‹ Manuel de botanique forestièreChapitre 11 sur 37 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Oermlnation.

Définition. — La germination d'une graine n'est autre chose que le développement de son embryon en un jeune plant pourvu de racines et de feuilles et en état de se nourrir lui-même dans le sol et dans l'air. Pour qu'une graine germe, il faut que la nourriture qu'elle renferme devienne soluble ; ce qui exige l'influence de l'aiV, de Vhumidité et de la chaleur.

Influence de l'air. — JJair agit par son oxygène qui est indispensable pour les réactions chimiques. Celles-ci sont au nombre des phénomènes les plus importants de la germination; le détail en est encore imparfaitement connu, mais on sait qu'elles ont pour résultat le passage à l'état soluble des matières alimentaires contenues sous forme insoluble dans la graine, surtout dans les cotylédons ou l'albumen. Cette transformation est accompagnée d'un dégagement d'acide carbonique.

Inflaence de la chaleur. — La chaleur joue également un rôle important dans ces réactions ; elle est indispensable, mais à un degré fort différent suivant les espèces. Ainsi, il en est quelques-unes, la moutarde blanche par exemple, qui peuvent germer àO degré, tandis que d'autres exigent des températures de plus en plus élevées, comme le maïs, 9 degrés; le melon, 17 degrés, etc., ces températures sont des minimum; en soumettant les graines à une chaleur plus forte, on peut en hâter la germination; toutefois il arrive rapidement une limite où cet agent, loin d'être utile, devient dangereux pour la vitalité des graines et finalement les détruit. Le nombre de degrés nécessaires pour tuer une graine varie avec Tespèce de celle-ci , avec les conditions d'humidité, de froid, de dessication, etc.; toutefois, on peut indiquer 75 degrés comme la limite extrême dans les conditions ordinaires. Dans le cas où l'on serait obligé de soumettre les graines, comme cela se fait dans les sécheries, à l'action de la chaleur, ce serait même une grande imprudence d'approcher de ce terme.

InDuenee de l'humidité. — L'humidité est également indispensable à la germination; elle joue un rôle multiple. En gonflant l'amande et ramollissant l'épisperme, elle amène la rupture de celui-ci, et par suite la sortie de la jeune plante

devient possible. En outre, elle aide aux réactions chimiques signalées, elle dissout les principes devenus solubles, les fournit ainsi au végétal, lui sert elle-même d'aliment. Néanmoins, une quantité d'eau trop considérable devient un obstacle pour la germination, soit en empêchant l'accès de l'air, soit en entraînant, au lieu de les laisser à la disposition de la jeune plante, les matières qui doivent servir à son alimentation.

Infloence da sol. — Le sol est utile dans l'acte de la germination, parce que la graine y rencontre ce triple concours, mais il n'est point indispensable ; son vrai rôle nutritif ne commence qu'avec la végétation. Lors donc que des graines, tombant en abondance sur le parterre d'une coupe d'ensemencement, n'y germent pas, il ne saurait être question d'un sol épuisé, comme on le prétend parfois, mais bien d'un sol dont la surface s'est durcie, couverte d'un gazon serré, est devenue par suite impropre à fournir les conditions physiques nécessaires à la germination, et cela, en général, par suite d'une manière d'opérer défectueuse.

Mode de dé?eloppemeiit de la plante. — En germant, l'embryon développe d'abord la racine, qui toujours s'enfonce dans la terre, quelle que soit la

position de la graine. C'est seulement ensuite que la jeune tige et les feuilles apparaissent : tantôt la jeune tige entraîne avec elle hors de terre les cotylédons qui se développent en expansions foliacées, plus ou moins larges, vertes, comme chez les érables, les frênes, les hêtres, les sapins, épicéas, pins ; tantôt, au contraire, ces organes restent au-dessous du sol et y pourrissent, comme chez les chênes, les châtaigniers. Le développement des cotylédons en expansions foliacées peut avoir son importance au point de vue du tempérament du jeune plant; c'est ainsi que la surface de transpiration très-large, formée par ceux du hêtre au moment où le jeune plant puise encore peu d'eau dans le sol, est pour quelque chose dans la délicatesse de tempérament de l'espèce à cette époque de sa vie.

Durée de la germination. — Elle est variable avec les espèces et selon les circonstances qui y président. Ainsi le frêne, le charme, par exemple, ne germent normalement que deux ans après leur mise en terre, tandis que, en général, la levée a lieu immédiatement après le semis, à un intervalle plus ou moins long, de quelques jours à un mois et plus, suivant l'espèce et aussi suivant que la saison est sèche ou humide, que la graine est peu ou profondément enfoncée. Dans le cas de

conditions très-défavorables, la germination peut même être reportée à Tannée suivante, comme pour les espèces que nous avons citées plus haut. C'est ce qui arrive assez fréquemment pour les pins, par exemple.

Les graines fraîchement récoltées germent plus vite que celles qui sont conservées depuis longtemps; elles donnent aussi des plants plus robustes.

Il est évident qu'il y a tout intérêt à obtenir une germination aussi rapide que possible. En eflfet, la graine dans le sol court des dangers de toute nature : dessiccation ou entraînement par les pluies violentes si elle est peu enterrée, pourriture si elle Test plus profondément, destruction par les animaux. La première règle à suivre pour réaliser cette rapidité de germination, est de n'effectuer le semis qu'au moment où, étant données l'espèce et les conditions extérieures de température, on peut espérer que les actes de la germination commenceront immédiatement. C'est ce qui fait, en général, préférer le semis de printemps à celui d'automne, malgré les difficultés de conservation des graines, dont il sera question plus loin ; c'est pour cela encore qu'on stratifié en terre les graines, telles que celles du charme et du frêne, pendant l'année où leur germination ne se ferait pas, afin de les préparer et de ne les semer

qu'au second printemps après leur maturation. Mais, même en semant au printemps, si Tannée est sèche et qu'il s'agisse de graines peu enterrées, la germination peut se faire attendre, faute d'une humidité suffisante. On ne peut guère recourir aux arrosements artificiels qui, indépendamment de ce qu'ils sont fort coûteux, offriraient de sérieux inconvénients ; mais on peut faire subir aux graines une préparation dont l'expérience a démontré les excellents résultats. Elle consiste à les laisser plongées dans l'eau pendant un temps variable suivant les espèces: vingt-quatre heures suffisent pour la plupart ; mais il en est qui exigent un temps plus long, celles du mélèze, qui demandent l'immersion la plus prolongée, doivent rester dans l'eau quinze jours. La graine, ainsi fortement imbibée d'eau, se trouve dans d'excellentes conditions pour germer rapidement.

Temps pendant lequel les graines eonseryent lenr yitalité. — Ce temps est très-variable. Certaines graines de très-petit volume, celles des saules, des peupliers par exemple, la perdent en quelques jours; d'autres, grosses, charnueS; comme celles des chênes, remplies d'essence de térébenthine, comme celles du sapin, la gardent plus longtemps, mais la perdent encore assez vite : le plus souvent on ne peut les garder que jusqu'au printemps qui suit leur

maturation; d^autres enfin, celles de Tépicéa, des pins, parexemplç, la conservent plusieurs années; mais il faut bien se rappeler que, chez ces dernières, la vitalité va sans cesse en s'affaiblissant avec le temps, et plus elles sont semées vieilles, moins les plants qui en naîtront seront vigoureux,

La durée de vitalité des graines est tout autre quand elles sont conservées dans la terre. C'est ainsi qvCon peut expliquer l'apparition soudaine de certains végétaux sur des terres profondément remuées, sur le parterre des coupes récemment exploitées dans les forêts.

Conseryatioo des graines. — Il est évident que pour conserver des graines ou, pour mieux dire, pour les empêcher de germer, il suffit de les soustraire à l'action de l'un des trois agents : chaleur, air, humidité, reconnus indispensables pour la germination. C'est sur ce principe que sont basés tous les procédés de conservation : silos, couches minces et fréquemment remuées sur le plancher du grenier, etc., dont la description ne rentre point dans l'objet de ce Manuel. Mais s'il est facile d'empêcher les graines de germer, il l'est beaucoup moins de leur conserver leurs propriétés vitales complètement intactes. Certaines graines très-petites, celles des saules, des peupliers, des bouleaux, par exemple, à enveloppes minces, se

dessèchent si viteque le semis doit en suivre immédiatement la récolte. D'autres, très-charnues mais recouvertes par des enveloppes minces épisperme et péricarpe dans certains cas, sont également exposées à se dessécher si on les conserve complètement au sec, à s'échauffer et même à pourrir si on les maintient dans un milieu humide, mais un peu trop chaud. C'est le cas des glands de chênes, des faînes. D'autres enfin, comme celles du sapin, contiennent une essence volatile, et leur faculté de germer se perd avec la disparition de celle-ci. La conclusion à tirer de tous ces faits, c'est que le semis doit suivre d'aussi près que possible la récolte des fruits ou graines, et que si dans la plupart des cas, pour échapper aux dangers que courent les graines dans le sol pendant l'hiver, il est prudent de remettre au printemps suivant, on ne devra pas dépasser cette limite; et que le refus des graines conservées plus longtemps devra être absolu.

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