XI
moi je l'aime et ne la crains point. J'entends cependant cette critique sage, juste, éclairée, toujours guidée par la bonne foi , n'ayant en vue que les progrès des sciences, et non celle qui , ne respirant que la haine ou le désir de nuire, n'est, à proprement parler , qu'une diatribe virulente. Tous les gens éclairés savent fort bien les distinguer; c'est aussi ce qui a fait dire à cet éloquent professeur dont la jeunesse studieuse de la capitale court recueillir les brillantes leçons C1) : « Souvent la critique attaque l'homme de talent, et vante le mauvais écrivain ; souvent par ses censures , ou par ses éloges, elle trompe le goût public; mais une vérité consolante qu'il faut rappeler avant tout, c'est la puissance d'un bon livre, puissance à laquelle on ne peut comparer qu'une seule chose, l'incurable faiblesse d'un mauvais livre, puisqu'il est également impossible d'anéantir l'un ni de faire durer l'autre. » Ce serait une étrange erreur que de croire qu'un livre, quelque bon qu'il puisse être, obtienne l'approbation de tout le monde :
Quot ho mines, tôt sententiœ (•).
Mais si l'homme qui dirige ses travaux vers ce qui peut contribuer aux progrès des sciences, ou bien qui cherche à en applanir les difficultés à ceux qui se livrent à leur étude, a quelques droits à l'indulgence, je crois pouvoir la réclamer.
(0 M. Villemain , Discours sur la critique. V) Tcrcnce, Phormio.