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CHAPITRE V

Boup^^eona.

Délinitions. — A Textréinité des pousses des arbres, et généralement à la base (aisselle) des feuilles, on observe des corps de forme assez variable, d^où doivent sortir les pousses nouvelles et les fleurs. Ces corps sont les bourgeons.

Suivant les organes qu'ils produiront, les bourgeons sont à feuilles ou à fleurs, souvent à la fois à feuilles et à fleurs. Tous ceux qui sont destinés à fournir des fleurs sont plus renflés que les bourgeons à feuilles. Comme ils se forment en même temps que la feuille, à la base de laquelle ils sont placés, et qu'ils ne doivent se développer que Tannée d'après, il en résulte qu'une floraison et probablement une fructification abondantes peuvent être prévues une année à l'avance, ce qui peut offrir quelque intérêt parfois pour l'exécution des opérations culturales. Il en résulte aussi qu'une fainée ou une glandée ne dépend pas exclusivement de la température du printemps au moment de la floraison, mais encore de l'été qui la précède. En réalité, ce n'est pas une, mais deux années favorables qui sont nécessaires pour assurer une fructification abondante.

56 BOTANIQUE FOBESTIÈRE

Position. — Relativement à pa position, ainsi que cela résulte de ce qui a été dit plus haut pour les définir, lés bourgeons sont terminaux ou axillaires; les premiers concourent à rallongement de la tige, des branches et des rameaux ; les seconds servent à les ramifier.

Stractnre. — Chez tous les arbres indigènes dont les bourgeons doivent traverser Thiver, ceuxci sont revêtus d'organes de protection appelés écailles^ et par suite les bourgeons portent le nom âiécailleux. Sous leur abri se trouvent les feuilles encore rudimentaires, présentant des dispositions spéciales et caractéristiques connues sous le nom de préfoUaîson. Ainsi, prises isolément, elles peuvent présenter divers modes de plissement ou d'enroulement; considérées dans leur ensemble, elles peuvent se recouvrir les unes l€S autres de diverses façons.

Un bourgeon ne produit habituellement qu'une seule pousse simple par saison de végétation, de sorte que le nombre des pousses qui, disposées bout à bout, constituent une tige ou une branche, exprime Tâge de cette tige ou de cette branche. Les sapins, chez lesquels on est aidé dans la détermination du nombre dep pousses par la disposition très-régulière de la ramification, nous oflSrent un exemple facile à constater de ce fait. Toute-

fois, il peut arriver normalement ou accidentellement qu'un bourgeon se développe dans la saison où il. s'est constitué : on lui donne alors le nom de prompt-bourgeon C'est ce que Ton constate, par exemple, chez le chêne pédoncule, qui produit généralement deux pousses par an.

La grosseur, la forme, la couleur, le nombre des écailles, la disposition des bourgeons, sont très-caractéristiques. A leur aide, le praticien distingue aisément les végétaux, quand ils ont perdu feuilles, fleurs et fruits. Exemples : le frêne commun a les bourgeons opposés, pyramidaux, d'un noir velouté ; le hêtre a les bourgeons alternes, à écailles nombreuses , en fuseaux étroits, allongés, aigus 5 le chêne (rouvre ou pédoncule) a les bourgeons alternes ovoïdes, à écailles nombreuses, les derniers de chaque pousse agglomérés à la base du bourgeon terminal, etc., etc.

Mode d'èYolution. — A la différence des racines qui s'allongent seulement par leur extrémité, les pousses aériennes se développent dans toute la longueur de la portion comprise à l'intérieur des écailles du bourgeon. En général, cet accroissement est régulier, de telle sorte que les feuilles se trouvent régulièrement espacées. Il y a cependant des exceptions à cette loi.

Bourgeons adventifs. — Outre les bourgeons dont

il vient d'être parlé et dont la position est réglée sur le végétal, il peut accidentellement ,s'y former des bourgeons qui n-ont pas de situation régulière, et que Ton connaît sous le nom de bourgeons adventifs.

Bourgeons proTientifs. — Tous les bourgeons axillaires ne se développent pas en pousses nouvelles ; beaucoup d'entre eux, afifamés par leurs voisins plus robustes, qui appellent à eux et utilisent toute la sève à leur profit, ou bien privés de lumière suffisante par les organes qui les surmontent, sont frappés d'un arrêt de développement et, sans perdre vie, ne donnent lieu au dehoirs à aucune production apparente. Ces bourgeons sont appelés proventifs.

Ils peuvent cesser de l'être et se ranimer si les circonstances qui les ont paralysés viennent à cesser; si, par exemple, les arbres passent de l'état de massif à celui d'isolement, s'ils sont taillés ou exploités. Dans ces cas, les bourgeons proventifs, mieux éclairés ou plus largement nourris, produisent des branches gourmandes ou des rejets de souche.

Rejets de souche. — Les rejets de souche peuvent aussi résulter de bourgeons adventifs, dont la coupe de l'arbre provoque la formation.

Les rejets proventifs sont les plus nombreux, les plus vigoureux, les mieux assis; leur insertion sur la souche est latérale. Les rejets adventifs, plus rares, plus grêles, sont fragiles et naissent directement du bourrelet qui se produit sur la section même, entre Técorce et le bois.

Toutes les essences ne présentent pas la précieuse propriété de repousser de souches, ni le grave inconvénient de se couvrir de branches gourmandes. Sous ce rapport, les bois feuillus et les bois résineux indigènes forment le contraste le plus parfait. Les premiers, avec de nombreux bourgeons axillaires, en conservent plus ou moins à Tétat proventif et repoussent plus ou moins bien de souche ; les seconds, avec très-peu de bourgeons axillaires, n'en conservent point à Fétat proventif et ne peuvent par conséquent repousser. Les bois feuillus eux-mêmes présentent sous ce rapport de grandes différences qui tiennent, d'une part, à ce que le nombre des bourgeons qui restent à l'état proventif est très-variable entre espèces différentes, et, de l'autre, à ce que la vitalité en est très-différente. Ainsi, le hêtre a peu de bourgeons proventifs, et ils périssent assez prématurément, tandis que le chêne en a beaucoup et d'une longévité considérable. Mais la faculté qu'ont les essences forestières de repousser de souche, ne dépend en rien, comme on

Ta dit pendant longtemps, de la structure de récorce. Il est évident que les rejets provenant de bourgeons constitués sur un bourrelet de récente formation (adventifs), ou plus souvent de bourgeons préventifs, n'ont point à percer Técorce de la souche.

Le rejet de souche se constitue un enracinement spécial, s'isole de la souche qui ne tarde pas à périr. Ce fait explique fort bien la persistance des taillis simples, même lorsqu'on s'abstient d'y faire des plantations. Il montre aussi que dans les prescriptions d'exploitation des taillis, il n'y a pas à s'inquiéter des souches de la précédente coupe, qui n'existent plus ou sont devenues des corps absolument inertes.

Ce qui vient d'être dit sur l'origine des rejets de souche, montre aussi pourquoi ils sont généralement inférieurs aux brins de semence comme vigueur et comme longévité. Provenant de bourgeons restés longtemps en soufirance, ils sont atteints d'un vice originel qui les suit pendant toute leur existence.

Greffe. — A l'étude du bourgeon, on peut rattacher celle d'un mode de multiplication des végétaux qui porte le nom de greflfe. Elle consiste essentiellement dans le transport sur un végétal appelé sujets d'une portion d'un autre végétal

nommée greffe^ de telle sorte que celle-ci s*implante sur le premier, s'y soude et vive de sa vie propre.

Deux conditions sont nécessaires pour la réussite de la greffe. La première est de mettre le cambium du sujet et celui de la greffe en contact aussi étendu et aussi intime que possible ; la seconde, d'employer des végétaux d'organisation très-analogue, généralement de même espèce ou au moins de même genre. Il y a quelques anomalies cependant sous ce rapport : ainsi, le poirier réussit trèsmal sur le pommier, dont il est très-voisin, et beaucoup mieux sur le néflier et même l'aubépine, qui en sont beaucoup plus éloignés ; mais ce sont des faits rares. Il faut, dans tous les cas, que les sujet et greffe soient de même famille, et encore doit-elle être très-naturelle. Il est nécessaire, en outre, que les deux espèces que l'on veut unir par la greffe aient un mode de végétation analogue ; ainsi, on ne pourrait réussir à greffer un chêne à feuilles caduques sur un individu d'espèce à feuilles persistantes.

Le grand avantage de la greffe est d'obtenir des végétaux qui reproduisent fidèlement jusqu'aux plus infimes particularités du végétal que l'on désire multiplier, telles souvent qu'on ne les obtiendrait sûrement pas par le semis. Aussi, la greffe est-elle fort utilisée en horticulture, pour

multiplier les variétés utiles ou remarquables des arbres fruitiers ou des végétaux dWnement. Elle conserve ces variétés; mais elle ne saurait, comme on se le figure souvent à tort, les produire directement, elle n'améliore pas par elle-même. Les fruits d'un poirier greffé ne sont pas supérieurs à ceux de Tarbre qui a fourni la greffe. Ils leur sont identiques. On remploie aussi pour multiplier les végétaux étrangers importés et qui ne fructifient pas sous notre climat,

La greffe est sans application en sylviculture, puisqu'elle ne multiplie pas le nombre de pieds d'arbres, qu'elle en change seulement la nature ; d'ailleurs les arbres forestiers, étant tous indigènes, se reproduisent facilement par semis. Les motifs qui la font employer si fréquemment en horticulture n'existent pas en culture forestière.

Les modes de greffes sont très-nombreux, ils peuvent se ranger en trois catégories : la greffe par bourgeons, où l'on transporte un seul bourgeon sur le sujet; la greffe par rameaux, dans laquelle le sujet reçoit un ou plusieurs jeunes rameaux; la greffe par approche, dans laquelle l'union se fait entre rameaux encore adhérents aux pieds qui les fournissent, ou même entre deux ou plusieurs tiges. C'est la seule qui ait quelque intérêt au point de vue forestier, parce qu'elle s'exécute souvent dans les forêts sans l'interven-

tien de rhomme entre arbres très-rapprochés et à écorce peu épaisse; C'est à elle que sont dus les arbres qui, avec une base commune, semblent avoir, à partir d'une certaine hauteur, des tiges multiples. Les racines sont aussi susceptibles de se greflfer par approche. C'est ce qui explique comment des souches de sapin peuvent produire de nouvelles couches de bois, ^t souvent recouvrir plus ou moins complètement leur section d'abatage. Elles profitent par la soudure d'une de leurs racines avec celle d'un arbre voisin, de la sève élaborée par celui-ci.

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