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CHAPITRE Ii

Pour fonder une bibliothèque, pour la maintenir en bon état et pour être à même d'organiser d'une façon rationnelle le service des acquisitions, il faut naturellement disposer de certaines ressources pécuniaires provenant soit de crédits réguliers alloués annuellement, soit d'un capital dont les rentes sont destinées à assurer la marche normale de l'établissement. Les bibliothèques qui dépendent de l'État et les bibliothèques municipales se trouvent généralement dans le premier cas; les bibliothèques libres dans le second. Il n'y a, cela va de soi, aucun empêchement à ce que les bibliothèques publiques possèdent, en dehors même de leur budget annuel, un capital privé. Ce capital peut leur avoir été concédé au moment de leur fondation, par exemple, ou plus tard à la suite de quelque circonstance heureuse. Malheureusement, ce n’est pas l'habitude chez nous que les particuliers fassent des dons en argent aux bibliothèques et cherchent à les aider ainsi à atteindre le noble but qu'elles poursuivent ; tout au plus quelques savants leur font-ils cadeau de temps à autre de collections de livres, en général peu importantes et sans grande valeur. La libéralité magnifique dont font preuve envers les bibliothèques les personnes riches de l'Amérique du Nord est chose, hélas! totalement étrangère à nos meurs, et il est probable qu'il se passera encore bien du temps

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avant qu'un de nos journaux spéciaux ne se voie obligé d'ouvrir, : ainsi que l'a fait le Library Journal, une rubrique spéciale dans ses colonnes pour annoncer les dons faits aux bibliothèques publiques.

En dehors des crédits ordinaires annuels il serait à souhaiter que l'on accordât de temps à autre aux bibliothèques une indemnité extraordinaire qui leur permît de satisfaire aux besoins multiples qui ne se révèlent qu'à la longue et qui deviennent, en général, d'autant plus pressants qu'on les laisse plus longtemps en souffrance; c'est qu'en effet il n'y a pas d'établissements où la disproportion entre les besoins et les ressources soit aussi manifeste que dans les bibliothèques. Pour obtenir ces fonds spéciaux, il n'y a pas d'autre moyen que de faire appel à la bienveillance des pouvoirs publics. De temps à autre cependant, maïs dans des limites extrêmement restreintes, le bibliothécaire sers à même de se procurer quelques ressources supplémentaires; c'est ainsi qu'avec l'autorisation de ses chefs hiérarchiques 1 pourra vendre les doubles, s'il lui est impossible de s'en déber rasser par voie d'échanges.

On a proposé aussi, toujours dans le but d'augmenter les ressources des bibliothèques, de faire publier par les bibliothécaires eux-mêmes les manuscrits ou autres œuvres inédites d rares contenus dans les dépôts, ainsi que les catalogues manuscrits et des imprimés ; mais ce projet nous semble bee peu pratique. Le personnel de nos bibliothèques, trop peu n breux nous l'avons dit plus haut, a déjà fort à faire pour rempr convenablement ses devoirs professionnels, ces divers traveux littéraires ne pourraient que surcharger les bibliothécaires et arriverait ainsi qu'en cherchant à procurer à la bibliothèque & revenus extraordinaires, toujours problématiques, on risq d'en troubler la marche normale et la bonne | C'est donc surtout à l'État et aux municipalités à bien se suader que de nos jours une bibliothèque ne peut se d et rendre des services que si les ressources pécuniaires dont dispose sont suffisamment considérables‘. Les biblic

1. Au sujet des dépenses des différents États pour les bibi publiques, cf. note 1, p. 166. — Pour l'Allemagne, voir en outre P. Scaws « Adresshuch der deutschen Bibliotheken », Leipzig, 1883 (Beihefl 52

‘onsacrées à telle ou telle science spéciale (il serait désirable que eur nombre augmentât dans l’intérèt même des grandes bibliohèques) peuvent se contenter de fonds relativement modestes : nais les bibliothèques qui ont un caractère général, telles que es bibliothèques nationales ou universitaires et les bibliothèques les grandes villes, ont besoin, étant surtout donné le développenent considérable et toujours croissant de la production scientiique et littéraire, de ressources toujours plus importantes pour ‘tre à même de se tenir à peu près au courant.

Nous sommes du reste heureux de reconnaître que les pou- “oirs publics des différents pays se sont enfin rendu compte des multiples besoins dont nous venons de parler, et, lorsque l'on -onnaît les chiffres des budgets annuels de certaines grandes ibliothèques, telles que le British Museum, la Bibliothèque royale de Berlin?,il devient difficile de soutenir que les bibliothèques nt été moins favorisées que les autres établissements scientifiques. Il ne nous reste qu'un vœu à former: c'est que les bibliothèques d'importance moindresoient généralement pourvues de ressources plus considérables et qui leur permettent de se tenir un peu micux au courant de la science. Pour le reste, c'est au bibliothécaire d'agir avec discernement et de gérer avec économie les fonds dont il dispose, en s'appliquant à bien distinguer ce qu'il est absolument nécessaire d'acheter de ce qui n'est pas d'un intérêt immédiat. C'est en cela surtout que le bibliothécaire aura à faire

Centralblatt f. B., X) ; — K. Dziarzso, « Entwickelung und gegenwärtiger Stand der wissenschaftlichen Bibliotheken Deutschlands », Leipzig, 1893 Sammlang bibliothekswissenschaftlicher A rheiten, Heft 5);,— A. RoQueTrE, « Die deutschen Universitätsbibliotheken, ihre Mittel und ihre Bedürfnisse ‘ibid., Heft 6). — Pour la Prusse, cf. O. HanTwi6, « Zu den Verhandlungen des Hauses der Abgcordneten über das preussische Bihliothekswesen » ‘Centralblatt f. B., 1, 1884, p. 173-182). — Pour la France, v. Centralblatt f. B., III, 1886, p. 545. — Pour la Belgique, tbid., IV, 1887, p. 83-Xi. — Le montant des dépenses faites en 1887 par l'Italie pour achat et reliure des livres se trouve indiqué dans le Centralblatt f. B., LV, 1887, p. 230.

1. Cf. E. FüRSTENANN, « Bedarf und Mittel der Bibliotheken » (Centralblatt f. B., IV, 1887, p. 97-106).

2. Cf. A. R. Srorronpn, « Aids {o library progress bv the government of the United States » {Library Journal, vol. XVIII, 193, p. 248-249).

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preuve d'habileté et de jugement. Il devra faire tout ce qui dépend de lui pour conserver religieusement le patrimoine de l'établissement qui lui a été confié; ainsi qu'un commerçant consciencieux, il tiendra une comptabilité exacte et minuticuse de ses dépenses et veillera à ce que rien ne soit perdu ; il fera valoir, chaque fois que l'occasion s'en présentera, les prérogatives de sa bibliothèque, surtout en ce qui concerne le dépôt légal, si la bibliothèque qu'il dirige y a droit; en un mot, il consacrera toutes ses forces à la prospérité et au développement des. richesses qu'on l'a chargé de gérer.

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