‹ Manuel de bibliothéconomieChapitre 40 sur 114 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Acquisition du premier fonds

Lorsqu'il s'agit d'établir une bibliothèque,! il faut tout d'abord se faire une idée bien nette et bien précise de la nature du dépôt que l'on veut former; nulle question, en effet, n'est d'une utilité plus haute et d'une importance plus considérable pour le développement et la prospérité future de l'établissement. C'est affaire au bibliothécaire, en conformité des instructions et &ndicalions données par le fondateur, de déterminer le but que La nouvelle bibliothèque se propose et de tracer le plan qui per- Eettra de l'atteindre. Les voies à suivre différant naturellement muivant le but que l'on vise, il importe que le bibliothécaire Bétcrmine exactement non seulement à quelle science spéciale, mais encore à quelle branche particulière de cette science Île mouvel établissement sera consacré. Faisons remarquer à ce Bropos que, étant donnée l'immense production littéraire cet mientifique de notre époque, il n'y a que bien peu de biblio-

. 1. Fonxex, Conseils pour former une bibliothèque peu nombreuse, mais

Moisie : Berlin, 1746 {réimprimé plusieurs fois. ; — J. Ricuann, L'art de

Brmer une bibliothèque; Paris, 1883 ; — H, BR, Wueariuv, Hor do form à ry: London. 1886,

thèques en état de réunir, même sur une seule et uniqu science, tout ce qui paraît. Lorsqu'on néglige de délimite d'avance les grandes lignes du plan que l'on veut adopter, o ne tarde pas à en constater les fâchcux résultats : dissipatio: d'argent d'une part, et d'autre part accumulation d'ouvrage sans aucune valeur au détriment de ceux qui eussent été utiles Il est toujours facile, si le besoin s'en fait sentir, de reculer le limites primitivement fixées, tandis qu'il est très difficile, aprè avoir commencé par marcher au hasard, de rentrer dans une voi méthodiquement tracée. Le pourrait-on, du reste, que l'argen jusque là gaspillé n'en serait pas moins définitivement perdu.

Le premier soin du bibliothécaire doit être de se procurer le répertoires bibliographiques indispensables, c'est-à-dire le bibliographies générales, les bibliographies spéciales à telle oi telle région ou à telle ou à telle science, et les dictionnaire biographiques. Ces différents ouvrages! pourront lui servir d guides pour les acquisitions ultérieures et lui seront en outn d'un précieux secours pour la rédaction du catalogue. Ce ser enfin à lui de juger, en se plaçant au point de vue des travail leurs qui fréquentent la bibliothèque, si l'acquisition des ency clopédies les plus importantes est véritablement nécessaire.

Ces questions une fois résolues, il devra soigneusement recher cher s'il n'y aurait pas moyen de se procurer quelque part un collection d'ouvrages pouvant servir en quelque sorte de noya à la bibliothèque nouvelle. Les bibliothèques claustrales, qui os constitué le fonds premier d'un grand nombre de bibliothèque aujourd'hui extrêmement importantes,sont désormais absolumes épuisées; néanmoins il est encore relativement facile de se pro curer à bon compte dans certaines paroisses, dans des mairies à petites communes ou autre part, des collections que l’on pe utiliser en tout ou en partie pour le but qu'on se p d'atteindre. Généralement, les propriétaires de ces collections attachent pas grande valeur; aussi est-il ordinairement aisé les décider à s'en défaire, soit en leur concédant certaines

1. Voir, Appendice IV, l'énumération des principaux répertoires

graphiques.

atives dans l'usage de la nouvelle bibliothèque, soit en leur aisant entrevoir certains autres avantages, mais en cherchant oujours dans la mesure du possible à éviter les sacrifices pécuaires. Lorsque la cession d'une bibliothèque aura été obtenue ans aucune condition ou restriction de la part de son propriéaire, 1] faudra immédiatement faire un choix, c'est-à-dire sépaer les livres utiles de ceux qui ne le sont pas, et vendre ces lerniers pour se procurer des ressources nouvelles. Il scrait outefois encore plus avantageux, si l'occasion s'en présentait, l'échanger avec une autre bibliothèque ces livres inutiles, contre l'autres ouvrages d'un intérêt plus immédiat. Nous ne devons pas ublier enfin de parler des dons : ils peuvent être volontaires et pontanés, mais souvent aussi ils ont été provoqués par des olicitations plus ou moins directes ; c'est eux qui ont formé les remiers fonds d'un grand nombre de bibliothèques. +

Mentionnons encore en terminant les accroissements proveant du dépôt légal ; ils ne profitent naturellement qu'à quelques randes bibliothèques d'Etat, auxquelles les imprimeurs et les ibraires sont astreints par une loi de faire parvenir un ou pluieurs exemplaires des ouvrages qui s'impriment, soit dans le avs tout entier, soit dans une province déterminée.

En ce qui concerne les achats, le meilleur système parait être e chercher à acquérir en totalité une grande collection de vres, dont l'ensemble où du moins la partie la plus importante orresponde aux besoins de la bibliothèque nouvelle ; le but visé st ainsi immédiatement atteint et c'est généralement aussi la oie la plus économique. Lorsqu'il s'agit, en effet, d'acheter ne bibliothèque assez considérable, on ne rencontre que eu de concurrents et lon n'a pas ainsi de forte surenchère redouter. En outre, eu égard à l'importance du marché pnclu, les frais accessoires, toujours plus ou moins élevés, dispamssent ou se trouvent du moins considérablement réduits. Si puelques concurrents se présentent, ce sont en général des ibraires faisant le commerce des livres anciens el que nous ppellerons antiquaires ; dans ce cas, il n'est pas bien difficile le leur tenir tête. La bibliothèque, en effet, ne cherchant à cquérir la collection que dans le but de la conserver, ne se rouve pas aussi limitée par le prix que les libraires dont nous ‘enons de parler et qui, ayant l'intention de revendre avec gain,

se trouvent par le fait méme dans la nécessité d'acheter les livres à un prix inférieur à leur valeur réelle.

Lorsque l'occasion d'acheter une grande collection ne se présente pas, il est toujours avantageux, si on le peut, d'acquérir des parties séparées et plus ou moins considérables de biblwthèques importantes. On a tout d'abord, de cette façon, moins de concurrents à craindre que dans les ventes publiques et, en outre, l'achat de parties ainsi choisies présente ce grand avartage que l'on ne risque pas, ainsi que cela arrive souvent lorsque l'on acquiert de grandes collections, de s'encombrer d’une masse de livres inutiles, dont la bibliothèque ne peut ensuite se défaire qu'avec perte.

Aucune des occasions dont nous venons de parler ne se présente-t-elle, on en est alors réduit à acheter séparément Îles ouvrages dont on a besoin. Il faut dans ce cas faire bien attention de ne rien acheter d'inutile et s'appliquer à suivre très exactement le plan qui a été tracé. D'une façon générale, on peut dire que l'on achète meilleur marché d'habitude aux particuliers ou dans les ventes aux enchères que chez les antiquaires, et naturelle ment meilleur marché chez ces derniers que chez les libraires ordinaires. Cette règle, toutefois, est loin d'être absolue : il arrive, par exemple, que certains antiquaires, ayant acquis à bon marché des ouvrages d'une réelle importance, les revendent à des conditions très modérées, afin de rentrer le plus vite ps sible dans leurs débours, tandis qu'il n’est pas rare de voir de particuliers attribuer, par ignorance, une valeur exagérée à leurs collections ct que fréquemment, dans les ventes publiqu les enchères font monter les prix de certains livres bien dessus de leur valeur réelle.

Les catalogues publiés périodiquement par les antiquai devront toujours être examinés avec la plus grande attenti par le bibliothécaire, car, au point de vue des ouvrages ancies ils constituent une mine d'une richesse, pour ainsi dire, i sable, si on sait l'explorer avec intelligence. Il serait, du res très utile que le bibliothécaire prit soin de dresser la listei principales œuvres anciennes, spéciales à chaque science, € l'acquisition peut ètre considérée comme particulièrement urg: et chaque savant, nous n'en doutons pas, se ferait in plaisir, é

le domaine de sa sphère, de prêter au bibliothécaire, pour ce travail préparatoire, le concours de sa compétence et son appui.

Les livres nouveaux s'achètent naturellement chez les libraires. Nous reviendrons sur cette question dans le chapitre que nous consacrerons aux différents modes d'accroissement de la bibliolhèque.

C'est ici le lieu de présenter quelques observations sur les acquisitions utiles ou inutiles, sur les ouvrages qui, au point de vue de la bibliothèque, ont de la valeur ou n'en ont pas. Le bibliothécaire devra éviter l'acquisition de ces derniers (au moins dans les achats séparés, car nous avons vu que cela n'était pas ouJours possible lorsque l'on achète toute une collection) avec utant de soin qu'il en mettra à se procurer ceux qui sont vériablement nécessaires.

L'utihité ou l'inutilité d'un livre peuvent être appréciées soil u point de vue de la bibliothèque dans laquelle le livre aura à rendre place, soit au point de vue de la valeur intrinsèque de ouvrage lui-même.

En ce qui concerne le premier point, nous n'avons qu'à rapeler de nouveau qu'une acquisition n'est réellement utile que »rsqu elle répond à un besoin positif de la bibliothèque et rentre ans les limites du plan que l'on s'est tracé. Un ouvrage de séologie, par exemple, si excellent qu'il soit, ne sera d'aucune lité dans une bibliothèque uniquement consacrée aux ouvrages + junisprudence. Cela se comprend de soi, et il serait superflu insister.

Passons maintenant à l'examen du livre considéré en luième. |

On peut poser en principe tout d'abord que, quelle que soit étendue des limites assignées à la bibliothèque, toutes les acquitions qui pourront légitimement y trouver place possèderont des aractères communs, grâce auxquels il sera possible de distinguer l'ouvrage est utile ou non à la bibliothèque et s'il a ou non de a valeur. Ces signes caractéristiques peuvent se référer d'une art aux qualités intrinsèques des ouvrages, d'autre part à leurs jalités extrinsèques ou à certaines particularités extérieures.

Les premiers nous renseignent sur l'importance scientifique

176 MANUEL DE BIBLINTHÉCONOMIE

des ouvrages, tandis que les seconds nous font connaître les rend remarquables ou rares. Il en résulte que tous les dont l'acquisition peut être considérée comme utile se divi théoriquement en trois classes : 1° les livres importants at de vue scientifique; 2° les livres précieux; 3° les livres Toutefois il arrive assez fréquemment dans la pratique q ouvrage n'appartient d'une façon exclusive à aucune de ce “ories et peut rentrer, en même temps, soit dans deux des que nous venons d'indiquer, soit même dans les trois aurons-nous soin, après les avoir passées rapidement en d'indiquer quelles sont les différentes espèces de livr peuvent y trouver place.

Jetons d'abord, comme nous venons de le dire, un cour sur les trois classes. Quels sont les livres qui doivent être dés comme importants au point de vue scientifique? C non seulement ceux qui, dans chaque science, sont con: en quelque sorte comme fondamentaux, mais encore ta ouvrages (travaux considérables ou simples monographie en raison des recherches nouvelles et originales qui s'y tre consignées ou de la méthode nouvelle adoptée pour l'exp: de faits déjà connus, ont en quelque sorte fait époque d science et acquis par le fait une valeur durable. Les originaux doivent être naturellement préférés aux t lions et aux extraits. Les traductions n'ont d'impc réelle au point de vue scientifique que lorsqu'elles pas une valeur spéciale par suite de modifications ou d'ad n'existant pas dans l'original, ou lorsque celui-ci, en raiso langue dans laquelle il a été écrit, est difficile à comprendr: tefois 11 n'est pas toujours très aisé de reconnaître les ou qui ont fait ainsi époque dans la science : le mieux est al s'en rapporter à l'appréciation des hommes compétents; mai tous les cas, 1! faut éviter de baser son jugement sur des stances purement fortuites, telles, par exemple, que le n plus ou moins considérable des éditions, la traducti langues, etc..., etc.

Que faut-il entendre par livres précieux? Les raison: lesquelles un livre peut être considéré comme tel sont mul Un livre peut être précieux parce qu'il est très ancien ;

qu'il a été écrit par un auteur, ou publié par un éditeur, célèbre ou mal famé ; parce que le sujet de l'ouvrage est particulièrement singulier ou a été traité d'une façon singulière; parce que le livre, par sa décoration matérielle, magnifique et d'une grande richesse, se distingue de tout autre; parce qu’il sort d'une imprimerie célèbre, telle que celles des Alde, des Étienne ou des Ébévir : ; parce qu'il a été écrit, ou imprimé, sur une matière dont on ne se sert pas ordinairement; parce que sa taille, ou sa forme, séloigne de celles généralement employées, ou que sa reliure est remarquable parsa beauté, son élégance et son luxe; enfin parce que le livre a eu une destinée étrange, ou rappelle le souvenir de personnages célèbres ou d'événements mémorables. Pourvu que l'on ait quelques connaissances historiques et techniques, il sera donc assez facile, de distinguer, dans la masse des autres livres, ceux qui sont véritablement précieux.

Quels sont les livres qui peuvent être considérés comme rares ! ? Il est beaucoup plus difficile de répondre à cette queslion qu'aux deux précédentes. Il est presque impossible, en effet, de déterminer dans tous les cas les caractères d'un livre vraiment rare et de discerner le vrai du faux parmi les innombrables raisons, très souvent contradictoires, mises en avant pour prouver la rareté d'un livre. Les arguments sur lesquels on s’appuie dépendent parfois uniquement de certaines conditions de temps et de lieu, et plus fréquemment encore n'ont d'autre fondement

1. Cf. P. À. Bunix, « Zur Kenntniss seltener Bücher », dans le Serapeum, 1, 1841, p. 146-155 ; — A. E. Uupaur, « Die Bibliophilie in Deutschland als Gegenstand nationaler Bedeutung », Serapeum, IV, 1843|, p. 113-124, 142-168: — L. Pnerzen, « Beilüufige (Gcdanken eines Bibliothekars », Serapeum, X., 1819, p. 353-363, 369-377; — On consultera encore avec fruit le «a Traité de la connaissance des livres et de leurs divers degrés de rareté » inséré par CaiLLzeAu dans le tome III de son Dictionnaire Bibliographique, (Paris-Gènes, 1802, 4 vol.) Nauwun, dans son Manuel, et après lui Rocvanne, dans ses Connaissances nécessaires à un bibliophile (Paris, 1879, # éd.. 1#83.. n'ont fait que reproduire les observations de Cairrgau. Mentionnons en terminantles « Axiomata historico-critica de raritate librorum », qui forment l'introduction au Catalogqus historico-criticus librorum de J. Vocr. Le Calalogus se trouve cité (p. 110) dans la Büibliotheca bibliographica de J. Perznouor (Leipzig 1866), à laquelle nous renvoyons, d'une

facon générale, pour tous les ouvrages anciens.

Gnassaz. — Wanuel de Biblioth#conmie. 12

178 NANUEL DE BIBLIOTHÉCONOMIE

que la passion du bibliographe, Il serait imprudent de consic toujours comme raretés véritables, et quelquefois comme ra extraordinaires, les livres acquis à des prix souvent exagéré des bibliomanes excentriques : il arrive, en effet, que tel ouv. tenu par l'un pour un opus rarissimum, et regardé par l': comme un {ther albo corvo rarior, ne mérite pas d'être co parmi les ouvrages simplement rares.

En dépit de toutes les incertitudes, nous essaierons cepei de fixer certains points qui permettront à celui qui a qu pratique des livres de se ‘prononcer, autant que possibl: connaissance de cause.

Avant tout il importe de bien se pénétrer de cette idée q rareté d’un ouvrage peut être absolue ou relative. Un livre rareté relative n'a jamais qu'une importance secondair rareté pouvant en effet disparaître avec les circonstance: l'ont créée. Un livre prohibé, par exemple, n’est rare qu qu’au moment où sa prohibitfon prend fin; de même les publiés dans les pays lointains sont rares, si les relations ces pays sont difficiles : leur rareté disparaît le jour où ces tons deviennent plus fréquentes et plus commodes. La d'une rareté relative dépend donc toujours de certaines c tions de temps et de lieu, ou de quelque autre circons momentanée. Qu'en résulte-il? C'est qu'un livre acheté at d'hui comme rareté extraordinaire peut être ravalé dema rang des ouvrages les plus communs. Il serait donc surp croyons-nous, de nous appesantir longuement ici sur les r relatives.

Les livres absolument rares, par contre, ont une valeur : dérable et méritent, à ce titre, de retenir un instant notre ton. Nous allons donc les étudier sérieusement et cherche: déterminer les caractères principaux.

Disons tout d'abord qu'ils peuvent se diviser en deux c: ries : les ouvrages qui dès leur apparition ont été rar ceux qui le sont devenus au cours des temps.

A la première catégorie appartiennent, outre les manuscri winaux et les copies peu nombreuses qui en ont été faite chirotypes (dont nous parlerons plus loin), qui peuvent! considérés comme ayant presque la même valeur que les :

serits el tous les ouvrages imprimés analogues, surtout lorsqu'ils

nont été tirés qu'à un petit nombre d'exemplaires. (En ce qui concerne ce dernier point, toutefois, il n'est pas toujours possible d'arriver à un résultat précis; parfois les données manquent et

très souvent aussi elles ont été faussées dans le but de donner à l'ouvrage une apparence de rareté.) Font également partie de celte catégorie certains livres qui ont été en grande partie détruits au moment de leur publication, soit par accident, soit avec intention. Parmi ces derniers nous rappellerons, par exemple, les écrits de Luther et de ses disciples, intitulés Autographa, dont beaucoup furent anéantis par les catholiques romains.

Mentionnons encore ici certains ouvrages pour lesquels on pourrait créer une sorte de catégorie intermédiaire entre les raretés relatives et les raretés absolues. Ce sont ceux qui n'ont amais été mis en vente, mais simplement offerts en cadeaux. Ils nt ceci de commun avec les livres absolument rares qu'ils ont té soustraits dès leur apparition à la circulation courante et l'autre part ils se rapprochent de ceux dont la rareté n’est que elative, en ce sens qu'un changement de circonstances peut les aire retomber dans le domaine public.

A la seconde catégorie, celle des livres devenus rares dans le ours des temps, appartiennent la plupart des ouvrages datant es origines de l'imprimerie. Tirés à très peu d'exemplaires, ils nt vu leur nombre diminuer, pour ainsi dire, de siècle en siècle : > sont les xylographes ou livres imprimés à l'aide de caractères xes taillés en relief dans des planches en bois, et les Incunables : Paléotvpes, premiers monuments de l'imprimerie à caractères obiles, appartenant tous à la fin du xv° ou aux premières nnées du xvi* siècle. C'est à bon droit que l'on peut recommaner à toute bibliothèque de ne pas négliger d'acquérir ces uvrages précieux lorsque l'occasion s'en présente, car, abstracon faite de leur rareté, la plupart d'entre eux ont une valeur aitrinsèque considérable et méritent véritablement qu'on leur pplique le mot d'ÉRASNE : « sicut in unqguentis el vinis, ia in tbris prelium addit antiquilas. » A cette mème classe appariennent encore les ouvrages qui, soit qu'ils n'aient pas attiré

178 NANUEL DE BIBLIOTHÉCONOMIE

que la passion du bibliographe. Il serait imprudent de considérer toujours comme raretés véritables, et quelquefois comme raretés extraordinaires, les livres acquis à des prix souvent exagérés par des bibliomanes excentriques : il arrive, en effet, que tel ouvrage, tenu par l'un pour un opus rarissimum, et regardé par l'autre | comme un {tber albo corvo rarior, ne mérite pas d'être compté parmi les ouvrages simplement rares.

En dépit de toutes les incertitudes, nous essaierons cependant de fixer certains points qui permettront à celui qui a quelque pratique des livres de se ‘prononcer, autant que posible, en connaissance de cause.

Avant tout il importe de bien se pénétrer de cette idée que la rareté d’un ouvrage peut être absolue ou relative. Un livre d'une rareté relative n'a jamais qu’une importance secondaire, sa rareté pouvant en effel disparaître avec les circonstances qui l'ont créée. Un livre prohibé, par exemple, n'est rare que jusqu’au moment où sa prohibitfon prend fin; de même les livres publiés dans les pays lointains sont rares, si les relations avet ces pays sont difficiles : leur rareté disparaît le jour où ces relstions deviennent plus fréquentes et plus commodes. La valeur d'une rareté relative dépend donc toujours de certaines cond tions de temps et de lieu, ou de quelque autre circonstance momentanée. Qu'en résulte-il? C'est qu'un livre acheté aujourd'hui comme rareté extraordinaire peut être ravalé demain ss rang des ouvrages les plus communs. Il serait donc superfia, croyons-nous, de nous appesantir longuement ici sur les raretés relatives.

Les livres absolument rares. par contre, ont une valeur considérable et méritent, à ce titre, de retenir un instant notre attesion. Nous allons donc les étudier sérieusement et chercher à déterminer les caractères principaux.

Disons tout d'abord qu ‘ils peuvent se diviser en deux ca ries : les ouvrages qui dès leur apparition ont été rares, ceux qui le sont devenus au cours des temps.

A la première catégorie appartiennent, outre les manuscrits inaux et les copies peu nombreuses qui en ont été faites, chirotvpes (dont nous parlerons plus loin), qui peuvent considérés comme ayant presque la même va jue les

scrits et tous les ouvrages imprimés analogues, surtout lorsqu'ils nont été tirés qu'à un petit nombre d'exemplaires. (En ce qui concerne ce dernier point, toutefois, il n'est pas toujours possible d'arriver à un résultat précis; parfois les données manquent et très souvent aussi elles ont été faussées dans le but de donner à l'ouvrage une apparence de rareté.) Font également partie de cette catégorie certains livres qui ont été en grande partie détruits au moment de leur publication, soit par accident, soit avec intention. Parmi ces derniers nous rappellerons, par exemple, les écrits de Luther et de ses disciples, intitulés Autographa, dont beaucoup furent anéantis par les catholiques romains.

Mentionnons encore ici certains ouvrages pour lesquels on pourrait créer une sorte de catégorie intermédiaire entre les raretés relatives et les raretés absolues. Ce sont ceux qui n'ont jamais été mis en vente, mais simplement offerts en cadeaux. Ils ont ceci de commun avec les livres absolument rares qu'ils ont été soustraits dès leur apparition à la circulation courante et d'autre part ils se rapprochent de ceux dont la rareté n’est que relative, en ce sens qu'un changement de circonstances peut les faire retomber dans le domaine public.

A la seconde catégorie, celle des livres devenus rares dans le cours des lemps, appartiennent la plupart des ouvrages datant des origines de l'imprimerie. Tirés à très peu d'exemplaires, ils ont vu leur nombre diminuer, pour ainsi dire, de siècle en siècle : ce sont les xylographes ou livres imprimés à l'aide de caractères fixes taillés en relief dans des planches en bois, et les Incunables et Paléotvpes, premiers monuments de l'imprimerie à caractères mobiles, appartenant tous à la fin du xv° ou aux premières années du xvr° siècle. C'est à bon droit que l'on peut recommander à toute bibliothèque de ne pas négliger d'acquérir ces ouvrages précieux lorsque l'occasion s'en présente, car, abstraction faite de leur rareté, la plupart d'entre eux ont une valeur intrinsèque considérable et méritent véritablement qu'on leur applique le mot d'Énasue : « sicut in unquentis el vinis, ila in dibris prelium addit antiquitas. » A cette mème classe appar- Gennent encore les ouvrages qui, soit qu'ils n'aient pas attiré

178 NANUEL DE RIBLIOTHÉCONONIE

que la passion du bibliographe. Il serait imprudent de considére loujours comme raretés véritables, et quelquefois comme rareté extraordinaires, les livres acquis à des prix souvent exagérés pa des bibliomanes excentriques : il arrive, en effet, que tel ouvrage tenu par l'un pour un opus rarissimum, el regardé par l'autr comme un liber albo corvo rarior, ne mérite pas d'être compt parmi les ouvrages simplement rares.

En dépit de toutes les incertitudes, nous essaierons cependan de fixer certains points qui permettront à celui qui a quelqu pratique des livres de se prononcer, autant que possible, e connaissance de cause.

Avant tout il importe de bien se pénétrer de cette idée que L rareté d’un ouvrage peut être absolue ou relative. Un livre d'un rareté relative n'a jamais qu'une importance secondaire. s rareté pouvant en elfet disparaitre avec les circonstances qu l'ont créée. Un livre prohibé, par exemple, n'est rare que jus qu'au moment où sa prohibitfon prend fin; de même les livre publiés dans les pays lointains sont rares, si les relations ave ces pays sont difficiles : leur rareté disparaît le jour où ces rela tions deviennent plus fréquentes et plus commodes. La valeu d'une rareté relative dépend donc toujours de certaines condi tions de temps et de lieu, ou de quelque autre circonstant momentanée. Qu'en résulte-il? C'est qu'un livre acheté aujour d'hui comme rareté extraordinaire peut être ravalé demain a rang des ouvrages les plus communs. Il serait donc superflu croyons-nous, de nous appesantir longuement ici sur les rareté relatives.

Les livres absolument rares, par contre, ont une valeur consi dérable et méritent, à ce titre, de retenir un instant notre alten lion. Nous allons donc les étudier sérieusement et chercher à et déterminer les caractères principaux.

Disons tout d'abord qu'ils peuvent se diviser en deux catégo ries : les ouvrages qui dès leur apparition ont été rares. 4 ceux qui le sont devenus au cours des temps.

A la première catégorie appartiennent, outre les manuscrits of winaux et les copies peu nombreuses qui en ont été faites. le chirotypes (dont nous parlerons plus loin), qui peuvent ét considérés comme ayant presque la même valeur que les man

t Lous les ouvrages imprimés analogues, surtout lorsqu'ils té tirés qu'à un petit nombre d'exemplaires. (En ce qui e ce dernier point, toutefois, il n’est pas toujours possible r à un résultat précis; parfois les données manquent et vent aussi elles ont été faussées dans le but de donner à xe une apparence de rareté.) Font également partie de atégorie certains livres qui ont été en grande partie s au moment de leur publication, soit par accident, soit itention. Parmi ces derniers nous rappellerons, par e, les écrits de Luther et de ses disciples, intitulés Auto- , dont beaucoup furent anéantis par les catholiques ionnons encore ici certains ouvrages pour lesquels on t créer une sorte de catégorie intermédiaire entre les relatives et les raretés absolues. Ce sont ceux qui n'ont été mis en vente, mais simplement offerts en cadeaux. Ils 1 de commun avec les livres absolument rares qu'ils ont straits dès leur apparition à la circulation courante et part ils se rapprochent de ceux dont la rareté n'est que , en ce sens qu un changement de circonstances peut les tomber dans le domaine public.

seconde catégorie, celle des livres devenus rares dans le les temps, appartiennent la plupart des ouvrages datant znes de l'imprimerie. Tirés à très peu d'exemplaires, ils leur nombre diminuer, pour ainsi dire, de siècle en siècle : les xylographes ou livres imprimés à l'aide de caractères illés en relief dans des planches en bois, et les Incunables otvpes, premiers monuments de l'imprimerie à caractères , appartenant tous à la fin du xv° ou aux premières du xvi° siècle. C'est à bon droit que l'on peut recommantoute bibliothèque de ne pas négliger d'acquérir ces es précieux lorsque l'occasion s'en présente, car, abstracite de leur rareté, la plupart d'entre eux ont une valeur èque considérable et méritent véritablement qu'on leur ue le mot d'ÉRASNE : « sicut in unguentis el vinis, ila in prelium addit antiquitas. » A cette mème classe appar- ‘ht encore les ouvrages qui, soit qu'ils n'aicnt pas attiré

suffisamment sur eux l'attention des lettrés au moment del publication, soit en raison de leur contenu, soit pour tout at motif, sont tombés peu à peu dans l'oubli et dont les exempla se sont pour la plupart perdus, ainsi que les ouvrages qui été de toul temps très recherchés à cause de leur valeur et devenus par le fait même extrêmement difficiles à trouver. plupart des pièces volantes, par exemple, sont très rares pa qu'elles ont en grande partie disparu par suite de l'oubli d lequel elles étaient tombées. Parmi les livres qui, au contra ont toujours été considérés comme précieux et par conséqu très recherchés, nous mentionnerons les « editiones princip ou premières éditions des classiques grecs et latins, et les li aorlis d'imprimeries anciennes jouissant d'une grande renomrn Certains ouvrages sont devenus rares à la suite de circonstan particulières, analogues à celles dont nous avons parlé plus h en rappelant les suppressions ou destructions dont beaucoup livres ont été l'objet. Ce sont, par exemple, les éditions or nales de différents écrits des pères de l'Église, dans lesquels « tains passages heurtaicnt les dogmes, et que l'on s'est efforcé détruire complètement ou de remplacer par d'autres éditi dans lesquelles les passages incriminés étaient corrigés retranchés.

Enfin, outre les livres gravés tout entiers sur cuivre, les cl cographes, qui ont toujours été regardés comme rares, n considérerons aussi comme tels les ouvrages très important: de grand luxe. et avec d'autant plus de raison qu'ils ne æénéralement lirés qu'à un très petit nombre d'exemplaire: mis en vente à des prix si élevés que peu de bibliothèques: les moyens de les acquérir.

Nous allons maintenant donner un rapide aperçu, ainsi t nous l'avons dit plus haut, des différentes espèces de livres peuvent rentrer dans les trois catégories que nous venons d diquer.

En premier lieu viennent les palsimpsestes ou codices rescri] et les manuscrits, autoygraphes ou apographes, ornés ou a

loute autre matière. D'une façon générale, les manusenils © d'autant plus de valeur qu'ils sont plus anciens et les plus P!

Page 1