IV. Chêne yeuse, connu aussi sous le nom de chêne vert
Feuilles persistantes jusqu'au commencement de la troisième année, de forme, de contour, de taille très-variables souvent sur un même arbre, vertes et luisantes en dessus, très-densément velues, blanchâtres en dessous chez les arbres adultes, vert pâle et peu velues chez les jeunes. Glands à maturation annuelle, un ou deux ensemble, sessiles ou portés par des pédoncules courts, gros, densément velus, de forme et de taille trèsvariables, de saveur âpre ou douce, à cupules grises, brièvement et densément velues, légèrement coniques, à écailles petites, triangulaires,
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apprimées. — Arbre de taille moyenne, à écorce ne fournissant pas de liège; commun dans la France méridionale, remontant dans Touest jusqu'à la Loire.
Le chêne yeuse présente une variété connue sous le nom de chêne Ballote^ elle est surtout caractérisée par ses glands qui sont gros, toujours doux et de saveur agréable; rare en France, elle est très-commune en Algérie.
Taille, port, coayert. — L'yeuse est un arbre de croissance très-lente, atteignant 15 à 18 mètres au plus de hauteur, sur 2-3 mètres de circonférence; sa tige est rarement droite, sa cime est ovale arrondie ; son couvert est épais. En France, il est très-souvent à Tétat de broussailles. Il acquiert beaucoup plus d'importance en Corse et en Algérie.
Sol. — Il semble préférer les sols calcaires.
Floraison, frnetifieation. — La fructification commence vers 12-15 ans, et persiste fort longtemps, l'essence étant d'une grande longévité. La floraison a lieu au mois d'avril ou de mai, la maturation au mois de septembre de la même année.
Bois. — Le bois est d'une teinte claire uni-
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forme; Taubier est peu tranché, mais fréquemment le cœur est atteint d'un commencement d'altération qui le colore en brun plus ou moins foncé, souvent presque noir. Les éléments qui composent le bois y sont répartis de telle sorte, que les accroissements annuels y sont peu distincts, et qu'il est souvent fort diflScile, à peu près impossible même, de déterminer l'âge de l'arbre en les comptant.
Les rayons médullaires y sont très-nombreux et très-épais; de là, avec un débit convenable, des maillures fort belles et fort rapprochées.
La pesanteur de ce bois est très-forte, elle atteint souvent et dépasse même celle de l'eau, sans jamais tomber au-dessous de 0,900.
Le bois de chêne yeuse peut être employé aux mêmes usages que celui du chêne rouvre; mais il lui est inférieur pour beaucoup d'emplois, à raison de ses faibles dimensions, en France surtout, et de la grande facilité avec laquelle il se déjette, se gerce profondément. C'est un combustible de premier ordre, dont le charbon est excellent.
Produits accessoires. — Les glands, lorsqu'ils sont doux, servent à la nourriture de l'homme; hors de France, en Algérie et en Espagne notamment, la variété Ballote est fréquemment cultivée pour cet usage, et devient presque un arbre frui-
tîer. L'écorce est de première qualité pour le tannage.
V. Chêne liège, connu aussi sous les noms de suro, sioure, surier, alcornoque.
Feuilles persistantesjusqu'àlafin deladeuxième année, quelquefois jusqu'à la troisième, à contour varié, moins cependant que chez le précédent, ovales, oblongues, fermes, coriaces, un peu luisantes en dessus, brièvement et densément velues, grises ou blanchâtres en dessous. Glands à maturation annuelle, au nombre de un ou deux sur de courts pédoncules gris, velus ; gros, à demi-enfoncés dans la cupule qui est conique, grise, densément velue, à écailles légèrement saillantes et s'allongeant, de la base au sommet, en lanières assez développées. — Arbre d'assez grande taille, donnant un liège abondant. — Commun sur le littoral de la Méditerranée en France, en Corse et en Algérie.
Taille et port. — Le chêne liège est un arbre trapu, atteignant rarement 20 mètres de hauteur totale sur 4 mètres de circonférence.
Floraison et fructification. — Il commence à donner des glands vers l'âge de 15 ans, puis il en produit chaque année jusqu'à la mort de Far-
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bre, qui n'arrive qu'à un âge très-avancé. La floraison a lieu au mois d'avril ou de mai, la maturation du commencement d'octobre à la fin de décembre de la même année. Les glands sont très-âpres, non comestibles.
Enracinement. — L'enracinement, d'abord pivotant comme il l'est à l'origine chez toutes les essences forestières, se modifie ensuite suivant les exigences locales, mais il reste toujours trèspuissant et permet au végétal de vivre sur les sols les plus rocheux.
Station et sol. — Le chêne liège est une espèce essentiellement méridionale, qui, en France, s'écarte peu des bords immédiats de la Méditerranée, où elle croît sur les coteaux et dans la région basse, jusqu'à 500 mètres d'altitude environ. Il paraît redouter les sols calcaires et préférer ceux qui résultent de la désagrégation des roches schisteuses ou feldspathiques.
Éeorce, liège et tannin. — L'écorce du chêne liège présente, comme caractère spécial, le développement considérable que prend la couche constituée par le liège : de là sa grande valeur.
C'est vers cinq ans que ce phénomène commence à se produire; lorsque l'arbre est aban-
donné à lui-même, la couche de liège ainsi formée persiste sur Tarbre, mais elle se crevasse fortement, ne présente aucune homogénéité et est impropre à tout usage important.
L'enlèvement de ce premier liège qu'on appelle dans la pratique le liège mâle , d'où le nom de démasclage donné à l'opération elle-même, est nécessaire pour obtenir des produits utiles. Portant sur une matière inerte, il est du reste plutôt utile que nuisible à l'arbre, mais il importe de respecter soigneusement ce que les ouvriers appellent la mère du liège , c'est-à-dire la portion externe du liber qui doit engendrer le nouveau liège. Le démasclage peut se pratiquer dès que les arbres mesurent 25 à 30 centimètres de circonférence; il se fait pendant l'été, à partir de la mi-juin. Les levées du liège se font ensuite tous les huit ans, quelquefois à des époques plus rapprochées, lorsque la végétation est très-active. Le démasclage ne s'élève pas à plus de 2 mètres audessus du sol. Aux levées suivantes, on l'élève progressivement jusqu'à 1 mètre au-dessus des premières grosses branches. Pour eflfectuer le démasclage ou les levées productives, après avoir pratiqué une entaille longitudinale et une ou plusieurs transversales, on bat l'écorce pour diminuer l'adhérence du liège à la mère, puis on le détache au moyen du manche taillé en biseau
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d'une cognée. On l'obtient ainsi sous forme de tronçons cylindriques nommés canons, que Ton redresse après les avoir passés au feu, ou mieux, après les avoir fait bouillir dans Teau.
Le liège de bonne qualité doit être souple, élastique, homogène, de couleur rougeâtre, ni ligneux, ni poreux. Les deux propriétés essentielles de cette matière étant une grande imperméabilité et une grande légèreté, elle sert non-seulement à confectionner des bouchons, ce qui est son principal emploi, mais aussi une foule d'autres objets qui exigent ces deux qualités, notamment des flotteurs de diverse nature.
L'écorce active, le liber, renferme beaucoup de tannin, mais aujourd'hui la consommation et par suite la valeur du liège sont devenues trop grandes pour que l'on songe à abattre et écorcer déjeunes arbres en vue d'en obtenir des produits propres au tannage.
Bois. — Le bois du chêne liège, fort analogue à celui de l'yeuse, s'en distingue cependant à ce que les accroissements annuels en sont plus nets. Il est plus pesant encore que lui. Pour l'usage, il office les mêmes inconvénients portés à un degré supérieur, aussi est-il très-peu employé. Il fournit un chauffage et un charbon de premier ordre.