CHAPITRE VI
On^anes de la reproduction.
Les organes de cet ordre sont la fleur et le fruit.
Article premier. — > Fleurs.
Stracture. — La fleur à l'état le plus complet est formée de parties diverses, disposées suivant quatre cercles successifs, savoir, en procédant du dehors au dedans : le calice, la corolle, les êtamines et le pistil.
64 BOTANIQUE FORESTIÈBE.
La fleur est, le plus souvent, portée par un rameau plus ou moins allongé, rameau spécial qui prend le nom àe pédoncule. C'est ce qu'on appelle vulgairement la queue de la fleur. Il peut se faire qu'il soit tellement raccourci qu'il semble manquer. Bans ce cas, la fleur est dite sessile.
Le calice et la corolle sont des organes protecteurs sous lesquels* s'abritent les étamines et le pistil, qui représentent les organes essentiels, sexuels ou reproducteurs.
Tous les organes qui composent la fleur suivent entre eux la loi d!altemance^ c'est-à-dire qu'une pièce du cercle supérieur de l'un n'est pas opposée à une du cercle immédiatement inférieur. Ainsi, une pièce de la corolle n'est pas opposée à une du calice ou à une étamine, mais se trouve placée exactement dans l'intervalle qui sépare deux d'entre elles.
Bractées et ioTolucre. — Au-dessous de la fleur, et à une distance plus ou moins grande du calice, peuvent se trouver des bractées^ dont il a été question déjà dans le chapitre consacré aux feuilles. Ces bractées peuvent se souder en partie avec le pédoncule, comme les tilleuls en offrent un exemple remarquable. Il peut se faire que des bractées se trouvent réunies en plus ou moins grand nombre, de manière à former un cercle qui
enveloppe plus ou moins complètement une ou plusieurs fleurs. Elles constituent alors ce qu'on nomme un involucre. Plusieurs végétaux forestiers des plus importants par leur taille et leur abondance (chêne, hêtre, châtaignier, charme, noisetier), sont caractérisés par un involucre qui, de plus, chez eux, est accrescent^ c'est-à-dire se développe après la floraison, et recouvre en totalité ou en partie les fruits.
FloraisoD. — Les végétaux ne commencent à fleurir qu'à un âge déterminé, qui, pour les végétaux ligneux, les arbres particulièrement, doit être de plusieurs années. Tous les arbres ne produisent pas des fleurs en égale abondance; en général, ceux qui souffrent pour une cause quelconque sont les plus féconds. En outre, certaines espèces ne fleurissent pas tous les ans ; ainsi, après une floraison abondante pour le charme ou le hêtre, il peut se faire que, l'année suivante, on ait peine à trouver quelques arbres fleuris, même dans une forêt de grande étendue.
Tous les végétaux exigent pour fleurir une certaine quantité de chaleur; mais elle est très- variable, suivant les espèces. Ainsi, tandis que le noisetier se contente d'une température moyenne de 3 degrés centigrades, il en faut au châtaignier une de plus de 17 degi'és. Il en résulte deux conza 5
séquences : la première, c'est que les espèces qui croissent ensemble fleurissent à des époques de Tannée fort différentes ; la seconde , c'est que le moment de la floraison varie beaucoup pour une même espèce, suivant les climats. Ainsi, les essences que Ton trouve dans toute la France ont une floraison beaucoup plus précoce dans le Midi que dans le Nord.
L'espace de temps pendant lequel une plante reste fleurie chaque année est généralement fort limité; le plus souvent il se réduit, pour nos végétaux forestiers, à quelques jours.
Calice. — Le calice est généralement vert, et les fololies qui le composent se nomment sépales. Ceux-ci peuvent être libres ou soudés entre eux. Cette soudure peut être plus ou moins complète ; tantôt les sépales restent presque isolés, tantôt, au contraire, ils peuvent être unis très-intimement, en sorte que, par leur réunion, ils semblent constituer un organe simple.
Ces folioles, de forme variable, ont une structure fort analogue à celle des feuilles, c'est-à-dire qu'elles sont constituées essentiellement "J)ar des nervures formées de fibres et de vaisseaux, et par du tissu cellulaire.
Le nombre en est fort variable d'espèce à autre; il n'est pas toujours constant pour une même espèce .
La durée du calice est très-variable; il peut tomber au moment de l'épanouissement de la fleur, ou, au contraire, persister jusqu'à la fructification, ou même jusqu'à la maturité des fruits. Dans ce cas, il est quelquefois susceptible de prendre un développement plus considérable que celui qu'il avait au moment de la floraison.
Corolle. — La corolle, ou seconde enveloppe florale, est prdinairement parée de vives couleurs ; quoiqu'elle semble souvent la moins importante des parties d'une fleur, c'est elle qui, en général, attire le plus l'attention, à raison de sa beauté et aussi de l'odeur qu'elle répand fort souvent. Les folioles qui la forment sont les pétales qui restent distincts ou se soudent entre eux. Cette soudure, comme pour les sépales, peut varier beaucoup. Tantôt les pétales restent presque libres; tantôt, au contraire, ils sont si étroitement unis qu'il est impossible de les distinguer à simple vue dans la corolle. Lorsque les pétales restent libres, leur portion inférieure plus ou moins rétrécie porte le nom d! onglet j la portion supérieure celui de lame; l'onglet est parfois fort peu développé, presque nul, comme cela se voit chez les roses ; il l'est beaucoup chez d'autres végétaux, l'œillet, par exemple. Lorsque les pétales se soudent, les onglets forment un cylindre plus ou moins parfait qui prend le
nom de tube^ rensemble des lames soudées en tout ou en partie porte le nom de limbe; les primevères offrent Texemple d'une corolle ainsi con' stituée.
Les pétales peuvent, d'ailleurs, offrir les formes les plus variées et être parfois munis d'appendices; ils offi*ent une structure analogue à celle des sépales, mais avec plus de simplicité ; les tissus qui les forment ont moins de résistance. La corolle a une durée variable, généralement assez courte ; quelquefois elle se détache ou se flétrit peu d'heures après l'épanouissement de la fleur, chez les lins , par exemple ; rarement elle persiste après la formation du fruit et jusqu'à sa maturité, mais toujours à l'état marcescent.
Les corolles effilent des formes très-variées qui donnent de bons caractères pour la classification des végétaux. Voici quelles sont les principales :
La corolle est cruciforme lorsqu'elle est formée de quatre pétales égaux dont les onglets sont allongés, et les lames, étalées dans un même plan, forment une croix grecque : c'est la corolle du chou, du colza.
La corolle rosacée est formée en général de cinq pétales étalés comme dans la rose, qui en est le type, à onglet très-court et à lame fort grande ; c'est une forme offerte par un grand nombre de végétaux, parmi lesquels il en est de ligneux ayant
quelque importance, comme, par exemple, les cerisiers, les pruniers, les pommiers, les poiriers, les sorbiers.
La corolle papilionacée est formée de cinq pétales dont un supérieur, plus développé que les autres, porte le nom d! étendard^ les deux latéraux celui à^ ailes; les deux inférieurs, souvent soudés plus ou moins complétenient entre eux, forment ce qu'on appelle la carine. Les robiniers, les cytises, les genêts, offrent ce type de corolle.
Les corolles à pétales soudés entre eux prennent le nom de globuleuses lorsqu'elles sont en forme de sphère; tuhuleuses^ en forme de tube; campanulêes en forme de cloche ; rotacées si leur limbe s'étale de manière à présenter l'apparence d'une roue; labiées b^H se divise, par deux fentes, en deux portions facilement appréciables et qui sont qualifiées de lèvres.
Étamioes. — Les étamînes forment le troisième cercle floral, et, par leurs fonctions, représentent l'organe sexuel mâle des animaux. Chacune d'elles est composée d'un filament grêle qu'on nomme Jilet^ au sommet duquel se trouve un sac habituellement à deux loges, Yanthère. Le filet peut manquer; dans ce cas, l'anthère est dite sessile.
Le nombre des étamines est très-variable. Il
peut être de un, deux, trois, etc. ; lorsqu'elles dépassent celui de douze, elles sont dites indéfinies. Les étamines sont susceptibles de se souder par leurs anthères ou par leurs filets. Dans le premier cas, elles sont dites syngénèses^ par exemple chez les marguerites; dans le second, elles peuvent former un seul faisceau, étamines monadelpkes^ exemples : cytises, genêts; deux faisceaux, étamines diadelphes^ exemple : robiniers; un nombre de faisceaux supérieur à deux, étamines polyadelphes^ exemple : millepertuis; les tilleuls oflfrent fréquemment cette disposition d'une manière plus ou moins nette.
Les loges de Tanthère s'ouvrent habituellement par une fente longitudinale ; c'est ce qu'on observe chez tous nos grands végétaux forestiers indigènes ; mais elles peuvent laisser échapper leur contenu par des pores^ chez les bruyères, les airelles par exemple ; ou au moyen de valves, chez le laurier.
Les loges de l'anthère contiennent une poussière très-fine, généralement jaune, et que l'on désigne sous le nom de pollen. Ces grains renferment la matière fécondante. Chacun d'eux n'est autre chose qu'une cellule pourvue habituellement de deux membranes, et contenant un liquide mêlé de granulations qui est la matière fécondante. Ces deux membranes sont fort diflférentes : l'externe est ferme, résistante, inex-
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tensible sous Finfluence de Thumidité, et présente des pores ; Finterne est mince, élastique et extensible. Lorsque le grain de pollen est placé dans Teau, il ne tarde pas à éclater en laissant échapper son contenu; si, au contraire, il se trouve en contact avec un liquide plus dense, tel qu'une solution gommeuse épaisse, la membrane interne fait saillie à travers les pores de Texterne; cette saillie est susceptible d'un grand allongement et forme ce que l'on appelle hoyau pollinique. Ce boyau joue dans la fécondation un rôle important qui sera expliqué un peu plus loin.
Pistil. — Enfin , au centre de la fleur, on observe un ou plusieurs corps qui constituent ce qu'on nomme le pistil. Ils jouent le rôle d'organes sexuels femelles, et, après avoir été fécondés, ils grossissent et forment le fruit. On y remarque à la base un corps renflé, l'ovaire, dans la cavité duquel sont les futures graines à l'état de petits boutons appelés ovules. Un filament, style^ surmonte l'ovaire et se termine par un corps garni de papilles, le stigmate. Le style peut manquer, et, par suite, le stigmate être sessile.
La cavité de l'ovaire peut être unique ou divisée en plusieurs loges par des lames partant de la paroi de l'ovaire et se dirigeant vers son centre, qui portent le nom de cloisons.
La paroi ovarienne offre une structure trèsanalogue à celle des feuilles, comme elles elle est formée de faisceaux fibro-vasculaires et de tissu cellulaire recouverts par une lame d'épiderme interne et une externe.
Les ovules sont en quantité très-variable : de un à un nombre assez considérable pour être dit indéfini. Ils ne sont point insérés indiflféremment sur toute la paroi ovarienne, mais bien suivant des lignes fibro-vasculaires spéciales de cette paroi, ou sur une tige ou renflement central également fibro-vasculaire, qui portent le nom de placenta.
Le style constitue un tube de structure solide, à rintérieur duquel se trouve un tissu à cellules allongées très-lâchement unies.
Quant au stigmate, il est de nature celluleuse recouvert de papilles qui lui donnent l'aspect velouté, et il sécrète une substance visqueuse.
Indépendamment des soudures que les diverses pièces de chacun des cercles d'organes floraux sont susceptibles de contracter entre elles et dont il a déjà été question, celles de deux cercles successifs ou même des quatre à la fois sont susceptibles de se souder plus ou moins complètement, et il se produit ainsi des modifications apparentes d'une grande importance dans la structure de la fleur.
Variations des fleurs. — Une fleur n'est pas toujours formée de la réunion de tous ces organes; les uns ou les autres peuvent successivement ou simultanément manquer. Ainsi, certaines fleurs, celles d'orme par exemple, n'ont qu'une seule enveloppe florale qui, dans ce cas, est toujours le calice.
Les deux enveloppes peuvent disparaître, et la fleur est dite nue. Exemple : les sapins et autres conifères. Que l'enveloppe soit double, simple ou nulle, la fleur est hermaphrodite si elle contient les organes sexuels, mâles et femelles. Exemple : érables, tilleuls, fruitiers; elle est unisexuée si ces organes sont séparés sur des fleurs différentes, ainsi que cela a lieu chez presque toutes les essences forestières importantes.
Dans ce dernier cas, les fleurs mâles se trouvent sur le même pied que les femelles, ou sont au contraire séparées sur des pieds différents, et les végétaux sont dits monoïques ou dioïques.
Enfin, certaines espèces possèdent des pieds mâles, des pieds femelles et des pieds hermaphrodites ; elles sont nommées polygames.
Parmi les principaux végétaux forestiers, sont hermaphrodites : les fruitiers, tilleuls, érables, robiniers, ormes ;
Monoïques : les chênes, hêtres, châtaigniers, charmes, bouleaux, aunes, sapins, épicéas, cèdres, mélèzes, pins ;
Dioïques : les saules et les peupliers; Polygame : le frêne.
Disposition et groupement des flenrs. — Les fleurs peuvent être isolées à Taisselle des feuilles , mais le plus souvent elles sont réunies de manière à former des groupes ou bouquets de formes caractéristiques, naissant soit aux aisselles des feuilles, soit à Textrémité des pousses.
Les principaux groupes de l'espèce sont : la grappe, le co'rymhe^ Vombelle, Vépi^ le chaton^ le capitule.
La grappe se compose d'un rameau floral allongé, portant des pédoncules simples ou ramifiés tous égaux. C'est ce qu'on observe chez les groseillers, l'érable sycomore.
Dans le corymbe^ le rameau principal reste allongé, mais les pédoncules simples ou .ramifiés sont de longueur inégale, les plus inférieurs étant les plus longs, de telle sorte que toutes les fleurs se trouvent sur un même plan. C'est la disposition que présentent les érables plane, champêtre, les poiriers, les sorbiers, les alisiers*
Chez V ombelle^ le rameau floral ne s'allonge pas : des pédoncules ou des rameaux portant des pédoncules, tous égaux, partent de son extrémité. On trouve ce groupement dans toute la vaste famille de plantes herbacées connues sous le
nom d'ombellifères, et plus rarement chez les végétaux ligneux, on la rencontre cependant chez le cerisier, le cornouiller mâle par exemple.
Uépi a un rameau floral allongé portant des fleurs sessiles. C'est la disposition que Ton observe chez les plantains, et, avec quelques modifications spéciales, chez les graminées, seigle, orge, froment, etc.
Le chaton est une modification de Tépi, dans laquelle un même groupe ne contient que des fleurs mâles ou des fleurs femelles ; de plus, il est articulé de telle sorte qu'après la floraison, au moins, les chatons mâles tombent tout entiers avec toutes les fleurs qu'ils portent. Les végétaux pourvus de chatons sont dits amentacés. On observe ce groupement chez les essences forestières les plus importantes, chênes, hêtres, châtaigniers, charmes, noisetiers, peupliers, saules, aunes, bouleaux, conifères.
Chez le capitule^ le rameau floral ne s'allonge pas, s'étale et porte des fleurs sessiles. Les fleurs de la vaste famille des composées, marguerites, chicorées, bleuets, etc., sont ainsi disposées.
Article 2. — Fruits.
Définition et structure. — Le fruit qui succède à la fleur n'est autre chose que l'ovaire fécondé et
accru. LWaîre est devenu l'enveloppe du fruit, le péricarpe ; Tovule a produit la graine. Kien de plus varié que le fruit, quant à la dimension relative de ses diverses parties, à leur consistance, au nombre des loges en lesquelles il se divise, au mode suivant lequel ses graines sont mises en liberté, au nombre de ces dernières, etc. Indépendamment de ces variations du péricarpe et de la graine, il peut se faire que la partie la plus apparente de ce que Ton considère vulgairement comme un fruit, n'appartienne ni à l'un ni à l'autre. Ainsi, dans la fraise, le corps rouge, charnu, qui est comestible, n'est autre chose que le support des pistils développés ; dans la figue, le corps charnu pyriforme que l'on mange est le sommet du pédoncule creusé et portant à son intérieur les véritables fruits ; dans le fruit du mûrier, la matière pulpeuse, également comestible, provient des calices devenus charnus et enveloppant les fruits, etc.
Le péricarpe comprend trois régions correspondantes de celles de la paroi ovarienne : une externe, qui résulte du développement de Tépiderme extérieur ; une interne, provenant de l'intérieur uni quelquefois à une portion de la couche à faisceaux fibro-vasculaires ; et enfin une moyenne résultant de l'accroissement de celle-ci. L'externe est généralement peu développée ; c'est
ce qu'on appelle vulgairement la peau dans les fruits charnus, tels que pêches, prunes, cerises ; la consistance en est molle dans ce dernier cas; elle devient sèche, parcheminée chez les fruits secs. La moyenne peut rester extrêmement mince ou acquérir un développement énorme. C'est elle qui, dans les fruits charnus, constitue ce qu'on nomme la chair; très-mince et oflfrant peu de consistance chez les ormes par exemple, elle devient crustacée chez les frênes, presque ligneuse chez les tilleuls, charnue chez tous les fruitiers amygdalées (pruniers, pêchers, etc.) et pomacées (poiriers, pommiers, alisiers, etc.). Enfin, la partie interne peut rester extrêmement mince ou devenir crustacée, comme chez les pommiers, ou enfin prendre un certain développement, devenir ligneuse, très-dure, et constituer ce que l'on nomme un noyau^ chez les pêchers, les pruniers, les cerisiers, par exemple.
Déhiscence. — Les fruits charnus ne sont pas susceptibles de s'ouvrir pour laisser échapper leurs graines ; ce que font au contraire les fruits secs lorsqu'ils sont à plusieurs graines. Ceux-ci sont dits déhiscents^ ceux qui ne s'ouvrent pas portant par opposition le nom SUndéhiscents.
La déhiscence peut s'exécuter suivant des modes très-divers.
Il peut se former au sommet du fruit mûr deux ou tFois ouvertures plus ou moins circulaires par lesquelles s'échappent les graines, par exemple chez les mufliers; ou bien le sommet du fruit s'ouvre, Forifice étant bordé par des dents, comme cela s'observe chez les œillets; ou bien encore il se fait une fente transversale, et le fruit s'ouvre comme une boîte, chez le mouron des champs par exemple. Mais le mode le plus habituel est celui qui consiste dans la formation d'un certain nombre de fentes longitudinales dans la paroi du péricarpe, ce qui le partage en un certain nombre de fragments réguliers qu'on nomme des valves.
Celles-ci se renversent à des degrés divers en dehors ou se détachent, et les graines sont mises en liberté. Dans le cas où le fruit présente des loges, les cloisons qui les limitent peuvent ou rester en place, ou suivre les valves, soit entières, soit en se dédoublant. Ce mode de déhiscence, qui prend le nom de valvaire, est de beaucoup le plus commun. C'est le seul qu'on observe chez les végétaux forestiers, d'ailleurs fort peu nombreux parmi les espèces de quelque importance dont les fruits sont déhiscents, chez les saules, les peupliers, les fusains, les robiniers, cytises, etc.
Principaux types de fruits. — En se basant sur les considérations qui viennent d'être exposées som-
maîrement, on a distingué et nommé un certain nombre de types de fruits dont la connaissance est importante pour la botanique descriptive. Nous allons énumérer et décrire les principaux, au point de vue surtout de Tétude des végétaux forestiers.
Uachaine est un fruit sec, indéhiscent, ne renfermant qu'une seule graine, à péricarpe très-peu développé, mais non soudé à la graine ; on le rencontre fréquemment chez les plantes herbacées. Le fruit des platanes est une réunion d'achaines. La samare est un fruit très-analogue au précédent, mais dont le péricarpe s'est développé, soit sur tout son pourtour, comme chez les ormes, soit dans une seule direction, chez les frênes par exemple, en une aile membraneuse. Le fruit des érables se compose de deux samares à aile latérale et unies par la base.
La gousse est un fruit sec, déhiscent, à une seule loge, s'ouvrant à la maturité en deux valves qui se séparent complètement. C'est le fruit de toutes les papilionacées (robiniers, cytises, genêts, etc.).
La drupe est un fruit charnu, renfermant un noyau à une seule loge, dont la paroi est constituée par la partie interne du péricarpe. Lorsque la drupe renferme plusieurs noyaux, ou que son noyau unique est à plusieurs loges, elle prend le
nom spécial de nuculaine. Un grand nombre de végétaux ligneux indigènes ont des fuits rentrant dans cette catégorie, tels sont : les cerisier, les pruniers, les lauriers, les micocouliers, les oliviers, les cornouillers, les nerpruns, les houx, etc.
Le gland est un fruit sec, indéhiscent, à péricarpe mince, enveloppé plus ou moins complètement par un involucre àccrescent et provenant d^un ovaire soudé au calice. Ce fruit est celui de plusieurs essences forestières dont quelques-unes comptent parmi les plus importantes. Nous allons le décrire pour chacun des genres les renfermant. Chez les hêtres, les glands, au nombre de deux normalement , renfermant chacun une seule graine, sont complètement enveloppés par un involucre qui, pour cette raison, est dit péricarpoïde^ qui est déhiscent à la maturité et recouvert d'épines simples.
Chez les châtaigniers, Tinvolucre péricarpoïde, recouvert d'épines ramifiées, renferme normalement trois glands, mais souvent deux ou un par avortement des autres. Chacun d'eux contient une ou deux graines.
Chez les chênes, l'involucre écailleux, qui prend le nom de cupule^ recouvre seulement la base d'un gland unique à une seule graine.
Chez les coudriers, l'involucre simple, herbacé.
contient un gland unique, arrondi, ligneux, à une seule graine.
Chez les charmes, Tinvolucre simple, herbacé, contient un gland unique, à une seule graine, relevé de côtes longitudinales.
La capsule est tin fruit sec, déhiscent, à une ou plusieurs loges, provenant d'un ovaire, résultat de la soudure plus ou moins complète de plusieurs pistils simples : tel est le fruit des peupliers, des saules, des buis, des bruyères, des fusains, des tamarins, des cistes.
La pomme est un fruit charnu, provenant d'un ovaire à plusieurs loges, soudé au calice, dont les dents habituellement couronnent encore le fruit à sa maturité. Elle peut renfermer des pépins ou des noyaux. A la première catégorie appartiennent les fruits des coignassiers, des poiriers, des pommiers, des sorbiers et des alisiers; à la seconde , ceux des aubépines, des néfliers.
La baie est un fruit charnu ou pulpeux, généralement à plusieurs loges et à plusieurs graines. Tels sont les fruits des épines-vînettes, des vignes, des groseillers, des viornes, des chèvrefeuilles, des airelles, etc.
Le cône est un fruit composé provenant d'un groupe de fleurs que Ton observe chez les bois feuillus et chez les résineux. Chez les premiers, il se compose d'un axe portant des écailles à la
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base desquelles se trouvent de petites samares. On le rencontre exclusivement chez les bétulacées.
Chez les bouleaux, les écailles sont minces, presque membraneuses et caduques à la maturité. A leur base, on observe trois samares. Chez les aunes, les écailles sont ligneuses, épaisses à l'extrémité, persistantes. A leur base^ on trouve seulement deux samares.
Chez les résineux, le cône se compose d'un axe portant des écailles à la base desquelles se trouvent des graines. Ces écailles peuvent être en petit nombre, en tête de clou, et former un fruit globuleux; elles sont alors ligneuses, chez les cyprès par exemple, ou charnues comme chez les genévriers : dans ce cas, le fruit est indéhiscent, tandis que les écailles s'écartent pour permettre la dissémination des graines chez tous les conifères dont les écailles du cône sont ligneuses.
Lorsque les écailles sont plus ou moins planes, en général nombreuses, et forment un cône plus ou moins allongé, elles peuvent être épaisses au sommet, de manière à constituer ce qu'on nomme un écusson^ c'est ce qui caractérise les pins; ou bien minces et tranchantes, chez les sapins, les épicéas, les mélèzes. Les sapins ont le cône dressé , à écailles caduques ; les épicéas ont le cône pendant, à écailles per-
sistantes; les mélèzes, le cône dressé, à écailles persistantes.
Graine. — La graine est la partie essentielle du fruit. Elle se compose d'une enveloppe qui porte le nom à^éjpisperme^ et de Tamande. L'épisperme, habituellement formé de deux membranes, est presque toujours de consistance sèche.
La partie principale, souvent unique de Tamande, est Yembryon.
L'embryon est un végétal en miniature qui, par la germination, reproduira un individu semblable à ses parents. On y distingue la tigellej la radicule^ la plumule et le corps cotylédonaire.
La tigelle est, ainsi que son nom l'indique, une petite tige cylindrique terminée d'un côté par une extrémité pointue destinée à se développer pour former la racine , et qui est la radicule. A son autre extrémité elle porte un bourgeon à feuilles rudimentaires qui, en se développant, produira la tige et ses dépendances, c'est la plumule. Le corps cotylédonaire se compose d'une ou de deux, rarement plusieurs feuilles modifiées, généralement très-simples dans leurs contours , qu'on nomme cotylédons. Il est situé un peu au-dessous de la plumule.
Le corps cotylédonaire des graines de toutes les essences feuillues indigènes est double, ce
qui fait dire que ces végétaux sont dicotylédones. On applique , pour des raisons qui ne sauraient être exposées ici, la même dénomination aux conifères,^ bien que Ton rencontre chez plusieurs de leurs genres les plus importants, pins, cèdres, mélèzes, sapins, épicéas, un nombre de cotylédons plus considérable.
L'embryon, qui ne peut absorber, pendant la germination, de nourriture ni dans le sol ni dans Tair, puisqu'il n'a encore ni racines ni feuilles développées, a auprès de lui une réserve alimentaire dont il disposera en germant, et que contient, soit le corps cotylédonaire, soit un corps distinct qui Tavoisine et qu'on nomme albumen. Cet albumen est un tissu cellulaire rempli de matières alimentaires pour la plante, tout spécialement d'amidon et parfois d'huiles grasses. Ce sont ces mêmes matières que l'on trouve dans le corps cotylédonaire lorsqu'il contribue pour une part sérieuse ou même pour totalité à la nourriture de l'embryon; car l'albumen peut faire complètement défaut. C'est ce qu'on observe chez les chênes, les châtaigniers, les hêtres par exemple. En fait de graines pourvues d'un albumen, on peut citer les pins , sapins, mélèzes, épicéas, etc.