CHIMIE BIOLOGIQUE
334. M. Dumas^ dans une remarquable leçon faite à ^la faculté de médecine de Paris^ au nom de M. Boussingault et au sien, sur la statique chimique des êtres organisés, a dit :
a C'est dans le règne végétal que réside le grand laboratoire de la vie organique ; c'est là que les matières végétales et animales se forment, et elles s'y forment aux dépens de l'air ; des végétaux, ces matières passent toutes formées dans les animaux herbivores qui en détruisent une partie et qui accumulent le reste dans leurs tissus ; des animaux herbivores, elles passent toutes formées dans les animaux carnivores, qui en détruisent ou en conservent selon leurs besoins ; enfîn^ pendant la vie de ces animaux ou après leur mort, ces matières organiques, à mesure qu'elles se détruisent, retournent à l'atmosphère d'où elles proviennent. Ainsi se ferme ce cercle mystérieux de la vie organique à la surface du globe. L'air contient ou engendre des produits oxydés, acide carbonique, eau, acide azotique, oxyde d'ammonium. Les plantes, véritables appareils réducteurs, s'emparent de leurs radicaux, carbone, hydrogène, azote. Avec ces radicaux elles façonnent toutes les matières organiques ou organisables qu'elles cèdent aux animaux. Ceux-ci, à leur tour, véritables appareils de combustion, reproduisent à leur aide l'acide carbonique, l'eau, Toxyde d'ammonium, et l'acide azotique, qui retournent à l'air pour reproduire de nouveau et dans l'immensité des siècles les mêmes phénomènes.
« Et si Ton ajoute à ce tableau, déjà si frappant par sa simplicité et sa grandeur, le rôle incontesté de la lumière solaire, qui seule a le pouvoir de mettre en mouvement cet immense appareil, cet appareil inimité jusqu'ici, que le règne végétal constitue, et ou vient s'accomplir la réduction des produits oxydés de l'air, on sera frappé du sens de ces paroles de Lavoisier : « L'organisation, le sentiment, le mouvement spontané, la a vie, n'existent qu'à la surface de la terre et dans les lieux <c exposés à la lumière. On dirait que la fable du flambeau de a Prométhée était l'expression d'une vérité philosophique qui
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» n'avait point échappé aux anciens. Sans la lumière la nature « était sans vie, elle était morte et inanimée : un Dieu bienfai- * « sant, en apportant la lumière^ a répandu sur la surface de la « terre l'organisation, le sentiment et la pensée. »
« Ces paroles sont aussi vraies qu'elles sont belles. Si le sentiment et la pensée, si les plus nobles facultés de Tâme et de l'intelligence ont besoin^ pour se manifester^ d'une enveloppe matérielle, ce sont les plantes qui sont chargées d'en ourdir la trame avec les éléments qu'elles empruntent à l'air, et sous l'influence de la lumière que le soleil^ où en est la source inépuisable, verse constamment et par torrents à la surface du globe. L'atmosphère constitue donc le chaînon mystérieux qui lie le règne végétal au règne animal. »
Nous avons tenu à placer au début de la chimie [biologique, dont il nous reste à parler^ les grandes idées et les belles paroles de M. Dumas, parce qu'elles résument tous les (phénomènes que nous avons à étudier.
L'air est indispensable à tous les êtres organisés, végétaux et animaux. Homberg avait annoncé au dix-huitième siècle que la graine germe dans le vide. Théodore de Saussure^ W. Edwards, Gollin ont démenti cette assertion, et démontré que la graine consomme de l'oxygène, absorbe une petite quantité d'azote et dégage de l'acide carbonique. Réaumur a montré que l'embryon ne se développe jamais dans l'œuf lorsqu'on l'a séquestré du contact de l'air par un vernis imperméable^ et Yiborg, Schwann, etc., ont établi que le germe périt dans l'œuf plongé dans un gaz ne contenant pas d'oxygène. Enfin, il est parfaitement constaté que le fœtus puise l'oxygène dans le sang de sa mère.
Ainsi, le végétal et l'animal se comportent au début de leur existence d'une façon identique. Suivons>les maintenant dans la nouvelle période de leur existence , qui se passe au milieu de l'air ou de l'eau aérée.
335. Au moment où la tigelle du végétal sort de la terre, les phénomènes vitaux éprouvent une modification profonde.
Le végétal décompose l'acide carbonique , l'eau et certains composés azotés , et s'accroît en fixant du carbone , de l'hydrogène, de l'azote et une certaine [quantité d'oxygène, et il restitue à l'air la majeure partie de l'oxygène qui entrait dans l'acide carbonique, dans l'eau et dans lés composés azotés.
Prouvons qu'il en est ainsi. Bonnet a observé dans le siècle dernier que des feuilles exposées au soleil dans de l'eau aérée