CHAPITRE PRÉLIMINAIRE
301. — Les (( instruments bibliographiques » proprement dits ne sont pas les seuls instruments de travail dont se servent ceux qui étudient Thistoire.
Ceux qui étudient l'histoire — non pas pour Va apprendre », mais en vue de contribuer aux progrès des connaissances sur le passé — ont besoin de collections et de répertoires : collections de textes, répertoires de mots, de noms, de dates, de faits, bref de données de toute espèce. Savoir qu'il existe des recueils de ce genre, ce (jue valent ceux qui ont été composés jusqu'à présent et les utilités qu'on en peut tirer, aucun historien de profession ne saurait s'en dispenser; c'est donc une partie essentielle de l'apprentissage historique.
A cet égard, l'érudition historique est, assurément, dans le même cas (juc toutes les autres disciplines d'investigation scientifique. Il faut observer cependant que le matériel livresque des sciences historiques est plus encombrant et plus disparate que celui de la plupart des autres sciences, de sorte que l'apprentissage en est sensiblement plus difficile.
D'al)ord, il est très encombrant. Les documents tiennent beaucoup de place. Pour les époques anciennes les épaves que le temps a respectées, ayant été recueillies avec d'autant plus de piété qu'elles sout
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plus rares, ont suffi à constituer des collections monumentales ; et (juant aux dgcuments modernes, ils sont si nombreux (surtout à ])artir du xiii*^ siècle) que, s'ils étaient jinbliés in extenso^ avec les mêmes précautions minutieuses cpie les documents anciens, la plupart des « collections » , Corpus ou RegesteSy (pie l'on en pourrait exécuter com[)orteraient des centaines ou des milliers de volumes ; quoi qu'on fasse, et si sommaires ou si incomplets qu'ils soient relativement, les recueils qui sont les instruments de travail indispensables aux historiens des temps modernes occupent, dans les bibliothèques, une place démesurée. De tous les savants , l'érudit est celui qui est obli{îé de s'entourer, pour travailler, de la plus grande quantité de textes et de dictioiniaires.
En second lieu, l'outillage de l'érudition historique est très disparate. Voici (piatre cents ans (|ue les érudits ont commencé à fabriquer des instruments à l'usage de leurs confrères ; il y en a de toutes les dates et (pii atîectent les formes les j)lus diverses. Dans la plupart des autres domaines scientilicpies, les recueils et les réj)ertoires les plus récents sont seuls d'usage courant; ils annulent les anciens, dont toute la substance utile leur est incorporée. Aucun chimiste contemporain ne se sert des manuels oj)ératoires ni des recueils de données nuniéri(pies qui étaient entre les mains des chimistes à la fin du xviii*^ siècle; si quelques personnes s'intéressent encore aux cahiers d'expérience de Lavoisier, c'est au point de vue historique, parce qu'il est curieux, et peut être instructif*, de voir par quels chemins un grand es})rit fut amené à des a érités nouvelles , ce n'est pas jiour y chercher des renseignements positifs, car tous les renseignements que contiennent ces cahiers ont été vérifiés, complétés ou rectifiés depuis. Au contraire, beaucoup d'instruments de travail historique, fabriqués au cours des derniers siècles, n'ont pas encore été remplacés; et jdusieurs ne l'ont été qu'en partie, de sorte qu'ils sont, pour ainsi dire, à demi sains, à demi pourris. Si le Corpus inscriptlonum latinarum de l'Académie de Berlin annule complètement toutes les collections antérieures d'inscriptions latines, des recueils comme les Historiens des Gaules et de la France et les Scriptores rerum italicarmn de Muratori renferment encore, l\ côté d'éditions vieillies, des textes excellents ([ui ne sont imprimés nulle part ailleurs. Or,