‹ Manuel de bibliographie historique (volume 2)Chapitre 78 sur 186 · LA RENAISSANCE ET LA REFORME · texte numérisé non relu

LA RENAISSANCE ET LA REFORME

hors d'usage, c'est là le meilleur de leur œuvre, et il semble qu'ils s'en soient, jusqu'à un certain point, rendu compte : a L'émenda» tion des textes, disait en 1550 Marc-Antoine Muret, procure ()lus d'honneur durable (jue la composition de discours ou de poèmes grecs et latins' ». Quant à l'interprétation, il n'y a pas à s'e'tonner qu'ils s'y soient montre's gauches, aussi bien que les « philologues » de l'antiquité elle-même, parce qu'ils étaient, eux aussi, comme perdus dans un océan de faits, sans points de repère et sans sillages; ils s'en sont peu préoccupés, du resle-. — Ce qui frappe surtout, quand on les considère, c'est à quel point ils étaient loin, pour la plupart, de mesurer la distance qui les séparait de la véritable intelligence du passé. Le sentiment du génie et de la couleur antiques leur faisait grandement défaut. Pétrar(|ue ne savait pas le grec et baisait en pleurant les manuscrits d'Homère qui étaient, pour lui, scellés; au siècle suivant, Polit'ien traduisait avec assurance les poèmes homériques en hexamètres latins, mais avec une élégance si raffinée qu'elle équivaut à un contre-sens perpétuel. Les a Cicéroniens » italiens du xvi^ siècle sont au nombre des pasticheurs non seulement les plus frivoles, mais les plus inintelligents des littératures anciennes; et l'on pense invinciblement, en les lisant, à ce que J. J. Scaliger disait d'un de leurs disciples : l'oluit Muretus Italoa iuiitari, ut muttls verbis diceretpauca.

Parmi les érudits italiens de la Renaissance proprement dite il y eut de très malhonnêtes gens. La concurrence acharnée entre les éditeurs de textes et le désir de l'aire sensation par des découvertes considérables amenèrent des supercheries dès que la matière à découvrir commença à se raréfier. Giovanni Nanni (Annius de Viterbe, 7 1502), maître du Sacré Palais sous Alexandre VI, est célèbre pour avoir publié des fragments d'auteurs de l'antiquité la i)his vénérable, Bérose, Fabius Pictor, Manéthon, Caton, — tous forgés à plaisir. Felice Feliciano, de Vérone, fut, dès la lin du

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