I. H. Mar^Mval. o. c, p. lOD
"1. M. Uùl)clliau 'o. c, p. 97; l'a bien fait remarquer. Col auteur a donnù un essai. Irùs sommaire, de nomenclature l»iljliojrrapln<|ue, p. 67, 90-1)9, 11.").
5. (/lié par A. Maurv, L'ancienne Académie dea Inscriptions et lieUes-Lefties. p. 42.
vention scientifique, s'applique très bien aux choses de critique et d'érudition » * .
Un tel plan convient aussi pour une revue rapide : on a chance de ne rien omettre d'essentiel en considérant successivement l'œuvre de la Compagnie de Jésus, celles des JJénédictins et de quelques autres Congrégations savantes de second ordre, enfin celle de l'ancienne Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
356. — La Compagnie de Jésus a abrité dès l'origine des hommes de tempéraments divers, qui déployèrent une activité littéraire très variée^; au xvii'' siècle, elle compta, en même temps que d'injurieux polémistes à la Garasse, des humanistes élégants comme le P. Rapin, des historiographes consciencieux et sans relief comme le P. Daniel, et des savants d'.une remarquable liberté intellectuelle comme le P. Petau, un grand nombre de travailleurs qui ont consacré leur vie à l'aménagement des anciens textes. La série de ces érudits commence avec le P. Fronton du Duc {Blbliotheca veterum pairum, 1624) et surtout avec Jacques Sirmond (f 1654) : Sirmond, l'ennemi personnel de Petau, quelque temps collaborateur de Baronius, qui publia chez Sébastien Cramoisy, à Paris, plus de vingt éditions princeps d'auteurs ecclésiastiques du moyen âge, depuis Uufin jusqu'à Pierre de Celle, et dont les Concilia antiqua GaUiœ [jusqu'au x<^ siècle] (Paris, 1629, 3 vol. in-fol.) ont été longtemps le modèle des Recueils nationaux de textes conciliaires^.
Philippe Labbe (j 1667) doit être mis hors de pair parmi les émules et les continuateurs de Sirmond. Non pas qu'il ait égalé celui-ci ou dépassé le P. Chiflet, et tant d'autres, en originalité critique. Mais d'abord il a rendu personnellement, comme bibliographe et remueur de documents, des services très notables^; ensuite son
1. M. Couriiol, Consicléraiions sur la marche des idées dans les temps modernes, I (Paris, 1872), p. 341.
2. iS'omcnclaturc et bibliographie dans la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus (lu P. C. Sommo.rvogcl (ci-dessus, § 141).
?>. Ibid., t. VII (1896), col. 4256.
4. Ibid., l. lY (1895), col. 1295 et s. — Ph. Labbe, homme à projets, avait formé celui de dresser un catalogue générai des manuscrits [Blbliotheca bibliolkecarum. Paria, 1664, in-4), et aussi une immense Collection de documents inédits, d'après les manuscrits conserves dans les bibliothèques de France. De cette Collection il
nom est altaclié à deux vastes entreprises quil a dirige'es et où plusieurs de ses confrères se sont employés après lui.
La première est la grande Collection des sources historiques byzantines. Le tome I de la iîyzantine du Louvre : Bijzantinœ historiœ scriptore.s rarii (Paris, 1 G 48-1 711, de 2i à i7 volumes in-fol., selon la façon dont ils ont été reliés), est précédé d'une Introduction de Labbe (De historiœ byzant'inœ scriptoribus publlcandis protrepticon) que Louis XIV avait chargé de diriger la publication*. La Byzantine du Louvre, « cet incomparable monument de la magnificence française «, n'a pas encore été remplacée-.
La seconde est la Collection des actes conciliaires. — Lorsque le P. Labbe publia en 1661 le plan d'une Collection de ce genre, il existait déjà beaucoup de Recueils de Conciles, généraux ou régionaux (cf. § 0 42). Depuis le commencement du xvii*^ siècle, les éditeurs de Recueils généraux avaient pris pour base celui du chanoine Binius (1600), en l'enrichissant des pièces rassemblées depuis 1606 par les éditeurs de recueils régionaux : c'est ainsi qu'avait été composée, par exemple, la Collection dite du Louvre (Paris, 1644, 57 vol. in-fol.) où l'on avait versé le contenu des Concilia antiqna Gallids de Sirmond. Le P. Labbe ne procéda pas autrement pour ses Sacro- Sancta concilia : la Collection du Louvre, c'est-à-dire Binius et Sirmond, en est le fond (ad recjiam editionem exacta); il se contenta de l'augmenter d'un (piart {(juœ niinc quarta parte prodit auctior) en y ajoutant des documents dont l'insertion n'est pas toujours
n'a publié qu'un fragment : A'oi'a Bibliolheca manuscriploriim librorum (Paris, 1657, 2 voL in-foL), dont la seconde partie (t. II) est consacrée à l'Aquitaine [Rerum Aquitanicanun, prxserfim Bitiiricensium, nberrima Collectio). Table de ce recueil dans Struve, Bibliotheca /u'storica, éd. Meusel, VI, 2, p. 248-70.
1. Voir la bibliograpbic coinplifiuée de la Byzantine du Louvre, de ses suites et de ses réimpressions dans le Manuel du libraire de IJrunel. Cf. A. Potthast, Bibliotheca historien medii aevi, I, p. xlvi. Les principaux travaux du xvni' siècle sur riiistoirc de Byzancc ont été rattachés à la Byzantine, comme V împeriiim orientale (1711) et la yumismaticpie byzantine de IJanduri (1718), VOriens christianus du P. Le Ouieii 1740 .
2. La Byzantine de Boim [Corpus scripforuni historix byzantinse), publiée sous les auspices de ^iebubr et de Bckker, ne l'a nullement remplacée. Voir J. B. Bury, Préface à sa réédition du Décline and Fall de Gibbon, 1 (1900), p. ïlik. Cf. ci-dessous, p. 424.
justi fiable.'. Les Sao'osnncla Concilia du l*. Labbe, })ubliés par le P. Cossart (Paris, 167i-7!2, 18 vol. in-fol.), sont restés pourtant, jusqu'à nos jours, le recueil le plus souvent cité par les érudits français. — Ajoutons (pie Sirmond et Labbe ne sont pas les seuls jésuites qui, aux derniers siècles, se soient occupés des Conciles : d(q)uis Sirmond et Labbe, la Compagnie ne s'est jamais désintéressée des travaux sur ce sujet, sans qu'elle ait prétendu, pourtant, s'en faire une spécialité. C'est un jésuite, le P. llardouin, à qui l'Assemblée du Clergé de France confia, en 1685, le soin de compose)un recueil nouveau, dont l'admirable Supplément, inachevé, de B^duzc à la compilation de Labbe et (]ossart avait, en 1685, établi la nécessité^. A la vérité, la Collectio regia maxima conciliorvm. (Paris, 1715, 12 vol. in-fol.) du P. llardouin n'eut aucun succès : on réussit à la discréditer au point qu'elle n'a presque pas été utilisée pendant cent cinquante ans; mais c'est pour des raisons indépendantes de sa valeur scientifique. Les rancunes gallicanes s'exercèrent avec succès contre un auteur (pii, pensionné par le Clergé de France, n'avait pas craint de s'attaquer aux libertés de l'Église nationale. Mais il a été reconnu, de nos jours, que, seul parmi les collecteurs de Conciles du xvii'^ et du xviii*^ siècles, llardouin s'était moins soucié de « dilater » sa collection que de vérifier les droits de cba([ue pièce à y figurer et de purger les textcîs des altérations que tant de réimpressions successives n'avaient j)as manqué d'y introduire^. — La Collectio d'Hardouin s'arrête à 1714; on sait que les Conciles postérieurs à cette date (de 1682 à 1870) ont été publiés naguère par les Jésuites de la résidence de Maria-Laacb {Acta et décréta sacroviun Concilionmi reccnlioruni. Collectio Lacensis. De 1870 à 1890, 7 vol. gr. in-4).
1. Voici lo litre de son prospocLiis de 1()()I : C.oiuillorioti (jcnernliian, proviucialium, diœcrsanoriim, runt riti's cl episfolis l\omauorum Ponli/ician hislorica synopsis; aniplissimap colteclionis... prima dctincalio. A partir du xvr sièclo, Labbe et Cossarl, (lél)ordés, ont du renoncer à insérer les synodes diocésains. — Sur 1(!S Sacrosancla Coiicitia de Labbe et Cossart <'t les recueils antérieurs, et postérieurs, voir le livn; capital du P. M. Quentin, ,/. D. Mansi (Paris. 1900).
'2. Concitiorinn nova Collcclio. I. l""' (Paris. 1(>S3. in-fol.). Ikiluze n'a publié que ce premier volume.
Ti. Ad. Tardif, Histoire des sources tlii droit ciiiioniqiie 'Paris, 1887). p. 78. Cf. M. Quentin, ouvrage cité.
356 bis. — Mais le principal titre scientifique de la Compagnie de Jésus, c'est le recueil des Anta Sanctornm.
Le P. Iléribert Uosweyde, professeur au Collège des Jésuites de Douai, conçut au comniencenient du xvii^ siècle le plan d'un Recueil des Vies des Saints, destiné à remplacer les « Légendes dorées » du moyen âge et les « Fleurs des saints )) de son temps pour l'édification des (idèles. Après la mort de Hosweyde (1629), le P. Jean Bolland reçut de ses supérieurs l'ordre d" utiliser pour le mieux les collections hagiographi(}ues du défunt. 11 les augmenta beaucoup en étendant les recherches aux bibliothèques situées hors des Pays-Bas, que Hosweyde n'avait j)as explorées ; un atelier fut organisé dans le couvent d'Anvers avec des correspondants partout où il y avait des membres de la Compagnie. C'est BoUand qui arrêta le plan de la publication : on donnerait les Actes des Saints (c'est-à-dire les documents relatifs à leur vie), avec des dissertations préliminaires, des notes et des indices, en suivant l'ordre liturgique des commémorations marquées dans le Calendrier romain. Il paraît que, comme Rosweyde, Bolland ne se rendait pas compte de l'énormité de la tâche qu'il avait assumée : on dit (ju'il comptait, après avoir achevé les Acta des Saints de l'Église latine, publier ceux des Saints de l'Église grecque, et se délasser dans sa vieillesse en traitant d'autres sujets. Or il n'a vu imprimer, de 1650 à 1665, que les huit premiers volumes, qui contiennent les Vies des Saints commémorés en janvier, février et mars; et le t. LXVl de la Collection, Propylœmn ad Acta Sanctorum iS'ovembris, qui n'est pas le dernier, a paru en 1902.
Les Bollandistes sont les religieux, presque tous de la Compagnie de Jésus, qui ont pris la suite des affaires de Rosweyde et de Bolland. Leur histoire est bien connue : l'atelier d'Anvers, placé depuis 1700 sous la protection du Saint Empire, a fonctionné jusqu'en 1775 sous la direction de très savants hommes, comme G. Henschen(f 1681) et D. Papebroch (7 1714); la supi)ression de la Compagnie de Jésus en 177.'), et surtout la politique de Joseph 11, qui dès son avènement, chassa les ex-Jésuites de l'abbaye de Caudenberg où ils avaient trouvé un asile, dispersa les Bollandistes : on en était alors au t. Vil d'octobre, LUI de la Collection; la Société n'a été reconstituée, sur nouveaux frais, qu'en 1856, sous les auspices de Léopold l^%
292 LES ETUDES HISTORIQUES JUSQU'A LA FIN DU XYlIl" SIÈCLE.
le premier roi de Belgique. Elle est aujourd'hui, de nouveau, en pleine prospérité'.
IjGS Acta Sanctoruni des BoUandistes sont une œuvre difforme et disparate. Dillorme, non seulement parce que les Saints commémorés à la fin de Tannée y sont traités avec plus d'ampleur et de soin (jue ceux des })remiers mois (o volumes pour janvier, io volumes pour octobre), mais parce que, à différentes époques, la ratio edendl a été modifiée et parce que quantité de dissertations comme le Propijlœu/n diplomaticum de Papebroch, dont le sujet se rattache à peine aux questions hagiographiques, et d'une excessive prolixité, y ont été insérées. Disparate, parce que la publication est en cours depuis deux cent cinquante ans et due à des centaines de mains. — D'autre part, il n'est pas nécessaire d'insister sur les inconvénients d'un plan qui a pour effet de juxtaposer des documents de tous les âges et de disperser dans plus de soixante volumes les « Vies » mérovingiennes (par exemple) qu'il y aurait eu intérêt à rapprocher. — Mais la masse des matériaux rassemblés est tout a fait imposante; et, dès l'origine, la critique des BoUandistes, s'appliquant à des légendes où beaucoup de passions aveugles étaient intéressées, a été généralement aussi hardie et honnête que possible^.
Il est évident que, dès que les Acta Sanctorum seront terminés, il y aurait lieu de les refaire avec une méthode plus sobre et plus sûre ; mais c'est le cas de tous les grands instruments de travail historique, même de ceux qui ont été commencés à une date plus récente. Ce ([ui singularise les Acta, c'est que la réfection, préparée de longue main par la Société bollandienne, en sera relativement facile"'.
1. Bon résumé de l'histoiro des BoUandistes. par G. Monod, dans V Encyclopédie (les sciences i-eligiciuses do Liclitcnbergcr.
2. Les travaux hibliographicjucs les plus complets qui aient clé publiés sur l;i (Collection des Acta Sanctoriun (réimpressions, tables partielles, histoires de la (>)il(!clion, atla(|ues et ripostes) sont ceux du P. ('. Sonimcrvogel [o. c, au mot « BoUandistes ») et de A. Potlliast [o. c, I, p. xxxu). — La |)riiicipale clé du Becucil est celle de L. M. BigoUot, Ad Acta Sancloruin supplemcnlum... coniplectens... tabulas générales, scilicet ephemerides et indicem alpliabeticuni Sanctorum décent prioruni mensiuni (Parisiis, 1875, in-lol.). Cf. A. Potlbasl, o. c, au mot Vila, ci le répertoire précité (p. 2'20) de Cli. Kohler.
5. Les Néo-Boilandislcs ont déjà refait les relevés hibliof^rapliiques ])r(!|>aratoires de Bolland, dllenscben et de Paj)ebrocli : 1" ("catalogues dcscri})tifs des
LE Wll" ET LK XVIII'- SIECLES. "205
357. — Les Bénédictins de deux Congrégations réformées de l'Ordre de Saint-Benoît, respectivement placées sous l'invocation de saint Vanne et de saint Maur, ont laissé une réputation proverljialc d'érudition laborieuse et j)acilique : « science de Bénédictin, travail (le Bénédictin ». C'est un lieu commun de vanter l'application de ces pieux solitaires, « placés dans des conditions de travail exceptionnellement favorables », à l'abri des distractions du monde, et soumis à une Bègle qui <( mettait au service des chefs une foule de collaborateurs anonymes ». On a dit (jue leurs publications sont encore aujourd'hui (( la base des éludes sur le moyen âge » et même « le meilleur fonds de nos bil)liothèques historiques ».
Il l'aul faire la part, dans ces éloges, des embellissements que comporte l'appréciation, à distance, des grandes œuvres collectives. On s'aperçoit, lorsqu'on étudie l'histoire des Bénédictins de Saint- MaurS que ces pieux solitaires furent troublés, comme d'autres religieux, par les querelles ecclésiastiques de leur temps et par des rivalités furieuses, notamment avec les Jésuites; et que l'entente ne
manuscrits liagiojïrapliiques qui sont conservés dans les Bibliollièqucs nationale de Paris (Calatof/iis codicwn haijiograpldcorum latinorum antiquioriuu sxcido XV!"'" qui asscrvanlar in Bihiiollicca yationtili Parisicnni. Bruxelles, iSSO-lSO"», 5 vol. in-8 . Amhrosienne de Milan, de Bruxelles, etc.: 1" Belevés, par ordre alphabétique des noms de saints, de tous les éciits relatifs à leur vie, rédigés avant le xvi" siècle : Bibliotheca hagioyraphica latina antiqiix cl mediiv ietalis, Bibliotheca haf/iof/raphica grœca... [Cf. ci-dessus. § 145]. — Ils publient depuis 188'2 (en français depuis 18î)l ■ un Becueil périodique spécial, les Analccla Bolloiifliana, où tous les travaux récents sur l'ancienne hagiograpliie sont centralisés, ou, tout au moins, passés en revue.
1. La principale source de l'histoire des Bénédictins est leur immense correspondance. L'incendie de la bibliothèque de Saint-Germain des Prés, le 20 mai nui, en a tlélruit une i^rande partie : mais il en subsiste des fragments considérables, dispersés dans les Collections publiques et privées de France et de l'étranger. Il a été question de publier tout ce qui reste de la Correspondance des Bénédictins dans la Collection de Documents inédits. Renseignements bibliograplii(pies sur ce qui en a été publié jusqu'à présent dans Les Bénc'diclius de Saint- Maur à Snint-Ùermain des Prés, 1050-171)1, par J.-B. Vancl (Paris, 189G, in-4).
L'histoire anecdotique des Bénédictins de Saint-M.iur a été écrite par M. E. de Broglie : Mabillon cl la Société de V abbaye de Saint-Germain des Prés (Paris, 1888, 2 vol. in-8) [Cf. A. Bébelliau, dans Revue critique, 1889, I, 171-6, et A. Giry, dans le Moyen âge. 1888, 1G9-71]; Bernard d£ Montfaucon et les Bernardins. Ln Société de Saint-ijcrmain des Près au xvin® siècle (Paris, 1891, 2 vol. in-8 ICf. Revue critique, 1892, L 54].)
fut pas toujours parfaite entre eux, même en ce qui touchait la conduite de leurs travaux littéraires ^ La Congrégation fut déchirée, au xMu^ siècle, par des dissensions intestines qui finirent par causer sa ruine. Mais il reste qu'une tradition d'activité scientifique s'était étahlie de honne heure chez les Bénédictins réformés; qu'un très grand nombre de ces moines s'y sont conformés comme à la raison d'être particulière de leur Ordre, surtout après que l'un d'eux, Dom Mahillon, l'eut fortement définie dans son Traité des études monastiques (1691)- et illustrée par ses ouvrages; enfin que les travaux des Bénédictins ont le caractère d'avoir été exécutés d'après une sorte de plan, ou plutôt, car c'est trop dire, avec une certaine suite.
La Congrégation de Saint- Vanne, dont le centre était au monastère de Saint-Vanne de Verdun, en Lorraine, n'a produit que des travaux de second ordre, à l'exception de ÏUistoire ecclésiastique et civile de la Lorraine (Nancy, 1728, A vol. in-fol.)^ de Dom Galmet, et de
1. « Les études sont prcscntement fort négligées à Saint-Germain; on y considère fort peu ceux qui étudient; peut-être aussi qu'il y a de la faute de ceux-là. Le plus grand mal que j'y trouve, c'est que l'on agit indépendamment les uns des autres, sans se communiquer, sans s'entr'aidcr. On a retiré des études Dom Pierre Constant lorsqu'il commençait à être capable de rendre service. La mort en a enlevé aussi plusieurs. Ainsi je crois les études sur leur déclin et si Dom Jean Mabillon allait manquer, c'en serait fait. Lui-même ne se remue pas assez pour soutenir ceux qui étudient et ne les aide pas autant qu'il pourrait. » ([^ettre du P. de Sainte-Marlhe, citée par E. de Broglie, Mabillon... II, p. 280.)
2. Ce Traite est la pièce capitale du célèbre dilfércnd qui s'émut, sous Louis XIV, sur la question de savoir si les études dérudition — les « recherches curieuses », comme on disait alors, — conviennent à la vie monastique. M. de Rancé, abbé de la Trappe, avait soutenu que « toute application de ce genre est contraire aux intentions surnaturelles qui doivent animer constamment la conduite d'un religieux ». Mabillon répliqua en montrant « l" que les études sont en quelque façon nécessaires pour la conservation des communautés religieuses; 2" quelles sortes d'études peuvent convenir aux solitaires et de quelles méthodes ils se peuvent servir pour s'en rendre capables; S" quelles senties lins qu'ils se doivent proposer dans ces études et quels sont les moyens qu'ils doivent employer pour les rendre utiles ou avantageuses *. L'histoire de la controverse entre Rancé et Mabillon sur les devoirs de la vie monastique a été plusieurs fois racontée : H. Didio, La querelle de Mahillon et de l'abbé de Rancé (Lille, 1892) ; S. paumer, Johannes Mabillon (Augsburg, 1892), p. 201 ; J.-R. Yanel, o. c., p. xxix.
3. Voir A. Prost, Tables des morceaux accessoires, documents et titres contenus dans les deux éditions de l'Histoire de Lorraine de Dom Calmet. Paris, 1877 (Extr. du Polybiblioti).
m: xvii kt le xviii^ siècles. 295
V Histoire générale des auleurm sacrés et ecclésiasti(jncs (jusf|iraii milieu du xiu® siècle) par Doni R. Ceillier (Paris, 1720-05, 55 vol. in-4, avec !2 vol. de labiés, 1782). — (îelle de Saint-Maur, dont, le supe'rieur général résidait à l'abbaye de Saint-Gerniain-des-Prés, à Paris, dès le règne de Louis XIII, a été, au contraire, très féconde. Le premier supérieur général, Dom Grégoire Tarisse (f 1648), semble avoir eu l'intention arrêtée de proposer à l'activité des Mauristes la plupart des entreprises qui, par la suite, sont devenues le ))atrimoine de l'Ordre. Kn tout cas, le programme que le coadjuteur de Dom Tarisse, Dom Luc d'Achery, bibliothécaire de Saint- Germain-des-Prés, adressa, le 20 mai 1648, au chapitre réuni à Vendôme, « j)eut être considéré comme le germe d'où sont sorties les éditions des Pères et les principales Collections historiques » de la Congrégation ^ Ce n'est pas ù dire qu'à Saint-Germain-des-Prés aucune initiative n'ait été laissée aux travailleurs : tant d'écrits bénédictins sur les questions les plus diverses prouvent que la curiosité des confrères ne fut jamais limitée officiellement à certaines (piestions ; mais quelques sujets d'étude furent recommandés d'abord ou s'imposèrent d'eux-mêmes. Us fournissent des rubri([ues assez commodes pour classer l'immense production de l'École bénédictine'.
A. — Éditions des Pères. — Les Mauristes ne se sont fait gloire de rien tant que de leur Collection des Pères grecs et latins, à laquelle ont collaboré leurs meilleurs hommes^.
B. — Travaux relatifs à fliistoire de l'Eglise. — Les j)lus
1. L. Delislc, llalalogue des actes de Philippe Auguste, p. xxxvn.
'2. M. E. do Brof^lie n'a pas prétendu, dans sos ouvrages cilcs, faire connaître l'activité littéraire des Mauristes. Il écrit : « L'énumératiun des travaux des bénédictins à celte époque serait à elle seule un catalogue fort peu amusant; il suffit de nommer le Galtia CItrisiiaiin et V Histoire tilléraire. » — Voir Dom Tassin, Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur, on l'on trouve la vie et tes travaux des auteurs guette a jnoduils depuis son origine jusgu à présent (Paris, 177U, in-4;. Cf. U. Robert, Supplément à l'histoire littéraire de ta (Congrégation de Saint-Maur (Paris, 1881, in-8j ; J.-B. Vanel, ouvrage cité, et llevue des questions historiques, avril 1877, p. 556.
5. Voir la liste de ces éditions, dressée par J.-B. Vanel, o. c, p. i.ui, et A. M. P. Ingold. Histoire de l'édition bénédictine de Saint Atigustin (Paris, 1005, in-8). — Cf. Hom >'. Le >'ourry, Apparatus ad Dibl. Max. veteruni patrum et antiquoruni scriptorum ecclesiasticorum (Paris, 1703-1715, 2 vol. iu-fol.'. Les
beaux ouvrages do Saint-Maur sont peut-être les Acta primorum martyrum sincera et aclecta (Paris, in-4) de Doni Ruinart; le De antiqim ecclcifice rltihus ({{oncn, 1700,5 vol. in-4) deDom Martène, qui l'onda l'étude historique de la Liturgie ; et surtout la Collection des Lettres des Papes, commencée par Dom Pierre Coustant, dont ce très savant homme n'a publié que le premier volume : Epistolii' Romanorum Po7ilificum...a ^ancto Clémente ad Jnnocentium IH (Paris, i7iil).
C. — Travaux relatifs à l'histoire de l'Ordre bénédictin. — Ces travaux, d'une importance capitale pour l'histoire du haut moyen âge, commencés par Dom Luc d'Achery, ont été principalement exécutés par Dom Jean Mabillon (f 1707), sous sa direction ou par ses élèves directs (Dom (iermain, Dom Ruinart, Dom Estiennot). Ils portent la griiïe de ce maître : Acta Sanctorum Ordinis Sancti Benedicti [jusqu'au xii« siècle] (Paris, 1665-1701, 9 vol. in-fol.); Annales Ordinis Sancti Benedicti ad annum il/CLF//(Paris, 1705- 1759, 6 vol. in-fol.) ^
I). — Travaux relatifs aux Sciences auxiliaires de V histoire. — L'étude des antiquités de son Ordre mit Mabillon aux prises avec les Rollandistes, qui avaient émis des doutes sur U authenticité de documents conservés dans les archives bénédictines. Il fut amené ainsi à composer son chef-d'œuvre, le De re diplomatica libri sex (1681, Supplément en 1704), qui fonda la Diplomati(|ue. Le De re diplomatica, dont le succès fut européen, attira l'attention des Mauristes sur les sciences auxiliaires de l'histoire : paléographie, chronologie. De là la Palœographia cjrœca de Dom Bernard de Montfaucon (1708); le Nouveau Traité de Diplomatique [et de paléographie latine] par Dom Tassin et Dom Toustain (Paris, 1750- 1765, 6 vol. in-4) ; et enfin V Art de vérifier les dates (1750, 1 vol. in4; 1770, 1 vol. in-fol.; 1785-87, 5 vol. in-fol.)-. On a pu, depuis,
travaux des Bénédictins n'ont pas annulé, du reste, la Bibliothcca Maxùna, publiée à Lyon en 1677 ('27 vol. in-fol.) par Marguerin de la Big^ne. Il y a des textes qui ne se trouvent encore que dans cette CoUeclion, dont Mig-nc (§ 588), dans sa Patrologie, n'a |)as non plus rc|)!oduit toute la substance.
1. S. Bânmer, o. c, p. (M) cl s,m\. Ci. L. ])(ihs\e, Dcpouille7}ie7}t ntp/iabcliqi«; du « MonasLicon benadiclinum », dans la lievue des liibliottièqiies. 1897, p. 241.