pour nous des occasions de perte, si nous ne nous en servions pas pour notre salut et pour celui des autres.
ÉVAUGILE.
Saint lue , cb. XVIII , t. 9.
Vjn ce temps -là , Jésus dit cette parabole à quelques-uns qui mettaient leur confiance en eni-roémes, comn>e élant fnstes, et qui méprisaient les autres : Deux hommes montèrent dana le Temple pour y foire leur prière; l'un était pharisien, et l'autre publicain. Le pharisien, se tenant debout , priait ainsi en lui-mépic : Mon Dieu , je voua rends grAces de ce que jt
ET LU AyAKGILBS. 6i
ne suis point comme le reste des hommes » qui sont voleurs t iojuâtes et aduUëres, ni même comme ce publicaiiu Je jeûne deux fuis la semaine ; je donne la dime ie tuut ce que je possède. Le puhlicalot au contraire, He tenant bien loin, n'osait seulement lever les yeux au ciel; mais il Trappaît sa poitrine, en disant : Mou Dieu, ajes pitié de moi, qui muîs un pécheur. Je roun déclare que celui-ci s'en retourna justifié^ et non pas l'autre ; car quiconque s^ëiève sera abaissé f et quiconque s'abaisse sera élevé.
Celui qui se croît juste , et pense n'avoir rien à se reprocher, se connaît onlînaî renient bien mal. Quand on descend au fond de son cœnr , et qu^on examine sa conscience avec un œil impartial, combien on se trouve petit » faible, pauvre de moyens et de vertus 1 D'où vient donc la présomption , si ce n'est de ce que nous nous en imposons, ou de ce que nous vouions en imposer aux autres ? L'or- Çueii, dit le sage, est également abominable à Dieu et aux hommes (i); de ce vice naissent la folie confiance en soi-même, les illusions de Tamour-propre, et le mépris d'autrui. Rien n'est plus propre à nous guérir de ces travers que la parabole de l'évangile d'aujourd'hui. Elle nous offre, d'un côté, un prétendu juste enflé de présomption et s'adressant à Dieu , moins pour le prier et s'humilier devant lui que pour lui vanter ses vertus, lui parler de ses bonnes œuvres, et montrer sou mépris pour le reste des hommes. Il est debout, et dédaigne pour ainsi dire de fléchir le genou devant la Divinité. Je vous rends grâces, dit-il , de ce que je ne suis point comme les autres hommes,
(i)£ccli.,X.VIL
6% rasTEtcnoHS 8v& lbs ApItebs
Toleur, injugfe, débauché. Vous reudez grâces, dit saint Augustin (i) ; vous reconnaissez donc que ces vertus, si vous les avez 9 ne viennent pas de vous. £t alors de quoi étes> vous si glorieux ? Vous ètes-vous £siit vous-même ? Êtes-vous votre propre ouvrage? C'est de Dieu que vous tenez le peu de bien qui se trouve en vous. Rendez-lui en gloire , et ne vous l'attribuez point. Cet homme superbe fait plus encore ; non content de se vanter, c'est avec le mépris le plus insultant qu'il traite autrui : Et de ce que je ne suis pas, dit-il, comme ce pubiicain. Le pubiicain , au contraire , avait à peine osé franchir le seuil du Temple; il se tenait éloigné, n'ayant pas même la hardiesse de lever les yeux vers le ciel ; il priait prosterné et se frappant la poitrine. Mon Dieu , disait-il , je ne suis qu'un pécheur, je reconnais mon indignité; mais vous êtes bon, vous êtes miséricordieux, ayez pitié d'une pauvre créature. Quel jugement porta Jésus de ces deux hommes? Il déclara que le pubiicain sortit justifié du Temple, et qu^il n'en fut pas ainsi du présomptueux , qui se croyait si juste.
Cet évangile nous offre une double instruction , l'une que le Seigneur daigne lui-même nous donner de sa bouche, savoir, que quiconque s*élëve sera abaissé , et que celui qui s'abaisse sera élevé. Gardons-nous donc de l'orgueil. Ce n^est pas sur Testime que nous faisons de nous-mêmes qu'on nous apprécie. Autant la modestie relève le mé-. rite , autant la présomption le dégrade.
(1) Enarrat. 11. în ps.
BT LES ivAVGrus. 6S
L*autre instruction qui nous est offerte dans cet évangile concerne la manière de prier. Prions comme lepublicain; que notre prière soit humble, fervente 5 confiante. Méconnaissons devant Dieu que nous ne sommes que néants que nous ne pouvons rien que par lui ; et implorons sa miséricorde. La prière humble et faite du fond du cœur est agréable à Dieu, et il l'écoute.
POUE
LE XP DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE.
ÉPITRE
Saint Paul, I. ép. auar Corinth, , ch. XV , r. i.
JtIbs frères, toui ayant annonciS l'Évangile qae vous avei reçu , dans lequel vous demeurea fermes , et par lequel tous TOUS sauves , je crois maintenant vous devoir faire souvenir de ce que je vous ai prêché en voua l'annonçant, afin que vous voyez si vous l'avez retenu, pubque autrement ce serait en Tain que vous auriez embrassé la foi. Car, premièrement, je vous ai enseigné et comme donné en dépôt ce que j'avais moi-même reçu ; savoir , que Jésus-Christ est mort pour no» péchés, selon les «Écritures; qu'il a été enseveli, et qu'il, est rcuusdté le troisième jour, selon les mèmea Écritures; qu'il s*est fait voir i Géphas , puis aux douze ; qu'après il a été vu en une seule fois de plus de cinq cents frères, dont il j en a plusieurs qui vivent encore aujourd'hui , et quelques-uns sont déjà morts; qu'ensuite il s'est fait voir à Jacques , puis à tous les apôtres; et qu'enfin, après fous les autres, il s'est fait voira moi-même , qui ne sais qu'un avorton; car je suis le moindre des apôtres, et je ne suis pas digne d'être appelé apôtre, parce que j'ai persécuté l'Église de Dieu. Mais c'est par la grâce de Dieu qne je suis ce que je suis , et la grâce qu'il m'a dowiée n'a point été stérile en moi.
64 INSTBTJGTIOMS SVR LBS BPItAES
Les deux principales vérités dont rApôtre croit devoir faire souvenir les fidèles auxquels il écrit, sont, la passion de notre Seigneur, suivie de 8a . mort douloureuse, et sa glorieuse résurrection. £n effet, la mort de Jésus-Christ |)our racheter les hommes du péché , et sa résurrection , doivent être regardées comme les fondemens sur lesquels est appuyé tout Téditice du christianisme. Si Jésus- Christ est mort pour nous, et si après être mort il est ressuscité, il n'y a plus aucun doute sur sa mission. Dès - lors il demeure certain qu'il est Dieu, comme il Ta annoncé ; qu'il a pris un corps et une âme dans le sein d'une vierge , comme le disent les Écritures ; et que son infinie miséricorde envers le genre humain, dégradé de son état d'innocence par la faute de nos premiers parens, l'a porté à nous rétablir dans nos droits originels , et à nous délivrer de la servitude du péché. £nQo, si Jésus-Christ est véritablement ressuscité , il n'y a pas de doute que la doctrine préchée par le Christ, et répandue dans le monde entier, ne soit la véritable parole de Dieu , à laquelle nous devons tous nous attacher, et qui seule peut nous conduire dans les voies du salut.
Il n'est donc pas étonnant que saint Paul, pour confirmer dans la foi les nouveaux fidèles a^ixquels il avait prêché l'Évangile, rappelle à leur mémoire ces deux giauds mystères, et leur en remette les preuves sous les yeux en citant les diverses apparitions du Sauveur aux disciples avant de monter au ciel , et en inforniant les Corinthiens de celle dont lui-même avait été favorisé*
BT LB8 ÉVAKCILB8. 65
Il n'est pas moins néoessaire , et il ne sera pas moins profitable pour nous de repasser souvent dans notre esprit ce qui nous a été enseigné touchant ces deux mystères. En songeant à la passion du Sauveur 9 nous nous rappellerons que c'est pour nos pécbés qu'il a souffert ; et que 5 puisqu'il a daigné souffrir pour nous, il y aurait autant d'ingratitude que de danger à ne point faire tout ce qui dépend de nous pour ne pas encourir de nouveau sa disgrâce : cette pensée salutaire nous soutiendra dans les occasions de chute. Quel est celui qui, en se pénétrant bien qu'un Dieu est mort pour lui > ne serait pas par cela seul détourné de l'offenser ?
Le souvenir de la résurrection du Sauveur ne nous sera pas moins utile. En pensant que Jésus est ressuscité 9 nous nous rappellerons que nous devons aussi ressusciter un jour 9 mais qu'il est pour les hommes deux sortes de résurrection : l'une glorieuse, réservée aux justes; l'autre à )a«> mais déplorable, parce qu'elle sera le commencement d'un malheur éternel : pensée effrayante, mais pourtant salutaire 9 puisque rien n'est plus capable de nous faire rentrer en nous-mêmes , et de nous porter à régler tellement notre vie , que nous puissions obtenir miséricorde à l'heure de
notre mort.
EVANGILE
Saint Matthieu, ch. VU, v. 3i.
Ëx ce temps-là, Jésus quitta les confias de Tyr et de Sidon » et viot près de U mer de Galilée, passant au milieu du pays de Décspoiis. Et quelques-uns lui ayant pcésenlë on bommt
66 nVSTRVCTIONS 817B US épfTRES
qui ^tait sourd et muet , le suppliaient ^de lui iinpoB«r (es maÎDS« Jésus, le tirant donc de la Toule du peuple, et le pre* nsDt à part , lui ODit «es doigts dans les oreilles et de la salive sur la langue; et levant les yeux au ciel , il jeta un soupir, et lui dit ; Ephpheta, c'est-à-dire, ouvrez-vous. Aussitôt ses oreilles furent ouvertes et sa langue fut déliée, et il parlait fort diKtinctement. Il leur défendit de le dire à personne; mais plus il le leur défendait , plus ils le publiaient, et ils disaient , dans l'admiration et le ravissement extraordinaires où il» étaient : Il a bien fait toutes choees* Il a fait entendre lea sourds et parler les muets.
Il est bien remarquable 9 en lisant FËvangile , qne Jésus ne fait presque point un pas sans le si* gnaler par des merveilles et des bienfaits. Il venait de guérir la fille d'une Cananéenne. On lui présente un homme sourd et muet , en le priant de lui imposer les mains. Le Sauveur en a pitié 9 et lui rend l'onie et la parole. Avec combien de raison doit être appliqué à Jésus cet éloge mémorable : 11 est passé en faisant le bien ! (r)
Mais Jéstis est notre modèle , et Ton nVsst vrai chrétien qu'en Timitant. Nous devons donc aussi ne perdre aucune occasion de faire le bien suivant nos facultés.; et ce n'est que par ce moyen que nous pourrons accomplir le grand précepte de Tamour du prochain. Il n'y.a point d'état , quelque dénué qu'on le suppose des faveurs de la fortune, qui n'en ait assez pour en aider un autre; et il n'y a pas de bien , de secours , quelque mrqces qu'ils paraissent, dont Dieu ne nous tienne compte. < Un verre d'eau , dit Jésus, donné en mon nom, n«
il) Aclet , X. 38.
BT LES SVA5G1LES. (^7
perdra pas sa récompense ; » et Tobole de la veuve fut plus agréable à ses yeux que les riches doQS des grands. Le devoir de la bienfaisance est donc imposé à tout le monde y et il n*y a d^exception pour personne.
Ce même évangile nous cJOTre plusieurs autres sujets de considération. Nous y voyons 9 quand le sourd-muet est présenté à Jésus, ^ue le Sauveur le retire de la foule et le prend à part : c^est en particulier qu*il le guérit. Il doit en être ainsi du bien que nous voulons faire : c'est bien moins en public qu'en secret que nous devons exercer notre bienfaisance. Dieu veut que Ton fasse le bien pour Tamour de lui y pour le bien lui-même , et non pour être vu des hommes, c Quand vous faites Tauraône^ nous dit Jésus , que votre main gauche ne sache point ce qu'a fait votre main droite (i)> ; et il déclare en même temps que ceux qui ont fait le bien pour être loués des hommes ont déjà reçu leur récompense (a) ; c'est-à-dire que > leur vanité étant satisfaite 9 ils ont obtenu l'avantage qu'ils cherchaient 9 et que cette bonne action ne leur sera pas imputée pour la vie éternelle. Il semble même qu'en interdisant au sourd-muet, et à ceux qui avaient été témoins de sa guérisou, de la publier, il nous ordonne non-seulement de cacher nos bonnes actions, mais même d'exiger de ceux qui en sont les objets ou les témoins de ne pas en parler : ce qui pourtant n'oblige pas ceux-ci , puisque nous voyons par cet évangile que plus Jésus défendait de parler
CO Blatlh. . VI. 3. (a) Ibul, Vf. «.
68 iivsTiireTioNS sur les épItass
de ce nouveau miracle , plus ils le publiaient en rendant gloire à celui qui l'avait opéré. 11 est à remarquer néanmoins quMl est des bonnes actions qu'il ne faut pas craindre de faire en public y si elles tendent à l'édification du prochain ^ et s^ii peut résulter quelque avantage du bon exemple. Ënfin'cet évangile nous rappelle notre baptême et les promesses que nous y avons faites. Ce mot, mystérieux et si puissant dans la bouche du Sauveur, ephpheta, ouvrez- vous, a aussi été prononcé sur nous pour que nos oreilles s'ouvrissent aux vérités de la foi et aux préceptes de l'Évangile. Elles se sont en effet ouvertes par la vertu de ce mot; mais depuis, par notre négligence, par le peu de soin que nous avons eu d'entretenir la grâce , par les suggestions du monde , ne se sont-elles pas refermées ? C'est sur quoi il nous faut réfléchir attentivement, puisqu'il y va du plus grand de nos intérêts , de Tintérêt de notre salut éternel.
POTî»
LE XIP DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE.
ÉPITRE
Saint Paul, II, ép, aux CorinUi», ch, III , v. 4*
JVIks frères, c'est par Jé^us-Chriat que nous avons une si grande confiance en Dieu : non que nous soyons capables de former de nous-mêmes aucune bonne pensée « comme de nous-mêmes; mais c'est Dieu qui nous en rend capables, et c'est lui auMÎ qui nous a rendus capables d'êtr« les ministres
de la nouvelle alliance» non pas de la lettre, niais de l'esprit; car la lettre tue, et Tesprît donne la tic. Que si le mioistère de la lettre gravée sur des pierres , qui étaient un miaistère , de mort, a été acccnupagné d'une telle gloire, que les cnFans' d'Israël ne pouvaient regarder le visage de Moïdc à cause de la gloire et de la lumière dont il éclatait , qui devait néanmoins finir, combien plus le ministère de l'esprit doit-il être glorieux ! Car si le ministère de la condamnation a été accompagné de la gloire, le ministère de la jusiice en aura incomparablement davantage ; et cette gloire niémL* de ij> loi n'est point une véritable gloire, si on la compare avec la sublimité de celle de l'Évangile. Car si le ministère qui devait finir a été glorieux, celui qai durera toujours doit Tûtre beaucoup plus.
Deux vérités principales sont l'objet de l'instructiou que TApôtre donne aux fidèles de Corinthe dans cette épitre. La première , c'est que^ déchus, par le péché de nos premiers parens, de nos prérogatives originelles, réduits par cette chute à un état de faiblesse qui ne nous permet de rien pouvoir par nous-mêmes , nous ne fus.<?ions jamais sortis de Tabime de maux où nous étions plorngéâ, si nous n'eussions été réhabilités dans nos droits primitifs par une réparation suffisante pour apaiser la colère divine; et cette réparation, c'est Jésus-Christ qui l'a offerte à son père par amour pour les hommes. 11 est donc vrai, comme le dit l'Apôtre , que nous ne sommes capables de rien par nous-mêmes. Ni bons désirs , ni bonnes pensées , BÎ bonnes actions ne sont en notre pouvoir , à moins d'un secours qui nous vienne d'en-haul; et ce secours c'est la grâce. Cette grâce est pour l'homme la source de tous biens. C'est par la
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grâce que uous avons été appelés à rinestimable bienfait d*ètre chrétien. C'est la grâce qui nous a purifiés quand nous avons été régénérés dans les eaux du baptême. C'est la grâce encore qui excite en nous un repentir salutaire quand, après avoir cédé à la faiblesse humaine et être tombés dans quelque faute , nous nous relevons de notre chute par le sacrenîent de pénitence. En un mot , c'est la grâce qui est le principe et la cause de toutes nos bonnes œuvres , et qui leur donne l'esprit de vie. Il suit de là que f quelque bien quer nous fassions , nous n'avons point à nous en glorifier, et que nous devons le rapportera Dieu, son principe et sa cause» puisque ce bien ne vient pas de nous , et que nous ne pourrions le faire de nous-mêmes : pensée bieu propre, en excitant notre reconnaissance, à rabais^ ser notre orgueil et à nous maintenir dans les sentimens d'humilité que recommande l'Évangile !
Nous devons en conclure encore que , ne pouvant rien pour notre salut sans le secours de la grâce, nous ne devons pas nous lasser de la demander. Nous savons, et la foj nous l'apprend, que Dieu ne la refuse pas à ceux qui le prient aveclèâ dispositions convenables.
La deuxième vérité que l'Apôtre établit dans cette épttre, c'est la prééminence de la loi évangélique siar celle de Moïse, et la rare excellence dp la première. La loi de Moïse, ^dit l'Apôtre, ne consistait que dans le ministère de la lettre gravée sur des pierres. La loi de Jésus-Christ n'est pas seulement gravée sur des pierres, mais dans le
ET LES EVAHCILE8. 7I
cœur. La loi de Moïse n'avait été donnée que poar un temps; la loi de Jésuft-Ohri^t doit durer fu8(|u*à la fia des siècles. La loi de Moïse » sans Tespérance en Jésus-Clirîst , ne justifiait points et ne donnait point de droit à la vie éternelle. La loi de Jésus* Christ est établie sur Tespérance et la promesse de cette>ie bienheuietise qui ne doit jamais finir, et dont la possession est assurée ,'par les mérites de notre âcsifneiir Jésus-ÇlibçUt , à, ceux qui sauront mériter qu'ils leur soient appliqués , par Icut dociiité. ^jmàk fwm les inspirations de la grâce et leur cxactiNp^ à accomplir les deux gfrauds préceptes, vrai de ^re que la gloire de la loi de trée il la gloire de la nouvelle loi, të, comme le dit l-Apôtre, une véritable gloire^ tandis qu^il ne mancfue rien à la gloire et k la suUimilé de TÉvangile.
ÈVA^ÔlLE.
" Saint Luc, ch. X, ▼. 93.
£<> ce temps -là, Jésus dit i ses disiciples.: Heureux sont lei yeux qtii voient ce que vous voyez ; car |c vous déclare que beaucoup de prophètes et de roiii out soubaîlë de voir ce qao ▼ousToyoty et ne l*ont.pas vu; ci d'entendre ce que tous cntendet^' et ne l'ont point entendu. Alors un docteur de la loi) se IcVantft lui dit pour lé tenter : Maître, que faut-il que jeTasse pour posséder la vie éterneUe ? Jésus lui répondit : Que porte la loi? Qu'y lîsez-vous ? \i lui dit : Vous aimerea le SeigDeiiir-90tre Dieu^de tout votre cœur^ de toute votre âme» <le toutes vos forces et de tout votre esprit , et votre prochain comme vous-même. Jésus lui dit : Vous avez fort bien ré« pondu ; faites cela, et vous vivrez. Mai;} cet homme, voulant faire paraître qu'il était juste, dit à Jésus : £t qui est mon
7 2 iNSTBucrnoifs sur les épîtres
• prochain f Et'Jéflus, prenant la parole, lui dit : Un homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho tomba cotre les mains des voleurs, qui le dépouillèrent, le couvrirent de plaie.<( ; et s'en allèrent, le laissant à demi-mort. Il arriva ensuite qu'un prêtre descendait par le même chemin, lequel, l'ayant aperçu, pas^a outre. Un lévite, qui vint aussi an même lieu, l'ajant considéré, passa outre encore. Mais un Samaritain passant son chemin à l'endroit où était cet homme, et l'ajant vuj en fut touché de compaission. 11 s'approcha donc de lui, il versa de l'huile et du vin dans ses plaies, et les handa ; Tajant mis sur son cheval, il iVmmena dans rhôttllerîe , et
* eut grand soin de lui. Le lendemain, en s'en aUant, il tira deux deniers qu'il donna à l'hôte , et loi dit : Ayez soin de cet homme, et tout ce^uc vous dépenserez de plus, je vous le rendrai à mon retour^ Lequel de ces trois vous semble-t>il avoir été le prochain de celui qui tomha entre les mains des voleurs? Le docteur lui répondit : Celui quia exerce la miséricorde envers lui. Allez donc, lui dit Jésus, et faites de même. *
Hevbevx sans doute étaient cenx qui voyaient Jésus et qui pouvaient Feutendre, surtout s'ils le voyaient avec les yeux de la foi , et si leurs cœurs étaient disposés à profiter de ses diverses leçons ! Les patriarches et les prophètes avaient souhaité de jouir de cet avantage, comme Jésus lui-même Tatteste en disant : « Abraham a désiré avec ardeur de voir mon jour » (i). Le bonheur qu'Abraham n'eut qu'en esprit fut accordé à ses enfans en réalité ; mais il s'en fallut beaucoup que la plupart sus^nt en tirer du fruit* Nous voyons , au contraire , dans rÉvangile , que les plus instruits d'entre les Juifs, tels que les docteurs de la loi et les pharisiens , cherchaient bien plus à trouver des
CO Jean , VIII. 56.
ET ItS ÉVAKGllES. ^5
torts à Jésus et à le surptendre dans ses paroles , qu*à profiter de sa doctrine. Cet évangile nous en offre un exemple ^ans la question que fait au Sauveur un de ces hommes , qui le suivaient bien plus par curiosité qu'avec des intentions droites et Tenvîe de s'instruire. Sa question , au reste ^ nous a valu une des pïus belles et des plus instructives paraboles que contiennent les livres saints. C'est dans cette parabole que se troxive déployé de là manière la plus touchante en quoi consiste et jusqu'où s'étend la charité chrétienne, bien supérieure à l'idée que se formaient les Juifs du précepte de l'amour du prochain. La loi apportée par Moïse disait bien : Vous aimerez votre prochain comme vous-même; mais qui était ce prochain ? Chez ce peuple, toujours attaché à des idées charnelles , les uns pensaient que 9 pour être le prochain d\ui Juif, il fallait être Juif; les autres qu'on ne devait pas regarder les méchans et les gens vicieux comme san prochain. Ils mettaient , en un mot , des exceptions de toutes les sortes à nu précepte qui, sous rÉvangile , ne doit point en souffrir ; et peut-être de ces différentes manières de penser venait Findifféreace que témoignèrent le lévite et le prêtre qui passèrent près de l'homme blessé sans lui donner aucun secours, par la raison sans doute que, leur étant inconnu, ils ne le croyaient pas leur prochain.
Jésus, par sa parabole, nous montre que cette raison ne dispense point du précepte de la charité, et que notre prochain est toutç personne qui .a 2. 4
^4 IRSl&UCnOHS SVB IBS EPtlRES
besoin de notre secours. £a effet, le Samaritaii^ charitable qui s*approche de l'homme blessé in| s'informe point de lui qui il est. Il le voit malheureux^ nageant dans son sang et dénué de tout aide; cela lui suffit. Il s'empresse de bander ses plaies ; il le met sur son cheval ; il Temmène à l'hôtellerie 9 et paie pour qu'on en prenne soin. Qu'il nous suffise donc, à son exemple, de savoir que quelqu'un est dans le malheur pour voler à son secours et l'aider selon nos moyens ; et que cette parabole nous apprenne que ce ne sont pas seulement nos parens , nos amis , nos compatriotes , ceux qui sont de notre religion , les gens qui nous plaisent ou que nous connaissons, qui sont notre prochain , mais tous les autres hommes en général , sans excepter même ceux dont nous avons à nous plaindre et qui nous baissent. Modelons, autant que notre faiblesse le comporte , notre charité sur celle de Jésus-Christ. Il a aimé tous les hommes jusqu'à- mourir pour eux. Il n'en a excepté aucun du bienfait de la rédemption. Que notre charité ne fasse aussi parmi les hommes aucune exception. '
POUB
LE XIIP DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE.
ÉPITRE
Saint Paul mue Gâtâtes, cb. III , y. ii.
iVl B8 frères , il est clair que nul par la loi n'e^t justifié devant Dieu, puisque, ««^on VÉorUw^f le juste vivra par la foi. Or^
ET LES BVAHGILBft. 76
la lo! ne «'appuie point sur la foi, mais tur les o'utifVf, en disant : Celui qui observera ces préceptes, y trouvera la vie. Maïs Jésus-Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi , s'élant rendu lui-même malédiction pour nous, selon qu'il est «dit : Maudit est celui qui est pendu au bois, afin que la bénédiction donnée à Abraham fût communiquée aux gentils en Jésus-Christ, et qu'ainsi nous reçussions par la foi le Saint- Esprit, qui avait été promis. Je me servirai de l'exemple d'une chose humaine et ordinaire. Lorsqu'un homme a fuit un contrat ou on testament qui a été confirmé, nul ne peut ni le casser n'y y ajouter. Or, les promesses de Dieu ont été faites à Abraham et à sa race. L'Eoritnce ne dit pas à ceux de sa race » conome s*il en eût voulu marquer plusieurs ; nuis à sa race, c'est-à-dire à l'un de sa race, qui est Jésus Christ'. Ce que je veux donc dire, est que Dieu , ayant fait comme un contrat et nne alliance avec Aéraham touchant Jésus-Christ, la loi qui n'a été donnée que quatre eent trente ans après , n'a pu la rendre nuUe, ni anéantir la promesse £aite à Abraham. Car si c'est par la loi que l'héritage nous est donné, ce n'est donc plus par In promesae. Or, c'est par la promesse que Dieu l'a donné à Abraham. Pourquoi donc la loi , a i-dU été étaéiief Ça été pour faire connaUre les crimes qu'on oammettaU en (a vMatU, jusqu'à l'avénement de ce fils à* Abraham^ au regard doquel la promesse avait été faite ; et cette loi a été donnée par le» anges , par l'entremise d'un médiateur. Or , un médiateur n'est pas d'un seul, et il n'y a qu'un seul Dieu. La loi donc est-elle contre les promesses de Dieu P Nullement , car si la loi qui a été donnée avait pu donotir la vie , on pourrait dire alors avec vérité que la justice s'obtiendrait par la loi. Mais la loi écrite a comme renfermé tous les hommes sous le péché, afin que ce que Difu avvt pronûsfût donné par Ja foi de J4lsus-Christ à ceux qui croiraient en lui.
Lbs Galates, auxquels saint Paul adiresse œtte épitre » étaient les descendans d'une coloaie gauloise qui s'était établie en Asie environ deux cent
^6 IKSTBOCnONS SVK LES CPÎTAES
soixante-douze ans avant Jésus-Christ ^ à la suite d'une guerre que ces peuples avaient portée dans la Grèce. Ils habitaient une partie de l'ancienne Phrygie , et ils lui avaient donné le nom de Galatie 9 qui marquait leur origine. On les appelait aussi Gallo-Grecs 9 c'est-à-dire , Gaulois^mèlés aux Grecs établis avant eux dans ces contrées. Les Actes des apôtres nous apprennent que saint Paul leur avait annoncé l'Évangile. Il paraît que quelques partisans du judaïsme avaient un peu altéré la pureté de la doctrine qu'il leur avait prèchée, et avaient voulu les astreindre aux observances, de la loi de Moïse. C'est pour les mettre à l'abri de cette erreur que l'Apôtre leur écrit. Il établit dans sa lettre que la foi est le principe de toute justification; que la loi de Moïse n'avait été instituée que pour un temps; qu'elle a dû céder à loi nouvelle y et qu'elle n'est plus nécessaire après la venue du Messie ; que ce n'était qu'en ce Messie qu'on pouvait être sauvé , et qu'Abraham et tous les saints personnages de l'ancien Testament n'avaient été justifiés que par la foi en la promesse d'un réparateur y suivant ces paroles de l'épi tre aux Romains (1) : « Abraham a cru, ei il lui a été imputé à justice.
Sur la foi, en effet, est établie toute l'espérance
chrétienne. Sans la foi, plus d'incarnation , plus de
rédemption , plus d'attente d'une vie future. Si
' nous ne croyons pas fermement que Jésus-Christ
est Dieu ; si nous ne croyons pas que par amour
(i) £p. aux Romains , IV. 3.
pour nous il s^est revêtu de la nature humaine , qu'il est mort pour nous racheter ; si nous ne croyons pas qu'après avoir été mis dans la tombe , il est ressuscité 9 nous sommes les plus malheu- . reuses de toutes les <;réatures , puisque nous tom* bons dans un vague effrayant au sujet de notre sort futur, et que nous restons dépourvus de toute , idée consolante pour Taveuir. Tout tient donc, et notre bonheur tient essentiellement à la foi : aussi est^elle mise au premier rang parmi les vei*tus nomimées théotogates ou divines ^ comme pour faire entendre qu*elle est le fondement des deux autres.
L'Evangile est plein de traits qui attestent la nécessité et la puissance de la foi : c*est de la foi que Jésus- Christ demande d'abord à ceux qui s'adressent à lui pour en obtenir quelques grâces , et c'est à la foi qu'il les accorde. Le centenier sollicite la guérison de son serviteur; Jésus-Christ le guérit en faveur de la foi que cet officier lui montre (1) ; c'est à cause de la foi que le Sauveur trouve dans ceux qui le lui présentent, qu'il rend au paralytique l'usage de ses membres (2). La femme affligée d'une perte de sang doit aussi à la foi d'en être délivrée (5) ; c'est à leur foi que les deux aveugles doivent le recouvrement de la vue , etc. Il serait aisé de multiplier ces exemples.
Si d'un côté la foi opère toutes ces merveilles, de
(\) Matlh. , VIII. 10. (3) Matlb. , IX. aa.
(9) Jdid. IX. 3.
70 fflSTBVCTIOnS 8tE tES BPÎTAES
l'autre le manque de fiai est toujours ou puni , on vivement réprimandé. Les disciples s'effraient pendant la tempête qui menace la frôle barque où ils sont avec Jésus. Le Sauveur leur reproche leur timidité et les appelle des hommes de peu de foi(i). Pierre marchant sur les eaux, hésite un moment , et dès que sa foi s'affaiblit, il sent qu'il enfonce (a). Les disciples ne peuvent guérir un enfant malade qui leur est présenté ; ils en demandent la raison au Sauveur ; c'est à cause de votre incrédulité , leur répoud-il (3). L'Apôtre enfin déclare qu'il n'y a de véritables enfans d'Abraham que ceux qui ont la foi.
Le manque de foi est également puni sous l'ancien Testament. Moïse et Aaron doutent tin moment aux eaux de contradiction (4) 9 Dieu les en punit en déclarant qu'ils n'introduiront pas son peuple dans la terre promise : « Foi consolatrice , dit un auteur moderne, tu fais plus que transporter les montagnes, tu soiïlèves les poids accablans qui pèsent sur le cœur de l'homme (5).
ÉVAliGILE.
Saint Luc, ch, XVII, v. ai.
r!iH ce temps-là» comme Jésus aUaît à Jérusalem, et passait par le milieu de la Samarie et de la Galilée, il entra dans un village où il rencontra dix léprcui qui s'arrêtèrent loin de lui ; ëlevapt leurs voix, ils lui dirent : Jésus, notre maître , ayez pilid de nous* Lorsqu'il les eut aperçus, il leur dit : Allez
(0 Mallb., VIII. î6. (4) Nombre, XX. a^.
(-») Jbid. XIV. 3i. (5) Génie <lu cfarislianisnie , pre-
(3} Jbid, XVIt. 19. mière partie , liv. II , ch. 3.
vous montrer aux prêtres. Biais 9 comme ils j allaient,' ils furent guéris. L'uq d'eux, voyant qu'il avait été guéri, retourna sur set pas , glorifiant Dieu à haute voix , et vint se jeter aux pfeds de Jésus , le visage en terre, pour lui rendre grâces ; et celui-là était Samaritain. Alors Jésus dît : Tous les dix n'ont ils pa« été guéris r Où sont donc les neuf autres f II ne s'en est point troavé qui soit revenu rendre gloire à Dieu , •inan cet étranger. £t il lui dit : Levez- vous, allez, votre foi TOUS a sauvé.
. €b que nous avons à considérer dans cet évangile , c^est la conduite différente que tiennent à l'égard du Sauveur les lépreux qu*ll a guéris. Tous s'étaient adressés à lui avec le mémo empressement, élevant la voix^ l'appelant leur maître, le suppliant d'avoir pitié d'eux. Il ordonne à tous d'aller se montrer aux prèlres, à qui il appartenait de juger de la guérison , et de permettre à ceux chez qui elle était complète de rentrer dans le monde, dont la loi les avait séparés à cause de leur maladie. Tous les dix sont guéris : cependant l'un d'eux seulement revient sur ses pas , glorifie Dieu à haute voix et se jette aux pieds de Jésus pour lui rendre grâce. L'évangile remarque que ce lépreux reconnaissant n'est point un Juîf , mais un étranger, un Samaritain ; c'est-à-dire un homme de cetto nation que les Juifs méprisaient , parce que le culte y était mêlé d*idolàtTie et de superstition.
Ce qui arriva dans cette occasion ne se répète que trop dans le cours ordinaire de la vie. i* Sur le nombre de ceux qu'on oblige , combien y en a-t-il de reconnaîssans ? Il est malheureux de le
8o IKSTRVGTIONS 8Vft LES ÉPÎTRES
dire ; moins peut-être que dans le nombre des Ié« preux , pas un sur dix. 2* Quoiqu'ils soient plus particulièrement les objets de nos bienfaits , ce ne sont pas toujours nos proches qui y sont les plus sensibles, et souvent nous éprouvons de la part d^un étranger , auquel nous avons eu le bonheur de rendre un seul service , plus de reconnaissance que ne nous en montrent ceux que nous en comblons chaque jour, et qui, à d'autres titres encore, nous doivent des témoignages d'affection. 3° Enfin ce ne sont pas toujours ceux qui ont le plus d'es- ^prit oujde talent, et qui ont reçu le plus d'instruction , qui sont les plus reconnaissans , parce que ce n'est point l'esprit , mais le cœur qui conduit à la reconnaissance. Mettons donc le bon cœur bien au-dessus des qualités de l'esprit , parce qu'il est la source de tous les sentimens , et, sans négliger la culture de celui-ci , attachons-nous surtout à former l'autre.
De tous les vices, l'ingratitude a toujours été regardé comme l'un des plus odieux, parce qu'il dégrade le cœur, parce qu'il y, suppose de Pinscnsibilité et de la bassesse , qu'il ravale l'homme au-dessous des animaux, chez lesquels souvent on a trouvé de la reconnaissance : aussi , -quoique les lois ne prononcent point de peine contre les ingrats , l'opinion en fait une justice sévère en les livrant à la mésestime (*) publique.
Mais l'ingratitude doit- elle nous empêcher
(*) Mésestime est français. Noire propre pour exprimer ce qu'on vott* langue n*a point encore adopté më- lait^dire , qu'on Ta hasardé* se^time ; mais le mot a paru si
BT I.E8 ivAIIGILCS. 8l
d*obliger ? Je dis que non , ni sous le rapport de la morale, ni sous celui de la religion. Sous le rapport moral, le bien rapporte toujo'urs son fruit, indépendamment de la façon de penser de celui qu'on oblige. Un bienfait doit être un bienfait, et il ne serait qu'un prêt , un traGc même, s^il entrait dans ridée du bienfaiteur qu'il dût être payé par de la reconnaissance. Sous le rapport religieux , les bienfaits doivent être encore plus gratuits ; ils deviennent un devoir, puisqu'ils ne sont que l'accomplissement du précepte de l'amour du prochain , peut-être dans un plus haut degré de perfection. Soyons à l'égard des ingrats ce que Dieu est envers nous. De combien de grâces ne nous comble-t-il pas tous les jours : cependant imitons -nous le lépreux reconnaissant ? retournons-nous vers Dieu , et nous jetons- nous à ses pieds pour lui rendre grâce à chaque bienfait que nous recevons ? Ne l'ofiensons-nous pas ^ au contraire , tous les jours ? Puisqu'il est bon et miséricordieux envers nous , soyons donc aussi bons et miséricordieux envers nos frères, mêiue quandil sont ingrats.
POUE