CHAPITRE VII
XVatPltlon et acciH>l»»ement.
Après avoir décrit les organes de nutrition des végétaux, nous allons étudier maintenant leurs fonctions, c'est-à-dire tout ce qui concerne la nutrition et Taccroissement. Mais avant de rechercher la manière dont les plantes s'approprient leurs aliments, il importe de connaître quelles substances elles devront y trouver pour pouvoir se constituer.
Or, si Ton soumet divers végétaux à l'analyse chimique élémentaire, on les trouve invariablement composés de quatre corps simples : carbone^ hydroghie^ oxygine et azote^ qui, par la combustion, sont susceptibles de former des produits volatils qui disparaissent dans l'atmosphère. On leur donne le nom de principes organiques^ parce qu'ils constituent essentiellement la trame des végétaux et divers composés qui se forment en eux sous l'influence de la vie. A ces corps s'en joignent d'autres d'importance très-inégale : soufre, phosphore^ silicium j chlore ^ potassium, sodium^ calcium, magnésium^ mangan^e, fer ^ etc., qui restent, sous forme de cendres, dans les foyers où la combustion s'est opérée. On leur donne le nom de^rin-
cipes inorganiques. Ils existent en proportion variable, mais toujours faible chez les végétaux; ils y forment ordinairement 1 à 7,5 7o *^ P'^'^ du poids de la matière sèche , sauf quelques cas exceptionnels. Bien qu'ils n'entrent pas en général dans la composition des organes élémentaires et des combinaisons organiques qu'ils renferment, ces corps, ou mieux plusieurs d'entre eux, qui seront énumérés lorsqu'il en sera plus spécialement question, sont absolument insdispensables aux végétaux pour qu'ils puissent vivre et se développer.
Principes organiques. — Les principes organiques se combinent entre eux pour former des composés binaires , ternaires et quaternaires très-nombreux, doués des propriétés chimiques les plus diverses : ce sont les principes immédiats. Ils peuvent être neutres^ acides ou basiques. Les plus importants par leur abondance ou l'importance de leur rôle sont les ternaires neutres et les albuminoïdes.
Dans les premiers, le carbone est uni à de l'oxygène et de l'hydrogène dans les proportions nécessaires pour former de l'eau. A cette classe appartiennent la cellulose, qui constitue la paroi de tous les organes élémentaires à l'état parfait, et, par suite , la masse du bois, la fécule, les su-
cres^ qui se trouvent parfois réunis en quantité considérable dans certains organes du végétal, et qui sont destinés à jouer un rôle important dans les phénomènes de nutrition. Quant aux principes albuminoïdes, le type en est V albumine ou élément constitutif du blanc d'œuf, que Ton rencontre aussi chez les végétaux, surtout dans les organes jeunes et destinés à se développer, où elle est indispensable. Il est inutile d'indiquer ici la composition exacte même des plus importants de ces corps , mais il est bon de connaître, pour pouvoir se bien rendre compte des fonctions de nutrition, celle du bois, le plus important des produits végétaux au point de vue forestier. Elle se rapproche d'ailleurs beaucoup de celle de la cellulose qui, ainsi que nous venons de le dire, forme la trame de Torganisation végétale. La voici, en moyenne, telle qu'elle résulte de nombreuses analyses de bois de la tige de diverses essences :
Carbone 51
Hydrogène 6,20
Oxygène 41,80
Azote 1
Total 100,00
On voit qu'en résumé on peut dire, sans s'écarter beaucoup de la vérité, que le bois est formé, par moitié, de carbone et des éléments de l'eau, plus une petite quantité d'azote.
Maintenant que nous savons quels éléments organiques sont nécessaires à la plante, cherchons où elle les prend et comment elle se les approprie. Nous ferons un travail semblable pour les principes inorganiques, puis, avant de passer à l'étude de la marche de la aéve ou liquide nourricier, et des milieux dans lesquels s'effectue la végétation, nous parlerons de deux autres fonctions, la respiration et la transpiration qui, avec la nutrition^ concourent à la vie du végétal.
Origine da carbone. — Le carbone, de même que toute autre substance, ne peut pénétrer dans la plante, ainsi que nous le verrons plus loin, que sous forme soluble; de la poudre de charbon, aussi impalpable qu'on peut la supposer, ne saurait être absorbée. Or, les formes solubles du carbone que les végétaux rencontrent dans le sol sont : Tacide carbonique et des acides provenant de la décomposition des matières végétales, acides ulmique et humique, des carbonates, des ulmates et des humâtes. Des calculs fort simples ont prouvé que la quantité de carbone pénétrant de cette façon dans la plante, même en supposant les circonstances les plus favorables, à peu près irréalisables dans la nature, serait très-inférieure à ce qu'elle fixe de ce corps dans ses tissus. Pour les établir, on considère la quantité d'eau tombant
annuellement sur le sol, celle d'acides carbonique, humique et ulmique dont elle peut se saturer, enfin, les sels retrouvés dans les cendres et qui seuls auraient pu pénétrer à Tétat de carbonates, humâtes, ulmates.
La culture forestière, d'ailleurs, fournit des preuves nombreuses à l'appui de cette aflSrmation. On fait tous les jours des reboisements sur des sols siliceux à peu près ou complètement dépourvus de carbone ; cependant la forêt se constitue, prospère même si elle y trouve, en quantité suffisante, des composés azotés et des sels minéraux. Supposons qu'elle produise par an et par hectare 4,000 kilogrammes de bois pesé sec, quantité qui peut être dépassée, ce seront 2,000 kilogrammes de carbone fixé. Non-seulement le sol n'a pu les fournir, mais en même temps il s'enrichit en carbone par suite des débris végétaux qui pourrissent à sa surface. Il faut donc chercher ailleurs que dans la terre la source à laquelle les végétaux puisent le carbone qui leur est nécessaire.
Des expériences rigoureuses ont montré qu'ils l'extrayaient de l'acide carbonique contenu dans l'air atmosphérique, dans la proportion de 4 à 6 dix-millièmes. La décomposition se fait sous l'influence de la lumière solaire et au moyen de la matière verte contenue dans les feuilles
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et, en général, dans tous les organes verts de la plante. Des expériences nombreuses, faites à la fin du siècle dernier sur des rameaux ou des organes isolés placés sous des cloches pleines d'eau, avaient établi que, sous Tinfluence des rayons solaires, les organes verts des végétaux décomposaient Tacide carbonique; mais, indépendamment de ce qu'elles avaient le tort grave d'être faites sur des végétaux placés dans des conditions anormales, ces expériences n'avaient constaté aucune relation rigoureuse entre la quantité de carbone fixé dans les tissus et celle contenue dans l'acide carbonique absorbé. Dans le siècle actuel, la question a été reprise par de nombreux observateurs, et l'on est arrivé à se placer dans des conditions aussi naturelles que possible. Nous n'avons pas à entrer ici dans le détail de ces travaux : il suffira de citer une des expériences par lesquelles Th. de Saussure démontra que le carbone fixé correspondait rigoureusement à la quantité d'acide carbonique absorbé. Ayant déterminé la composition d'un certain nombre de pieds de pervenche par l'analyse d'un lot exactement semblable des mêmes plantes, il les fit végéter à la lumière solaire dans un sol absolument dépourvu de carbone, sous ujie cage en verre renfermant de l'air dont la teneur en acide carbonique lui était connue. Au
bout de sept jours de végétation, il vit que cet acide carbonique avait disparu, que la quantité d'oxygène avait augmenté et que le carbone de Tacide carbonique disparu se retrouvait dans les plantes, ce qu'il reconnut par Tanalyse.
Toutes les expériences faites sur des organes végétaux non colorés en vert, fleurs, fruits, écorces, etc., ont démontré qu'ils ne jouissaient pas de la propriété de décomposer Facide carbonique. On a obtenu le même résultat négatif toutes les fois qu'on a opéré dans l'obscurité. Quant aux plantes placées à l'ombre en dehors de l'influence directe des rayons solaires, on a généralement admis, pendant longtemps, qu'elles se comportaient comme celles qui se trouvaient dans une obscurité complète. II est reconnu aujourd'hui que cette manière de voir est erronée, mais que la décomposition de l'acide carbonique est le plus souvent très-ralentie dans ce cas. Il paraît d'ailleurs y avoir de notables différences, sous ce rapport, entre les divers végétaux, les uns s'accommodant mieux que d'autres de l'absence, ou au moins de la diminution de la lumière directe. C'est une des principales raisons de la présence, sous le couvert des forêts, pourvu qu'il ne soit pas trop épais, de plantes herbacées ou ligneuses qu'on ne trouve que là, tandis que d'autres exigent, au contraire, une vive insolation.
Origine de l'hydrogène et de l'oxygène. — Les plantes tirent évidemment la plus grande partie de l'hydrogène et de Toxygène qui entrent dans leur composition, de l'eau qu'elles absorbent en grande quantité. Mais il paraît probable qu'elles peuvent emprunter de l'oxygène à l'acide carbonique, et de l'hydrogène à l'ammoniaque.
Origine de l'azote. — Les végétaux ne prennent point l'azote directement à l'air comme on pourrait le croire a priori. C'est seulement en combinaison que l'azote peut devenir un aliment pour eux. De belles et nombreuses expériences de M. Boussingault ont mis ce fait hors de doute. Il les a faites sur diverses plantes en en semant les graines, de composition connue, dans des sols dépourvus de composés azotés, ou, au contraire, en renfermant une quantité donnée, puis en analysant les plantes en provenant. Il a vu que, dans le premier cas, les plantes végétaient mal, et que la quantité d'azote fournie par elles était toujours égale à celle contenue dans les graines. Mais il est important, pour ces expériences, d'opérer dans des espaces clos, car l'ammoniaque, les acides azoteux et azotique sont susceptibles de se former dans l'atmosphère sous des influences électriques, et viendraient vicier les résultats de l'expérience.
Une conséquence pratique importante se déduit de ce que nous venons de dire : si, dans une culture, la récolte enlève au sol une quantité d'azote telle que cette substance manque en totalité ou en partie à la végétation de Tannée suivante, on doit la lui restituer sous forme d*engrais; celui-ci peut d'ailleurs être ou une substance telle que le fumier de ferme qui, en se décomposant, fournit à la plante les composés dont elle pourra extraire Tazote, ce sont : les sels ammoniacaux, les azotites et les azotates ; ou bien ces composés eux-mêmes , tels qu'on les obtient par les procédés chimiques. La culture agricole est dans ce cas, et la grande utilité ou même la nécessité des fumures trouve ainsi en grande partie son explication. Dans la culture forestière, au contraire, on peut se dispenser de l'apport d'engrais, parce que, d'une part, la récolte enlève une très-faible quantité d'azote; parce que, de l'autre, les exploitations n'ayant lieu qu'à inter\^aUes assez ou très-éloignés, les composés azotés provenant de l'atmbsphère ou résultant des actions chimiques, la nitrification par exemple, dont le sol forestier est le théâtre incessant, compensent et au delà cette faible perte. La quantité d'azote enlevée dans les produits d'une forêt est très-faible relativement à ce que renferment les récoltes agricoles, non-seu-
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lement parce que ceux-ci ne consistent que dans une portion du végétal (tiges et rameaux), mais encore parce que Ton a constaté que Fazote est très-inégalement réparti dans la plante, les parties jeunes et surtout celles qui sont destinées à un développement ultérieur (graines) en renfermant beaucoup plus que les autres, notamment que le bois parfait des tiges ligneuses, qui est la région la plus pauvre en cette substance. Il va de soi que, si on enlevait tous les produits quelconques du sol forestier, on se trouverait dans des conditions à peu près identiques à celles de la culture agricole, et c'est une des principales causes du dépérissement des forêts, où règne la désastreuse pratique de Tenlèvement des feuilles mortes.
Principes inorganiques. — Tous les corps simples autres que les quatre désignés comme principes organiques peuvent rentrer dans cette catégorie, en tant qu'on les considère comme les éléments des cendres. Tous en eflfet peuvent s'y trouver ; mais il s'en faut de beaucoup qu'ils aient la même importance au point de vue des fonctions du végétal. La plupart, en effet, ne s'y rencontrent qu'accidentellement et en petite quantité; ils peuvent même lui devenir nuisibles dès que le sol en renferme à l'état soluble une dose quelque
peu appréciable, tel est le cuivre. Il en est d'autres, au contraire, dont le rôle est encore fort imparfaitement connu, mais Futilité et même la nécessité parfaitement constatées : 1° par Tanalyse des cendres, où on les retrouve constamment et en proportion notable ; 2° par les expériences, où Ton a vu régulièrement la bonne ou la mauvaise végétation des plantes en relation rigoureuse avec la présence ou Tabsence de ces corps dans le sol. Ce sont, pour ne citer que ceux sur lesquels il n'y a plus de doute, le soufre^ le phosphore^ la potasse, I9. chaux y la magnésie^ le /er, la soude^ pour certains végétaux, peut-être la silice^ qu'on trouve en quantité notable et constante chez beaucoup de plantes, mais sur le rôle de laquelle régnent les plus grandes incertitudes. Il est évident que ces corps ou les composés qui les fournissent aux plantes, ne pouvant se former de toutes pièces dans leur organisme et n'existant qu'accidentellement dans l'atmosphère à l'état de poussières provenant du sol, c'est exclusivement dans celui-ci que les plantes les puiseront. La conséquence ici, comme pour l'azote, est que, dans le cas où la récolte des produits végétaux enlève ces principes en trop grande quantité, il est indispensable de les ramener par les engrais. Ceux-ci peuvent être ou des composés préparés par les procédés chimiques, ou des débris de corps
organisés dont les cendres renferment les corps simples qu'il s'agit de rendre au sol. C'est encore un rôle fort important joué par les fumures. Il n'est pas nécessaire que les engrais contiennent toutes les substances énumérées plus haut. Il en est qui sont très-abondantes dans presque tous les sols, ou ne sont absorbées qu'en faible quantité par la plante, en sorte que la terre en renferme toujours suffisamment. Le fer, par exemple, indispensable cependant pour la nutrition, se trouve à la fois dans ces deux cas. Il en est d'autres qui sont au contraire à la fois rares dans le sol, et fixées en quantité notable dans les plantes, le phosphore par exemple. Aussi vient-il en première ligne parmi les corps indispensables dans les fumures, puis le soufre, habituellement la potasse, assez souvent la chaux.
Comme l'azote, les principes inorganiques, et notamment les plus précieux, se trouvent surtout dans les parties jeunes et dans les graines. Aussi, tout ce qui a été dit à propos de ce corps sur les cultures agricole et forestière, s'applique-t-il à plus forte raison ici. Par suite des conditions très-favorables à la décomposition des roches sousjacentes à la terre végétale, où se trouve le sol forestier, non-seulement il ne s'appauvrit pas, mais il s'enrichit constamment, à une condition toutefois, c'est que la forêt soit convenablement traitée,
que les massifs, formés d'essences adaptées au sol, soient maintenus bien complets, que, par suite, la fraîcheur du sol soit permanente, le lit de feuilles mortes intact.
Respiration. — On nomme respiration chez les végétaux une fonction par laquelle une portion du carbone qu'ils renferment se combine à Toxygène de Tair, et s'exhale sous forme d'acide carbonique. Elle est continue et s'exerce par tous les organes du végétal, qu'ils soient verts ou colorés. Masquée pendant le jour chez les organes verts par la décomposition de l'acide carbonique sous l'influence de la lumière solaire, elle se constate toujours facilement chez les organes colorés, les pétales par exemple, même pendant le jour, et chez tous, colorés ouverts, pendant la nuit. Pour les organes verts on a, par des expériences dont le détail ne rentre pas dans les limites de ce manuel, démontré que, même pendant le jour, en même temps que le végétal exhale de l'oxygène résultant de la décomposition de l'acide carbonique, il émet une petite quantité de ce dernier gaz provenant de la fonction de respiration.
Transpiration. — On entend par transpiration une exhalation de vapeur d'eau qui se fait à la surface du végétal. Cette fonction est importante
ZR
en ce qu'elle concourt à Télaboration de la sève et indirectement à son ascension. Il né faut pas la confondre avec Févaporation ; celle-ci est un simple phénomène physique dont les lois sont bien connues. Or, Teau contenue dans l'organisme végétal ne se transforme pas en vapeur rigoureusement , suivant ces lois , comme le ferait le même liquide placé dans un vase à Tair. Une expérience bien simple le prouve^ c'est que la quantité d'eau transpirée par une plante vivante est toute différente de celle qui est évaporée par là même plante lorsqu'on y a détruit la vie, et que, par suite, les liquides contenus dans ses organes élémentaires y sont placés comme dans un vase inerte.
La transpiration peut s'exercer par toute la surface du végétal; mais, en réalité, les organes recouverts par des tissus imperméables de quelque épaisseur, comme les tiges des végétaux ligneux, ne transpirent pas sensiblement; c'est surtout par les feuilles que cette fonction s'exerce.
La transpiration subit des variations nombreuses pour une même plante, et d'un végétal à un autre; la sécheresse de l'air, son agitation, le degré de chaleur, l'augmentent comme cela se produirait pour une simple évaporation. D'autres causes ont une action plus spécialement physiologique : la lumière, en première ligne, favorise
cette fonction d^une manière notable; la structure des tissus a évidemment aussi une influence, mais qui a été mal étudiée jusqu'à présent.
Il serait fort intéressant de savoir : laquelle est la quantité absolue d'eau transpirée par les plantes ; 2^ quel est le rapport de cette quantité à celle qui est absorbée. La solution de ces questions présente des difficultés multiples résultant, les unes des nombreuses et considérables variations de cette fonction, les autres des expériences à faire pour y arriver. Aussi sont-elles encore fort loin d'avoir reçu des réponses satisfaisantes; pour la seconde on n'a guère, jusqu'à présent, que des présomptions. Pour la première , on a des renseignements plus précis et qui tendraient à prouver que, dans certaines circonstances, au moins de grande sécheresse, de chaleur élevée, de vive lumière , la quantité d'eau exhalée par le végétal peut être considérable relativement à son poids. Celles de ces expériences qui sont les plus concluantes ont malheureusement été faites sur des végétaux herbacés. Nous ne pouvons donc donner aucun résultat relatif à nos grandes essences forestières. Dans ces dernières annés, plusieurs auteurs, plutôt météorologistes, agronomes ou forestiers que physiologistes, ont été amenés à penser que la transpiration chez ces végétaux, surtout chez les conifères, était très -considérable.
plus même que celle des plantes herbacées, notamment des espèces agricoles ou pastorales. Cette opinion, qui n'a pour elle que des expériences incomplètes ou des faits d'observation susceptibles d'une autre interprétation , ne semble pas exacte. A défaut d'expériences rigoureuses et nombreuses qui seules pourraient fournir une réponse satisfaisante à cette importante question, la structure et la consistance des feuilles de presque toutes les essences forestières , la lenteur extrême avec laquelle le feuillage des conifères se dessèche lorsqu'on le détache de l'arbre, ne semblent pas prouver que la transpiration doive être plus active chez ces espèces que chez les végétaux herbacés, dont beaucoup ont des feuilles nombreuses, trèsdéveloppées, de consistance molle, comme les trèfles, les betteraves, pour citer des espèces agricoles bien connues.
Phases de la yégétation et marche de la sé?e. — Maintenant que nous savons quels sont les corps nécessaires à l'alimentation de la plante, comment elle se les procure, nous allons étudier la marche de la sève ou liquide nourricier, les modifications importantes qu'elle subit pendant les diverses phases de la végétation, comment elle concourt à l'accroissement de la plante, à la formation de nouveaux organes, enfin à assurer sa vie d'une
façon continue par le dépôt, dans certains de ses organes élémentaires, de matières auxquelles on a donné le nom de réserve alimentaire,
La sève est essentiellement composée d'eau tenant en dissolution des substances variées et différentes, comme cela sera expliqué plus loin, suivant les régions du végétal où on Têtu die, suivant aussi Tépoque de Tannée où Ton est. Cette eau provient du sol ; elle pénètre dans la plante tenant en dissolution des composés azotés et des sels minéraux.
L'expérience a démontré de la façon la plus rigoureuse que c'est seulement à Tétat de dissolution dans Teau et jamais sous forme de poudre, même impalpable, que les corps solides peuvent ainsi pénétrer dans la plante, lorsque les racines sont intactes. L'entrée de l'eau chargée de principes solubles dans le végétal est appelée absorption. Ce phénomène se produit exclusivement par les racines , et pour celles-ci , seulement par leur extrémité jeune, dans la région qui est complètement dépourvue de toute enveloppe subéreuse.
L'absorption n'a pas lieu pendant Thiver; dans cette saison, les fonctions vitales sont suspendues, les végétaux contiennent, en des régions déterminées de leurs jeunes tissus, la réserve alimentaire que nous avons signalée déjà ; elle est insoluble et généralement sous la forme àe fécule.
Au printemps, sous Tinfluence de la chaleur renaissante, cette réserve se transforme et devient soluble. Cela permet à un phénomène physique , la diffusion^ de se manifester. L'étude complète de la diffusion et de Faction physiologique importante qu'elle exerce, dépasserait les bornes de ce manuel. Qu'il nous suffise de dire que, sous son influence, les racines commencent à absorber et à fournir au végétal une première sève composée, comme cela a déjà été dit, d'eau tenant en dissolution une petite quantité de composés azo> tés et de sels minéraux. Celle-ci n'a aucune qualité nutritive , c'est la sève hruts^ qui s'élève dans Tarbre en en traversant le corps ligneux, et particulièrement l'aubier, lorsque la différence entre celui-ci et le bois parfait est considérable, comme chez le chêne par exemple. Mais dans cette marche ascendante, la sève brute rencontre la réserve alimentaire , qui est devenue soluble ; elle s'en charge peu à peu, et quand elle est parvenue aux bourgeons encore fermés, elle a acquis des qualités nouvelles, celle d'une sève nutritive ou élaborée.
Aussitôt les bourgeons se gonflent; leurs écailles s'entrouvrent; les jeunes pousses, les feuilles, les fleurs apparaissent. L'allongement des pousses, le développement des feuilles se continuent tant qu'il reste de la matière nutritive dans le végé-
tal; en même temps commence l'accroissement en diamètre de la. tige et des branches ou rameaux déjà existants. Mais cette réserve finit par s'épuiser, et la sève, que les racines ont continué d'absorber dans la terre , ne trouvant plus rien à dissoudre dans son ascension, arrive brute jusqu'aux feuilles, dans lesquelles elle se dissémine sans en produire de nouvelles.
En ce moment, la foliaison est complète, l'accroissement en hauteur sur le point d'être terminé, l'accroissement en diamètre commencé.
Mais les organes foliacés produits ne restent pas inactifs; ils fonctionnent à leur tour et restituent avec usure au végétal ce qu'ils lui ont pris pour se constituer.
En eflfet, à mesure que ces organes se développent, la transpiration devient fort active ; nonseulement elle a pour objet de déterminer vers eux un appel de sève et de solliciter par une action de proche en proche les racines à absorber, mais elle produit aussi ce résultat de concentrer la sève brute qui leur parvient. En même temps, sous l'influence de la lumière, la sève, dans les organes verts, et tout spécialement dans les feuilles, se charge de composés organiques , par suite du carbone qu'elle absorbe en décomposant l'acide carbonique. Enfin, la fonction de respiration concourt à achever ces modifications du liquide nour-
ricier. De la sorte se trouve constituée une sève dite élaborée^ qui est nutritivç.
Celle-ci se dirige vers tous les organes en voie d'accroissement; elle lignifie les jeunes pousses herbacées, nourrit les fruits, enfin redescend surtout, entre Técorce et le bois, dans le cambium, et, des feuilles, circule jusqu'aux racines extrêmes. Sur son trajet, elle fournit les matériaux nécessaires pour achever la nouvelle couche ligneuse et accroître Técorce, dépose dans les tissus à ce destinés une provision de nourriture pour la foliaison de Tannée suivante, et enfin allonge les racines qui , sans cela, deviendraient bientôt impropres à Tabsorption.
En résumé, la sève présente dans sa marche deux courants généraux, Tun ascendant, Tautre descendant; le premier s'effectue par le bois et détermine au printemps la foliaison, Taccroissement en hauteur et le commencement de celui en diamètre; le second, dont le siège est principalement dans le cambium et Técorce, produit l'achèvement de l'accroissement en diamètre, l'allongement des racines, et renouvelle la réserve alimentaire.
Les milieux dans lesquels s'exécutent ces diverses phases de la végétation exercent sur elle une action considérable; il est utile de les examiner successivement. Ces milieux sont : la lumière, la chaleur, Tair, l'eau, le sol.
Influence de la lumière. — La lumière est Tagent indispensable à la production de la matière verte. C'est sous son influence que celle-ci absorbe et décompose Tacide carbonique de lair, fixe dans la plante une quantité de carbone formant la moitié environ en poids de sa substance. Aussi peuton poser la règle absolue : sans lumière pas de végétation.
C'est en grande partie par la privation de lumière directe que le couvert des arbres finit, tôt ou tard, par devenir nuisible aux végétaux dominés. C'est aussi par suite de la plus grande quantité de lumière qui leur parvient, et non parce qu'ils ont plus d'air, comme on le dit bien souvent par erreur, que les arbres isolés, pourvu d'ailleurs que toutes les autres conditions de végétation soient favorables, ont une croissance plus rapide que ceux en massif.
C'est aussi sur la nécessité de la lumière pour la végétation qu'est basée^ en grande partie, la pratique des éclaircies. On n'a pas pour but dans cette opération de fournir, comme on le dit encore trop souvent, une plus grande quantité d'air aux arbres qui en manqueraient. L'air ne fait pas plus défaut sous les massifs les plus serrés qu'en rase campagne; mais lorsque les arbres sont trop rapprochés, les parties supérieures seules de leur tige et des rameaux reçoivent de la lumière.
seules aussi elles restent vivantes, par suite, Talimentation en carbone, qui est proportionnelle à la surface foliacée, peut devenir trop faible pour chaque arbre, et Taccroissement en diamètre s'en ressentir d'une façon désavantageuse. On remédie à cet inconvénient par Téclaircie, en donnant aux cimes Tespace nécessaire pour recevoir plus complètement l'influence de la lumière. Il ne faut pas croire toutefois qu'il y ait toujours avantage, au point de vue de la production, à desserrer fortement un massif. Chaque essence a son tempérament, chaque sol ses exigences, qu'il importe au plus haut point de ne pas méconnaître, et tel état de massif parfaitement convenable pour une forêt de pins sylvestres, serait désastreux dans une sapinière.
Ce que l'on nomme tempérament d'un végétal n'est autre chose que son aptitude à supporter une dose plus ou moins grande de lumière et, il faut bien le dire, de la chaleur qui en est inséparable. On dit que ce tempérament est robuste quand le végétal, exigeant beaucoup de lumière, ne peut supporter le couvert, si ce n'est dans son extrême jeunesse. Le tempérament est réputé délicat quand le végétal, redoutant la lumière vive dans sa jeunesse, a besoin de couvert pendant un certain temps.
La délicatesse de tempérament s'observe chez
NUTRITION ET ACCROISSEBÏENT. 107
les espèces dont les racines restent superficielles et dont les feuilles sont très-exhalantes. Sous Faction du soleil, les racines placées dans la couche du sol qui se dessèche le plus vite, sont dans Timpossibilité de remplacer Teau perdue par la forte transpiration qui se produit à la surface des feuilles. Avec Tâge, les racines finissent toujours par atteindre une couche de terre assez profonde pour que Thumidité s^ conserve ; à partir de ce moment, Tabsorption peut remplacer les pertes dues à Févaporation 5 le couvert devient inutile ; le tempérament s'est fortifié. Les végétaux robustes sont nécessairement ceux dont les feuilles sont peu exhalantes et surtout dont Fenracinement est profond.
La conclusion à tirer de ce qui précède, c'est que Fon peut élever sans couvert des végétaux à tempérament délicat, si Fon a soin de cultiver profondément le sol afin de permettre aux racines de s'enfoncer immédiatement. C'est ainsi, par exemple, que, dans les pépinières, on peut arriver à cultiver dans ces conditions les espèces les plus délicates, telles que le hêtre, le sapin. C'est encore ce qui légitime, dans les repeuplements artificiels, la culture profonde du sol, dont il a déjà été question dans le chapitre consacré aux racines.
Inflaence de la chaleor. — Sans chaleur, pas de
végétation ; elle règle la distribution géographique des espèces végétales en latitude, longitude et altitude, comme nous aurons occasion de le voir plus complètement lorsqu'il sera question de géographie botanique. Mais un simple coup d'œil jeté sur la flore forestière de la France suffit pour le montrer ; les chênes à feuilles persistantes, par exemple, Tyeuse, le liège, sont confinés dans le Midi; le sapin, Tépicéa, le mélèze, habitent les montagnes à des altitudes diverses, mais sans jamais descendre dans la plaine. Dans un même pays, la chaleur détermine, suivant la saison, les phases de la végétation ; au-dessous d'un certain degré de température, variable suivant les espèces, celle-ci s'arrête complètement.
La chaleur développe et active toutes les fonctions; elle rend les bois plus lourds, meilleurs combustibles. A une condition cependant: c'est qu'elle ne produira pas l'évaporation de l'eau du sol. C'est à raison de la chaleur et aussi de la lumière plus vive du Midi que le bois des essences propres à cette région atteint souvent une densité très-élevée, parfois supérieure à celle de l'eau, les chênes yeuse, liège, l'olivier, par exemple; que celui des essences communes au Nord et au Midi, telles que les chênes rouvre et pédoncule, est presque toujours de densité plus élevée dans cette dernière région.
La chaleur jointe à la lumière, qui en est à peu près inséparable dans la nature, concourt aussi à Taugmentation, dans une proportion notable, de plusieurs produits forestiers autres que le bois, au premier rang desquels on peut placer la térébenthine pour les conifères, le tannin dans les écorces, surtout celles des chênes.
Les températures basses, ou le froid, ont sur la végétation des effets importants. Par la gelée, elles divisent et ameublissent le sol; mais par leur action directe elles peuvent entraîner la mort des végétaux, ou au moins leur causer des dommages considérables. Le degré de froid qui peut être ainsi nuisible est très-variable suivant les végétaux ; pour ceux des régions chaudes, il n*est pas même nécessaire que la température s'abaisse au-dessous de zéro. Pour une même espèce, pour le même individu, les effets du froid sont très-différents suivant que les tissus sont plus ou moins consistants, plus ou moins gorgés d'eau, que la végétation est en pleine activité ou ralentie, par suite suivant les saisons. Ainsi, les gelées d'hiver sont rarement nuisibles pour les végétaux indigènes; celles d'automne le sont davantage sans l'être beaucoup, sauf pour les jeunes brins de semis tardifs, les rejets obtenus à une époque trop avancée de la saison d'été, dans les exploitations de taillis soumis à l'écorcement ; enfin, les
no BOTANIQUE FORESTIÈRE.
gelées de printemps sont les plus redoutables de •toutes. Pour celles-ci même, Feflfet est très-variable ; par un temps couvert, elles sont moins à redouter; il en est de même lorsque Tair est agité. Aussi, dans ce dernier cas, les endroits abrités, vallons , dépressions quelconques , souffirent-ils beaucoup plus que ceux qui sont balayés par le vent.
L'air se refroidit rarement, au printemps, audessus de 1 à 2 mètres à partir du sol, c'est ce qui fait que les jeunes peuplements sont le plus exposés lorsqu'ils sont découverts surtout, car la forêt, par son couvert, exerce un effet de protection remarquable en mettant obstacle au rayonnement. Des observations comparatives et rigoureuses ont montré qu'en toute saison, mais tout spécialement au printemps et à l'automne, le thermomètre descend toujours moins bas sous les massifs qu'en rase campagne, la différence pouvant s'élever à plusieurs degrés.
Les froids subits et rigoureux exercent aussi une action dommageable sur les arbres, en y produisant deux défauts graves, les roulures et les gélivures. Enfin, la gelée est souvent funeste aux jeunes plants, en en produisant le déchaussement.
Inflaenee de Taîr. — L'air nourrit directement les
végétaux par Tacide carbonique qu'il contient ; il est indispensable à leur respiration par son oxygène. Néanmoins, dans les forêts, il ne fait jamais défaut. Si on dit en langage forestier que des plants très-serrés ou dominés sont étouflfés, on veut exprimer par là qu^ls ne peuvent développer assez de feuilles ou ne reçoivent pas assez de lumière pour extraire de Tacide carbonique de Fair le carbone qui leur est nécessaire.
Une légère agitation de l'air, s'exerçant sur les cimes seulement des arbres, est utile à l'accroissement. Le vent qui pénètre dans les massifs et parcourt la surface du sol, y est au contraire presque toujours nuisible : il disperse les feuilles mortes qui le couvrent et le protègent, il en évapore l'humidité. A cet égard, le traitement en taillis est fort inférieur à celui en futaies. En effet, dans le premier mode, la surface du sol est périodiquement et à intervalles rapprochés complètement découverte et livrée aux fâcheuses influences que nous venons d'énumérer. Dans les futaies bien tenues, au contraire, le sol n'est jamais découvert complètement, à cause de la longueur des révolutions et du soin que l'on a de créer un nouveau peuplement complet avant d'exploiter entièrement le vieux massif.
Influence de l'eau. — L'eau est indispensable à
la vie des plantes, non-seulement parce qu'elle les nourrit, puisqu'elle entre pour moitié environ dans leur poids total, mais aussi et surtout parce qu'elle est le dissolvant de toutes les matières alimentaires qui y circulent. La plus grande partie de Teau introduite dans le végétal est exhalée par voie de transpiration. Cette quantité est considérable, mais nous avons vu qu'on est loin de l'avoir déterminée exactement-
Les racines seules, par l'extrémité de leur chevelu, ont la mission d'absorber l'eau nécessaire à la végétation. Cependant les tissus jeunes, mis à nu par une section nette, possèdent une certaine puissance d'absorption de l'eau. C'est sur ce fait qu'est basée en partie la pratique de la bouture.
L'eau est contenue en quantités très-diverses dans la terre; lorsque celle-ci tombe au-dessous d'un certain minimum variable suivant les espèces végétales, la plante commence à soufirir et finit par périr assez rapidement. Mais il n'est pas nécessaire que la terre ait l'apparence mouillée pour que les. végétaux puissent prospérer : des terres réputées sèches à leur aspect, contiennent encore de l'eau en quantité plus que suffisante pour la végétation.
Les eaux les meilleures pour la végétation sont les eaux de pluie qui, après avoir lavé le feuillage, ramènent au sol beaucoup de matériaux
nutritifs, notamment des composés azotés en suspension dans l'air. Elles ont à peu près la température de Tatmosphère voisine du sol, ce qui est important, puisque, de cette façon, les végétaux ne sont point exposés à un refroidissement brusque.
Les pluies d'orage,, lorsqu'elles succèdent à des chaleurs prolongées, sont surtout fertilisantes, elles sont plus chargées de matières nutritives. Toutefois, lorsqu'elles deviennent torrentielles, elles sont nuisibles ; elles détachent les fleurs, les fruits, parfois les feuilles ; ravinent et dénudent le sol ; découvrent, plus ou moins les graines semées ; tassent la terre à la surface et y forment une croûte imperméable qu'il devient nécessaire de briser dans certaines cultures, celle des pépinières par exemple.
La rosée exerce toujours une influence heureuse sur la végétation : elle ralentit la transpiration, et, quand elle est très-abondante, elle peut fournir au sol de l'eau en quantité suffisante pour être utilisée.
L'eau atmosphérique peut aussi être précipitée à l'état de congélation. Sous forme de grêle, elle est toujours nuisible, à cause des graves lésions qu'elle opère sur les végétaux. Sous forme de neige, elle cause quelquefois des dommages aux végétaux ligneux, en provoquant par son poids
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la rupture des rameaux et de la tige ; mais d'une façon générale, son influence est bonne en ce qu'elle protège les plantes herbacées et les jeunes plants d'espèces ligneuses contre la rigueur du froid; en ce qu'à sa fonte elle fournit d'une façon très-régulière, lentement, une eau contenant des principes fertilisants.
Les eaux de source, au moment où elles sortent de terre, sont généralement trop froides, trop privées d'air, et souvent plutôt nuisibles qu'utiles. Lorsqu'on veut les employer à l'arrosement, il est bon de les réunir et de les laisser séjourner dans des bassins pendant quelque temps , afin qu'elles contractent la température de l'atmosphère. Au point de vue de la pratique forestière, cette remarque peut trouver son application pour l'arrosement des pépinières.
Influence du sol. — La terre végétale sert de point d'appui et de réservoir de nourriture pour les végétaux. On peut même dire qu'une portion des substances alimentaires qui leur sont nécessaires entre dans sa constitution, comme cela ressort de ce qui a été dit à propos des principes inorganiques.
La terre végétale est un mélange de terre minérale et de terreau. Nous allons étudier en détail ces deux éléments.
Terre minérale. — La terre minérale provient de la désagrégation et de la décomposition des roches; quelque variées que soient celles-ci, elles ne donnent naissance qu^à trois sortes de terres : terre siliceuse , terre calcaire , terre argileuse , qui peuvent à elles seules composer la terre minérale, mais qui, le plus souvent, se mélangent entre elles en toutes proportions. Chacune de ces terres, considérée isolément, est à peu près improductive, en raison de ses propriétés exagérées ; mais celles-ci s'adoucissent ou se neutralisent dans les terres mélangées qui, par cette raison, peuvent atteindre divers degrés de fertilité. En outre, ces diflFérents sols renferment toujours une quantité plus ou moins grande de matières minérales dites accessoires^ parce .qu'elles sont en quantité faible relativement à Tensemble. Elles n'en ont pas moins une grande importance, parce que c'est à elles que les plantes empruntent la plus grande partie de leurs principes inorganiques : soufre, phosphore, potasse, magnésie, fer, etc.
1° Terre siliceuse, — Elle est formée de sable fin ou grossier, d'une grande dureté, qui raie le verre, et qui est inattaquable par les acides même les plus énergiques. Chimiquement, c'est de l'acide silicique.
Elle n'a pas de ténacité , surtout à l'état sec ; retient fort peu d'eau , principalement quand elle
est à gros grains 5 laisse filtrer ou évaporer cette eau très-rapidement, et avec elle la substance soluble du terreau (humus) ; très-perméable à Fair, à la chaleur, elle s'échauffe vite, se refroidit de même. Elle ne concourt en rien à Talimentation végétale.
De ces propriétés il résulte que les terres siliceuses sont d'une culture très-facile, mais qu'elles n'offrent point une assiette solide aux arbres; qu'elles sont arides pendant les sécheresses ; que les engrais s'y détruisent vite ; qu^enfin la végétation y est précoce , mais que les gelées printanières y sont à redouter.
La présence des genêts à balais^ des airelles, de la bruyère commune, indique la nature siliceuse d'un terrain.
2© Terre calcaire. — Cette terre ne raie pas le verre et se dissout avec effervescence dans les acides, l'acide azotique par exemple. Chimiquement, c'est du carbonate de chaux. Elle est presque toujours mélangée de pierrailles et de pierres, et manque de profondeur. La terre calcaire a peu de ténacité ; elle absorbe et perd rapidement, par évaporation et surtout infiltration, l'eau qu'elle a reçue ; mouillée, elle forme de la boue; desséchée, de la poussière : elle passe brusquement de l'un à l'autre de ces états. Avec une tendance à se dessécher promptement, cette terre s'échauffe vite et
fortement à raison des pierrailles qui sont habituellement en mélange avec elle. Les engrais y sont rapidement consommés ; le terreau court risque d'y passer à Tétat charbonneux. La végétation y est précoce ; les gelées printanières y sont à craindre. Les sols de cette nature contribuent directement à la nourriture des végétaux qui, tous, ont besoin de chaux.
Avec ces propriétés, la terre calcaire pure est menacée d'aridité ; mais si, par une cause ou par une autre, elle peut conserver de la fraîcheur, elle parvient à un haut degré de fertilité. Un mélange d'argile et de terreau produit ce résultat.
Les fruitier^ et les arbrisseaux divers abondent sur les sols calcaires ; les trèfles, les luzernes, les sainfoins, le buis, le sorbier domestique, les caractérisent.
30 y^TT-g argileuse. — C'est la terre compacte et tenace par excellence. Chimiquement, c'est du silicate d'alumine, mais presque toujours fort impur. Elle retient l'eau avec abondance et avidité, et dès qu'elle en est saturée, elle devient complètement imperméable, forçant l'excédant à séjourner à la surface et à former des marécages. Presque constamment humide, cette terre est froide. Sous l'influence des sécheresses prolongées, elle durcit comme de la pierre et se crevasse
largement et profondément. L'avidité des argiles pour Teau se manifeste aussi pour les matières fertilisantes qu'elles fixent dans le sol, mais qu'elles cèdent lentement aux végétaux.
Il suit de ce qui précède que les argiles pures sont d'une culture très-pénible ; que les racines ont de la difficulté à les pénétrer ; que la végétation, la maturité y sont tardives ; que, desséchées, elles deviennent absolument impropres à la vie végétale ; qu'en conséquence il faut se garder d'y pratiquer des assainissements exagérés. Si sur elles l'action des engrais est lente, elle oflfre cet avantage d'être prolongée.
Terreau. — On nomme ainsi la terre douce, fine et noire qui provient de la décomposition complète des feuilles mortes et autres détritus végétaux.
Le terreau est d'une moyenne ténacité, a la faculté de retenir une forte proportion d'eau et convient à toutes les terres ; liant et rendant fraîches celles qui sont trop meubles et trop sèches ; divisant celles qui ont trop de compacité. Il nourrit d'ailleurs les végétaux par les nombreuses substances solubles qui s'en dégagent constamment et dont l'ensemble prend le nom à^humus.
Le terreau est le seul engrais des forêts, et la conservation en est de la plus haute importance.
Sans lui le sol des forêts ne manquerait pas de s'épuiser, tout comme le ferait un sol agricole sur lequel on récolterait constamment, sans jamais y rien rapporter. C'est ce qui se produit, ainsi que cela a déjà été dit plus haut, dans les forêts soumises à Textraction des feuilles. Le même résultat fâcheux se manifeste également en partie lorsque le sol forestier est subitement découvert, comme cela a lieu périodiquement dans les taillis ; ou accidentellement dans les futaies, par suite de coupes inconsidérées ou de chutes considérables de chablis. La crainte de semblable accident doit être un motif de plus pour maintenir les massifs bien complets ou pour protéger le sol par un sousétage, lorsque des raisons graves forcent à éclaircir fortement le massif principal.
Les circonstances au milieu desquelles se forment les terreaux influent beaucoup sur leur qualité; une juste répartition de Tair, de Thumidité et de la chaleur, produit le terreau doux , le seul utile 5 trop de chaleur et le manque d'humidité, donnent naissance à un terreau charbonneux qui exagère encore l'aridité du sol ; trop d'eau et peu de chaleur provoquent la formation du terreau tourbeux ou même de tourbe contraire à la plupart des végétaux forestiers. Enfin , sur les sols siliceux, certains végétaux, les bruyères, les airelles, notamment, donnent, par leur décomposi-
tion, un terreau acide connu sous le nom de terre de bruyère, recherché en horticulture pour élever des plantes similaires ou placées au moins dans des conditions toutes spéciales, mais qui est nuisible à la plupart des végétaux, notamment aux jeunes plants des essences forestières. Il importe donc d'en prévenir la formation, autant que possible, par le maintien du couvert, les végétaux qui concourent en grand à sa production recherchant une lumière abondante. C'est aussi le moyen d'obtenir sur tous les sols la plus grande quantité de terreau doux qu'ils comportent. Quant à la tourbe, c'est seulement dans certains cas, presque exceptionnels, qu'on pourra en empêcher la production par des assainissements. En général, les forestiers sont impuissants contre les causes qui la produisent, si dommageable soit-elle.
On dit d'une terre qui renferme une notable quantité de terreau doux qu'elle est substantielle ; elle est maigre dans le cas contraire
Terres Datarelles. — Il est bien rare que les éléments constitutifs de la terre végétale se rencontrent complètement purs dans la nature ; ils sont plus ou moins mélangés entre eux, et de la proportion du mélange résultent les propriétés les plus diverses. Ces terres naturelles se répartissent
en trois types : les terres siliceuses, les terres argileuses, les terres calcaires.
Terres silieenses. — Pour être qualifiée telle, une terre doit au moins renfermer 50 % ^^ sable siliceux. On y distingue comme types principaux : les sables purs, les sables gras légèrement mélangés d^argile et de terreau, les sables argileux. Avec la quantité d'argile augmente la fertilité de ces sols, et, par suite, la possibilité de les employer pour Tagriculture. Néanmoins, dans leur ensemble, ils conviennent mieux à la culture forestière, et Ton voit des forêts fournir des produits importants sur des sables qui seraient à peu près stériles. En général, afin de conserver la plus grande fraîcheur possible, il convient de cultiver sur ces sols, au moins en sous-étage, des essences à couvert épais, et de les soumettre au régime de la futaie.
Terres argileuses. — Elles doivent contenir au moins 50 7o d'argile. On y distingue aussi plusieurs types : Targile pure, Targile sableuse, qui se lie au sable argileux, Targile graveleuse, ou renfermant du gravier; elle provient de la destruction des granits. Les terres argileuses sont ordinairement fertiles, et l'agriculture les dispute aux forêts. Celles qui y ont persisté sont très-pré-
cieuses, car lorsque Teau n^ fait d'ailleurs pas défaut, c'est là qu'on rencontre les chênes pédoncules de fortes dimensions. A raison de la facilité avec laquelle les sols argileux retiennent l'humidité, c'est sur eux qu'on a le plus de latitude dans le choix du régime et des essences au point de vue du couvert.
Terres calcaires. — L'action du calcaire sur la végétation est tellement importante qu'il suffit de 10 7o d® cette substance pour qu'une terre soit rangée dans ce type. On y distingue les calcaires purs, les calcaires avec mélange d'argile, les marnes ; ces dernières résultent d'un mélange intime d'argile avec 10 à 30 7o d^ calcaire. Elles constituent l'une des terres les plus fertiles ; aussi l'agriculture les a-t-elle presque complètement envahies, et la part laissée aux forêts est des plus restreintes. Il n'en est pas de même des calcaires purs ou à peu près tels. Une bonne culture forestière, en maintenant les massifs serrés, les composant d'essences à couvert épais, conservant avec soin les feuilles mortes et le terreau qu'elles produisent, corrige ce que les propriétés de ces sols ont d'excessif, et surtout leur tendance à l'aridité. Aussi la part laissée à leur surface aux forêts est-elle souvent considérable.
Propriétés physiques des terres. — Nous venons de
voir comment la terre végétale est constituée ; quels en sont les principaux types ; comment elle agit sur les végétaux, soit en leur fournissant directement la nourriture, soit en leur permettant de profiter plus ou moins bien de celle qui est contenue dans les engrais. Mais, indépendamment de cette action nutritive, les terres agissent sur la végétation par une foule de propriétés diverses, dites propriétés physiques, que nous allons étudier. Elles peuvent être rangées sous cinq chefs principaux : profondeur, aptitude à retenir Teau, aptitude à s'échauffer, ténacité, inclinaison. Celle-ci n'est pas, à vrai dire, une propriété du sol, mais elle modifie fréquemment les aulres.
Profondeur. — Sur les sols profonds, Tenracinement des arbres s'enfonce davantage et s'étale moins; les variations de température sont peu sensibles, l'humidité est plus constante, la nourriture plus abondante. Par ces motifs, la végétation est plus vigoureuse, les arbres sont plus élancés, les massifs plus serrés, le tempérament est fortifié.
Un sol végétal qui ne dépasse pas 0",15 d'épaisseur est dit superficiel.
Un sol végétal qui varie de 0",15 à 0",30 d'épaisseur est dit peu profond.
Un sol végétal qui varie de 0'",30 à 0»,60 d'épaisseur est dit assez profond.
Un sol végétal qui varie de O-^GO à 1",30 d'épaisseur est dit profond.
Au delà de 1",30, on le qualifie de très-profond.
Aptitude à absorber et à retenir l'humidité. — Cette propriété s'appelle hygroscopidté : c'est Tune des plus importantes pour un sol forestier. Elle dépend de circonstances diverses : V de la composition de la terre, suivant qu'elle est siliceuse, calcaire ou argileuse, qu'elle renferme plus ou moins de terreau; l'argile étant l'élément hygroscopique par excellence de la terre minérale, le sable siliceux celui qui retient le moins l'eau, mais le terreau bien plus hygroscopique que l'argile; 2° de la ténuité des parties constituantes de la terre , les sols à particules les plus ténues, à égalité de composition, étant les plus hygroscopiques; 3** de sa profondeur, les sols les plus profond étant en général les plus hygroscopiques, toutes circonstances égales d'ailleurs ; 4? du sous-sol filtrant ou imperméable; 5° de la situation en plaine, en montagne, et, par suite, de l'exposition; 6** du mode de culture. A ce dernier point de vue, la forêt maintient mieux que tout autre l'hygroscopicité; mais, même dans ce cas, il peut y avoir, suivant la manière dont elle est traitée , des variations considérables, et ce doit être une préoccupation constante du forestier d'assurer au sol
rhumidité nécessaire par un couvert suffisant.
On explique les divers degrés d^hygroscopicité comme il suit :
Sol mouilleux : Teau séjourne à la surface au printemps et en toutes saisons ; s'écoule péniblement dans les fossés d'assainissement.
Sol humide : Teau séjourne à peine à la surface pendant les pluies ; les fossés d'assainissement en permettent un écoulement facile.
Sol frais : pas d'excès d'humidité ; inutilité des fossés dans lesquels l'eau ne s'égoutterait pas.
Sol sec : l'humidité coïncide avec les pluies, mais disparaît après peu de jours.
Sol aride : l'humidité disparaît très-rapidement.
Aptitade à s'échauffer. — Cette propriété règle la précocité de la végétation printanière et de la maturité complète des fruits. Elle oflfre moins d'intérêt en sylviculture qu'en agriculture, parce que, d'une part, on ne cherche pas à y récolter des fruits ; parce que , de l'autre , on n'y cultive que des essences complètement indigènes, parfaitement adaptées au climat. L'aptitude du sol à s'échauffer est proportionnelle à sa pesanteur, à sa coloration; elle est en raison inverse de l'hygroscopicité; elle est subordonnée à l'inclinaison et à l'exposition. C'est pourquoi les sols pierreux, ferrugineux, sont plus chauds que les autres;
pourquoi les expressions de sol sec ou chaud, de sol argileux, humide ou froid, sont synonymes.
Ténacité. — Cette propriété concerne l'aptitude des terres à se laisser cultiver, pénétrer par les racines, par Tair, par Teau. Elle dépend presque entièrement de la composition.
Uargile est l'élément de la ténacité du sol; le sable siliceux, celui de sa mobilité ; le calcaire est d'une ténacité faible ; le terreau, d'une ténacité moyenne.
La ténacité peut être modifiée par le degré d'humidité : diminuée si celui-ci est très-grand, accrue s'il est très-faible. Ainsi, l'argile la plus compacte et dure comme la pierre acquiert de la plasticité par l'humidité; sous la même influence, le sable le plus meuble devient un peu liant. Le forestier, qui est le maître de régler convenablement l'hygroscopicité par la constitution du couvert, peut aussi, du même coup, modifier utilement la ténacité.
Les divers degrés de ténacité s'expriment de la manière suivante :
1*^ Terre compacte ou forte; essentiellement argileuse, cette terre se crevasse largement et profondément sous l'influence des sécheresses; les fragments desséchés ne se laissent pas écraser entre les doigts ;
20 Terre liante ; formée d'argile mêlée de sa-
ble, de gravier, de calcaire, cette terre, sous Taction des sécheresses, se gercera encore, mais plus finement ; ses fragments s'écrasent alors entre les doigts, quoique avec peine ;
3*^ Terre douce; desséchée, elle ne se gerce que finement et superficiellement; s'émiette aisément dans la main;
40 Tejre légère; terre siliceuse ou calcaire, mêlée d'un peu d'argile, elle n'a de consistance qu'à la faveur de l'humidité ;
50 Terre meuble; ce sont les sables et graviers sans aucune consistance.
Inclinaison. — Cette propriété du sol a parfois une influence prépondérante en culture forestière comme en plusieurs autres. Elle règle en effet, d'une façon absolue , l'exposition ; elle modifie la profondeur, la ténacité, l'aptitude à retenir l'eau, à s'échauffer.
Une inclinaison modérée est favorable à la croissance des bois ; en effet, les tiges étant perpendiculaires, non à la surface inclinée, mais à sa projection, les racines auront plus de place, et surtout les cimes, étagées, ne se gênant pas, auront un plus grand nombre de feuilles, mieux exposées à l'influence de la lumière. Une pente trèsforte devient nuisible en entraînant la dégradation du sol.
On désigne ainsi qu'il suit les divers degrés d'inclinaison :
Pente douce , 5 à 10 degrés. La culture agricole est aussi facile que la culture forestière.
Pente moyenne, 10 à 20 degrés. La culture est presque exclusivement forestière.
Pente forte, 20 à 30 degrés. La culture forestière ou pastorale est seule possible ; les conditions sont déjà fâcheuses, surtout pour la première.
Pente raide, de 30 à 45 degrés. Culture pastorale; la culture forestière est le plus souvent difficile, d'autant plus que, dans ce cas, l'altitude est plus fréquemment grande.
Pente escarpée et escarpements au delà de 45 degrés. Toute culture devient impossible ou à peu près.
Élément pierreui dn sol. — En étudiant les différents sols, leurs propriétés chimiques et physiques, nous les avons toujours supposés constitués exclusivement de particules terreuses, reposant sur un sous-sol qui, par sa destruction, en fournissait la partie minérale. Mais il s'en faut qu'il en soit toujours ainsi, le plus souvent on trouve mélangés avec la terre proprement dite des débris plus volumineux qui forment Vêlement pierreux du sol , et qui en modifient d'une ma-
nière notable les propriétés physiques. A ce titre, son étude mérite attention. Les pierres proviennent habituellement du sous-sol, lorsque celui-ci est rocheux; quelquefois d'éboulements arrivant des régions supérieures d'un versant. On peut étudier dans l'élément pierreux : 1^ la grosseur et la forme de ses fragments ; 2^ leur quantité. Sous le premier rapport, lorsque les éléments atteignent 0'"30 de diamètre, on les appelle des blocs; le sol est dit rocheux. Au-dessous, jusqu'à 10 centimètres de diamètre, ils prennent le nom de pierres; le sol est pierreux.
Au-dessous de 10 centimètres, ce sont des pierrailles ; il est rocailleux.
Il peut se faire que les fragments soient petits et arrondis, on leur donne le nom de cailloux ; le sol est caillouteux.
On désigne par gravier des fragments très-petits, anguleux, passant par transition insensible au sable ; lorsqu'il abonde dans un sol, celui-ci est dit graveleux.
Au point de vue de la quantité des fragments pierreux , on reconnaît quatre types :
Sol très-pierreux, 4/5 de pierres ;
Sol pierreux, 3/5 de pierres ;
Sol moyennement pierreux, 2/5 de pierres ;
Sol peu pierreux, 1/5 de pierres.
Les mêmes types conviendi'aient pour les frag-
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ments autres que les pierres proprement dites, pierrailles, cailloux, etc.
Voyons maintenant quelle est l'influence des pierres. Plus lourdes que la terre, elles en augmentent la densité et le pouvoir d'échauflfement; elles tendent à diviser le sol : elles sont donc utiles dans les terres froides et argileuses, nuisibles dans les terres chaudes et calcaires. Cependant, il n'en faudra jamais une trop grande abondance ; elles sont généralement nuisibles quand elles dépassent la moitié. Quand les terrains meubles ont de la tendance à se soulever, les pierres peuvent jouer un rôle utile. Ce qui vient d'être dit de l'influence échauffante de l'élément pierreux sur le sol, s'applique seulement à ce qui est de peu de grosseur. Les grosses pierres et les blocs agissent tout différemment : ils s'échauffent seulement à la surface et maintiennent la fraîcheur sous eux. De là résulte que les blocs sont bien moins nuisibles qu'on ne le croirait en culture forestière, où la fraîcheur du sol est une condition de première nécessité ; de là aussi l'utilité des grosses pierres au pied des plants dans les repeuplements artificiels; un amas de pierrailles ou de cailloux, formant le même volume, produirait un effet inverse de celui que l'on recherche. Dans les plaines et sur les pentes douces, les blocs contribuent au tassement du sol; sur les pentes raides, au contraire, ils
augmentent les dangers d'éboulement , et par suite exercent une influence défavorable.