‹ Manuel de bibliographie historique (volume 2)Chapitre 104 sur 186 · IT.ANCE · texte numérisé non relu

IT.ANCE

ditions au cours de eus transferts. Le 7 messidor an H, la Convention décida qu'il serait fait partout ({uatre parts des documents : les titres (( liistori([ues », qui seraient versés à la Bibliothèque nationale; les titres utiles à l'administration et au contentieux des domaines nationaux, qui seraient conservés; les papiers « inutiles », qui seraient vendus ou envoyés aux arsenaux pour la confection des gargousses; les « titres de la tyrannie et de la superstition » qui seraient solennellement brûlés. Mais la désastreuse opération du triage ne fut guère, fort heureusement, poussée avec activité qu'à Paris; les dépôts départementaux ont moins perdu par le fait des préjugés révolutionnaires que par suite des restitutions consenties sous le Restauration et de l'incurie des fonctionnaires préposés à leur garde pendant les quarante premières années du siècle. Bref, la Révolution réduisit le nombre des dépôts de documents sans dimiluier beaucoup le nombre des documents*.

Les choses en restèrent là, en province, jusqu'au Gouvernement de juillet. Le 27 novembre 1854, M. Guizot considérait encore comme chiméri([ue « le dessein de procéder à un classement général et méthodique de toutes les archives locales, soit des départements, soit des communes » ; il ajoutait : « Les ressources manqueraient pour un si immense travail » -. C'est seulement le 6 mai 18 il que fut créée, au Ministère de l'intérieur, une « Commission des archives départementales et communales », chargée d'élaborer « le programme du classement et de l'inventaire » de ces dépôts. La Commission de 1841 publia un Catalogue général des cartulairea des Archives départementales (Paris, 1847, in-4) et un Tableau général numériifue par fonds des Archives départementales antérieures à 1790 (Paris, 1848, in-4); mais le « programme de classement et. d'inventaire » n'a été définitivement fixé que par une circulaire ministérielle du 20 janvier 1854. Aux termes de ladite circulaire, il devait être rédigé un « inventaire sommaire » de chacpie dépôt, et tous les archivistes-rédacteurs seraient tenus de s'astreindre à certaines règles

1. H. Bonlier. Les archives de France (Paris, 1855;. Cf. E. Lelong, article Arc/lires dans le liépertoire général du droit français (Tirap-e à pari, 1880).

'2. X. Cliannes, Le Comité des travaux historiques et scimlififfurs, Il 1880^, ,.. li.

TmO les Éri des historiques ai; xix-- siècle.

uniformes pour la (Inscription et l'analyse des « articles )) et des pièces. Tel est le })oint do départ de la grande Collection dite des [nventaires-sommairea des Archives départementales, communales et hospitalières, en cours de publication depuis 1861; on trouvera l'e'tat, à Jour, des i25 volumes in-4 * à deux colonnes qui la composent : J" dans un Rapport au Ministre de la Direction des Archives, daté de janvier 1902; 2° dans V Annuaire des Bibliothèques et des Archives, publié sous les auspices du Ministère de ï Instruction publique, pour 1900 (18*^ année) *. — En outre, il a été publié, à l'occasion de l'Exposition universelle de 1878, un recueil de facsimilés héliographi({ues des documents les j)lus « rares, curieux ou singuliers » des archives des préfectures, mairies et hospices : Musée

1. Ce nombre de 425 était exact en janvier 1902; il ne l'est plus maintenant, car un certain nombre de volumes nouveaux doivent être et sont en effet publiés cbaque année. Le total des crédits aiïcctés à l'impression des Inventaires départementaux s'élève actuellement à près de 50 000 francs par an.

2. Ministère de llnstniclion publique. Direction des Archives. Rapport au Ministre sur r administration des Archives nationales, départementales., cotnmunales et hospitalières, suivi de l'état des Inventaires (Paris, Imprimerie nationale, janvier 1902, in-8), p. 29 et suiv. Indication, sous le nom de cbaque département, de tous les inventaires publiés et en préparation de la Collection officielle (Arcluves départementales, communales, bospitalières). On a joint à cette liste (p. 49 et suiv.) « tout ce que l'on a pu connaître d'inventaires, de répertoires ou de catalogues impritnés n'appartenant pas à la Collection officielle », suivant l'ordre alpliabétique des départements.

Il n'est donné dans V Annuaire que l'état des Inventaires publiés de la Collection officielle pour les Arcbives départementales (p. 207), communales (p. 246), bospitalières (p. 275). — Il faut savoir que la plupart des inventaires d'arcbives communales et bospitalières ne sont pas publiés à part, mais dans les Inventairessommaires des archives départementales sous les rubriques « E Supplément » (Arcbives communales) et « H Supplément » (Arcbives bospitalières).

Les règles posées par la Circulaire de 1854 pour la rédaction des Inventaires sommaires sont tombées en désuétude. Posées par des bureaucrates incompétents, elles étaient aussi peu sensées que tyranniques, au point que les premiers volumes de la Collection (exéculés sous l'empire de la Circulaire, jusque vers 1870) seraient, aujourd'bui, à refaire. Depuis, on a laissé plus libre jeu à l'initiative des rédacteurs. Quelques-uns en ont abusé, notamment pour décrire avec une complaisance excessive, ou même pour publier in extenso, les pièces qui leur ont paru particulièrement « curieuses ». Mais, parmi les Inventaires sommaires publiés depuis trente ans, il y en a d'excellents.

Remarquons que, « jusqu'ici, on attendait généralement que le répertoire (l'Inventaire sommaire) fût entièrement acbevé dans cbaque département pour

des Archives départementales (Paris, 1878, in-i); et la Direction des Archives enverra à l'Exposition nniversellede Saint-Louis (E.-U.), en lOOi, un très utile Etat général par fonds des archives départementales : ancien régime et période révolutionnaire (1 vol. in-4), (jui pernieltra de mesurer Irtendue des acquisitions et des travaux d'inventaire effectués dans les dépôts départementiiux depuis la publication du Tableau de 18-48'.

Les « Archives nationales )) ont été aussi l'objet de grands travaux de classement et d'inventaire depuis l'époque où M. H. Bordier fit paraître, en 1855, son excellent livre sur Les Archives de la France, où la composition des fonds du dépôt fut, pour la première fois, indiquée. Les inventaires qui ont été publiés jusqu'à présent se répartissent en deux catégories, les États sommaires et les Répertoires numériques d'une part-, les « Inventaires et Documents », inventaires analytiques qui comportent l'édition in extenso des principales pièces d'autre part. Quelques-uns de ces derniers, précédés d'introductions qui sont des morceaux d'histoire, sont au nombre des principaux recueils de pièces historiques que l'érudition moderne ait produits : A. Teulet, J. de Laborde et E. Berger, Layettes du Trésor des chartes [jusqu'en 1270] (Paris, 1865-1902, 4 vol. in-4); E. Boutaric, Actes du Parlement de Paris [jusqu'en 1528] (Paris, 1865-1867, 2 vol. in-4); J. Tardif, Monuments historiques (Paris, 1866, in-4); Iluillard-Bréholles et Lecoy de la Marche, Les titres de

l'accompagner de sa table ; désormais, tout volume contenant soit une série, soit la lin d'une série, soit un jrroupe de séries, sera suivi d'une table » [Rapport au Minislrc. p. xt.i).

1. La pré|)aration de ce État nouvel général par fondst fut décidée, sur ma proposition, par la Commission supérieure des Arcbives dés 1899 (cf. plus haut, p. 79, n. 1). Il vient de paraître (1903) et contient l'indication de tous les fonds anciens cl des inventaires, imprimés et manuscrits, conformes et non conformes, qui se réfèrent à chacun d'eux. — Il y aura lieu de publier ultérieurement un État plus approfondi des séries relatives à la périodi; révolutionnaire (L et Q ; ce dernier État est en préparation.

'2. La nomenclature complète des inventaires manuscrits (et même de cens qui. étant sur fiches, ne sont pas communiqués au public) se trouve dans le Rapport <iH Ministre, précité, de la Direction des Archives janvier 1902), p. o-'iH. Les Étals sommaires et les Iiéperloires numériques imprimes y sont aussi énumérés, suivant l'ordre des séries.

V ancienne maison ducale de Bourbon (Paris, 1807-J87i, 2 vol. in-4); Donël(\\^rci[, Collection de sceaux (Paris, 18G5-1868. 5 vol. in-4)*; Musée des Archives nationales (Paris, 187^2, in-4)-. — Il semble que Von ait renoncé maintenant à continuer (si ce n'est pour achever des publications commencées, comme les Layettes du Trésor) la série des « Inventaires et Documents », afin de pousser plus activement l'exécution des Etats sommaires et des Répertoires numériques, qui sont en effet les instruments de travail qu'il appartient aux archivistes de procurer d'abord ~\

Les seuls dépôts considérables d'archives publiques que les Archives nationales n'aient pas encore absorbés à Paris sont ceux de quelques Ministères : Affaires étrangères, Guerre, Colonies*. — Les publications exécutées sous les auspices de la « Commission des Archives diplomatiques du Ministère des Affaires étrangères » forment trois séries : 1° Inventaire sommaire; 2° Inventaire analytique (Suisse [Papiers de Barthélémy, ambassadeur de France en Suisse, 1792-97] ; Angleterre [Correspondance politique des ambassadeurs de France en Angleterre au xvi*^ siècle]) ; 3*^ Recueil des instructions données aux ambassadeurs et ministres de France depuis les traités de Westplialie jusqu'à la Révolution française. La Commission des Archives diplomatiques a défini le caractère de ce Recueil, dont le premier volume a paru en 1884, et qui se compose aujourd'hui de 12 vol. in-8 (Autriche, Suède, Portugal, Pologne, Rome, Bavière, Palatinat, Deux-Ponts, Russie, Naples et Parme, Espagne, Dane-

1. On peut rattacher à cet ouvrage les Inventaires, par G. Demay, des sceaux d'Artois, de Picardie, de Flandre, de Normandie, et des sceaux de la Collection Clairambault (à la Bibliothèque nationale). \o'ir Comité des Travaux hisloriques et scientifiques. Missions, Bibliollièqiies, Arcliives. Bibliographie de leurs jmhlicalions au 31 décembre 1897 (Paris, 1898, in-8), p. 95.

2. Liste complète dans Y Annuaire des Bibliothèques et des Archives pour 1903, p. 205.

5. Bapport au Ministre, où l'on verra aussi 1 historique des vicissitudes qu'a traversées au xix^ siècle l'Administration centrale des Archive:^, jusqu'à ce qu'elle ait été érigée, par le décret du 25 février 1897, en Direction spéciale. — Sur la série des a Inventaires et Documents » des Archives nationales, voir A. Franklin, Les sources de V histoire de France (Paris, 1877), p. 51 et suiv.

4. Les archives anciennes de la Marine ont été récemment déposées aux Archives nationales. Auparavant l'Administration de la Marine avait i)ul)lié un Etat sommaire des Archives de la Marine antérieures à la Bévolution (Paris, 1898, in-8).

mark) en décidant ({u'il serait a une œuvre d'enseignement politique plutôt que d'érudition»; elle s'est proposé, « non d'éditer des textes avec l'appareil scientifKpie dont la Collection de Documents inédits fournit des modèles achevés, mais de mettre à la disposition de nos airents et de nos historiens une sorte de manuel des traditions politiques de la France'. » — La rédaction et l'impression d'un Inventaire des Arcliives anciennes du Ministère de la Guerre ont été entreprises en I89G^ De 1898 à 1901 ont paru, par les soins de la Section histori(jue de l'État-Major de l'armée, trois fascicules, qui comprennent l'analyse des premiers volumes du dépôt depuis 1650 jusqu'à 1705.

Bibliothèques de manuscrits. — L'utilité d'un catalogue général des manuscrits conservés dans les bi])liothèques publiques de France, déjà exposée au xviii'' siècle par Dom Mont faucon et l'abbé Lebeuf, est évidente. Cependant lorsque M. Guizot invita les préfets, le 22 novembre 1853, à prescrire aux bibliothécaires de lui expédier (( un catalogue des manuscrits de tout genre confiés h leur garde », on ne disposait encore, en fait de répertoire général, (|uc de celui d'un érudit allemand, D. G. F. Hœnel : Catalogi librorum manuscriptorum qui in hibliothecis Galliœ, Helvetix, Belgiœ, Britanniœ Magnœ. H'ispaniœ, Lusitaniœ asservantur (Lipsiîe, 1829, in-8: réimprimé, avec quelques additions, en 1855, dans les t. XL et XLl de la Nouvelle Encyclopédie théologique de l'abbé Migne). Le 3 août 1841, M. Villemain « montra, dans un Rapport au Roi, la nécessité d'établir sur un plan uniforme le catalogue général des manuscrits renfermés dans les bibliothèques publiques des départements » ; un plan fut dressé ; l'exécution en fut commencée, mais très lentement conduite, car il n'a paru, de 1849 à 1885, que 7 volumes (in-4) du Catalogue Villemain, ou Catalogue général des manuscrits des Bibliothèques publiques des départements, lesquels contiennent la description de 1 1 000 manuscrits seulement, « moins

i. Voir A. Le Glay, dans les Annales internationales d'histoire. Congres de La Haye, septembre 1898 (Paris. 18139), p. iaii et suiv. Cf. les Catalogues de la librairie F. Akaii, où les publications de la Commission des Arcliives diplomatiques sont en dcpùt.

2. P. Laurencin-Cbapelle, Les Archives de la Guerre, historiques et administratives (Paris, 1898, in-8).

du quart des documents de te genre épars dans les dépôts provinciaux ». Dès 1875, M. L. Delisle mit en lumière les inconvénients de la méthode suivie jusque-là et traça le plan d'une Collection nouvelle. Cest d'après ses vues, adoptées en 1884, qu'a été inaugurée, en 1886, la publication du Catalogue général des manuacriis des Hibliothèques publiques de France. Ce Catalogue, qui fait beaucou]) d'honneur à ceux qui l'ont conçu, dirigé et fabriqué, comprend aujourd'hui : 1<^ 42 volumes (in-8) consacrés aux manuscrits de plus de 500 bibhothèques de province; 2° les catalogues des manuscrits des bibliothèques secondaires de Paris (Arsenal, Mazarine, Sainte-Geneviève) ; 5" un Catalogue des manuscrits [littéraires] conservés dans les dépôts d'archives départementales, communales et hospitalières (1886). Voir l'état détaillé de la Collection, qui s'enrichit chaque année, dans ï Annuaire des Bibliothèques et des Archives pour 1905 ^

Le Cabinet des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris est le seul dépôt qui ne doit pas figurer dans le Catalogue général. Mais il a ses Inventaires sommaires et ses Catalogues, si nombreux qu'ils forment à eux seuls toute une bibliothèque -.

Musées et « richesses d'art ». — L'Etat français, qui s'est préoccupé de procurer l'Inventaire général des Archives et des Bibliothèques de manuscrits, n'a pas fondé de Collection symétrique pour la description des documents conservés dans les Musées^. Voir la

1. Qui corilient aussi l'inilication des Catalogues j)ubliés en dehors des deux Collections oflicicUes. Cf. la Bibliographie précitée du Comité des Travaux historiques el scientifiques, p. 84-90. — Tous ces répertoires sont munis dexcellentes tables: en outre, des érudits ont commencé à y relever systématiquement tout ce qui concerne certains sujets : voir, p. ex.. K. Brunner, Qiielieii zur Geschichle Badens und der Pfatz nucli dcm « Catalogue général », etc.. dans la Zeilschrifl fur Geschiclite des Obcrrhcins, t. XIIL

2. Voir la liste de ces Catalogues, tant imprimés que manuscrits : Bibliothèque nationale. Déparlemenl des manuscrits. Catalogue alphabéligue des livres imprimes mis à la disposilion des lecteurs dans la salle de travail, suivi de la liste des Catalogues usuels du Département des manuscrits (Paris, 1895. n-8). Cf. la Bibliographie du Comité, p. 62-74, et Y Annuaire pour 1905, p. 16-25.

5. Exce|)lion faite pour la série des « Catalogues des Musées et Collections archéologiques de l'Algérie et de la Tunisie » (depuis 1890), (jui font partie de la Description de l'Afrif/ue du Mord. Cf. p. 561.

FRANCE. 7>:w

<( Bibliographie des musées de province » dans V Album archéoloçfirjue (les musée.'i de province (Paris, 1890-91, 3 livr. in-4), publié par H. de Lasleyrie sous les auspices du Ministère de l'Instruction publique.

dépendant, dès 1810, l'idée se lit jour de réunir adniinistrativement des renseignements sur les a monuments » et les « richesses d'art )) de la France ^ Le 27 novembre 1854, Guizot écrivait : « Aucune élude peut-être ne nous révèle plus vivement l'état social et le véritable esprit des générations passées que celle de leurs

monuments religieux, civils, publics, domestiques Je me propose

donc de faire incessamment commencer un travail considérable sur cette matière : je m'appliquerai à faire dresser un inventaire complet, un catalogue descriptif et raisonné des monuments de tous les genres et de foutes les époques qui ont existé (I) ou existent encore sur le sol de la France-. » En 1858, il fut résolu ({ue le Catalogue descriptif et raisonné des monuments, réclamé par M. Guizot, prendrait la forme de « Répertoires archéologiques », un par département'. La même pensée fut reprise parallèlement, dès 1851, ])ar M. Ph. de Chennevières, (jui proposa de composer un « Inventaire général des richesses d'art de la France » : « Une telle publication, disait l'auteur de ce nouveau plan, — qui, comme directeur des

Page 1