EMPOISONNEMENTS PAR LE PLOMB
dans la respiration, et une paralysie plus ou moins générale.
L'intoxication lente est malheureusement assez commune parce que Ton se sert quelquefois de réservoirs et d'ustensiles, contenant du plomb, pour renfermer des liquides alcooliques, des conserves alimentaires; parce que le sulfure de plomb (alquifoux) entre dans le vernis de divers vases destinés à faire cuire les aliments, et que l'oxyde de plomb fait la base de cer* tains cosmétiques.
Les plombiers, les potiers, les peintres en bâtiments, les oavriers des fabriques de minium et de céruse sont souvent atteints d'affections saturnines.
On a trouvé dernièrement du plomb dans le pain de certains boulangers de Paris qui avait été signalé comme de mauvaise nature. Ce fait tenait à ce que Ton avait employé des bois de démolition pour chauffer le four, et le plomb provenait des peintures au blanc de plomb déposées sur ces bois.
On trouve quelquefois du plomb dans le vinaigre à cause des vases dans lesquels on le conserve. On en a rencontré aussi dans le vin parce qu'on employait de la litharge pour diminuer son acidité. On a signalé sa présence dans certaines eaux qui avaient séjourné longtemps dans des tuyaux en plomb, dans les eaux qui proviennent des appareils distillatoires à bord des navires. On reconnaîtrait la présence du plomb en évaporant 2 ou 3 litres d'eau, reprenant le résidu par quelques gouttes d'acide nitrique, et en évaporant tout à fait à sec pour chasser l'acide. On reprend alors par l'eau et on essaie la liqueur.
Le plomb est absorbé peu à peu par les voies digestives ou respiratoires, et même parla peau; et, comme son élimination est très faible, au bout de quelque temps il s'est accumulé en proportions assez notables pour amener l'intoxication. Celle-ci se déclare quelquefois avec rapidité, mais d'ordinaire elle n'apparaît qu'après plusieurs semaines, plusieurs mois même. Le visage devient jaune pâle, les forces diminuent, le corps s'amaigrit, les gencives se bordent d'un liséré bleuâtre de sulfure de plomb, l'haleine devient fétide, la sensation s'affaiblit dans les bras. A ces symptômes se joignent peu à peu une constipation opiniâtre, et des coliques, appelées coliques de plomb, caractérisées par une douleur, souvent très vive à l'ombilic, qui s'atténue par la pression. Puis viennent des accidents nerveux, syncopes, délire, accès épileptiformes, paralysie partielle affectant surtout les muscles du bras et de la main. Ces accès cessent, reprennent après des intervalles qui sont quelquefois éloi-
gnés de plusieurs mois, et enfin une paralysie ou une apoplexie amène la mort.
Les lésions sont peu accusées. Pour reconnaître ce poison on détruit la matière organique dans une capsule de porcelaine par de Tacide azotique, on reprend le résidu par de Teau acidulée avec l'acide azotique, on filtre, on lave le filtre, et on évapore la liqueur à sec pour chasser l'acide azotique. Le résidu est repris
ar Teau, et le liquide est traité par les réactifs des sels de plomb.
Les empoisonnements aigus par les sels de plomb sont rares.
Dans ce cas le mieux serait d'administrer du sulfate de soude ou de magnésie qui précipiterait le plomb à Tétat insoluble. M. Bouchardat a conseillé le persulfure de fer hydraté; c'est un bon antidote, mais, comme il est insoluble, il ne pénètre pas dans les petits vaisseaux comme les sels précédents.
M. Mitscherlich recommande à juste titre Teau albumineuse, qui coagule les composés du plomb. Ces antidotes chimiques n'ont pas dans les empoisonnements lents l'efficacité qu'ils ont dans l'intoxication aiguë, parce que le poison a pénétré à la longue dans les parties les plus diverses du corps et les plus éloignées du tube digestif en y formant des combinaisons avec l'albumine, et que l'antidote ne peut aller l'y chercher ou détruire ces combinaisons.
Nous avons fait connaître la méthode donnée par M. Melsens pour le traitement des empoisonnements lents par le plomb (156).
Le cuivre a sa place naturelle dans la série magnésienne (122), et nous aurions dû l'étudier après le fer; ce qui aurait pu se faire si nous n'avions pas craint de déroger à l'habitude générale en plaçant le bismuth près de l'antimoine, l'étain près du Bilicium, et le plomb près du calcium.
210. Action des sels de cuivre sur réconomie. — Les sels de cuivre sont très vénéneux; aussi ne les emploie-t-on à l'intérieur que dans quelques cas très rares. Ils sont vomitifs et irritants.
Le cuivre métallique, Tammoniure de cuivre, ont été préconisés contre Tépilepsie. A l'extérieur, ils sont usités comme astringents oli même comme caustiques.