S IT
De la rédaction du Catalogue.
La rédaction du catalogue constitue l'un des plus importants travaux de la bibliothèque, non seulement parce qu'il est un des plus difficiles, mais encore parce que, de la perfection plus ou moins grande avec laquelle il est exécuté, dépend pour le public la possibilité de se servir plus ou moins commodément des collections. Îl n'est donc nullement étonnant que, sur ce point plus que sur tout autre, les avis émis par les théoriciens de la bibliothéconomie aussi bien que par les bibliothécaires de profession présentent entre eux des différences aussi nombreuses et aussi profondes.
Tout le monde est d'accord sur la nature mème du travail : comprend l'inventaire général de tous les livres cuntenus dans
1. Cette circulaire datant du 21 décembre 1881 fut adressée par M. Fa Lines, alors ministre de l'Instruction publique, aux maires des différentes communes, Elle se trouve reproduite en allemand dans l'Anseiger de PETZHOLDT. INSK9, n° 1108,
la bibliothèque et la transcription des titres sur des fiches que l'on peut ensuite classer pour en former les différents catalogues, mais la grosse question est de savoir comment le travail doit être fait. À première vue, cela paraît extrêmement facile, et cependant les difficultés que l'on a à surmonter sont nombreuses. Que l'ou réfléchisse un instant, par exemple, à la rapidité avec lâquelle les sciences se développent de nos jours! Le catalogue méthodique. obligé de les suivre pas à pas dans toutes leurs transformations, se trouve par le fait dans une sorte d'état instable qui ne prendra fin, au moins momentanément, que le jour où ces sciences elles-mêmes éprouveront dans leur marche un temps d'arrêt.
Ce n'est pas ici le lieu d'énumérer et de passer en revue, soit pour les approuver, soit au contraire pour les critiquer, les diverses opinions émises jusqu'à ce Jour au sujet de l'inscription des livres aux catalogues et de leur mise en place ; notre seul but est d'appeler l'attention du lecteur sur les principes fondamentaux que la théorie et la pratique ont mis en lumière et que l'on ne doit jamais perdre de vue si l'on veut mener à bonne fin les travaux dont nous nous occupons. Quant à l'application spéciale de ces principes, elle est, étant donnée l'incertitude actuelle de la science, forcément sujette à des modifications, et, dans ces conditions, le mieux, croyons-nous, est de laisser à ceux qui soccupent de ces questions d'une façon pratique leur entière hberté d'action.
Lorsqu'il s'agira de dresser l'inventaire de la bibliothèque, il faudra s'appliquer à transcrire, de la façon la plus complète et la plus exacte, les titres de tous les ouvrages ! contenus dans la
1. Parmi les instructions imprimées qui traitent de la manière de cataloguer les livres, nous citcrons pour la France : 1° L'Instructlion générale relative au servicc des bibliothèques universitaires du 4 mai 1878, qui donne pour la confection des catalogues des instructions détaillées en “ueur actuellement dans toutes les bibliothèques universitaires de France ; 2° les « Instructions élémentaires et techniques pour la mise l le maintien en ordre des livres d'une bibliothèques » par L. Denise (Bulletin des Bibliothèques, année 1889, n° 2, p. 113-183.) Il en a été fait Un lirage à part, Lille, 1890. — En Allemagne, les bibliothèques S‘uvernementales prussiennes suivent comme règle oflicielle l'Instruc-
nous l'avons déjà fait remarquer, doit être transcrit de la faço la plus complète et la plus exacte, et avec toutes ses particul: rités orthographiques !. On doit, en outre, y ajouter différenl renseignements el indiquer, par exemple, si le livre qu'on devant les veux n'est que le résumé ou la traduction d'un aut ouvrage ct, dans ce cas, en quelle langue a paru l'origin
De même que pour les auteurs, il faut, pour les traducteurs les éditeurs, chercher à l'aide de bibliographies à compléter | noms ou prénoms, si ceux-ci ne sont pas complets.
Certains ouvrages, particulièrement les ouvrages allemanc portent parfois uu double titre sous le nom du même autet Dans ce cas, le titre le plus général sera considéré comi titre principal, et on le fera suivre du second titre, ce qui t aucun inconvénient puisque les deux titres sont destinés à ê catalogués au nom du même auteur.
Lorsque le titre est imprimé en deux langues et sur deux pa; différentes, il faut choisir comme titre principal celui qui : rédigé dans la même langue que le texte, ou dans la langue o minale de l'écrivain si le texte lui-même est imprimé en de langues. Dans ce cas, les cartes de rappel ne sont pds nécessain S'agit-il de travaux anonymes sur un même sujet et réu ensemble, on fait pour chacun d'eux une carte que l'on cla: au catalogue d'après le mot d'ordre que l'on a choisi, soit {rauscrivant chaque titre intégralement, soit en se contentant , transcrire seulement le premier titre en entier et d'y renvoy ceux qui le suivent en les reproduisant en abrégé. La même rè; peut être appliquée aux journaux qui ont à plusieurs repru changé de titres. Le litre employé le plus généralement sert, da ce cas, de titre principal; on le fait suivre, sur la carte, de to les autres titres, et l'on rédige, en outre, pour chacun dec derniers, une carte de rappel renvoyant au titre principal.
Pour les recueils lactices composés de travaux divers rel ensemble par raison d'économie ou de commodité, il faut fai pour chaque traité une carte complète, en n'oubliant pas de ma tionner que le travail en question fait partie d'un recueil facti
1. Voir E. Jonx,e ZurOrthographie von U und V, Lund J.s (Centrelbls [. B., XI, 1891, p. 383-400).
eten indiquant quel est le titre du premier ouvrage du recueil.
3° Sur chaque carte on doit noter, en allant à la ligne, si le livre qu'on a devant les yeux est en première, seconde, troisième, etc., édition, et, lorsqu'il s'agit d'uneréimpression nouvelle, indiquer si elle a été augmentée ou corrigée, ou, au contraire, si aucune modification n'y a été apportée, en mentionnant également si elle est en première, seconde, etc., édition.
4° I] faut spécifier le nombre de volumes, de parties ou de fascicules dont l'ouvrage se compose, et ne pas oublier de reproduire la date de sa publication. Lorsqu'on a affaire à des livres très anciens, remontant aux origines de l'imprimerie, l'indication du lieu où l'ouvrage a été imprimé et édité‘, et celle des noms de l'imprimeur ? et de l'éditeur, qui ne sont très souvent du reste qu'une seule et même personne, sont indispensables. Pour les ouvrages modernes, au contraire, il suffit, en général, de mentionner la ville où le livre a été publié, en indiquant le nom de l'éditeur; cependant, pour les livres de grand luxe, ilest bon de rappeler le nom de l'imprimeur et le lieu d'impression. Ces dernières indications sont également nécessaires lorsqu'il s’agit d'un livre imprimé aux frais de l’auteur, à moins que l'on ne préfère donner simplement le nom du libraire chargé de la vente, en mentionnant la ville dans laquelle il réside.
5° Quand l'année de l'impression ne coïncide pas avec celle de la publication, il est indispensable de le faire remarquer. Parfois, ni le nom de la ville où l’ouvrage a été publié, ni la date de sa publication ne se trouvent portés sur le titre. Dans ce cas, il faut chercher à les restituer au moyen des répertoires bibliographiques, et, lorsqu'on les trouve, les inscrire entre crochets carrés ; si, au contraire, les recherches sont infructueuses, on se sert pour signaler ces omissions des signes abréviatifs suivants : s. L.
1 Cf. J. C. Th. GRresse, Orbis lalinus oder Verzeichniss der lateinischen Benennangen der Slädle, Dresden, 1861; Bnuxer, Manuel du libraire, Suppl. L : A. Orsreniey, Hislorisch-geographisches Wôrterbuch des deutschen Mittelalters, Gotha, 1883 ; E. Wazcen, Die falschen und fingirten Drackorte, 2. Aufl., Bd. 1. 2., Leipzig, 1864.
2. Cf. E. Wezisr, Repertorium typographicum, Nôrdlingen, 1964, et Sapplement 1. 2., 1874-85.
(sine loco, lieu de publication inconnue) et s. a. (sine anno, dste de publication inconnue, sans date) ou s. d. (sans date). Les deux indications font-elles défaut, il suffit de réunir les deux signes précités de la façon suivante : s. L. et a. ous. l. n. d.
6° Le nombre des cartes géographiques, planches, gravures sur cuivre, etc., contenues dans l’ouvrage, doit naturellement être mentionné. Pour les gravures sur bois dans le texte, on peut se contenter simplement d'indiquer que l'ouvrage est orné de figures; elles ne méritent d'être comptées que lorsqu'elles sont d’une valeur artistique exceptionnelle.
7° Il faut signaler le nombre de volumes dont se compose l'exemplaire de l'ouvrage possédé par la bibliothèque. Fréquemment, en effet, on fait relier ensemble plusieurs parties ou tomes d'un même ouvrage et, dans ce cas, il arrive que le nombre des volumes reliés ne correspond plus à celui qui se trouve annoncé dans le titre.
8° Mentionner le nombre de pages, de feuillets ou de colonnes contenus dans le livre.
% Indiquer le format. Chacun sait que précédemment on ne déterminait pas le format des livres d'après leur grandeur appsrente, mais bien d'après le nombre de feuillets contenus dans chaque cahier. Dans les livres anciens, on se servait, pour reconnaître le format, des registres, des réclames, de la place occupée par la marque d'eau, ou de la direction des pontuseaux et des vergeures. Les signatures, c'est-à-dire les lettres ou chiffres imprimés placés au bas de la première page de chaque cahier pour en marquer l'ordre dans le volume, servaient au même but. Une feuille pliée en deux produisait un in-f* ; repliée de nouveeu, un in-4°; repliée une troisième fois, un in-8°, etc., etc.
Avant l'invention du papier à la machine, cette manière de reconnaître le format était parfaitement régulière et, au point de vue bibliographique, la scule normale, bien qu’il ne fût pas tos- Jours possible de déterminer d'une façon certaine le format de tel ou tel livre et de distinguer, par exemple, un in-f° d'un in# ou d'un in-8°. À première vue, en effet, un grand in-8° peut être facilement pris pour un in-4°, un petit in-8° pour un in-12, us petit in-#° pour un in-8° et un grand pour un in-f°, et, même après examen, 1l est souvent très difficile, pour ne --s dire impot sible, de se prononcer avec certitude sur le format d’un ouvrage,
soit que l'imprimeur ait intercalé dans les cahiers des demifeuilles ou des feuilles entières, soit que l'on se trouve en présence de cahiers portant une double signature, soit enfin, comme cela arrive parfois dans les livres anciens, que les signatures, la marque d'eau, etc., fassent défaut. Mais, depuis que, grâce à l'emploi de la machine, on est arrivé à donner au papier des dimensions considérables, les dénominations traditionnelles employées jusqu'ici ont perdu leur raison d'être, une feuille rephiée trois ou quatre fois pouvant encore produire un format rorrespondant, comme dimensions, à ce qu’on appelait jadis in in-f° ; aussi a-t-on reconnu partout la nécessité d'adopter, pour léterminer les formats, des règles fixes et invariables, et avec l'autant plus de raison que les papiers varient de grandeur uivant les régions et, dans la même région, suivant les fabriques. routefois, les différents pays n'ont pu encore arriver à s'entendre, e qui serait pourtant très désirable, surles mesures conventionelles à adopter. En Angleterre et en Amérique, le soin de hscuter cette question a été laissé à l'association des bibliothéaires, qui a été, en oùtre, chargée de dresser la marche à suivre wur la confection des catalogues. En Allemagne, le problème “est pas encore résolu partout!. Certaines bibliothèques ont dopté, comme hauteurs maxima, 25 centimètres pour les in-8° t 35 centimètres pour les in-4. En France, l'ordonnance unistérielle du 4 mai 1878 a tranché la question, en ce qui nncerne les bibliothèques universitaires, en établissant les ésignations suivantes : 1° Grand format (comprenant tous les olumes dépassant 35 centimètres) ; 2° Moyen format (comrenant les volumes hauts de 25 à 35 centimètres); 4° Petit rmat (comprenant les volumes au-dessous de 25 centimètres).
Pour les ouvrages reliés, on a, dans tous les pays, pris l'habitude e mesurer la hauteur de la reliure en partant de cette idée que
perte de hauteur subie par le livre, du fait de la rognure, : trouvait ainsi compensée.
Une carte bien faite et complète doit, dans tout les ças, connir les neuf indications principales dont nous venons de parler,
oo
mais cela n'est pas tout, il y a encore certaines autres particularités dont il faut tenir compte en les mentionnant chaque fois qu'elles se présentent. C'est ainsi, par exemple, que lon doit indiquer si l'ouvrage a de larges marges, s’il est interfolié, s'il est imprimé sur une matière autre que le papier ordinaire, s'il a été gravé sur cuivre, elc., etc. Il faut aussi donner le signalement de la reliure, car, alors même qu'elle n'a aucun intérêt historique ou artistique, elle peut du moins servir à retrouver plus rapidement le livre, en permettant de le distinguer de ceux qui l'entourent. Les préfaces, introductions, suppléments, notes imprimées ou manuscrites, rédigés par un autre auteur que celui du livre, doivent être également mentionnés. Lorsqu'on rencontre des notes ou remarques manuscrites de la main de l'auteur, il faut, si on les juge de quelque importance, mettre l'ouvrage de côté pour pouvoir ensuite les examiner à loisir. Il arrive enfin, parfois, que le titre lui-même n'est pas sufflisamment explicite pour que l'on puisse, à son seul énoncé, être au courant du sujet traité dans l'ouvrage; il est bon, dans ce cas, de le faire suivre, sur la carte, d'une notice explicative.
Les cartes des thèses, des dissertations académiques, des programmes ou autres écrits du même genre, n'ont pas besoin d'être aussi détaillées. Lorsqu'il s’agit d’une thèse ancienne, antérieure à la seconde moitié du xvnr° siècle, on ne doit pas oublier que l'auteur en est toujours le præses, à moins que le disserens ne soit expressément désigné comme tel; dans ce dernier cas, il est nécessaire de faire une carte de rappel au nom du præses. À partir de 1750, toutes les thèses doivent être cataloguées sous le nom du candidat, à moins que le præses ne soit indiqué comme en étant l'auteur!. A la suite du nom d'auteur, on inscrire k titre de la thèse, puis l'année et le lieu de la soutenance et des publication, et enfin le nom de l'imprimeur ou de l'éditeur, ainsi que le format et le nombre de pages.
En ce qui concerne les publications périodiques, et ke mémoires et travaux des sociétés scientifiques ou littéraires, 0 peut, en raison des modifications de titres assez fréquentes ant quelles ces écrits sont sujets, adopter deux systèmes pour les cab
" Ma.
gucr'. Le premier consiste à faire une carte indépendante our chacun des titres successifs porté par la publication, et le 2cond. à faire une carte générale mentionnant, dans leur ardre ‘apparition, les différents titres, avec une carte de rappel pour hacun d'eux.
Il nous reste maintenant à dire quelques mots sur la façon nt les indications complémentaires que nous venons d'énumér doivent être inscrites sur la carte. Il serait imprudent de les tercaler entre parenthèses au milieu du titre ; comme il arrive sez fréquemment, en effet, que le titre lui-même contient une
1. Cf. Otis H. Ronixsox, « On indexing periodical and miscellaneous lite- Lure, » dans l'ouvrage, déjà plusicurs fois cité, Pablic libraries of the U.S. America, Pt. 1, p. 663-672 ; Henry B. Wararzey, « Thoughts on the cataguing of journals and transactions» : Transactions and Proceedings of the and 5%. annual meelings oflhe Library Association U. K., London, 1884, 190-196. Pour faciliter la rédaction du catalogue des publications riodiques, nous recommandons l'usage des ouvrages suivants : J. D. Rerss, pertoriumcommentalionum a socielatibus litlerariis editaram, vol. I-XVI, sttingen. 1#01-1820 ; Samuel H. Scunner, Catalogue of scientific serials all countries including the transactions of learned societies in the tural, physical and mathematical sciences, 1633-1876, Cambridge, 1879: nry Carrington Boarrox, À catalogue of scientific and technical perio- “als (1665 to 1882\. Smithsonian miscellaneous collections 514, Washington, «5: « Index to the periodical literature of the world », London, 1894 evieu of Reviews. Office).
Cf. en outre pour la France : L. E. Hanix, Bibliographie historique et iftique de la presse périodique française, Paris, 1866); E. Lrerkvre-Pox- Lis. Bibliographie des sociélés savantes de la France, Paris, 1887; anuaire des journaux, revues et publications périodiques parus à Paris, blié par H. Le Soudier, Paris; A. Scuviz, Catalogue méthodique des rues et journaur parus & Paris jusqu'à fin 1491, Paris, 1892, 2* année 93 périodique).
Pour l'Allemagne : Ph. A. F. Wacraen, Systemalisches Repertarium er die Schriftien säimmtlicher historischer Gesellschaften Dentschlands, armstadt, 18445: Johannes MtiiLen, Die wissenschaftlichen Vereine und esellschaften Deutschlands im 19. Jahrhundert. Bibliographie ihrer erôffentlichungen..., Berlin, 1843-87 ; O. GracxLaurn, Deutscher Journalatalog (1894, 30. Jg.', Leipzig ; IE, O. SreruixG, Adressbuch der deatschen eitschriften und der hervorragenden politischen TageBlätter (1894, 35.Jg.): Æipziy.
Pour l'Italie : G. Fuuañazzt, « Bibliografla storica del giornalismo italiano » : Rivisia delle Biblioteche, V, 1894, p. 1-23,
parenthèse, les lecteurs se trouveraient dans l'impossibilité de distinguer le titre proprement dit des annotations qui y auraient été faites. Toutefois, lorsqu'on restitue le nom de l'auteur, de l'éditeur ou du traducteur, on peut le mettre à sa place, en l'intercalant entre crochets carrés, dans le titre lui-même : dans cecas, en effet, iln y a place pour aucune équivoque, les auteurs, pas plus que les éditeurs ou les traducteurs, n'ayant l'habitude d'inscrire leurs noms entre crochets. On peut procéder de mème pour les restitutions de noms de lieux et de dates car il est de toute nécessité, pour la mise en ordre chronologique des cartes dans le catalogue méthodique, que ces indications occupent toujours la même place et que l'on ne soit pas obligé de les chercher. — D'une façon générale, toutes les reslitutions ou notes complémentaires doivent être faites entre crochets carrés, signe conventionnel adapté à peu près partout.
Les addenda un peu importants, remarques littéraires où bibliographiques, citations et renseignements, ne doivent pas être mélangés au titre, mais venir à la suite, sous forme de note. La transcription du titre y gagne d'être plus claire, et en même temps plus exacte et plus correcte au point de vue bibliographique.
La rédaction d'une carte réunissant toutes les conditions que nous venons d'énumérer exige une certaine pratique, un certain savoir-faire el, en raison même des recherches qu'elle nécessite, une connaissance approfondie des sources bibliographiques: aussi peut-on, sans exagération, comparer une carte bien faite à un manuscrit soigné, aussi propre qu'exacte, et loujours prêt pour l'impression.
Les Incunables, c'est-à-dire les livres imprimés dans le courant du xv* siècle (quelques bibliographes appellent ainsi tous les ouvrages imprimés avant 1536), se cataloguent d'une façon per ticulière, et leur description constitue le plus difficile peut-être de tous les travaux de bibliographie.
Dans certaines bibliothèques, on réunit tous les incunables pour en foriner une collection distincte que l'on place dans ane salle spéciale, et pour laquelle on dresse un catalogue particulier; dans d'autres bibliothèques, au contraire. on les mélange sur les ravons avec les autres livres, en attribuant à chacun d'eux, dass la classe à laquelle il appartient, la place qu'il doit normalement
Lt, sa, ne”
occuper. Dans ce dernier cas, toutes les cartes sont faites en
double, les unes étant destinées à faire partie du catalogue géné-
ral, les autres réunies ensemble devant former un catalogue particulier. Quel que soit le système adopté, tout le monde est du reste d'accord pour reconnaître aux incunables une valeur considérable, valeur que l'on devra, à plus forte raison et à un plus haut degré encore, attribuer aux manuscrits. Nous exposerons plus loin les règles à suivre pour cataloguer les incunables el les manuscrits. Si l'on se décide à séparer les incunables des autres livres pour en former une collection indépendante, il faut, au moment où l'on entreprend les travaux du catalogue, les mettre soisneusement de côté ainsi que les manuscrits, et attendre pour s'en occuper que le catalogue soit terminé et tous les livres mis en place. Si, au contraire, on se propose de les placer sur les ravons avec les autres ouvrages, 1l faut les cataloguer à leur ‘our, en suivant les règles que nous indiquerons.
Une fois que la rédaction des cartes est terminée, rédaction qui, répétons-le encore, doit être extrêmement minutieuse!, il mporte de s'occuper sans plus tarder de la formation des cataogues ?,
L'importance des catalogues cst considérable. Sans eux, en ffet, il serait absolument impossible de se servir de la biblio-
3. Il ne faudrait pas cependant tomber dans l'exagération et, imitant ‘exemple donné par FRAxCKE dans son catalogue de la bibliothèque du ‘comte BËxar, s'astreindre à dépouiller les revues ct les mémoires des wcictés savantes en faisant des cartes pour chacun des articles qui s'y rouvent publiés. Nous sommes loin, certes, de méconnaître la valeur d'un pareil travail; mais, dans une bibliothèque un peu impôrtante, il exiferait un {temps si considérable qu'on se verrait obligé, pour le mener à bien, de négliger les autres travaux du catalogue, d'un besoin pourtant beaucoup plus pressant. Tout bien considéré, du reste, on peut dire qu'il ne -erait d'aucune utilité pour le but que la bibliothèque se propose
d'atteindre.
2. C. A. Crrrer traite longuement des diverses espèces de catalogues dans « Library Catalogues», Public libraries in the U. S. of America, Pt. I p. 526-622. Cf. aussi Melvil Dewey, S. B. Noves, Jacob ScuwanrTz, John l Barey, « Catalogues and cataloguing », ibid.,P. 1, p. 623-662 ;G. W. Coce, ‘The future of cataloguing ». Library Jonrnal, XV, 1890, p. 172-176, et
G. FemaGauut, Cataloghi di biblioteche ed indici bibliografici, Firenze, 1887.
202 MANUEL DE BIBLIOTHÉCUNONIE
thèque, aussi est-ce avec raison que les ouvrages de bibliothéconomie s'en occupent d'une façon toute particulière. Malgré tout, on n'est pas encore arrivé, malheureusement, à tomber d'accord sur les solutions que comportent les principaux points de la question. Il n'a même pas été possible de s'entendre au sujet des catalogues qui sont nécessaires, et cependant c'est là pour toute bibliothèque une question vitale et de laquelle dépend, on peul le dire, son développement et sa prospérité. A cette question primordiale s'en rattachent deux autres, la première relative à l'ordre dans lequel on doit entreprendre la rédaction des catalogues, la seconde à la manière dont cette rédaction doit être effectuée.
Que faut-il entendre par catalogues nécessaires ? Disons tout d'abord, à ce propos, que le nombre des catalogues dus au rèle exagéré et parfois mal dirigé de beaucoup de bibliothécaires est si grand et les noms qu'ils portent si variés qu'il serait parfois fort diflicile, pour un commençant, de se retrouver au milieu de ce chaos et de distinguer ce qu'un manuel de bibliothéconomie appelle catalogues de ce qu'un autre appelle répertoire et eice versa. Ce n'est pas ici le lieu d'énumérer et de passer en reves tous les catalogues entrepris çà et là, sous prétexte qu'ils étaient utiles à telle ou telle bibliothèque, et qui, pour la plupert, ne furent jamais menés à bonne fin. Nous ne parlerons ici que des catalogues vraiment nécessaires ou du moins très utiles. On n'oubliera pas toutefois que des catalogues jugés indispensables dans une grande bibliothèque ne sont pas toujours nécessaires au même degré dans une bibliothèque de moindre importance,
Les catalogues dont nous allons nous occuper, comme tous catalogues ‘en général, peuvent se diviser en deux classes : catalogues généraux et les catalogues spéciaux. Les catalog généraux peuvent, à leur tour, se subdiviser en catalogue sc tifique ou systématique, catalogue alphabétique ou par nc d'auteurs, et enfin catalogue topographique, en tant que ce nier ne se confond pas avec le catalogue systématique.
Outre ces trois catalogues, citons encore le catalogue éysté tique alphabétique auquel, surtout dans le passé, on attac une grande importance. Il consiste à mettre en vedette €< mots d'ordre les différentes rubriques du ca > méthor ct à les classer alphabétiquement, en mentio: sous chac
l'elle les titres des ouvrages que la biblinthèque possède sur ce sujet. On a tant insisté sur l'utilité ct la valeur de ce cataogue, el sur la nécessité qu'il y aurait à ce que chaque bibliohèque le possédât, qu'il nous serait impossible de le passer ous silence, sans risquer de nous faire accuser de parti pris. Nous reconnaissons, du reste, qu'il peut rendre de réels serrices, mais on n'est pas obligé de conclure de sonutilité à sa récessité, et si l'on admet que les trois premiers catalogues dont ous avons parlé sont indispensables, il faut bien reconnaître que, pour mener à bonne fin ce quatrième inventaire, on éprou- “erait de grandes difficultés. Le personnel de nos bibliothèques. n effet, ne suffirait pas à un pareil travail, et il est à prévoir que, si un bibliothécaire se décidait réellement à l'entreprendre, lne tarderait pas à se voir obligé de l'abandonner, ainsi que *ela est déjà arrivé à plusieurs reprises. Nous ferons, en outre, “emarquer que le but qu'on se propose en rédigeant un semlable catalogue peut être atteint, en partie au moins, par ‘addition au catalogue méthodique d'une table de matières. Enfin, nous rappellerons qu'il existe actuellement de nombreux répertoires bibliographiques particuliers à chaque science ; grâce ices répertoires, chaque travailleur peut se rendre facilement ompte de ce qui a paru sur le sujet qu'il veut étudier, et lemander à la bibliothèque les ouvrages dont il a besoin.
Quant aux catalogues spéciaux, ils sont pour ainsi dire innomrables. Le génie inventif des bibliothécaires s'est exercé d'une façon toute particulière sur ce genre de catalogues et en a tant réé, qu'il serait désormais difficile de trouver une section quelconque à laquelle n'ait pas été consacré un ou même plusieurs catalogues spéciaux. Bon nombre de ces productions sont d'un caractère absolument enfantin, d'autres peuvent être re-ardées comme de pures chimères. Parmi ces dernières, nous rangerons par exemple ces monocataloyues si chaudement prônés par LunewiG! et qui devaient ètre, dans l'esprit de leur inventeur, des catalogues spéciaux à chacune des branches de la science; rédigés par des spécialistes, suivant les règles bibliographiques, ils auraient indiqué non seulement les ouvrages