INÉDITS ET IMPRIMÉS
83. — S'il avait été possible de procéder régulièrement, avec logique, dès l'origine, à l'exploration des sources de l'histoire, on aurait attendu ({ue l'inventaire général descriptif de tous les
1. Dans un article sur la réorganisalion projetée des archives italiennes, R. Galli a récemment proposé de former à Rome ime collection complète des inventaires imprimés de tous les dépôts d'arcliivcs du monde (Niiova Antologia, juillet 1895].
documents écrits et figurés fût achevé, avant d'imprimer des documents isolés, ou de former des Corpus, ou d'écrire des mcMiographies. Mais ce n'est pas la logique qui a présidé, depuis la Renaissance, à l'évolution de la science historique, c'est le hasard. On a travaillé longtemps avec des documents insuffisants, ceux que l'on avait sous la main ; pendant trois siècles, les éditions partielles, les collections incomplètes, les études provisoires se sont superposées les unes sur les autres, alors que les dépôts de documents étaient beaucoup plus nombreux, moins accessibles et infiniment moins bien inventoriés qu'aujourd'hui. De là, une httérature historique très abondante, confuse, qui trouble et qui décourage les jeunes gens sur le point d'aborder des recherches historiques. Il ne suffît pas, en efl'et, de savoir quelles sont les sources originales à consulter, et où elles sont : il faut encore savoir quels sont les travaux critiques dont elles ont été l'objet, distinguer ce qui est inédit de ce qui ne l'est pas, se familiariser avec les grands « Recueils » qui ont été légués à la science moderne par les érudits d'autrefois. On n'y parvient qu'au prix d'une longue éducation bibliographique et qu'à l'aide de répertoires spéciaux.
84. — Le plus ancien travail qui ait été exécuté, en France, en vue de faciliter aux commençants l'apprentissage de ces instruments de l'érudition historique que sont les grandes collections imprimées de sources originales, date de 1856. C'est dans V Annuaire historique pour T année 1857, publié par la Société de l'histoire de France (Paris, 1856, in-12), que J. Desnoyers fit paraître son « Indication des principaux ouvrages propres à faciliter les travaux relatifs à l'histoire de France » (p. 255-524). J. Desnoyers avait déjà constaté « l'embarras où Ton est pour se reconnaître au milieu des nombreux recueils de documents originaux », et il s'est proposé de les énuméror (p. 281 et suiv.), en donnant des renseignements sommaires sur le plan, les dimensions, le caractère, la valeur et l'historique de ces recueils. — Telle paraît aussi avoir été la pensée de M. A. Franklin en rédigeant son ouvrage : Les sources de Vhistoire de France (Paris, 1877, in-8), qui contient une série de a notices bibliographiques et analytiques de^ inventaires et des recueils de docu-
ments relatifs à Thistoirc de France » , dont on a dit avec raison que « l'étendue aurait pu en être re'duite de moitié par l'emploi d'une autre méthode bibliographique* ». Comparez, pour l'histoire de Suède, l'opuscule de E. Hildebrand : Svenska publikationer af historiska handlingar, dans VHistorisk Tidskrift, 1886, p. 517-67.
Il existe quelques guides déjà anciens, du même type que celui de A. Franklin, pour l'histoire de l'antiquité profane et sacrée. Le Handbuch der pkilologischen Bûcherkunde de J. Ph. Krebs (Bremen, 1822-23, 2 vol. in-8), suranné, est encore utile pour les détails qu'il donne sur certaines grandes collections anciennes (Burmann, Grasvius, Gronovius, etc.). Pour les collections relatives à l'histoire ecclésiastique, consulter G. B. Dowling, Notitia scriptorum sanctorum Patrum aliorumque veteris Ecclesiœ monumentorum quœ in collectionibus anecdotorum post annum Christi MDCC in lucem editis continentur (Londoniis, 1839, in-8).
85. — Il y aurait lieu de composer un Guide général de ce genre, qui fit connaître les principaux instruments et 'les principales entreprises de l'érudition historique, ancienne et moderne (recueils de documents, Corpus, etc.). On montrerait de la sorte ce qui a été fait, jusqu'ici, pour l'exploration des sources originales de l'histoire, et ce qui reste à faire. A notre connaissance, ce vaste sujet, d'une importance capitale, qui n'est autre que l'histoire et le tableau de l'organisation comparée des études historiques jusqu'à nos jours, n'a jamais été traité : il a été efûeuré seulement, en ces derniers temps, par E. Bernheim (Lehrbuch der hiUorischen Méthode, Leipzig, 1894, in-8, 2^ éd., p. 187 et suiv.) et par B. Altamira (La ensehanza de la historia, Madrid, 1895, in-16, 2« éd., p. 282 et suiv.). — L'histoire sommaire et le tableau de l'organisation actuelle des travaux historiques sera le sujet de la Seconde Partie de ce Manuel de Bibliographie historique.
1. Congrès, 1878, p. 531. C'est bien à tort, du reste, que M. Pawlowski ^ ajoute en cet endroit que le répertoire de Dahlmann-Waitz (ci-dessous, § 124) est a semblable, pour l'histoire d'Allemagne », au livre de A. Franklin pour l'histoire de France.
RÉPERTOIRES BIBLIOGRAPHIQUES DE DOCUMENTS