P. de Nolliac, Erasme en Italie Paris
25i LES ÉTUDES HISTORIQUES JUSQU'A I,A FIN DU XYIII-^ SIÈCLE.
338. — Et d'abord, les lettrés ultramontains étaient plus foncièrement chrétiens que leurs maîtres d'Italie : « Hanno questi oltramonlani grandissima devozione, e massime in tutte le cose délia reliiiione », dit Vespasiano da Bisticci dans ses « Vies des hommes ilhislres du xv*^ siècle » *. Apres avoir été ravis de retrouver Homère et Virgile sous la rouille qui les défigurait, ils furent pénétrés d'une émotion indicible lorsque, ayant conçu la pensée d'appliquer à des textes encore plus vénérables les mêmes procédés de nettoyage, ils entrevirent directement, pour la })remière fois, les grandes figures
'de l'Ancien et du Nouveau Testament. Après l'antiquité classique, ils découvrirent l'antiquité hébraïque, l'antiquité chrétienne, l'Évangile, les monuments de l'Église primitive. Ce très ancien passé ressuscité redoubla leur horreur du passé récent : ils détestaient déjà, comme artistes, la tradition du moyen âge qui régnait encore dans les écoles, à cause de la barbarie du langage scolastique ; ils la répudièrent aussi en tant qu'hommes religieux.
339. — De même que Pétrarque est, par excellence, le personnage représentatif du xiv siècle italien, Érasme symbolise, pour ainsi dire, le mouvement de la Renaissance européenne sur les confins du xv^ et du xvi'^ siècle.
Érasme, de Rotterdam, avait été élevé à l'Université de Paris, à l'école des théologiens scotistes, ce qui lui avait inspiré le dégoût de la scolasti([uc. Il fut fortifié dans ces sentiments, pendant un séjour en Angleterre, par son ami John Colet, qui avait rapporté d'Italie les idées de la Renaissance. Mais l'humanisme de Colet était teinté, à l'anglaise, de préoccupations morales. De même que L. Yalla, qui n'avait pas eu de disciples parmi ses compatriotes, il ne s'intéressait à rien tant qu'aux sources du christianisme. Restaurer les Livres Saints dans leur fraîcheur primitive, en les débarrassant de toutes les traces d'altérations accidentelles et des gloses, tel était le vœu passionné de Colet et de ses amis, les « Réformateurs d'Oxford ))^
Érasme a été le premier à réaliser ce vœu avec un éclat extraordinaire. Non pas que ses éditions du Nouveau Testament grec et de