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CHAPITRE III

PRODUITS DÉRIVAIT DE LA DESTRUCTION DES MATIÈRES ORGANIQUES PAR LE FEU.

Un grand nombre d'industries chimiques reposent sur la décomposition par la chaleur des matières végétales et animales , qui, sous cette puissante influence, donnent de nouveaux produits qui servent aux besoins de l'économie domestique et aux nécessites des arts. Tantôt ce sont les résidus solides de cette destruction qui sont utilisés, comme le charbon de bois, les potasses et les soudes, le noir animal, le Wgu de Prusse; tantôt ce sont les produits volatils ou gazeux qui forment l'objet essentiel de l'exploitation, comme l'acide pyroligneux, les sels ammoniacaux, le phosphore, les gaz de l'éclairage. Nous allons

CHIMIE Al'PLIQUÉL. W

indiquer sommairement comment on se procure ces différentes substances chimiques, moins toutefois les gaz de l'éclairage, attendu qu'il en sera question dans un autre traité.

Charbon de bois, acide p y rg ligneux , goudron. — Calciné à l'abri du contact de l'air, le bois se décompose complètement à la manière des substances neutres, c'est-à-dire qu'il donne de l'eau, de l'acide acétique, de l'huile empyreumatique et du goudron, des gaz combustibles mêlés d'acide carbonique, et il laisse un résidu de charbon dont le poids varie depuis 16 jusqu'à 28 p. 100.

On opère cette calcination du bois, nommée spécialement carbonisation, de plusieurs manières différentes, suivant l'objet principal qu'on a en vue.

Le plus ancien procédé pour obtenir le charbon de bois s'exécute dans les forêts. On forme, à portée des tas de bois abattu, et sur un terrain uni, ferme et le moins humide possible, des pyramides de bois en cônes tronqués par leur sommet (fig.29),au centre

Fig. 29.

desquelles on ménage un espace vide pour y mettre le feu. On recouvre ces bûchers d'une couche de

feuilles sèches ofc de gazon retourné, sur laquelle on applique de la terre bien battue, en ménageant au bas quelques ouvertures pour laisser un accès à l'air. Le diamètre ordinaire de ces pyramides ou meules est, à la base, de 4 à 6 mètres, et elles contiennent de 40 à 50 stères de bois. Cependant, dans certaines forêts, les meules ont de 12 à 14 mètres de diamètre, et elles renferment de 100 à 150 stères. Tout étant bien disposé, on met le feu en jetant dans l'ouverture centrale du charbon enflammé et du menu bois. Lorsque toute la masse est bien embrasée, on bouche avec du gazon l'ouverture centrale et celles du bas, afin qu'une combustion lente se constitue, et que le bois, à l'abri des courants d'air, se convertisse peu à peu en charbon sans se réduire en cendres. La carbonisation dure de 12 à 18 jours pour les meules de 150 stères. Quand elle est achevée, on laisse suffisamment refroidir la masse pour pouvoir la découvrir et retirer le charbon.

Le charbon bien cuit est dur, compacte, sonore et à cassure luisante. Lorsqu'il est trop cuit, il est tendre, friable, nullement sonore, et absorbe facilement l'humidité. Enfin le charbon qui n'est pas assez cuit, ou fwmeron, a une couleur terne, casse difficilement et brûle avec une flamme blanche en répandant de la fumée.

Théoriquement, on devrait obtenir 38 à 40 p. 100 de charbon. Mais, dans la pratique, on ne peut réunir toutes les conditions favorables, en sorte qu'une grande partie du carbone est brûlée par l'air ; aussi, par le procédé des forêts, n'obtient-on généralement que 18 p. 100 de charbon vendable. On y a apporté quelques améliorations, qui ont surtout pour effet d'empêcher les courants d'air, ce qui permet de réaliser de 23 à 24 p. 100 d'excellent charbon. On en

obtient encore davantage, 27 p. 100, en opérant la carbonisation en vase clos, suivant la méthode de Lcbon. Cette méthode a encore ceci d'avantageux qu'elle permet de recueillir l'acide et le goudron produits dans cette distillation sèche. On opère ainsi qu'il suit, au moyen de l'appareil perfectionné par Kestner, de Thann (fig. 30).

Fig. 30.

Le bois, débité en petites bûchettes, est chargé dans un cylindre en fonte a, d'une capacité de 3 mètres cubes environ ; on l'y introduit par une ouverture b pratiquée dans le couvercle du cylindre. Celui-ci est placé dans un fourneau à grille c, que l'on charge par la porte d. La flamme du combustible s'élève, en circulant tout autour du cylindre a, dans les carneaux ee, et entre enfin dans une cheminée d'appel. Les produits de la distillation se rendent par le tuyau en tôle /dans l'appareil de condensalion qui se compose de 4 tuyaux horizontaux placés les uns au-dessus des au très, réunis par des coudes ggg,

et enveloppés de manchons en tôle mi, dans lesquels circule continuellement un courant d'eau. Cet appareil est soutenu par une charpente en bois hh. L'eau froide arrive d'un réservoir k et se rend par le tube / et m dans le manchon inférieur, puis passe successivement dans les autres manchons par les tubes verticaux ooo, et s'échappe enfin bouillante par le tubé recourbé p. Les produits condensés de la distillation tombent par le conduit q dans le premier réservoir r, tandis que les gaz inflammables se rendent par le conduit s 9 muni d'une valve régulatrice, sous le cylindre a; de sorte qu'il n'est besoin de charger du combustible sur la grille qu'au commencement dé l'opération, la chaleur produite par la combustion des gaz étant ensuite suffisante pour achever la distillation. On laisse refroidir le charbon de bois pendant 5 à 6 heures, et on le retire ensuite par une porte pratiquée au bas du cylindre a.

Chaque stère de bois de sapin donne environ220 kil. de charbon et 5 hectolitres d'une eau acide et colorée très-chargée de goudron et marquant 5°. Cette eau acide renferme du vinaigre, ou acide acétique, qu'on appelle acide pyroligneux. Les 5 hectolitres d'acide brut, purifiés par plusieurs distillations successives, donnent 40 kil. de goudron et 375 litres d'acide pyroligneux propre à être livré au commerce et contenant 7 p. 100 d'acide acétique anhydre. Il remplace le vinaigre dans tous ses emplois industriels. Convenablement dépouillé d'huile empyreumatique et amené à l'état d'un liquide incolore, il est vendu sous le nom de vinaigre de bois ou de Mollerat. On l'étend d'eau et on l'aromatise avec de l'estragon pour l'usage alimentaire.

Le goudron du commerce, qui est si employé pour enduire les cordages , les voiles et les bois des

navires, n'est pas seulement fourni par les fabriques d'acide pyroligrteux ; il est surtout obtenu par la eombustiôn lente, dans des fours grossiers en terre, des pins épuisés de térébenthine, qu'on abat et qu'oïl fend en éclats. Il en résulte un produit demi-liquide, d'un gris noirâtre, d'unfe odeur forte et désagréable, qui coule au bas du fourneau, et de là dans des réservoirs extérieurs. Ce prôduit consiste en résine trèschargée d'huile empyreumatique , de charbon et d'acide pyroligneux. Les goudrons de Suéde, de Norwége et de Russie sont les plus estimés; mais celui qu'on prépare dans les landes de Bordeaux est tout aussi bon, .

Potasses et soudes. — C'est encore par la décomposition du bois, ou des plantes herbacées, qu'on sfe procure les substances minérales désignées, dans les arts, sous les noms de potasses ej; de soudes. Mais ici, au lieu de chauffer le bois en rases clos, on le brûle à l'air libre ou on Yincinère.

La cendre qu'on obtient se compose de toutes les substances minérales , fixes et indécomposables , que les végétaux avaient empruntées à la terre. Seulement elle renferme des sels différents suivant la composition des terrains où les plantes se sont développées. Ainsi, les plantes marines donnent des cendres plus ou moins riches en sels de soude, tandis que les plantes qui croissent dans l'intérieur des terres fournissent des cendres qui ne renferment guère que des sels de potasse.

En tout cas, dans ces deux espèces de cendres, il y a des substances solubles dans l'eau, et des substances insolubles. Lorsqu'on traite ces cendres par l'eau, on dissout les premières et on obtient ee qu'on appelle vulgairement des lessives. Le résidu, nommé charrce, se compose de sels de chaux et

de magnésie, de sable, d'argile, d'oxyde de fer et de charbon.

Les lessives ont une saveur âcre , une causticité plus ou moins forte ; elles font effervescence avec les acides, qu'elles neutralisent complètement; elles dissolvent très -bien les principes colorants, les substances grasses, et voilà pourquoi depuis si longtemps, dans les ménages, on les fait servir au nettoie* ment du linge» Lorsqu'on les fait évaporer jusqu'à siccité^ elles fournissent une matière alcaline d'apparence saline. C'est ce résidu qu'on connaît, dans les arts, sous le nom de potasse, quand il provient des cendres de végétaux terrestres, et sous celui de soude, quand il provient des cendres de plantes marines* Ces matières alcalines consistent essentiel* lement, la première en carbonate de potasse, la seconde en carbonate de soude, rendus impurs par une proportion variable de sels étrangers, tels que sulfate de potasse ou de soude, chlorure de potassium ou de sodium, silice, alumine, oxydes de fer et de manganèse.

Il y a, dans le commerce* un grand nombre d'espèces de potasses et de soudes, qu'on distingue entre elles par les noms des pays où elles sont fabriquées. Ainsi, on dit: potasses d' Amérique, de Russie, de Pologne, de Toscane, des Vosges, etc; soudes dUAlicante, dé Carthagène^ de Narbonne, etc* On appelle cendres gravelées la potasse obtenue par l'incinération des lies de vin, soude de varech la soude provenant de l'incinération des varechs ou fucus, natron un carbonate de soude naturel ramassé au fond des lacs desséchés de l'Égypte, de la Barbarie, etc.

Les potasses et les soudes du commerce se reconnaissent à leur saveur âcre et urineuse, à leur grande

solubilité dans l'eau, à leur action verdissante sur le sirop de violettes, et à la vive effervescence qu'elles font avec les acides. On les distingue les unes des autres par les caractères suivants :

Les potasses s'humectent promptement au contact de l'air, et ne tardent pas à se liquéfier complètement. Les soudes, au contraire, se dessèchent. La solution concentrée des premières ne donne pas de cristaux, tandis que celle des secondes fournit très-facilement de gros cristaux dont la forme rappelle, à peu près, celle d'une navette de tisserand.

Lorsqu'on emploie les carbonates de potasse et de soude à déterger et blanchir les tissus, ou à la fabrication des savons , on leur fait subir préliminairement une opération qui porte le nom de caustification. Elle a pour objet de mettre à nu les alcalis qui les composent, en leur enlevant l'acide carbonique qui masque en grande partie leur action sur les matières colorantes et les substances grasses. Ou arrive à ce résultat en faisant bouillir ou en mettant en contact à froid, pendant un temps convenable, les dissolutions des potasses et des soudes du commerce avec une suffisante quantité de chaux vive. Celle-ci s'empare de l'acide carbonique, passe à l'état de carbonate de chaux, qui se dépose en raison de son insolubilité , et laisse dans la liqueur la potasse et la soude à l'état d'oxydes purs. C'est à ces liqueurs qu'on donne le nom de lessives caustiques, de lessives des savonniers. On les concentre ordinairement jusqu'à ce qu'elles marquent 36° à l'aréomètre. Veau seconde des peintres est une lessive caustique faible, marquant de 10 à 15°, qui sert à enlever les peintures à l'huile sur les murs, les bois, etc.

Produits de lacalcination des matières animales. — Les os des animaux calcinés au rouge, en vases

clos, fournissent du charbon animal , dit noir d'os ou noir animal, agent décolorant par excellence. Calcinés à l'air libre, ils laissent un résidu blanc et d'apparence terreuse, nommé improprement terre des os, qui est essentiellement formé de phosphate de chaux et qu'on applique à l'obtention du phosphore. Les autres matières animales de peu de valeur, telles que le saqg, la chair de cheval desséchée, les cornes, les sabots des animaux, les chiffons de laine et de soie, les crins, les bourres, les vieux cuirs, etc., sont utilisées à la préparation du sel ammoniac et du prussiate de potasse. Parlons successivement de ces quatre produits si importants.

1° Charbon animal, noir d'os. — Les os ramassés dans les grandes villes et les campagnes donnent le noir animal ordinaire; les os des pieds de mouton bien netloyés, les rognures d'ivoire des tabletiers servent à faire ce qu'on appelle spécialement le noir d'ivoire.

Dans tous les cas , le procédé de carbonisation est le même. On remplit de ces matières premières des marmites en fonte (fig. 51) d'une capacité de 25 kil.

Fig. 31.

environ, qu'on empile les unes sur les autres, dans la chambre d'un four à potier, dont la figure 52 repré-

sente une coupe horizontale, et un plan. Le foyer A, qui sert à chauffer cet appareil, se trouve de niveau

Fig. 32.

avec le sol du four; un mur B, en briques réfractaires, sépare le foyer de la chambre D où sont entassées les marmites ; dans le mur sont percées 4 ouvertures cccc qui distribuent uniformément la flamme dans la chambre D. La porte E sert au service du four. FF sont 5 ouvertures situées à la partie inférieure du fond de la chambre et destinées à l'évacuation des gaz dans la cheminée G. Ordinairement on a deux fours continus ayant une cheminée commune; pendant que l'un deux est en marche, l'autre se refroidit ; puis on le vide pour le charger d'os frais. On chauffe au rouge jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus de produits volatils. Après 56 heures de feu, on extrait le charbon des marmites pour le renfermer dans des étouffoirs.

Il suffit alors de le réduire en poudre très-ténue après son refroidissement. La pulvérisation s'effectue sous des meules. On broie à sec pour le noir qui sert au raffinage des sucres, et on le tamise plus ou moins fin avant de le livrer au commerce. On broie à l'eau pour le noir d'os ou d'ivoire qui doit être employé comme matière colorante, afin d'obtenir une plus grande ténuité. Un seul broyage suffit pour les emplois grossiers de ce noir, tels, par exemple, que la fabri-

cation du cirage, qui en consomme d'énormes quantités. Mais, pour la peinture, on le soumet à plusieurs broyages successifs , dont le nombre augmente en raison de la finesse qu'on veut lui donner.

Le charbon animal renferme jusqu'à 90 pour 1(10 de matières inorganiques, salines ou autres, et 10 pour 100 seulement de carbone. II est donc bien différent, sous ce rapport, du charbon de bois, qui ne contient que 1 à 2 pour 100 de cendres.

2° Phosphore. — Le principal emploi du phosphore, avons-nous dit déjà dans la Chimie générale, est de servir à la fabrication des allumettes chimiques. Cette humble industrie consomme de trèsgrandes quantités de ce corps simple, aussi son extraction est-elle devenue très-active depuis une dizaine d'années* Voicr comment on y procède.

Après avoir calciné les os à l'air libre, on les réduit en poudre fine; on en fait une bouillie très-claire avec de l'eau, dans laquelle on verse peu à peu i en agitant constamment, 75 pour 100 d'acide «ulfurique à 66°. Celui-ci s'empare d une grande partiede lachaux du solis-phosphate, et le convertit en phosphate acide de chaux très-soluWe. Au bout de 24 heures de contact, on lessive la masse avec de l'eau chaude, on filtre sur une toile qui retient le sulfate de chaux, et on concentre, en consistance de miel, la liqueur claire qui renferme le phosphate acide.

On ajoute alors à ce sel le quart de son poids de charbon de bois réduit en poudre fine, on dessèche bien le mélange, puis on le calcine fortement dans des cornues en grès enveloppées d'une couche mince de terre et de crottin de cheval. On emploie ordinairement, pour chauffer les cornues, un fourneau à alcvndier A (fig. 35), construit en briques, alimenté avec du bois ou de la houille, et dans lequel on place

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4 cornues * de chaque côté ; au col de chacune d'elles on ajuste une petite allonge en cuivre c qui le relie avec la douille en col de cygne d d'un seau en cuivre e

Fig.

qui sert de récipient. Ce seau porte, sur le côté opposé de la douille, une ouverture o pour donner issue aux gaz, et à laquelle on adapte un tube en verre recourbé t, et dans le haut une autre ouverture m assez large pour y passer le bras ; on la maintient bouchée pendant le cours de l'opération. On remplit à moitié chaque récipient avec de l'eau chaude, sans quoi les premières vapeurs de phosphore qui passeraient à la distillation se condenseraient sous la "forme de poudre. On porte lentement les cornues au rougeblanc ; ce n'est qu'à cette température que le phosphore commence à paraître et vient se condenser dans le récipient. Sa mise en liberté est précédée et accompagnée de plusieurs gaz, qui, vers la fin, s'emlirasent spontanément dès qu'ils arrivent au contact de l'air. L'opération est terminée lorsque tout dégagement cesse; elle dure ordinairement de 15 à 20 heures. On ne retire habituellement que 1 kil. de phosphore brut de 9 kil. d'os calcinés.

La théorie de cette opération est fort simple, quand on la dégage de tous les faits accessoires, et qu'on suppose les matières employées dans leur plus grand

état de pureté. Après la réaction, on trouve dans la cornue du phosphate neutre de chaux, dans le récipient du phosphore, et, pendant le cours de l'opération, il sort de l'appareil, par le tube en verre, du gaz oxyde de carbone. Il est facile de voir que le charbon, en réagissant sur l'excès d'acide du phosphate, lui enlève son oxygène, se change en oxyde de carbone, et met ainsi le phosphore en liberté. Mais comme il y a toujours de l'eau dans le mélange, bien qu'on l'ait desséché, il arrive qu'à une certaine température ce liquide est décomposé par le charbon , puis par le phosphore , et qu'il se produit ainsi des gaz oxyde de carbone, hydrogène carboné et hydrogène phosphoré. C'est ce dernier gaz qui prend feu dans l'air, et dont la combustion sert de guide à l'opérateur.

Le phosphore qu'on trouve dans les récipients est en masses plus ou moins volumineuses, opaques, colorées en rouge ou en brun, et peu fusibles. On le purifie, en le faisant fondre sous l'eau chaude, dans un sac de peau de chamois, à travers lequel on le force à passer à l'aide d'une pression convenable. Il devient, dès lors, transparent et sans couleur. On le moule en cylindres en l'aspirant, tandis qu'il est en fusion sous l'eau, par l'extrémité la plus large d'un tube de verre un peu conique. On ferme alors inférieurement le tube avec le doigt, et on le plonge dans l'eau froide pour solidifier le phosphore, qu'on fait aisément sortir du tube et qu'on renferme immédiatement sous de l'eau distillée dans des flacons en grès. Le moulage du phosphore est une opération fort dangereuse. Toutes les fois, d'ailleurs, qu'on manie ce corps si combustible, il y a nécessité d'éviter le moindre frottement et de le plonger sans cesse dans de l'eau pour éviter qu'il ne s'enflamme.

5° Sel ammoniac. — Ce sel, qui est du chlorhydrate d ammoniaque, qu'on emploie journellement dans rétamage,, et pour précipiter le platine de ses dissolutions, venait autrefois d'Égypte 5 là., on l'extrait, par sublimation dans des matras en verre, de la suie résultant de la combustion des excréments desséchés des chameaux, des bœufs et en général de tous les animaux qui mangent des plantes salées*

Aujourd'hui le sel ammoniac est préparé en Europe, sans exception, avec des produits provenant de trois sources distinctes : 1° avec les urines putréfiées des vidanges des villes ; 2° avec les eaux de condensation des usines à gaz d'éclairage, connues sous le nom d'eaux ammoniacales ; 5° avec les produits volatils condensés de la distillation sèche des matières animales. Cette distillation s'effectue dans des cylindres de fonte, nommés cornues^ placés dans un fourneau dont la figure 34 représente une coupe verticale.

a } cornue de distillation; b, foyer qu'une voûte empêche de rayonner directement sur la cornue ; d, e, carneaux dans lesquels s'engage la fumée avant de

sortir par la cheminée/; g, tubulure qui s'emmanche sur l'extrémité de la cornue. Elle conduit les produits de la distillation dans le cylindre h, où les vapeurs les plus condensables se liquéfient; de ce cylindre les produits gazeux se rendent dans des tuyaux condenseurs entourés d'eau froide.

Quelle que soit la matière animale distillée, les produits liquides que Ton obtient sont à peu près les mêmes ; ils consistent en huiles empyreumatiques à odeur repoussante, que Ton recueille à part, sous le nom à 1 huile animale de Dippel, et en un liquide composé, pour la plus grande partie, de carbonate d'ammoniaque en dissolution avec une certaine proportion d'huile.

C'est cette liqueur ammoniacale, marquant environ 8 à 9°, qui sert à préparer le sel ammoniac, en concurrence avec l'urine et avec les eaux de condensation des usines à gaz. On sature directement cette liqueur avec de l'acide chlorhydrique, puis on évapore la dissolution de chlorhydrate jusqu'à 22°, point où la liqueur cristallise ; cette évaporation se fait dans des chaudières en plomb. Lorsque les liqueurs ammoniacales sont très-étendues, comme le sont en général les eaux de condensation du gaz, et surtout les urines, on préfère, pour économiser les frais de combustible, de les chauffer, en vases clos, sur de la chaux et de ne saturer par l'acide que le produit de la distillation.

Pour avoir le sel ammoniac blanc, pur, et sous la forme de pains hémisphériques, ainsi que le réclame le commerce, on l'introduit dans des matras ou pots pyriformes en grès, recouverts de lut argileux et qu'on place sur les deux côtés d'un long fourneau de galère, dont la fig. 35 représente la vue de face A et la coupe horizontale G E. Les potsrfd reposent sur une

w<i *o j*r*servede l'action trop directe du feu : . r , > rjbnjl qui conduit les produits de la coms.^j»At ^ des chaudières d'évaporation ; des ou- «*hu^ ^muetlent à la flamme de traverser cette

Fig. 35.

vivVt *îe venir lécher la surface extérieure des pr*N iU partie supérieure de ceux-ci, où doit v>mï^Kt le sel ammoniac sublimé dans le bas, est n*.*pr*w Je la flamme par une plaque en fonte ee .n»vvv dfwrtfiees dans chacun desquels passe le gouu 4 tut iw*ra$. C'est sur cette plaque qu'on met une vs»N*Kf 4v cendre, qui a pour but de préserver les w„y Ju ici immédiat de l'air froid. On chauffe .^vNNiWtfieut et régulièrement, et lorsque l'hu- ..^iu Ju *v k la élé expulsée, on recouvre chaque pot i ua vue renversé; le sel ammoniac se réduit a vivais celles-ci se condensent à la partie supévvua c \vul\ la Forme d'une poudre fine qui s'agglomère s\ \aiuctto) WK parois des vases. Lorsqu'on reconnaît ^ l a couvho de sel est assez épaisse, on cesse le ou culèvo les cendres qui entourent les pots, aprea quelques heures de repos, on ôte les pots ou le* bme pour détacher les pains de sel sublimé, v iM.ii* ont environ 33 cent, de diamètre, et 9 à 10 ccu;. d o^MLvwur uu centre. Ils pèsent de 9 à 11 kil. lu\ vont parfaitement blancs.

\* Vê UMi<*tv <k potasse, bleu de Prusse. — Le

charbon très-azoté qui reste dans les cylindres de l'appareil précédent, après la distillation des matières animales, sert exclusivement aujourd'hui à la fabrication du prussiate de potasse. Les sabots et rognures de cornes en fournissent 12 à 13 p. 100; le sang desséché, 10 p. 100.

Ce charbon est finement pulvérisé et mélangé trèsintimement avec de la potasse perlasse de bonne qualité, aussi exempte que possible de sulfate, dans les proportions de 1 1/2 à 2 parties de charbon pour 1 de potasse. On chauffe ensuite le mélange dans une cornue en fonte jusqu'à ce qu'il arrive à l'état de fusion pâteuse, où on le maintient. La cornue a (fig. 36) a 32 centim. d'épaisseur; elle a la forme

Fig. 36.

d'une poire ; elle est placée au centre d'un four à réverbère, un peu inclinée en arrière et soutenue à sa partie postérieure par un tourillon b. Le col c est soutenu par deux appendices ee, et se ferme au moyen d'un tampon placé en i. Au-devant de cette ouverture se trouve une plaque d en fonte. Le foyer, dont la grille est en g y se ferme en /par une porte. z représente le cendrier, o la cheminée, et h la voûte. On chauffe peu à peu au rouge, on bouche alors le col de la cornue avec le tampon i. On remue, de quart d'heure en quart d'heure, la masse rouge avec un ringard de fer, et quand il ne se produit plus de gaz combustible, que la flamme a disparu, l'opération

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est terminée. Elle dure moyennement 8 heures. On enlève la matière et on la porte dans des chaudières en fer, où on la fait bouillir avec de l'eau. Pendant ce temps on recharge la cornue pour une autre calci nation, et ainsi de suite, sans désemparer, jusqu'à ce qu'il faille renouveler la cornue, qui se troue assez rapidement.

La matière calcinée étant épuisée par l'eau bouillante à plusieurs reprises, on évapore toutes les liqueurs claires dans des chaudières en tôle, et on les verse ensuite dans des cristallisoirs en bois. Il se dépose dans ceux-ci de beaux cristaux tabulaires d'un jaune citron, transparents, qu'on purifie par une ou doux cristallisations subséquentes avant de les livrer au'commerce. Les eaux mères sont évaporées à siccité, et l'on fait rentrer le résidu alcalin, comme potasse, dans une autre calcination.

Le pmssiate ferrugineux de potasse, résultat principal de l'opération précédente, est un double cyanure de fer et de potassium. Voici comment il se produit. Toutes les fois qu'on calcine une matière azotée ou du charbon azoté avec de la potasse et du fer, ou dans un vase de fer, le charbon s'unit à de l'azote, dans les rapports de 2 à 1, pour constituer wmzoture de carbone, composé gazeux fonctionnant à la manière d'un corps simple, et susceptible de s'unir aux métaux, Ce radical composé a reçu le nom de cyanogène, qui veut dire générateur du bleu, parce que c'est lui qui sert à former le bleu de Prusse. Or, une fois qu'il est formé dans le mélange précédent, il trouve du fer et du potassium (provenant de la potasse réduite par le charbon), il s'y corn* bine et produit alors un double cyanure de fer et de potassium, qui se dissout dans l'eau avec laquelle on lessive le résidu de la calcination*

C'est avec ce sel qu'on teint tous les tissus en beaux bleus., dits bleus prussiates, bleus de France, et qu'on fait sur les indiennes ces beaux bleus si vifs nommés bleus-vapeur; c'est avec lui qu'on prépare le bleu de Prusse, l'une des couleurs minérales les plus jolies et les plus utiles. Il suffit, pour cela, de verser sa dissolution dans une solution mixte de cou* peroseet d'alun ; il se fait un précipité d'un bleu clair, qu'on lave à plusieurs reprises avec de l'eau pure, jusqu'à ce qu'il ait acquis une belle couleur bleue, On Tégoutte ensuite sur des toiles, on le comprime modérément, et on le divise en petits pains qu'on laisse sécher à l'ombre.

Le bleu de Prusse est un double cyanure de fer contenant de l'alumine en mélange. Cette alumine a pour unique fonction de servir de véhicule à la matière colorante et d'augmenter son poids. Les bleus fins n'en contiennent que très-peu; il en est même quelques-uns qui n'en renferment pas, On ne distingue pas moins de 14 ou 15 qualités de bleu de Prusse dans le commerce; les principales sont : le bleu de Berlin, le bleu de Prusse de Paris, le bleu foncé, le bleu foncé ordinaire ,Le bleu minéral est du bleu de Prusse, d'une nuance claire, additionné d'oxyde de zinc ou de carbonate de magnésie. On livre souvent le bleu de Prusse en pâte, c'est-à dire non desséché, aux fabricants de papiers peints.

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