‹ Manuel d'une mère chrétienne: ou, Nouvelles lectures chrétiennes en forme d'instructionsChapitre 8 sur 29 · LE XIV* DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE XIV* DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

ÉPITBE.

Saint Paul aux Galates , ch. V. t. t6.

S/Imb frèrei, conduisez- vous selon Tesprit, et vous n'accom* plirex point les désirs de la chair ; car la chair a des déâii»

8a insTRccTioiffS sur les eMtrbs

coDtraires à ceux de l'esprit, et ils sont opposés l'un A l'autre , de sorte que yous ne faites pas les' choses, que tous Toudriez : Qve si vous êtes poussés par l'esprit, tous n'êtes pas sous la loi : Or, il est aise de cooaaitre les osurres de la chair , qui sont, radullère, la fornication, l'impureté, l'impudicité , la dissolution, l'idolâtrie, les cmpoisoifneniens , les inimitiés, les disscnsicRs, les falousies, les anîmosités, les querelles , les diTiaions, les hérésies , les eUTies , les meurtres, les zTrogneries , les débauches et autres semblables , dont |e tous dëclare, comme je tous l'ai déjà dit, que ceux qui commettent CCS crimes ne seront point héritiers du royaume de Dieu. Les fruits de l'esprit, au contraire, sont, la charité, la joie, la pall, la patience, l'humamtë, la bonté, la longaoîmité, la douceur, la foi, la modestie, la coniioence, la chasteté. Il n'y a point de loi e^Qtre ceux qui Ttvent de la sorte. Or, ceux qui sont à Jésus^ChrUt ont crucifié leur chair aTcc leurs passions et leurs désirs déréglés.

y kl déjà dît (i) que, dans le langage de rÉcrilure , par la chair on entendait les affections qui tiennent aux sens , et ces mouvemens déréglés , effet de notre nature corrompue qui nous porte au mal ; j'ai dit encore que les mêmes Écritures opposaient Vesprit à la chair , et que cet esprit était l'esprit d'amour et de charité , don précieux qui nous vient d'en-haut.

Cette doctrine se trouve confirmée et parfaitement développée dans Tépllre de ce jour. L'Apètre , eu exliortant les fidèles auxquels il écrit à se conduire par l'esprit , et à résister aux désirs qui lui sont contraires, fait l'énumération des œuvres qui appartiennent à la chair, et qui toutes sont des actions plus ou moins criminelles , au

<i) IçstractioB sur T^Slre du buitiéme dimanche «près la PenUcdU,

BT LES ÉTAITGILBS. 83

lieu que les œuvres et les fruits de Y'esptit\ donférmes à ce qu'exige de nous r£vangîle, et à ce que conseillerait la raison elle-même 9 si on la consultait , ne tendent qu'au bien général 5 à la tranquillité de Pâme et à nous mettre en paix avec Dieu.

Qui ne serait effrayé du seul tableau que PApdtre trace des effets des passions , ou non retenues dans de justes bornes , ou mal gouvernées ? Oubli de Dieu , oubli de soi-même par les vices les plus honteux , empoisonnemens^ querelles , inimitiés , meurtres , débauches ; et quoique les passions ne précipitent pas toujours dans ces dernières extrémités , il est pourtant vrai de dire que les effets qu'elles produisent seraient enoore assez funestes, quand elles ne feraient que nous distraire ée nos devoirs,, ou nous les &ire aecomplir avec négligence? et n'y aurait-il pas à craindre dès -lors qu'abandonnant Dieu , il ne nous abandonne à son tour, et ne nous livre à l'esprit d^aveuglement ?

Un des grands bienfaits en christiamsthe , ^'est d'avoir faR connaître Thomme à ï'homme , c'esfà-dke de lui avoir révélé le mysfère et te cause de sa faiblesse, en lui montrant en loi^méme, comme suite de la première faute , un ennemi qu'il a sans cesse à combattre; savoir, ce penehant au mal que les maîtres de la vie spirituelle ont nommé concupiscence, et qui tend sans cesse à nous maîtriser. Gomment la raison nous eût-elle amenés i cette connalssanoo si elle a'eàt été édairée d'ailleurs ? et qi»eU^ effets 'funestes n'eussent pas

84 IKSTAVGTIOIIS SV& LES SPÎTEES

résulté de notre ignorance à cet égard ! Comment eussions-nous sentie sinon par les suites d'une inutile et tardive expérience , la nécessité de lutter contre des penchans que nous aurions' regardés comme naturels , et qui le sont en effet 5 à cela près qu^'Is tiennent à une nature dégénérée ? Mais 9 ce point une fois éclairci , nous ne voyons plus dans ces appétits désordonnés que des ennemis* qu'il faut vaincre^ et dans nos sens que des serviteurs révoltés qu'il faut soumettre. Et com- .ment encore les soumettrions-nous ^ si la religion ne. venait relever nos forces en nous apprenant qu'il est un secours qui nous vient du ciel , avec lequel nous pouvons tout, et en nous offrant dajns les sacremens des moyens de nous relever de nos chutes ?

Ainsi 9 dans le langage des Écritures , dompter sa chair, crucifier sa chair, c'est se rendre maître de ses passions , et les régler. Vivre selon l'esprit, c'est être charitable, patient, humain, compatissant , humble et modeste ; c'est vivre chastement , c'est , en un mot , pratiquer toutes sortes de bonnes œuvres : quelle religion que celle qui tend à un but aussi estimable , qui rend à notre nature sa première dignité , et qui des hommes cherche à . faire des anges !

SVAIVGIiiË.

Saint Matth., ch. VI, v. 34.

Jbifi ce temps-là, Jésut dit à •«• disciples : Nul ae peut 99tnt deux maîtres ^ car ou il haïra rua et aimtra VtmUx» os

^ ET LBS ÉVANGILES. 85

ii s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir tout ensemble Dieu et l'argent. C'est pourquoi je vous dis : ^e vous mettez point en peine où vous trouverez <U quoi éoire et de quoi manger pour ie soutien de votre vie , ni d'où vous aurez des vètemens pour couvrir votre corps. La vie n'est-elie pas plus que la nourriture, et le corps plus. que le vêtement ?. Considérez les oiseaux du ciel ; ils .ne sèment point , ïU ne moissonnent point, et ils n'amassent rien dan» les greniers ; mais votre père céleste les nourrit. N'êles-vous pas beaucoup plus ezcellens qu'eux P Et qui est celui d'entre vous qui puisse avec tous ses soins ajouter à sa taille la hauteur d'une coudée f Pourquoi aussi vous mettez -vous en peine pour le vêtement ? Considérez comment çroÎMent les lis de» champs ; ils ne travaillent point , et ils ne filent poiot ; et cependant je vous déclare que Salomon même , dans toute sa gloire.» n'a jamais été vêtu «omme l'un d'eux. Si donc Dieu a soin de vêtir de cette sorte une herbe des champs qui est aujourd'hui, et qui sera demain jetée dans le four, combien aura-t-il plus de soin de vous vêtir, à hommes de peu de foi ï fie vous mettez donc point en peine, et ne dites point : Où trouverons-nous de quoi manger, de quoi boire, de quoi nous Têtir , comme font les païens , qui cherchent toutes ces chose»; car votre père sait que vous en avez besoin ? Cherchez donc premièrement. le royaume et la justice de Dieu, et, toute» ce» choses vous seront données comme par surcroit.

L'on ne peut servir deux maîtres , parce que le maître du cœur, c'est Tamour qui y domine. Vous ne servez poiot Dieu, vous ne Taimez poiot , si vous avez moins d'attachement pour lui que pour les choses de ce monde, et si vous portez ailleurs votre affection. Comment Tambitieux, comment Tavare^ Golmmeùt Thomme voluptueux pourraient-ils dire qu'ils aiment et servent Dieu ? Le premier , sans cesse occupa d« ses projets de |;raodeur^ n'a pas

16 INSTaUCTIONS SUA LES épSiABS

le temps de penser à autre chose. Ici , c'est un obstacle à vaincre pour parvenir à une place ; là, c'est un rival qu'il faut écarter ; ailleurs» un homme puissant à qui on ne peut se dispenser de faire sa cour : d'autres fois c'est un emploi qu'il faut arracher par des assiduités , par des complaisances , des intrigues » quelquefois par de la bassesse; et comment songer à Dieu au milieu de tant de soins ?

Uavare n'a pas plus de temps à donner à son salut 9 n'est pas moins écarté de Dieu par la passion qui le domine. La peine qu'il a prise hîer^ son amour pour l'argent veut qu'il l:i prenne encore aujourd'hui , et voudra que de nouveau il la prenne demain 9 parce qu'à mesure qu'il acquiert 5 il voit s'accroître le désir d'accumuler. Sa soif d'avoir ne s'éteint point; son trésor est son Dieu, et il n'en connaît point d'autre.

Dieu régnera- t*il davantage dans le cœur de rhomitie de plaisir? Amolli par la volupté, il ne connaît d'autre bien que la satisfaction de ses sens. En vain trouve-t-il du vide 9 même au sein de la jouissance, il n'en poursuit pas moins l'ombre d'un bonheur qui lui échappe toujours , et t>ieu est oublié.

Disons-le donc, le service de Dieu demande une Ame dé^Sifée de tout autre soin que de ceux qui sont raisonnables , c'est-à-dire qui sont dans Tordre des devoirs de la société et de Pétat d'un chacun. Loin que le service de Dieu exige qu'on néglige ces obligations pour s'appliquer plus par-

£T LES évANGlLES.* 87

ttcttiièrement à son salut, il veut au contraire qu'on tes remplisse avec zèle et exactitude» p^frce c^est servir Dieu que de les remplir , pourvu que d'ailleurs on ne néglige poûit les devoirs imposés à tout chrétien. Ainsi une mère de famille sert Dieu en soignant sa maison , et en veillant à féducation de ses enfans. De feunes personnes servent Dieu en répondant aux soins qu'on prend pour leur former l'esprit et le cœur. Un magistrat le sert en faisant les fonctions de sa place avec droiture j un soldat en restant à son poste et en servant son -prince. C'est l'excès d'attachement aux choses de ce monde que la religion proscrit. Ce qu'elle commande est toujours sage , toujours conforme aux véritables intérêts des homm/s et à ceux de la société.

Il faut considérer sous le même point de vue ce que l'ÉvangUe d'aujourd'hui dit de la prévoyance humaine. Ce n'est pas la sage prévoyance 9 c'est la prévoyance inquiète et défiante que Dieu con-damne , en nous mettant sous les yeux l'exemple des oiseaux que Dieu nourrit sans qu^ls sèment, et celui des fleurs qu'il pare des habits les plus riches sans qu'elles ûlent. Loin de nous la pensée que l'Évangile défende les soins raisonnables et le travail I c Allez à la fourmi , paresseux que vous êtes , dit le sage , considérez sa conduite , et apprenez la prévoyance» (1). Mais la prévoyance doit être accompagnée de la eoafiance en Dieu , à qui nous sommes plus chers que les oiseaux du

Ç«)PrtT.,VI.«.

88 msTAVCTiONS sua les ApItaes

ciel et que les lu des champs , et dont la Providence est toujours à côté de nous, soit pour nous consoler dans nos peines , soit pour nous aider dans nos besoins. La religion ne défend donc pas les soins et les précautions de la prudence. Elle en fait au contraire des devoirs; mais elle veut que la première des affaires soit celle du salut.

Page 1