‹ Manuel de chimie médicaleChapitre 50 sur 56 · SECTION PREMIERE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIERE

Des corps gras.

M. Chevreul est de tous les chimistes celui qui a le plus contribué à la connaissance de la nature des corps gras ; c'est lui qui a reconnu le premier que les graisses étaient composées de plusieurs principes immédiats, dont les proportions diverses constituaient les variétés de ces substances. Nous allonjs examiner successivement ces corps.

(575 ) Stéarine.

Découverte par M. Chevreul. Unie à l'élaïne, elle forme la graisse de l'homme , du bœuf, du mouton , du cochon , de l'oie , etc. Elle est incolore, insipide, peu odorante, sans action sur la teinture de tournesol , fluide au-dessus de 38° cent, et susceptible de cristalliser en aiguilles : ioo parties d'alcool bouillant en dissolvent 21, 5 d'humaine , i8,25 de celle de cochon, 36 de celle d'oie , 16,07 de mouton et 1 4,4^ de bœuf. Il est aisé de voir, par cette différence de solubilité , que ce principe varie suivant les corps d'où on l'extrait. Si on la chauffe avec la potasse, il se produit un savon composé de margarate de potasse , d'un peu d'oléate, et un principe doux.

Préparation. On traite la graisse, à plusieurs reprises, par l'alcool absolu et bouillant; la portion qui s'en dépose est la stéarine : on n'a besoin , pour la purifier , que de la redissoudre dans l'alcool. Le degré de solubilité de la stéarine dans l'alcool varie; quant à leur saponification, elles offrent peu de différence; celle de l'homme donne 94,5; du cochon, 94,65; du mouton, 94,6 ; d'oie, 94,4 > et de bœuf, 95,1.

La stéarine est regardée par Braconnot comme le suif absolu des graisses.

E laine.

Découverte par, M. Chevreul. C'est la substance huileuse de la graisse; c'est celle qui reste dissoute dans l'alcool , quand il a déposé la stéarine.

( 576 ) Cette substance est fusible de 7 à 8° cent. Elle est ou incolore ou jaune clair, plus le'gère que l'eau , et presque inodore; elle est sans action sur le tournesol. L'alcool bouillant en dissout au moins son poids ; par le refroidissement , il en laisse précipiter des proportions qui sont relatives aux diverses graisses , car l'élaïne offre des varie'tés remarquables, suivant le corps gras d'où on Ta extraite ; sa densité n'est jamais identique; celle de la graisse d'oie est la plus pesante ? et celles de l'homme et du bœuf les plus légères.

Chauffée avec la potasse et l'eau, elle produit une matière soluble et un savon composé de beaucoup d'oléate de potasse et d'un peu de margarate.

D'après la théorie de M. Chevreul, la formation des savons est due à la décomposition de l'élaïne et de la stéarine, et à leur conversion en acides oléique et margarique. D'après cela , ce sont des margarates et des oléates alcalins qui ont des proportions diverses de ces deux sels, suivant que les corps que l'on emploie pour leur fabrication, sont plus riches en l'un ou l'autre de ces deux principes,

Cétine.

Nom donné par M. Chevreul à cette substance blanche, solide, brillante, cristalline, douce au toucher , fragile et peu odorante , qu'on trouve dans la graisse de plusieurs cétacées, et que l'on connaît sous le nom de blanc de baleine. Cette substance est sans action sur le tournesol ; fusible à 44?68, soluble dans 2 fois 1 son poids d'alcool bouillant, et se déposant presque entièrement par le

( 577 ) refroidissement ; avec la potasse elle se saponifie. L'acide nitrique ne la convertit pas en acide cétique.

Cholestérine.

C'est sous ce nom que M. Chevreul désigne la matière grasse que Ton extrait des calculs biliaires de la vésicule de l'homme , au moyen de l'alcool bouillant. Cette substance est en écailles brillantes, insipides , fusibles à i37°, cristallisant par le refroidissement en lames , solubles dans environ 5 parties d'alcool à 8i5. La cholestérine a été rencontrée par M. Lassaigne dans une concrétion trouvée dans le cerveau d'un cheval , etc. Par l'action de l'acide nitrique, elle donne lieu à un acide particulier. Ne se saponifie pas avec la potasse.

Ambréïne.

Découverte par M. Pelletier. Blanche , insipide , odeur agréable; volatile et fusible à -|-42* Elle est soluble dans l'éther et l'alcool absolu. On l'extrait de l'ambre gris par l'alcool bouillant.

Huile du beurre.

Découverte par M. Chevreul. Cette substance diffère des autres corps gras, en ce qu'en se saponifiant elle se convertit en margarate, oléate, principe doux et acide butirique , qui est volatil.

De la phoce'nine.

Découverte par M. Chevreul dans l'huile de marsouin , qui , d'après ce chimiste, serait composée de phocénine et d'une substance analogue à l'oléine.

T^a phocénine ( de phocœna , marsouin ) a une

( 57» ) odeur particulière , se fond à 170^ très-soluble dans l'alcool bouillant ; cette solution , étendue d'une grande quantité d'eau, en précipite la phocénine, qui alors rougit le tournesol , propriété qu'elle n'avait pas auparavant. Si l'on traite 100 parties de cette substance par la potasse, on obtient 32,8a d'acide phocénique sec, i5,oo de glycérine, et 59,00 d'acide oléique hydraté.

De la butirine.

Découverte par M. Chevreul. Presque toujours colorée en jaune, fluide à 19°, odeur de beurre chaud, congelable à o, sans action sur le tournesol, insoluble dans l'eau, soluble en toutes proportions dans l'alcool bouillant à 0,89.2 , se saponifiant facilement. Suivant ce chimiste , cette huile, l'oléine, et la stéarine sont les principes constituans des beurres.

De Vhircinc.

Découverte par M. Chevreul dans les graisses de bouc et de mouton. C'est cette substance qui forme avec l'élaïne, que M. Chevreul appelle oléine , lai partie liquide du suif. Elle est plus soluble dans* l'alcool que l'oléine. En se saponifiant elle produit t de l'acide hircique.

De l'éihal.

Substance grasse qui se produit pendant la saponification de la cétine. Voici la description qu'em donne M. Chevreul. Incolore , solide, demi-transparente, insipide, peu odorante, soluble en toutes' proportions dans l'alcool à 812, et chauffé à 54; pan le refroidissement, elle cristallise en petites lames

( 579) brillantes insolubles dans l'eau. Voyez, pour sa pré* paration, l'ouvrage de M. Chevreul.

De la graisse.

Substance qui existe dans le tissu de tous les ani maux , principalement sous la peau , près des reins , dans l'épiploon , etc.

Elle est ou blanche ou jaunâtre, tantôt odorante et souvent inodore, d'une consistance qui varie suivant les animaux , leur âge et les parties d'où on l'a extraite ; d'une saveur douce et fade, plus légère que l'eau, sans action sur le tournesol , plus ou moins fusible, s'altérant à l'air et acquérant une odeur et une saveur rances , insoluble dans l'eau , soluble en partie dans l'alcool, et formant diverses espèces de savons avec les alcalis, la barite, la strontiane, la chaux et les oxides de plomb et de zinc.

Exposée à l'action du calorique, elle se fond, et donne, par la distillation, du gaz hydrogène carboné, du gaz acide carbonique y d'acide acétique, d'acide sébacique , de l'eau, une substance grasse et du charbon, sans aucune trace d'azote. Ce caractère appartient aussi aux autres corps gras , et semble les rapprocher des huiles.

Graisse de l'homme.

Jaunâtre , plus ou moins fluide suivant les proportions de stéarine : ioo parties d'alcool à ioo en dissolvent 2, 48. Celle du sein d'une femme a donné à M. Chevreul un savon qui , décomposé par l'eau, répandait une forte odeur de fromage, tandis que celui fait avec celle des cuisses n'avait pas cette odeur. *

Graisse de cochon.

Molle, blanche, inodore, fusible à 27°; 100 parties d'alcool bouillant en dissolvent 2,80. Fondue dans l'eau , elle contracte une odeur fade.

Graisse de mouton^ ou suif.

Incolore, ferme, très -peu odorante, insipide et cassante quand elle est bien pure; 100 parties d'alcool en dissolvent 2,26. Elle contient beaucoup plus de stéarine que les autres graisses.

Graisse médullaire de bœuf.

D'un blanc bleuâtre, saveur et odeur fades, fusible à 45°; composée de 24 parties d'une huile presque incolore, qui a une saveur désagréable, et de 76 de suif.

Graisse ou suif de bœuf.

D'un jaune pâle, ferme, cassante, fusible à 4o, et soluble dans 40 parties d'alcool bouillant.

Du beurre.

Le beurre existe dans le lait des mammifères, d'où on l'extrait en abandonnant le lait à lui-même. Il est blanc ou jaune, d'une consistance plus ou moins forte, d'une saveur agréable, d'une odeur particulière assez agréable, insoluble dans l'eau; 100 parties d'alcool bouillant en dissolvent 3,46. Il se saponifie très-bien avec la potasse. L'alcool en sépare successivement un principe colorant, un qui est aromatique , de l'acide butirique , de la stéarine et deux huiles , la butirine et l'oléine.

Le beurre, exposé au contact de l'air , se rancit très-vite, et finit par se décomposer. Cet effet pourrait être du à la matière caséeuse, dont on ne prend pas soin de le débarrasser. On le conserve en le salant. Suivant M. Braconnot, le beurre des Vosges, préparé en été, est composé de 60 d'huile jaune et de 4o de suif blanc 5 et celui d'hiver, de 35 d'huile et 65 de suif. Il est bien difficile d'expliquer la cause qui peut produire une si grande disproportion de principes.

Tout le monde connaît l'emploi qu'on fait des substances graisseuses dans l'économie domestique , les arts et la médecine, ce qui nous dispense d'en parler,

SECONDE SECTION

décides organiques animaux.

Ces acides sont, pour la plus grande partie, le produit de l'art. On en a beaucoup étendu le nombre depuis les belles recherches de MM. Chevreul et Braconnot sur les corps gras. Nous allons les examiner succinctement.

Acide allantoïque*

Dans un travail comparatif sur les eaux de l'amnios et de l'allantoïde de la vache, M. Lassaigne a reconnu que l'acide qui avait été annoncé par MM. Vauquelin et Buniva , comme existant dans l'eau de l'amnios de cet animal, ne se rencontrait pas dans celle-ci, mais constamment dans l'eau de. Tallantoïde, ce qui lui a fait donner par ce chimiste

( 582 ) le nom S acide allantoique , au lieu de celui & amniotique, que lui avaient donné les deux chimistes précités. Cet acide cristallise en prismes quadrilatères transparens; il est inodore, un peu acide, inaltérable à l'air et rougissant la teinture de tournesol.

Acide amb rt'iq ue .

Découvert par Pelletier et Caventou. En lames, fusible à 100, et peu soluble dans l'eau. On l'obtient par l'action de l'acide nitrique sur l'amb reine.

Acide butirique. Découvert par M. Chevreul. Liquide, incolore, très-acide et douceâtre, semblable à une huile volatile, ne se congelant pas à — 9°, se volatilisant au-dessus de ioo, sans se décomposer. L'odeur de cet acide se rapproche de celle du beurre rance. Il existe tout formé dans le beurre.

Acide caséique. Découvert par M. Proust. Il se produit pendant la putréfaction du fromage et du gluten»

Acide caprique. Découvert par M. Chevreul. Cet acide hydraté est en aiguilles incolores; liquide à ï8°; odeur légère de bouc, saveur acide; brûlant avec un léger goût de bouc; peu soluble dans l'eau, soluble dans l'alcool en toutes proportions. Cet acide existe à l'état de caprate dans le savon du beurre de vache.

Acide caproïque. Découvert par M. Chevreul dans le beurre de chèvre et de vache. Ses propriétés diffèrent peu du précédent : liquide à la température ordinaire, aspect huileux , distillable sans décomposition, ne se congelant pas à — 90; il est incolore, a l'odeur de la sueur, une saveur acide et

( 583 ) douceâtre; il est peu soluble dans l'eau, soluble en toutes proportions dans l'alcool absolu. Cet acide, comme le précédent, forme des sels différons, d'où on l'extrait.

Acide cholestérique. Découvert par MM. Pelletier et Caventou en traitant la cholestérine par l'acide nitrique ; il est en cristaux d'un blanc jaunâtre ; odeur du beurre, saveur faible et un peu styptique; fusible à 58° , rougissant l'infusion de tournesol, plus léger que l'eau, etc.

Acide chlorocyanique. Découvert par M. Berthollet et connu sous le nom à'acide prussique oxige'nc. Il est composé de chlore et de cyanogène : on le prépare en faisant passer un courant du premier dans une dissolution d'acide hydrocyanique jusqu'à ce qu'elle décolore la dissolution de l'indigo dans l'acide sulfurique, etc. Cet acide est incolore, d'une odeur très-pénétrante, rougit le tournesol , n'est point inflammable , ne détonne point par l'étincelle électrique, quand il est mêlé avec deux fois son volume d'oxigène ou d'hydrogène. Son poids spécifique est de 2,i23.

Acide delphimque. Découvert par M. Chevreul dans l'huile du delphium globiceps. Jaune citron odeur forte et désagréable, saveur piquante. Pour l'obtenir, on saponifie cette huile avec la potasse, l'on décompose le savon par l'acide tartrique, on lave le résidu, on filtre , l'on distille les liqueurs. Le produit est saturé par l'eau de barite, qui forme un delphinate dont on sépare l'acide au moyen du phosphorique.

Acide formique. On l'obtient en distillant les

(584) fourmis, avec l'eau, principalement \&formica rufa; une partie de l'acide qu'elles contiennent passe dans le récipient. Incolore, saveur acide, incongelable à la plus basse température ; le chlore et les acides nitrique et sulfurique le décomposent.

Acide hircique. Obtenu par M. Chevreul par la saponification de l'hircine. A l'état d'hydrate, il est liquide même à o, incolore, d'une odeur d'acide acétique et de bouc, très-volatil, plus léger que l'eau, peu soluble dans ce liquide, et très-soluble dans l'alcool.

Acide lactique. Découvert par Schéele dans le petit-lait aigri, et soupçonné identique avec l'acide nancéique deBraconnot. M. Berzélius l'a également trouvé dans les muscles, le sang , et dans plusieurs liqueurs animales.

Acide hydrocyanique ou prussique. Découvert par Schéele, et obtenu pur par M. Gay-Lussac. Liquide, transparent, incolore, saveur acre et irritante, odeur si vive qu'elle opère instantanément des étourdissemens; il rougit faiblement la teinture de tournesol; son poids spécifique est de o,7o583 à 7 degrés. Il est très-volatil, entre en ébullition à 26,5, et se congèle à— 1 5. Un fait bien remarquable, et qui est particulier à cet acide , c'est que si on en met quelques gouttes sur du papier, une partie, en se volatilisant, produit un tel degré de froid que l'autre cristallise. Par un courant électrique il est décomposé; le gaz hydrogène se rend au fil négatif , et le radical, dit cyanogène, au positif. Cet acide à l'état gazeux est peu soluble dans l'eau et assez soluble

( 585 ) dans l'alcool; il brûle par l'approche d'un corps enflammé.

Préparation. Le procédé généralement adopté est celui de M. Gay-Lussac; il consiste à délayer du cyanure de mercure pulvérisé dans l'acide hydrochlorique affaibli, à l'introduire dans une cornue, à laquelle on adapte un large tube contenant une couche de carbonate de chaux, et ensuite une de chlorure; de ce tube par t un tube beaucoup plus petit, qui se rend dans une éprouvette entourée de glace. Par l'action de la chaleur, l'hydrogène de l'acide hydrochlorique se porte sur le cyanogène, et forme de l'acide hydrocyanique, qui se dégage avec un peu d'eau et de chlore qui sont absorbés. Dans ce tube, le chlore s'unit à l'oxide de mercure pour former un chlorure. Cet acide, ainsi obtenu, est pur. Pour l'usage médicinal on l'étend de 7 parties d'alcool.

Vertus. L'acide hydrocyanique est un des poisons les plus violens. M. Magendie assure qu'une goutte, portée dans la gueule du chien le plus vigoureux, le fait tomber roide mort après deux ou trois grandes inspirations précipitées. A côté des expériences de ce physiologiste, nous placerons celles du docteur Viborg (1), qui assure que demi-gros de cet acide en lavement ne donne pas la mort à un chien , et que de dix à quatorze gouttes prises à l'intérieur n'en firent périr aucun. M. Magendie ajoute qu'une goutte injectée dans la jugulaire tue l'animal, comme s'il eût été frappé de la foudre;

(*) Acta soc. med. hafniensis, vol. VI.

( 586 ) M. Viborg fait observer qu'une injection de 5o gouttes ne tue un chien de taille moyenne que sept minutes après. Il paraît que ses effets délétères sont en raison directe de sa concentration ; car j'ai vu, chez M. Chevalier, un vieux chien, qu'il avait empoisonné la veille avec 12 grains d'acétate de morphine, sans déterminer la mort, avaler demionce d'acide hydrocyanique médicinal qu'il lui injecta dans l'œsophage sans que la mort en ait été la suite. L'animal, au bout de quelques secondes , poussa des hurlemens affreux, et éprouva des convulsions très-violentes; le soir il était tranquille/ mais il ne mangea que le troisième jour.

M. Magendie assure aussi qu'un grand nombre d'observations le portent à croire qu'on peut guérir complètement la phthisie au premier degré au moven de cet acide ; M.Heller dit n'en avoir obtenu aucun bon effet. Les Anglais l'ont employé contre la toux heclique et la dyspepsie, les Italiens, pour modérer l'activité du cœur dans presque toutes les maladies sthéniques, pour calmer la trop grande irritabilité de l'utérus, même dans les cas de cancer, etc. (0 Une foule de médecins l'ont préconisé contre plusieurs autres maladies; mais l'emploi d'un tel médrcament est si dangereux que nous ne pouvons nous dispenser de faire connaître qu'on doit #tre toujours en garde contre un pareil moyen. Le docteur II ufeland rapporte à ce sujet deux morts dues à son administration : nul doute que si d'autres médecins avaient la bonne foi de faire un pareil aveu , ce

(0 Formulaire de M. Magendie.

(587 ) nombre ne fiit bien plus grand. Le docteur Murray regarde, d'après ses expériences , l'ammoniaque comme un si puissant antidote de ce poison , qu'il n'hésiterait pas, dit-il, à en prendre assez pour se donner la mort, s'il trouvait quelqu'un sur qui il pût compter pour lui administrer ce contre-poison. L'on peut consulter avec le plus grand avantage, tant sous ses rapports vénéneux que médicamenteux, la Chimie médicale et la Toxicologie de M. Orfila, les Mémoires de MM. Coulon, Heller, etc.

Hydrocyanates.

Ce genre de sels a été découvert par Schéele ; malgré les travaux d'un grand nombre de chimistes, leur étude est encore bien incomplète. Les hydrocyanates, formés par les oxides de la deuxième section , l'ammoniaque et la magnésie , sont solubleset verdissent le sirop de violettes; les autres sont insolubles. Tous les acides , même le carbonique , les décomposent.

L'hydrocyanate d'ammoniaque est très-volatil; ceux de potasse et de soude se conveT : sent par la calcination en cyanures.

Acide hydrocyanique ferrure.

Plusieurs chimistes ont reconnu que l'acide hydrocyanique acquérait plus de stabilité dans ses principes en s'unissant avec quelques corps , tels que l'oxide de fer et le cyanure d'argent. 11 existe même sur cette combinaison deux théories : Tune, que c'est un simple mélange d'hydrocyanate et de cyanure; et l'autre, que l'argent et le fer deviennent

( 588 ) des parties constituantes d'un acide nouveau, que Porrett, qui les a observées le premier, appelle acides chyazique , ferrure , argenture ', etc. , ou acide hydrocyanique ferrure ? etc.

Cet acide est en petits cristaux inodores, blancs, acides, solubles dans l'eau et dans l'alcool, et formant des sels avec les bases. Deux fixeront seulement notre attention , parce qu'ils sont les seuls employés. Exposé à l'action de l'air, il acquiert une teinte bleue.

Préparation. En décomposant une solution rapprochée d'hydrocyanate de potasse par une solution alcoolique d'acide tartrique.

Hydrocyanate ferrure de fer, ou bleu de Prusse. Découvert en 17 10 par Diesbach , de Berlin. Couleur bleue très-belle ; insipide , inodore , insoluble dans l'alcool et l'eau , s'altérant par le contact de l'air , et prenant avec le temps une couleur verte. Par la distillation , il donne des acides hydrocyanique et carbonique , du carbonate ammoniacal , un gaz inflammable , etc. Le résidu calciné est attirable à l'aimant , et s'enflamme lorsqu'on l'expose au contact de l'air, s'il est récemment préparé. L'acide sulfurique le décompose en le décolorant • ; il en est de même de l'acide hydrosulfurique liquide ) les alcalis , la chaux , etc. , le décolorent : aussi en s'unissant à l'acide et précipitant la plus grande partie du protoxide de fer. A ces caractères, il est aisé de distinguer le bleu de Prusse de l'indigo, avec lequel il est facile de le confondre par plusieurs propriétés physiques.

Préparation. On l'obtient en grand, en calcinant

(58g ) à une chaleur rouge un mélange, à parties égales, de potasse et de sang desséché, ou des débris de cornes et de plusieurs autres substances animales, etc.

Hydrocyanate ferrure de potasse. Jaune-serin, transparent , cristallisant en gros cristaux prismatiques quadrangulaires ; inodore , s'effleurissant à l'air , soluble dans l'eau et en conservant — dans

' IO o

ses cristaux. Par la distillation , il donne de l'acide hydrocyanique, de l'ammoniaque, un gaz inflammable, etc. , et pour résidu, du charbon, delà potasse et du fer, etc. L'hydrogène sulfuré n'exerce aucune action sur les solutions de ce sel; il en est 'de même des alcalis et de leurs sels ; l'acide hydrochlorique lui enlève sa base alcaline; en s'unissant à l'oxide rouge de mercure, il le convertit en cyanure.

Préparation. On fait digérer le bleu de Prusse en poudre dans de l'acide sulfurique affaibli , pour lui enlever l'alumine et les substances étrangères qu'il pourrait contenir; on lave à plusieurs eaux le résidu, et on le verse dans une solution bouillante de potasse, jusqu'à ce qu'elle cesse de décolorer. On filtre, et on obtient par l'évaporation des cristaux de ce sel.

Usages. Très-employé dans la teinture pour la fabrication du bleu découvert par M. Raymond, et auquel on a donné le nom de ce chimiste. Comme réactif, il est aussi très-recommandé pour reconnaître la présence du fer par la couleur verte et bleue qui se développe.

( 5go ) Acide margarique.

Découvert par M. Chevreul. Solide, blanc nacré , susceptible de cristalliser en aiguilles entrelacées, odeur de cire , plus léger que l'eau, insoluble dans ce liquide et très-soluble dans l'alcool et l'éther, fusible à 6o°, et formant des sels qui ont beaucoup d'analogie avec les stéarates, et qui sont de véritables savons.

On obtient cet acide en saponifiant les graisses.

Acide oléique.

Découvert par M. Chevreul. A l'état d'hydrate, il a l'aspect d'une huile incolore , odeur et saveur rances, se congelant à -+- 6, et formant des aiguilles blanches; il est insoluble dans l'eau et soluble dans l'alcool à 0,822. Il forme, avec les bases, des savons connus sous le nom ftoléates. Comme le précédent , il est un produit de la saponification des graisses. Cet acide , ainsi que le margarique, se trouvent dans le gras des cadavres.

Acide phocénique.

Découvert par M. Chevreul. Liquide, semblable à une huile volatile, incolore; odeur forte, analogue à celle du vinaigre et du beurre fort , saveur acide, piquante; laissant sur la langue une tache blanche ; ne se congelant pas à — g», peu soluble dans l'eau , soluble en toutes proportions dans l'alcool à 0,754; l'acide nitrique à 35 degrés le dissout difficilement à froid et sans l'altérer. On l'obtient par la saponification de l'huile de dauphin.

Acide purpurique.

Le docteur Proust découvrit, en 1818, qu'en traitant l'acide urique par l'acide nitrique , on le transformait en une matière pourpre , qu'il annonça être composée d'ammoniaque et d'un acide particulier, que Wollaston appela purpurique y à cause de sa propriété de former des composés pourprés. M. Vauquelin répéta ces expériences, et en retira deux acides, l'un très-blanc, et l'autre coloré. Ce dernier lui parut être une combinaison du premier avec une substance colorante. M. Lassaigne, en soumettant à l'action de la pile les sels de cet acide coloré, reconnut qu'après avoir été attiré au pôle positif , il ne produisait plus alors que des sels blancs , semblables à ceux de l'acide blanc observé par M. Vauquelin.

Acide pyro-urique.

MM. Lassaigne et Chevallier ont constaté qu'en distillant l'acide urique ou des calculs d'urate d'ammoniaque, on obtenait un acide particulier, auquel ils ont donné le nom de pyro-urique ; lequel est très-volatil, très-soluble dans l'eau et l'alcool , et cristallise en petites aiguilles blanches.

Acide rosacique.

Découvert par Proust dans le dépôt formé par l'urine des goutteux et des malades atteints de fièvres intermittentes, nerveuses, etc., dans l'urine de l'homme sain.

Solide, couleur de cinabre, inodore, et presque insipide, déliquescent , soluble dans l'eau et l'alcool.

( 59* ) En s'unissant avec l'acide urique , il est peu soluble dans l'eau; c'est dans cet état d'union qu'il existe dans les dépôts urineux; on l'en extrait par l'alcool bouillant. L'acide nitrique le change en acide urique.

Acide sébacique.

Inodore, saveur faible, plus pesant que l'eau; cristallise en petites aiguilles blanches peu consistantes; inaltérable à l'air, soluble dans l'eau et beaucoup plus dans l'alcool; rougit la teinture de tournesol. Il se produit parla distillation des graisses.

Acide stéarique.

Découvert par M. Chevreul. A l'état d'hydrate , il est liquide, incolore, cristallisant en belles aiguilles entrelacées , brillantes , et du plus beau blanc; insipide, inodore, insoluble dans l'eau quand il est fondu; il est soluble en toutes proportions dans l'alcool , et forme avec les bases de véritables sels. On le produit par la saponification des graisses.

Acide urique.

Découvert par Schéele, qui lui donna le nom d'acide lithique. Il existe dans l'urine de l'homme et des oiseaux, dans un grand nombre de calculs urinaires, etc., et constitue toute la partie blanche des excrémens des oiseaux. Inodore, insipide, dur? cristallisant en paillettes, plus pesant que l'eau, et rougissant le tournesol. On le prépare en dissolvant le sédiment des urines dans une solution bouillante dépotasse, et le précipitant par l'acide hydrochlorique.

TROISIEME SECTION

Des corps ni gras ni acides.

Les corps qui composent cette section sont au nombre de dix; tous , à l'exception du sucre, contiennent de l'azote.

Albumine.

Existe dans le blanc d'ceuf , le sérum du sang, le chyle, la synovie, dans les liquides exhale's par les membranes séreuses, etc.; je l'ai rencontrée dans plusieurs végétaux , en grande quantité même dans l'infusion de moutarde.

L'albumine est incolore, liquide, transparente, inodore, plus pesante que l'eau, saveur particulière, moussant par l'agitation, verdissant le sirop de violettes, se coagulant à 74°? à moins qu'elle ne soit étendue d'eau, et présentant, quand elle est desséchée, à peu de chose près, les mêmes propriétés que la fibrine. Le calorique , l'alcool, l'iode, le chlore, les acides sulfurique , nitrique et hydrochlorique la coagulent de suite; il en est de même du tanin, qui s'unit avec elle. Les alcalis, loin de la coaguler, la rendent plus fluide. Soumise à l'action delà pile, elle se coagule. M. Lassaigne a prouvé que, si elle était coagulée au pôle positif, cet effet était du aux sels qu'elle contient, dont l'acide s'unit à cette substance pour former un composé insoluble : il a vérifié ce fait en opérant sur de l'albumine privée d'hydrochlorate de soude par un procédé chimique.

Les sels de cuivre donnent par l'albumine un

( 594 ; précipité blanc-verdâtre très-abondant et sans action sur l'économie animale.

Le deulochlorure de mercure est converti en un précipité blanc floconneux, qui est un protochlorure; d'où l'on voit que cette substance est un bon antidote contre l'empoisonnement par ces sels. Outre les principes constituans des matières animales, l'albumine contient un peu de soufre.

Caséum.

On avait cru que cette substance n'existait que dans le lait, mais Cabal l'a trouvée dans les urines d'une femme veuve depuis plusieurs années; plusieurs chimistes l'ont rencontrée aussi dans les urines des femmes qui ne nourrissent pas leurs enfans, ou qui viennent de les sevrer. Le caséum est blanc, insoluble dans l'eau et l'alcool, soluble dans les alcalis et les acides affaiblis, et à une température peu élevée.

Le caséum est la base de tous les fromages frais.

Fibrine.

Dans le chyle, le sang et les muscles, dont elle est la base. La fibrine est solide, blanche, insipide, inodore, plus pesante que l'eau, molle, un peu élastique, sans action sur le tournesol , devenant jaune, dure et cassante quand elle est desséchée, insoluble dan» l'eau froide, et se putrénantquand elle est long-temps en contact avec ce liquide; l'alcool à 810 la convertit, au bout d'un certain temps, en une espèce d'adipocire ; il en est de même de l'éther : la potasse et la soude la dissolvent à froid. Le deulochlorure

( 595 ) i de mercure est converti par la fibrine en protochlorure.

Gélatine.

Dans la peau , la chair musculaire, les cartilages, les aponévroses, les membranes, et les os. Je l'ai également rencontrée dans quelques urines.

La gélatine est incolore ou jaunâtre, transparente, inodore et insipide; ayant, lorsqu'elle est desséchée, l'apparence de la corne ; peu soluble dans l'eau froide et très-soluble dans l'eau bouillante; l'alcool l'en élimine, et le précipité devient soluble dans l'eau. Ce mens t rue, l'éther et les huiles n'exercent aucune action sur elle; plusieurs acides la dissolvent sans la décomposer. Une solution de sublimé-corrosif concentrée est convertie en protochlorure. Le tanin a tellement d'affinité pour cette substance que, dans une solution ne contenant que T-^— de gélatine, il forme un précipité blanc grisâtre, collant et élastique.

La gélatine est la principale substance alimentaire des viandes. Desséchée, elle constitue les diverses colles : celle de poisson, ou icthyocolle, est la membrane interne de la vessie natatoire de certains poissons.

Madère jaune de la bile.

Regardée par plusieurs chimistes comme du mucus altéré. Fait partie de la bile de presque tous les animaux et de la plus grande partie des calculs biliaires de l'homme; ceux du bœuf en sont entièrement formés.

Solide, pulvérulente quand elle est sèche, jaune,

(596) insipide, inodore, plus pesante que l'eau, insoluble dans l'eau, l'alcool et les huiles; soluble dans les alcalis, d'où les acides la précipitent en floconsbrunsverdâtres.

Matière colorante du sang.

La coloration du sang fut attribuée par Fourcroy à l'oxide de fer. Brandes et Vauquelin ontre connu qu'elle était due à une substance particulière qui, à l'état solide, était insipide , inodore , d'un rougepourpre quand elle venait d'être extraite du sang , et prenant ensuite la couleur noire et la cassure du jayet.

Mucus.

A la surface de toutes les membranes muqueuses , dans les cheveux, les poils, la laine , les écailles de poisson, et constituant presque en entier les ongles, les cornes , les écailles qui viennent sur la peau , les durillons , et cette substance épaisse et translucide qui vient sous les talons. Il existe aussi dans la bile, le mucus des narines, de la trachée, etc. Le mucus liquide est transparent, visqueux, filant, inodore et insipide; il ne se coagule point par le calorique, ni ne se prend pas en gelée. Quand il est desséché , il est demi -transparent, fragile, et insoluble dans l'eau, l'alcool et l'éther.

Osmazone.

Ainsi nommée par M. Thénard, et décrite par Thouvenel. Dans la chair musculaire du bœuf, du mouton, etc., dans le cerveau, dans quelques champignons, etc. A l'état d'extrait, elle est brunerougeâtre, d'une odeur aromatique, d'une saveur

(597 ) analogue à celle du bouillon; attirant l'humidité de l'air, s'aigrissant et se putréfiant} elle est soluble dans l'eau et l'alcool.

Le bouillon lui doit son odeur et sa saveur; il est d'autant meilleur qu'il en contient davantage. Les proportions des bons bouillons sont de 7 parties de gélatine sur 1 d'osmazone.

Picromel.

Quoique cette substance fasse partie de quelques calculs biliaires contenus dans la vésicule humaine, elle n'existe point dans la bile de l'homme, mais dans celle des animaux.

Semblable à la térébenthine, incolore, saveur acre, amère et sucrée; odeur nauséabonde; trèssoluble dans l'eau et dans l'alcool , déliquescente, et dissolvant la résine de la bile.

Sucre.

Nous avons parlé de cette substance à la page 5 1 1; nous y renvoyons nos lecteurs.

Urée.

Découverte par Rouelle le cadet. Existe dans l'urine de l'homme et dans celle de tous les quadrupèdes.

Pure, en lames minces, micacées, incolores, transparentes, assez dures, plus pesantes que Teau, d'une odeur d'urine, et d'une saveur fraîche et piquante; attirant l'humidité de l'air; soluble dans l'alcool et dans l'eau, et se convertissant en partie par l'acide nitrique en acide urique. Cette substance influe

( 598 ) sur la forme cristalline des sels avec lesquels elle se trouve mêlée : ainsi l'hydrochlorate de soude, qui devrait cristalliser en cubes, cristallise en octaèdres, etc.

QUATRIEME SECTION

Substances salines et terreuses.

Toutes les substances animales contiennent des matières terreuses et salines en différentes proportions1, et quelques-unes même, les oxides de fer et de manganèse. Parmi les sels on compte l'acétate de potasse , les benzoates de soude et de potasse , le souscarbonate de chaux, de magnésie, de potasse et de soude- lelactate de soude, les hydrochlorates de potasse et de soude, l'oxalate de chaux, les phosphates de chaux , de soude, d'ammoniaque et de magnésie; les sulfates de potasse et de soude, et l'urate d'ammoniaque. J'ai moi-même découvert l'hydrocyanate de fer dans quelques urines bleues (i). Si toutes les substances se trouvaient en même temps dans les mêmes corps, leur analyse serait bien difficile à faire; le phosphate de chaux et le carbonate et hydrochlorate de soude sont les trois qu'on y trouve le plus communément. M. Berzélius pense même que la plupart de ces sels sont produits par la combustion.

CINQUIÈME SECTIOff.

Des produits immédiats de la digestion.

Les alimens broyés et mis en pâte, au moyen de

W Voyez mon mémoire sur l'urine , Archives générales de médecine.

( 599) la salive, de la sérosité et des mucosités delabouche, traversent l'œsophage et se rendent dans l'estomac, où, s'unissant au suc gastrique, et y séjournant plus ou moins de temps, ils se convertissent en une bouillie, à laquelle on donne le nom de chyme, qui se rendant dans les intestins grêles , y rencontre de la bile et du suc pancréatique, qui réagissent sur elle, et donnent lieu à deux nouveaux composés, appelés chyle et bile. La durée de ces phénomènes s'appelle digestion : nous n'entreprendrons point d'en décrire la théorie; nous renvoyons nos lecteurs aux ouvrages de physiologie. Nous nous bornerons à dire que le chyle est absorbé par ce nombre infini de vaisseaux capillaires qui tapissent les intestins grêles, et que la matière excrémentitielle traverse les gros intestins, et est excrétée par l'anus.

Du chyme.

Histoire imparfaite. Le docteur Marcet a analysé celui d'une poule d'Inde nourrie avec des substances végétales. 11 était en bouillie opaque, brunâtre , sans action sur le sirop de violettes. Ce médecin y trouva de l'albumine, des substances salines et point de gélatine.

Du chyle.

Celui de l'homme n'a jamais été analysé. M. Vauquelin a trouvé dans celui du cheval de la fibrine , une substance grasse et divers sels. Il est très-difficile de l'obtenir pur, il est toujours uni avec la lymphe.

Matière fécale.

Variable suivant la nature des alimens et les

( 6oo ) bonnes ou mauvaises digestions. Les excrémens analysés par Berzélius lui ont donne, sur ioo parties en consistance molle,

eau 73,3

bile 0,9

albumine 0,9

matière extract, particulière 2,7

sels 1,2

résidu des alimens 7

matière déposée dans l'intestin 14

Macquer et Proust ont reconnu quelquefois le soufre dans la matière fécale • M. Vauquelin un acide libre analogue au vinaigre; John, un alcali libre; Vogel, du nitrate de potasse , etc.

Des gaz intestinaux.

Plusieurs chimistes se sont livrés à l'analyse de ces gaz, et leurs résultats ont présenté plusieurs variations remarquables. MM. Chevreul et Magendie ont examiné ceux de quatre suppliciés ; ils ont trouvé ceux de l'estomac et de l'intestin grêle composés, un , de gaz oxigène , d'acide carbonique , d'hydrogène pur et de l'azote; les trois autres n'offraient point d'oxigène. Ces principes variaient singulièrement dans leurs proportions : ceux des gros intestins ne contenaient point d'oxigène , mais bien de l'hydrogène carboné, et des traces d'acide hydrosulfurique.

( 6oi )

SIXIEME SECTION

Du sang.

La formation du sang, comme celle du lait et des autres liqueurs animales y nous est inconnue; la nature a couvert ces opérations d'un voile impénétrable; nous laisserons de côté toute hypothèse, pour nous attacher à faire connaître les propriétés de cette importante liqueur.

Le sang, comme on sait, est ce fluide qui circule dans les artères et dans les veines. Il est rouge dans les premiers vaisseaux , et rouge-brun dans les derniers. Il a une odeur fade, un goût salé, et une pesanteur plus forte que celle de l'eau ; exposé à la vapeur de l'eau bouillante y il se coagule. Lorsqu'il a perdu sa chaleur vitale , il se prend en masse et se sépare en deux parties : l'une est molle , opaque, et d'un rouge -brun ; elle est appelée caillot ou cruor : l'autre est un liquide jaunâtre, transparent, connu sous le nom de sérum.

Du caillot. Suivant Berzélius il est formé d'albumine, de fibrine et du principe colorant.

Du sérum. Suivant le même chimiste , de go5 d'eau , 89 d'albumine , un peu de substance animale, et 14 de sels. Stewart Traill (0 a constaté l'existence de l'huile dans le sang de quatre individus affectés de deux maladies inflammatoires , et deux d'hépatite aiguë bien caractérisée. L'analyse du sang de l'un d'eux lui a donné o,45 d'huile. Ayant analysé de nouveau celui de cet individu , lorsqu'il

0 Edinburg médical and sur gical Journal.

( 6o2 ) fut entièrement rétabli, il le trouva analogue à celui des personnes saines; d'où l'on peut conclure que, dans l'état pathologique, le sang éprouve des changemens dans sa composition (0. Le sang artériel diffère du sang veineux; voici leurs propriétés respectives :

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