‹ Manuel de bibliographie historique (volume 2)Chapitre 94 sur 186 · A. Giry, Manuel de Diplomatique, p. GO et suiv · texte numérisé non relu

A. Giry, Manuel de Diplomatique, p. GO et suiv

perfectionner ces ouvrages; mais les grandes lignes n'en ont pas bougé : les disciplines auxili^ures de l'histoire du moyen âge ont gardé jusqu'à nos jours la physionomie que les Mauristes leur ont donnée.

E. — Travaux relatifs à l'histoire ecclésiastique de la France. — L'idée de dresser une nomenclature des archevêques et des évêques de tous les sièges de France par ordre chronologique est fort ancienne; et on l'élargit de bonne heure : 1" en essayant de procurer une notice biograplii({ue sur chacun des personnages nommés; 2" en joignant à la nomenclature des prélats celle des monastères de chac[ue diocèse et des abbés de ces monastères. Claude Robert, arcliidiacre de Chalon-sur-Saône, fnt le premier à donner à un almanach rétrospectif de ce genre le titre de Gallia Christiaiia {\^2i)). Les frères Scévole et Louis de Sainte-Marthe, historiographes de France, présentèrent à l'Assemblée du'clergé, en 1646, l'Épitredédicatoire d'un nouveau Gallia C/irisliana, qui parut après leur mort parles soins des fils de Scévole (1656, 4 vol. in-fol.)^ Puis, cinquante ans s'écoulèrent. L'Assemblée du clergé de 1710, constatant la nécessité d'une refonte, et sachant que les Bénédictins de Saint-Maur avaient accumulé depuis longtemps des matériaux à cet effet, confia l'opération au supérieur général de la Congrégation, Dom Denis de Sainte-Marthe, parent éloigné des Sam marthani à\x siècle précédent, à condition qu'il adopterait le plan suivant : ranger les provinces ecclésiastiques (ou archevêchés) suivant l'ordre al[)habétique, « pour ne point donner d'atteinte aux diverses prétentions de plusieurs Métropolitains » ; joindre à l'histoire de chaque arclievêché celle des évéchés suffraganls et des abbayes qui s'y trouvaient. Le t. I^' du Ga///a C^?7.s7ia>?a refondu, qui comprend les provinces ecclésiastiques d'Albi, d'Aix, d'Arles, d'Avignon et d'Auch, parut en 1715. Le t. III (Cambrai, Cologne et Embrun) était achevé lorsque le P. Denis de Sainte-Marthe mourut (1725). La Congrégation bénédictine hérita de l'entreprise et la conduisit tant bien que mal Jusqu'au t. XIII (Trêves) qui fut publié en 1785. Pendant la [{évolution, la plupart des maté-

1. Voir P. dfi Longuemarc, Luc famille d'auteurs aux xvr-xviii' siècles. Les Sainte-Marthe (Paris, 1902, iii-8).

riaiix préparés pour traiter les quatre dernières i)rovinces (Tours, Besançon, Vienne et lîtrecht) ont dis[)aru*.

La revision de la Collection des Conciles dos Gaules, depuis les origines jusqu'au Concile de Trente, i'aisait aussi partie du progrannme de travaux que les Bénédictins s'étaient tracé. Mais Dom Labbat, qui dirigea l'entreprise en dernier lieu, n'eut le temps de publier (1789) (jue le premier volume (jusqu'à l'année 592) d'une Collection qui devait en comprendre huit^

F. — Travaux relatifs à lliistoire générale et politique de la France. — L'œuvre d'André du Cbesne fut recommencée de fond en comble, cent ans après l'accident qui l'avait interrompue (g 551), par un bénédictin de Saint-Maur, Dom Martin Bouquet. Dans l'intervalle, le Gouvernement royal avait plusieurs fois essayé de remettre sur pied cette entreprise d'intérêt public; mais ni Baluze ni Mabillon n'avaient osé s'en charger; un plan de Du Cange et les offres de service de Dom Bernard de Montfaucon avaient été rejetés ; le P. Lelong, de l'Oratoire, qui en avait reçu la commande, était mort en 1721 sans avoir rien publié. f)om Denis de Saint-Marthe, supérieur général de la Congrégation de Saint-Maur, réussit à faire agréer Dom Bouquet, bibhothécaire de Saint-Germain-des-Prés, à la place du P. Lelong^. Cet érudit fit paraître, de 1757 à 1752, les huit premiers volumes d'un Recueil des historiens des Gaules et de la France (Rerum

1. V. al)bc Pèchcui", Précis sur ihistoire du « Gallia Chn'stiana », dans le Bidl. de la Soc. archéol. de Soissons, XV (1884], p. 127. — Un particulier, M. B. liauréau, a complété le Gallia Christiana des Bénédictins en y ajoutant trois volumes sur le même plan, pour les Métropoles de Tours (1856), de Besançon (1860) et de Vienne (1805). — Dom P. Piolin a réimprime les 13 premiers volumes (Paris, 1870-78) et annoncé des additions. — Le Gallia Christiana serait à refaire entièrement. Mais si jamais on le refait, ce ne sera pas, sans doute, sur le })lan du spécimen de Gallia Christiana iiovissima publié par MM. J.-ll. Albanès et U. Clievalier (Montbéliard, 1895-1000, 4 vol. in-4), où les pièces justificatives de l'histoire de l'arclievèché, des évècliés et des abbayes de la province ecclésiastique d'Aix sont si nombreuses qu'elles équivalent presque à un carlulaire des établissements considérés [Revue critique, 1899, II, )). l'22).

"2. Voir, sur les papiers de Dom Labbat, le Bulletin du Bibliophile, 1872, p. 151.

5. La Congrégation de Saint-Maur, sinon dum Bouquet personnellement, était désignée pour cette succession par des services antérieurs. La meilleure édition de Chroniques du moyen âge qui eût été donnée depuis Du Chesne était sans doute celle de Grégoire de Tours et de Frédégaire par Dom Thierry Ruinart, l'ami et le collaborateur de Mabillon.

LE XVIP ET I.E XVIIP SIÈCLES. '299

ijallicarum et fvancicarum scriptores). Le liecueil fut continue'', après la mort de I). Bouquet (1754), par plusieurs de ses con- Ircres jusqu'au t. Mil (178G), dont presque toute l'édition fut malheureusement détruite. Dom Brial, un des auteurs des t. XlletXllI, devint, après la Révolution, membre de l'Institut, et publia, en cette qualité, les t. XVI à XVllI (1822). C'est ainsi (jue l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres de l'Institut de France a hérité du grand Becueil historioiiraphique des Bénédictins ; on verra plus loin (§ 580) jusqu'où elle l'a conduite

G, — Travaux relatifs à l'histoire littéraire de la France. — La phipart des autres pays ont possédé avant la France des Biobibliographies de leurs anciens auteurs (§ 155). Les Bénédictins essayèrent de combler cette lacune. Après Dom Liron, qui fît la « Bibliothèque )) des auteurs du pays chartrain (1719), Dom Antoine Rivet conçut le plan d'une Histoire littéraire de la France où il serait traité « de l'origine et du progrès, de la décadence et du rétablissement des lettres et des sciences parmi les Gaulois et parmi les Français », (( de leurs anciennes écoles », « des meilleures Bibliothèques anciennes et modernes, des plus célèbres imprimeries, et de tout ce qui a un rapport particulier à la littérature », « avec les éloges historiques des Gaulois et des Français qui s'y sont lait quelque réputation, le catalogue et la chronologie de leurs écrits, des remarques historiques et critiques sur les ouvrages et le dénotnhrement des différentes éditions ». Il décida de couper cette histoire en périodes séculaires : un « Discours sur l'état des lettres et des sciences » précéderait, pour chaque o siècle », l'énumération des auteurs, l'analyse et la bibliographie des manuscrits et des éditions de leurs œuvres, certaines ou supposées. — Dom Rivet (f 1750) a rédigé lui-même les neuf premiers volumes de V Histoire littéraire de la France (Paris, 1755-1750, in-i) qui vont jusqu'au commen-

1. Le Recueil de Dom Bouquet devait comprendre, en principe, tous « les liisloriens », c'est-à-dire les Chroniques intéressantes pour l'histoire de France depuis les ori^fines jusqu'à François l''^ Le dernier volume publié par les Bénédictins (t. XIII) n'achève pas la série des « monuments » du xn* siècle. — Les Chroniques n'y sont pas publiées in extenso, mais découpées par périodes et par rèj^nes, ce qui est très incommode. — Une réimpression textuelle des volumes publiés par les Bénédictins a été exécutée à partir de 18G9, chez Palmé.

cément du xii*^ siècle. Les t. X à XII (1765), qui n'achèvent pas le \n^ siècle, sont dus à plusieurs de ses confrères. Il y eut ensuite une interruption de cinquante ans, jusqu'à ce que, grâce à Brial, \ Histoire liitéraire eût passe, comme le Recueil des historiens, du patrimoine des Bénédictins dans celui de l'Institut ^

H. — Travaux i^elatifs à r histoire locale ou provinciale de la France. — L'histoire locale ahsorba de- bonne heure l'activité de plusieurs Bénédictins (Dom Georges Viole en Bourgogne, Dom Marlot en Champagne, etc.). Mais c'est seulement au xviii'- siècle que la Congrégation fut amenée à ouvrir une vaste enquête systématique en vue de réunir des matériaux sur le passé de toutes les régions historiques de la monarchie. Les « Histoires provinciales » des Bénédictins qui ont été publiées forment une collection imposante : Histoire delà ville de Paris par Dom Félibien (Paris, 1725, 5 vol. in-fol.), Histoire générale de Languedoc par Dom Vaissete et Dom Devic (Paris, 1750-45, 5 vol. in-fol.)-. Histoire générale et particulière de Bourgogne par Dom Plancher (Dijon, 1758-81, 4 vol. in-fol.), Histoire de Bretagne par Dom Taillandier et Dom Morice (Paris, 1750-56, 2 vol. in-fol.)^. Mais celles qui sont restées inachevées et inédites sont encore plus nombreuses; parmi celles-là, quelques-unes sont représentées aujourd'hui, dans des dépôts publics, par des Becueils de documents « qui ne sont guère moins utiles que les Histoires proprement dites » (d'autant plus que les Histoires proprement dites ne sont guère, en vérité, que des Recueils de documents) : Picardie (Collection de Dom Grenier, à la Bibliothèque nationale) ; Touraine (Collection de Dom Housseau, ibidem); Poitou (Collection de Dom Fonteneau, à Poitiers); etc.'^.

1. Cf. plus bas, § 580. — Les t. XI ot XII ont (Ué rcimpi-imés en 1830 et en 1841 par ordre de l'Académie des Inscriptions. Une réimpression textuelle des volumes I à XVI a été publiée chez Palmé de 1865 à 1892; l'éditeur Welter a entrepris la réimpression des t. XVII et suiv. Il existe une Table i^énérale (par C. Rivain) des t. I à XV du Recueil (Paris, 1875, in-4).

2. C'est la principale. Voir l'Introduction liistoriqne de la nouvelle édition, I (1872), p. 17, cl A. IJenoist, Ullinloiie gcnéiale de Languedoc, dans les Annales du Midi, III (1891), p. .556.

5. \i Histoire de Lorraine de Dom Calmel, précitée, fail partie de cet ensemble.

4. L. Delislc. Catalogne des actes de Philippe Anguste, p. xxxviii et suiv. —

Cf. Le Cabinet des Manuscrits de la Bibliot/ièqne nationale et les Catalogues

LE XYII-^ ET LE XVIIl' SIÈCLES. 501

1. — Notices et extraits de manuscrits. Spicilèges. — Leurs entreprises si variées obligèrent les Bénédictins à d'immenses dépouillements, non seulement dans les riches bibliothèques de leur Ordre, mais dans les autres dépots de France et de l'étranger. Au cours do ces dépouillements, ils découvrirent naturellement des pièces qui, sans être de nature à être utilisées dans leurs Recueils, offraient cependant de l'intérêt pour l'histoire. Or, il était indiqué de lier en gerbes les glanes de cette espèce en un temps où il n'existait pas, comme aujourd'hui, de « lievues » pour les recevoir : dès la fin du \\i^ siècle, les érudits ont commencé, en eflet, à publier, sous des titres divers, des recueils de Miscellanea, c'est-à-dire de documents n'ayant d'autre caractère commun ([ue d'être, au sentiment de l'éditeur, intéressants et inédits. Les Bénédictins, copistes infatigables, ont laissé des Recueils de Miscellanea, ou Spicilèges, de premier ordre.

L'œuvre principale de Dom Luc d'Acbery est un Spicilège : Spicilegium sive Colleclio veterum aliquoL scriptorum qui in Galliœ hibliothecis delituerant^. — Mabillon s'est délassé de ses grands travaux en publiant ses Vêlera Analecta^. — Dom Martène et son acolvte Dom Durand, charjTés de visiter les archives et les biblioihèques de France pour y recueillir des matériaux à l'usage des rédacteurs du Gallia Christiana, y ramassèrent en même temps de quoi former leur Thésaurus novus anecdotorum (Paris, 1717, 5 vol. in-fol.)^. Chargés plus tard d'explorer les dépôts d'Allemagne et des Pays-Bas pour y recueillir des matériaux à l'usage des rédacteurs du Recueil des historiens, ils y ramassèrent en même temps de quoi former leur Veterum scriptorum et moniimentorum histo-

(les Collections l)én(;(liclincs sur riiistoire des provinces qui sont conservées à la l{il)liotliè(jUC nationale.

1. Un se sert de l'édition de L. J. F. de la Darre (il'27)], en 5 vol. in-Col., où les pièces sont rangées suivant un ordre systématique (théologie, histoire «ecclésiastique, histoire profancj. Voir la clé par Dowling, o. c. (ci-dessus, p. 220),

2. On se sert de l'édition de L. J. F. de la Barre (172.'i), en 1 vol. in-fol., où les pièces sont rangées dans l'ordre chronologique. CI". Dowling, o. c. p. 80-9.

5. Martène et Durand avaient formé le projet — qu'ils n'ont pas réalisé, bien entendu, — de rééditer à la suite de leur Tfiesaurus les principaux spicilèges publiés, dei)uis Canisius jusqu'à leur temps, par des érudils, bénédictins ou autres, en en lormanl un « Corps » méthodique.

502 LES ÉTIDES HISTOIUQUES JUSQU'A LA FLN" DU XVII^ SIÈCLE.

ricorum, dogmaticorum , moral'uim, Amplisûma CoUeclio (Paris, 1724-55, 9 vol. in-fol.)*-

11 faut joindre à ces Recueils sous forme de Spicilèges ceux qui se présentent sous forme de « Voyages littéraires » (Itinera), comptes rendus d'explorations à la recherche de manuscrits anciens : le Muséum ilalicuni de Mabillon-, le Diarium italicum de Montfaucon (Paris, 1702, in-4), le Voycujc littéraire de deux religieux bénédictina de la Congrégation de Saint-Maur [Martène et Durand] (Paris, 1717, in-4), etc.^

Les Bénédictins ont publié beaucoup d'extraits, peu d'inventaires de manuscrits. Cependant Dom Bernard de Montfaucon tenait pour son plus bel ouvrage son essai, si imparfait, de Catalogue général : Bibliotheca hihliothecarum manuscriptorum nova (Paris, 1759, 2 vol. in-foL).

J. — Autres entreprises. — Ce n'est pas tout. Saint-Maur a conçu, commencé ou continué d'autres monuments considérables. — H a pensé à publier un a Recueil des historiens des Croisades ))'*. L'ouvrage manuscrit de Dom Lièble sur la Géographie historique des Gaules et de la France au moyen âge, qui fut brûlé dans Tincendie de la Bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés, avait 50 volumes in-fol.. L'Ordre prit à sa charge la revision du Glossariuni ad scriptores médise et infimœ latinitaiis de Du Cange après la mori de l'auteur (cf. § 559) : la réédition de 1755-56 est due à quatre Mauristes, et l'un d'eux, Dom Carpentier (7 1767), publia plus tard, tout seul, un Supplément très étendu au célèbre répertoire. Enfin, on verra plus loin que des Bénédictins ont été associés aux travaux du Cabinet des chartes.

L'énumération qui précède n'est pas complète (et nous n'avons

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