CHAPITRE I
REPERTOIRES DE CATALOGUES
78. — Pour écrire l'histoire, il faut interroger les documents. Les documents sont les traces matérielles qu*ont laissées les actes et les pensées des hommes d'autrefois.
On distingue les monuments figurés (bâtiments, objets, etc.), et les documents écrits. — Parmi les documents écrits, les œuvres littéraires * se discernent aisément des pièces officielles et privées, telles que chartes, lettres, comptes, enquêtes, rapports, etc., que Ton englobe communément sous la désignation vague de « pièces d'archives » . — La plupart des monuments figurés et des documents écrits qui ont de la valeur ont été mis de nos jours à l'abri de la destruction. Dans la plupart des pays civilisés, les monuments anciens sont protégés par la loi, et les objets, les manuscrits, les livres anciens sont presque tous conservés, soit dans les établissements publics qui portent le nom d'archives, de bibliothèques et de musées, soit dans des collections particulières*.
Cela posé, il est clair que les sources de l'histoire ne seront
1 . Nous appelons a 'œuvres littéraires ï) tout ce qui n'est pas a pièces d'archives », et «littérature » désigne, ici, l'ensemble des écrits de toute espèce C[ui ne sont pas des pièces d'archives.
2. Tous les documents dits « d'archives » ne sont pas, du reste, conservés dans les archives. Les anciennes archives ayant été pillées de bonne heure, un grand nombre des documents qu'elles contenaient sont venus, après des
commodément utilisal)los que le jour où toutes les collections de documents historiques, tant [)ubliqucs que privées, auront été inventoriées et décrites avec exactitude. Par malheur, si quelques collections anciennes et célèbres ont été décrites depuis longtemps, il n'y a que quelques années que l'on a commencé, m Europe, à pousser vivement l'immense travail de l'inventaire descriptif général et complet des richesses contenues dans les archives, dans les bibliothèques et dans les musées*. Avant de découvrir les méthodes, sûres et pratiques, qui sont aujourd'hui en vigueur pour dresser des inventaires, on en a essayé bien d'autres; encore aujourd'hui, on ne procède pas partout d'une manière uniforme. Il y a donc, présentement, des archives, des bibliothèqiies et des musées qui sont catalogués, — des archives, des bibliothèques et des musées qui ne le sont pas. Parmi les catalogues qui existent, il y en a d'imprimés et de manuscrits, de bons et de mauvais; il y en a de définitifs, et il y en a qui sont à refaire. D'où l'utilité de répertoires bibHographiques où l'on puisse trouver a isément des r éponses précises à des questions telles que celles-ci : « QuelTsonrles dépots de documents (archives, bibliothèques et musées) publics et privés, qui existent dans tel pays? » « Quels sont ceux dont les collections sont cataloguées? » « Quels sont ceux dont les catidogues sont vraiment dignes de confiance? »
79. — Archives. — J'ai énuméré dans la Revue inteimationale des Archives, des Bibliothèques et des Musées (I, 1895, Archives, p. 12 et suiv.) les répertoires où se trouvent des
vicissitutics plus, ou moins longues, échouer dans les grandes bibliothèques de manuscrits. — Pour l'histoire des anciennes bibliothcqucà, le livre de T. Gottlieb (Ueber mittelalterliche Bibliothehen, Leipzig, 1890, in-8) est un bon guide bibliographique.
1. Les grandes entreprises nationales d'inventaire, telles que le Catalogue général des bihliotJièqucs publiques de France^ les publications de VHistorical Manuscripts Commission, la collection italienne des Indici e catiiloghi, etc., seront mentionnées en détail dans la Seconde Partie du Manuel.
Chaque année paraissent, dans tous les pays, un grand nombre de nouveaux inventaires de documents. Les nouveaux inventaires d'archives et de bibliothèques sont enregistrés, en principe, par le Centralblait fur IHbliothekswesen, le Polybiblion, etc. ; mais les listes dressées par ces revues ne sont pas complètes.
notices bibliographiques sur les catalogues des dépôts d'archives de l'Europe* . Ce sont des répertoires « nationaux », c'est-à-dire par pays, mais il n'y en a pas pour tous les pays. Les principaux sont ceux de C. A. H. Burkhardt pour l'Allemagne (Hand- und Adressbîich der deutschen Archive im Gebiete des deutschen ReickeSy LuxemburgSy Œsterreick-Ungarns, der russischen Ostseeprovinzen und der deutschen Schiveiz, Leipzig, 1887, 2* éd.), de W. Rye pour l'Angleterre (Records and record searchingj London, 1888, in-8), de V. S. Ikonnikov pour la Russie {Opyt rousskoï Istoriografii, Kiev, 1891-92, in-8 [Deuxième partie, p. 577 et s.]), et de Ch.-V. Langlois et H. Stein pour la France {Les archives de F histoire de France, Paris, 1891-93, in-8)'. — G. Mazzatinti prépare un ouvrage analogue à celui de MM. Langlois et Stein, qui contiendra des renseignements bibliographiques sur tous les dépôts d'archives qui existent en Italie.
80. — Bibliothèques. — On n'a pas encore composé une bibliographie critique des catalogues de manuscrits qui ont été dressés jusqu'à maintenant dans le monde entier. L'entreprise est, à la vérité, peu tentante; car elle serait très laborieuse', et, à peine achevée, l'œuvre vieillirait très vile. Le dernier essai en ce genre qui ait été publié (par F. Blass, dans le HandbUch der kloMischen Alterthumsiuissenschaft, de I. v. Mûller, 1. 1, Miinchen, 1892, p. 550-55) serait tout à fait insuffisant, s'il n'était sans prétention.
1. Cf. A. Giry, Manuel de Diplomatique (Paris, 1894, in-8], p. 37-40 : a Des moyens de recherclicr les documents diplomatiques dans les dépols d'archives et les bibliothèques » .
2. Cet ouvrage contient la bibliographie des catalogues de tous les dépôts d'archives et de toutes les bibliothèques de la France et de l'étranger où sont conservées des pièces d'archives relatives à l'histoire de France. On y trouve donc des renseignements sommaires, non seulement sur les dépôts français, mais sur un grand nombre de dépôts situés à l'étranger.
3. M. L. Dclisle a éimméré jusqu'à 131 « catalogues généraux ou communs à des manuscrits de différenls fonds » pour le seul Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris [Bibliothèque nationale. Manuscrits latins et français ajoutés aux fonds des nouvelles acquisitions pendant les années 1875-1891, Paris, 1891, in-8, p. lvi et s.). Encore n'a-t-il pas tenu compte des catalogues manuscrits.
Mais on a eu, à différentes époques, Tidée de dresser des (( états des catalogues » des manuscrits conservés dans tel ou tel pays. G*est ainsi que U. Robert publia, de 1877 à 1880, dans le Cabinet historique, les « états des caUilogues » des manuscrits des bibliothèques de France, des Pays-Bas, des pays Scandinaves, d*Espagne et de Portugal. Comparez, dans le Centralhlatt fiir Bibliotheksweseriy des revues bibliographiques analogues, mais plus récentes, sur les catalogues des manuscrits des bibliothèques d'Allemagne (par A. Blau, 1886), de Suisse (par G. Meier, 1887), d'Autriche-Hongrie (par A. Goldmann, 1888). Pour TËspagne, le livre de R. Béer {Handschriftenschâtze S/winiens, Wien, 1894, in-8. Extr. des Sitzungsberichte der k, k. Akademie der Wissenschaften) contient, entre autres renseignements, une série de notices bibliographiques sur les bibliothèques du pays, publiques et privées, anciennes et modernes, que l'auteur a rangées suivant l'ordre alphabétique des noms de lieu. — Pour l'Italie, consulter la rubrique « Storia délie biblioteche pubbliche e private, loro cataloghi generali o parziali... », dans la Bibliotheca bibliographica italica de G. Ottino et G. Fumagalli. — Pour la Russie, l'ouvrage précité (g 79) de V. S. Ikonnikov*.
81. — Musées. — S. Reinach a énuméré et rectifié dans la Revue internationale des Archives, des Bibliothèques et des Musées (I, 1895, Musées, p. 3 et suiv.) les répertoires de muséographie archéologique, c'est-à-dire les répertoires de catalogues de musées qui intéressent l'archéologie classique, dont le plus récent et le plus considérable est celui de K. Sittl (t. VI du Handbuch der klassischen Alterthumswissenschaft de I. v. Mûller, Miinchen, 1894, p. 52-76). La même Revue compte publier prochainement une bibliographie analogue de la bibliographie des catalogues de musées d'art et d'objets modernes.
82. — Il y aurait un moyen fort simple de suppléer à l'absence de bibliographies générales des catalogues de documents. Ce que les bibliographes ne font pas, c'est aux bibliothécaires
1. Voy. aussi les répertoires indiques ci-dessus, p. 18, note 1, où l'on trouve, outre la bibliographie des catalogues de livres imprimés que possèdent les bibliothèques publiques celle des catalogues de manuscrits.
qu'il est réservé de le faire, en ce cas comme en tant d'autres. Il suffirait que dans la salie du public de chaque ^rand établissement fût mise à la disposition des travailleurs la collection, aussi complète que possible, non seulement des catalogues imprimés et manuscrits dudit établissement, mais encore des catalogues imprimés de tous les établissements similaires. A la Bibliothèque nationale de Paris, à la Laurentienne de Florence, le pubhc a sous la main la plupart des catalogues de manuscrits qui ont été imprimés. Il en devrait être de même aux Archives nationales de France, oa Ton serait bien aise de trouver la collection des inventaires d'archives, françaises et étrangères, qui existent. — Ce sont là des mesures faciles à prendre, relativement peu coûteuses et d'une utilité manifeste. De toutes parts, on le reconnaît et on se prépare à perfectionner de cette manière l'outillage de l'érudition*.
Dès maintenant la meilleure Bibliographie générale des catalogues de manuscrits se trouve sous la rubrique « Catalogues de manuscrits » (p. 21-49) dans le livret mis par l'administration de la Bibliothèque nationale de Paris à la disposition du public qui fréquente le département des manuscrits : Bibliothèque nationale. Catalogue alphabétique des livres imprimés mis à la disposition des lecteurs dans la salle de travail, suivi de la liste des catalogues usuels du département des manuscrits (Paris, 1895, in-8).
• RÉPERTOIRES BIBLIOGRAPHIQUES DE DOCUMENTS