CA
!. La température des corps qui, au-dessus du suif, dans cette table , prennent l'état concret, s'appelle - ©rdinairement leur point de congélation ; et celle du suif et des corps au-dessous est leur tempéra-
ture ou terme de fusion. Actuellement, quoique ées températures soient établies en regard de quelques articles, en fractions d’un degré thermométrique , il faut observer que différentes circonstances modifient le terme où les liquides prennent l'état concret, à travers plusieurs degrés; mais que les points de liquéfaction des mêmes corps, lorsqu’ils sont une fois devenus solides, sont uniformes et fixes aux températures précédentes.
Nos remarques préliminaires sur les forces qui agissant dans la transition de l’état deliquidité à celui de solidité, expliquent jusqu’à un certain point ces variations ; et nous allons actuellement rendre ces explications plus claires par quelques exemples instructifs.
Si, après avoir rempli un matras à étroite ouverture, d’eau récemment distillée, on l’expose par degrés à une température considérablement audessus de zéro , on observera, au moyen d’un thermomètre qu’on y aura laissé, que la température de l’eau liquide se sera abaissée de 5 à 6 degrés centigrades au-dessous de son point ordinaire de congélation. En recouvrant d'huile la surface de l’eau, M. Gay-Lussac est parvenu à faire refroidir ce liquide à 11°,94 centigrades au-dessous de la température à laquelle il se gèle ordinairement. Son volume se dilatait en même temps tout autant que si elle eût été chauffée de ce même nombre de degrés au-dessus de zéro. Suivant sir Charles Blagden , à qui de la première de ces deux observations , sa dilatation peut s'élever au septième de l’agrandissement total qu’elle éprouve en se solidifiant. Le repos absolu des molécules liquides n’est pas nécessaire pour que le phénomène ci-dessus ait lieu; car sir Charles Blagden remua l’eau descendue à 11°,66 centigrades, sans que cette agitation la fit geler : mais la moindre vibration de leur masse, ou l'application, par l’at-
mosphère, ou avec la main, d’aiguilles glacées, déterminent instantanément une congélation.
Nous pouvons remarquer ici que la dilatation de l’eau augmentant à mesure qu’elle refroidit, mais à un degré d'extension moindre que lorsqu'elle devient concrète , c’est une preuve que ces molécules constituantes obéissent à la loi du refoidissement progressif, tournent de plus en plus leurs pôles vers le maximum d’attraction qui constitue leur état solide. Mais cette position peut être instantanément déterminée par un solide aqueux tout formé, dont les molécules, se présentant à éelles du liquide par leurs côtés de la plus grande attraction, les forcent à tourner dans des positions semblables. Alors les molécules du liquide les premières retournées agiront sur celles qui les avoisinent ; et ainsi, de point en point, le mouvement se propagera à travers toute la masse, jusqu’à ce qu’elle soit congelée. Les mouvemens vibratoires agissent en portant les molécules dans des positions favorables à leur attraction mutuelle.
Les mêmes phénomènes se présentent avec les dissolutions salines. Si l’on refroidit à — 27° centigrades , sous une pellicule d’huile, une dissolution saturée de sel de glauber ( sulfate de soude), elle restera liquide, et pourra être agitée avec la main , sans éprouver aucun changement ; mais, si Von place une fiole contenant de cette liqueur saline exposée sur une table qui branle, la cristallisation s’y formera à l'instant. Dans un mémoire sur la cristallisation saline, que le Dr Ure publia dans le Wournal of Science, neuvième numéro, il donna l'explication qui suit du phénomène ci - dessus, « L'effet que produit le trouble mécaniquement opéré, de déterminer la cristallisation, $ explique ": la disposition symétrique que prennent, par
électricité et le magnétisme, des molécules de Poussière de fer, Si, après avoir répandu de ces
molécules sur une surface plane, on présente, à une certaine. distance, des forces magnétiques et électriques, il ne sé produira aucun effet. En imrimant alors à la surface plane un: mouvement d’ébranlement , alors les molécules, dès linstant où elles sont rendues libres du frottement de la surface, s’arrangent d’elles-mêmes, suivant-les lois de leurs attractions respectives, magnétiques ou électiques. L’eau de dissolution , en faisant obstacle à la solidification, écarte non seulement les molécules à des distances au-delà de la sphère de leur attraction réciproque, mais probablement aussi elle renverse leurs pôles attirans. » Peut-être l'expression détourner serait-elle plus appropriée à la liquéfaction , pour dénoter une obliquité de direction dans les pôles aitirans; et le mot renverser pourrait être appliqué à la forme gazeuse, lorsque l’état répulsif succède aux pouvoirs faiblement attractifs des molécules liquides. »-H'ut 3 Le tableau ci-devant présente quelques particularités intéressantes relativement aux acides. Le D: Ure a exprimé leurs forces par la pesanteur spécifique, d’aprèsses tables des acides, au lieu de l’étabhir, comme l'avait fait M. Cavendish, d’après Ja quantité de marbre que 1000 parties de ces acidés pouvaient dissoudre. On voit que le sel commun agit le plus efficacement comme obstacle à-la congélation de l’eau , et après lui, c’est le muriate d'ammoniaque. M. Crighton de Glascow, dont l’exactüitude d'observation est bien connue, a remarqué que, lorsqu'une masse debismuth fondu se refroidit à l’air, sa température s’abaisse régulièrement à 242 degrés centigrades, et, de ce terme, elle s'élève instantanément à 247, point auquel elle reste stationnaire jusqu’à consolidation totale, La température de l’étain fondu s’abaisse de la même manière, et s'élève alors de 2,2 degrés ; tandis que celle du plomb fondu devient, par le refroidisse-
ment , stationnaire , lorsqu'elle est descendue à 322 degrés centigrades. Nous allons parler actuellement de la cause probable de ces phénomènes remarquables. |
L'eau, toutes les dissolutionis susceptibles de cristalliser , et, après fusion, les trois métaux, la fonte de fer, le bismuth et l’antimoine, se dilatent considérablement en volume au moment de leur solidification. Les plus grands obstacles ne peuvent. résister à l’action de cette force expansive. Ainsi ; des bouteilles de verre, des troncs d'arbres, des, tuyaux de fer et de plomb, des rochers même , éclatent et sont brisés par la dilatation de l’eau qui existe dans leurs cavités, lorsqu’élle est convertie en glace. Par la même cause aussi nos pavés sont soulevés dans l'hiver. Cette cause a pour effet avantageux de diviser ou de rendre moins serrée > par les gelées d’hiver, la texture compacte des sols argileux, au moyen de quoi les fibres délicates des plantes peuvent aisément les pénétrer. Le major Williams, de Québec, fit éclater des bombes qui avaient été remplies d’eau et tamponnées, en les exposant à un froid capable de faire geler cette eau.
Il se présente, dans les expériences précédentes sur la congélation subite d’un corps maintenu liquide au-dessous de la température qui est le point ordinaire de sa congélation, une circonstance importante + ms convient de faire observer. La température de la masse, au moment où la cristallisation commence , s’élève au terme marqué dans la table qui précède , quel que soit le nombre de dégrés dont elle à pu auparavant s’abaisser au-dessous de ce terme. Supposons un globe rempli d car Suspendu dans une atmosphère à — 6,1£ degrés centigrades , le liquide se refroidira , et sa tempés Tature restera stationnaire à ce point, Jusqu'à ce qu'un mouvement du vaisseau ou le contact d’un tréspetit morceau de glace détermine sa solidifica-
tion; et à cet instant sa température devient de 6,11 centigrades plus élevée que celle du milieu environnant. Nous devons à la sagacité du docteur Black l'explication de ce fait, et son extension à un grand nombre de phénomènes chimiques analogues. L’esprit de ce docteur véritablement physicien fut particulièrement frappé de la lenteur avec laquelle une masse de glace se liquéfie, lorsqu’elle est placée dans une atmosphère naturelle. Si l’on tient librement suspendu un bloc de glace à — 50,56 centigrades dans une chambre chauffée à + 10 centigrades, la température dé ce morceau de glace mettra 5 minutes à s'élever à celle de o», et il lui faudra quatorze fois autant de temps, ou 7o minutes, pour se fondre en eau dont la température ne sera qu’à o°. Le docteur Black suspendit dans un appartement , à côté l’un de l’autre, deux globes de verre de même dimension, dont lun était rempli de glace à o°, et l’autre d’eau à + 02,56 centigrades. Dans une demi-heure, la température de l’eau était élevée à 4°,44 centigrades; mais elle mit deux heures et demie à liquéfier la glace, et à chauffer l’eau résultante à + 4°,44 centigrades. On voit donc, par l’une et l’autre de ces expériences, que pendant la fonte de la glace il y a dépense de : 77°,60 centigrades de calorique énergique, qui ne: roduit aucun effet sur le thermomètre; car, dans L première expérience , 69,11 centigrades de cha-leur entrèrent dans la glace en 5 minutes, et cepen-: dant sa liquéfaction exigea 14 fois cette durée de: temps. Dans la seconde expérience, 3°,88 de cha-- [eur sont entrés dans les globes en une demi-heure; ; mais la glace a exigé 21 demi-heures pour se liqué-fier, et pour échautfer son eau à 4°,44 centigrades.: Si du produit 30,88 par 21—81,48 on retranche les: 30,88 que l’eau avait au-dessus de o0°,56, on auras 77,60 centigrades comme ci-dessus. Mais l’expé-rience la plus simple et la plus décisive consiste à4
méler ensemble un kilogramme de glace en petits morceaux avec un kilogramme d’eau à 77°,60 centigrades : la liquéfaction de la glace s'opère instantanément , mais la température du mélange ne sera qu’à o°. Il semble donc que 77°,60 centigrades de chaleur ont disparu. Si le mélange avait été formé d’un kilogramme d’eau à o° et d’un .kilogramme d’eau à 77°,60 centigrades , la température résultante eñt été 380,80; ce qui aurait prouvé que les 38°,80, abandonnés par la partie plus chaude du mélange , avaient été manifestement transmis à la portion la plus froide. Le résultat inverse des expériences précédentes peut se démontrer aussi : car, en suspendant un flacon d’eau à + 1°,67 centi-
grades, par exemple, dans une atmosphère à—6°,66 centigrades , si l’eau se refroïdit à o° en 3 minutes,
elle en exigera 77,60 pour se convertir en glace à oc. Eten effet, le taux d’émanation de la chaleur s’élevant à 1° par minute, il lui faudra ce temps pour laisser échapper 77°,60 de chaleur. Cependant cette
dernière expérience , à raison de la faculté conduc-
trice inférieure de la glace, et de l'incertitude qu’elle soit totalement à cet état , n’est pas susceptible de la même précision que celle qui la précède immédiatement. Le 12e de 27°,60 est de 6,46; d’où l’on peut inférer que, lorsqu'une certaine quantité d’eau refroïidie à — 6°,46 centigrades , ou 6°,46 au-
dessous de zéro, est amenée soudainement à se
congeler, un douzième du poids de cette glace deviendra solide. ï On peut concevoir actuellement comment il se fait que le dégel qui survient après une forte gelée, fond si lentement les amas de neige et les couches de glace , phénomènes observés de tous temps dans ces latitudes , mais dont il était réservé au docteur Biack de nous donner l'explication. Si, en effet,
d’eau, en passant de son état solide à son état liquide,
wéprouvait pas ce grand changement relativement
124 . MANUEL à la chaleur, chaque dégel occasionnerait une inondation soudaine, et 1l suffirait de la gelée d’une seule nuit pour solidifier nos rivières et nos lacs. De même aussi, aucun animal ni végétal n’aurait pu conserver son existence sous de telles trapsitions subites et violentes. M. Cavendish, qui découvrit le fait ci-dessus avant d’avoir eu connaissance que le docteur Black l’eût annoncé dans ses lecons , établit à 652,56 centigrades la quantité de chaleur que la glace paraît absorber en se fondant. ” Lavoisier et M. Delaplace déterminent cette quantité à 57°,22 centigrades, nombre probablement exact, d’après les soins qu’ils ont pris de construire sur cette base leur calorimètre. La fixité des points de. fusion des corps exposés à une forte chaleur, ne peut plus nous surprendre, puisque jusqu’à ce que toute la masse soit fondue, la chaleur qui s’y introduit à chaque instant est en totalité employée à constituer l’état de liquidité, sans produire aucun changement de température. Il nous est possible aussi de concevoir comment la température d’un métal liquide , d’une dissolution saline , ou de l’eau, devait, dans le cours de leur refroidissement , s’abaisser au-dessous du terme de la congélation de ces corps, ét y remonter subitement. Celles des substances dans lesquelles la force attractive qui retourne les pôles dans l’arrangement solide, agit le plus lentement ou le plus: faiblement, permettront le plus facilement cette dépression de temérature avant que la liquidité commence à cesser. Ainsi Le bismuth, métal cassant, se refroidit de 49,44 centigrades au-dessous de son point de fusion pour que sa solidification ait lieu. L’étain se refroidit de 2°,22 centigrades; mais le AE à passe si promptement à arrangement solide, que son refroidissement s'arrête tout à coup à sa temperature de fusion. Pour expliquer ces faits, nous pouvons remarquer que les molécules de bismuth et d’étain
perdent er grande partie leur attraction de cohésion long-temps avant qu'ils soient. chauffés au point de fasion, tandis que le‘ plomb conserve relativement cette attraction de cohésion jusqu’à ce qu’il commence à fondre. L’étain peut être aisément pulvérisé à une élévation modérée de température, et le-bisrmuth à froid. Au moment, cependant , où ces deux métaux, lorsqu'ils sont fondus, commencent à se congeler, ils s’élèvent à la température de fusion qui leur est Prope parce que le calorique de liquidité se dégage alors.
Les docteurs Irwine, père et fils, auxquels la science est redevable de recherches importantes surla chaleur, essayèrent de déterminer la propor-
tion de calorique qui se dégage, lors du passage de plusieurs autres corps, de l’état liquide à celui
solide, et ils obtinrent les résultats suivans :
Calorique Ce calorique rapporté de à la chaleur liquidités. spécifique de l’eau.
0 centigrades.
DOUÉre, ut it 102.04 19,77 Spermaceti. ... . . 62,78 Plomb + univ 7a,2a 3,11
Cire d’abeilles . . 79,44
AO gi ie: 2008» 26,83 Duam hands 260,» 18,09 Bismuth. ... 2873 A7 240: + 12,91
Les quantités, dans la seconde colonne, représentent, Les degrés dont la température de chacun des corps, dans son état solide, se serait élevée par Ja chaleur dégagée pendant sa solidification. El con- Yient de faire exception pour la cire etle spermaceti, qui sont supposés être à l’état liquide lorsqu ils indiquent l’élévation de température ci-dessus. Le docteur Black imagina que le nouveau rapport avec la chaleur que les selides acquièrent par leur liqué-
faction, dérivait de l’absorption et de la combinaison intime d’une portion de calorique, qui, employant ainsi toute son énergie répulsive à vaincre la résistance de la force de cohésion, cessait d’avoir aucune tension thermométrique, ou de pouvoir étre reconnue par nos sens. Îl appelle leur chaleur latente, cette quantité supposée de calorique ; terme très convenable, et bien approprié , lorsque nous le considérons simplement comme exprimant le - rapport qui existe entre le calorique agent et le même corps dans ses états de solide et de liquide. C’est à la présence d’une certaine portion de cha- Jeur latente ou combinée dans les solides, que le docteur Black attribue leur mollesse , leur roideur, leur malléabilité. C’est ainsi que la condensation d’un métal par le marteau, ou sous je coin, ne manque jamais de le rendre cassant, tandis qu’en même temps il y a dégagement de chaleur. M. Berthollet soumit des pièces égales de cuivre et d’argent à l’action et aux coups répétés d’un balancier; Pélévation de leur température, qui fut considérable par le premier coup du balancier, diminua à | chaque coup suivant, et devint insensible lorsque la condensation du volume eut cessé. Ce fut le cuivre qui éprouva le plus grand degré de condensation et dégagea le plus de chaleur. On a cité, pour expliquer la matérialité de la chaleur qui se déduit de ces expériences, l'exemple, par analogie, d’une éponge qui abandonne son eau lorsqu'elle est comprimée. Mais le phénomène peut être rapporté aux actions internes entre les dernières molécules qui doivent accompagner la dislocation violente de leurs pôles attirans. La force de cohésion du métal est grandement diminuée. , L'augmentation de capacité pour la chaleur que les solides acquièrent en se liquéfiant, peut nous mettre en état de comprendre et de faire l'application du procédé de refroidissement artificiel, an
moyen de ce qu’on a appelé mélanges frigorifiques. Lorsque deux solides, tels que de la glace et du sel, donnent, par leur affinité réciproque, naissance à un liquide, il est besoin d’une grande quantité de chaleur à prendre sur les corps environnans , OU ces corps sont puissamment dépouillés de leur chaleur, et par conséquent leur température s’abaisse. En faisant un mélange à o° de neige pulvérisée et de sel commun, il se produira sur le thermomètre plongé dans ce mélange un abaissement d’environ ox°,rr centigrades. Plus la liquéfaction a rapide-
ment lieu, plus le froid produit est grand. C’est ce qui a donné l’idée de l’expérience paradoxale qui consiste4 mettresur le feu dansune casserole le mélange frigorifique ci dessus avec un petit vaisseau plein d’eau qu’on y place. Dans peu de secondes l’eau se trouvera être entièrement gelée. La dissolution de tous les sels cristallisés est accompagnée d’un abaissement de température , qui, en général , est d’autant plus grand que le sel est plus soluble. Un mélange à parties égales de sel ammoniac et de nitre, l'un et l’autre sel en poudre, est celui qui convient le mieux pour procurer un refroidissement modéré, parce que l’eau de dissolution étant ensuite enlevée par l’évaporation, les sels pulvérisés qui restent sont tout aussi efficaces qu'ils l’étaient d’abord.
Mais la diminution de température par la liquéfaction ne se borne pas aux corps salins. Lorsqu'on mêle ensemble un amalgame solide de bismuth et un amalgame solide de plomb, ces amalgames deviennent liquides et le thermomètre baisse pendant que leur action a lieu. j À
L'équilibre entre les forces attractives et répulsives , qui constitue l’état liquide des corps, est totalement rompu par une élévation définie de température , lorsque les forces extérieures comprimantes ne varient pas. Le passage de Pétat
198 MANUEL ‘ liquide à celui de fluide élastique est ordinairement accompagné de certains mouvemens d’explesion , appelés ébullition. Les températures particulières auxquelles les différens liquides éprouvent ce changement sont done établies comme leurs points ou termes d’ébullition, et le fluide élastique qui en résulte a recu:le:nom de vapeur, pour le distinguer du gaz, substance dont l’état d’élasticité est permanent, et qui n’est pas condensable comme les vapeurs par des degrés modérés de refroidissement. 1! est évident que quand les forces altractives, quelque faiblement qu’elles agissent dans un liquide, sont vaincues par des pouvoirs répulsifs énergiques , les distances entre les molécules doivent être considérablement augmentées. C’est ainsi qu’un décimètre cube d’eau à + 4,44 centi- ‘grades, devient un décimètre cube et -;, sur la limite de 100°, et à 100® il ést converti en 1600 décimètres cubes de vapeur d’eau. L'existence de cette vapeur indique que sa fôxce élastique fait équilibre à la pression de l’atmoiphère. Si cette pression est augmentée au-delà de ce qu’elle, est ordinairement par des moyens naturels ou artificiels , alors la force élastique de la vapeur d’eau étant en partie surmontée, il en repasse une portion à l’état liquide. Et réciproquement ;isi la pression de l’air est moindre que dans l’état moyer ordinaire de l’atmosphère, les liquides prendront le forme de fluides élastiques par une répulsion calorifique d’intensité moindre, ou à une tension thermométrique plus faible. Le professeur Robison a entrepris une,.suite d'expériences ingénieuses , dont les résultats semblent prouver que la pression atmosphérique étant tout-à-fait supprimée, c’està-dire dans le wide, les liquides deviennent fluides élastiques à 680,88 centigrades au-dessous de leur terme ordinaire d’ébullitions d’où il suit, que dans le vide, Veau entrera en ébullition , et passera
à la distillation à roo — 68,68— 310,12 centigrades. Ce principe fut mis il y a long-temps en pratique par le célèbre Wait, dans ses recherches sur la machine à vapeur, et il a été récemment appliqué d’nne manière très ingénieuse par M. T'riton, dans son alambic, pour lequel ïl a obtenu un privilége ( Phil. Mag., vol. 51), et par M. Barry (Med. Chir. trans., Vol. 10).
C’est en partant de ce même principe, que le: terme de l’ébullition varie avec la pression atmosphérique, que le Rev. M. Wollaston à construit son baromètre thermométrique pour la mesure des hauteurs. Ii trouva qu’une différence de 0,56 de degré centig'ade dans le terme de l’ébullition de l’eau, est occasionnée par une différence de 0,0425 de millimètres sur le baromètre. Cette différence correspond à environ 159 mètres d’élévation. En se dirigeant d’après la manière judicieuse qu’il a indi- ‘quée, l'élévation d’un lieu peut être rigoureusement déterminée, et avec une grande commodité. Tout Pappareil, pesant environ 6oo grammes, serenferme dans une boîte cylindrique ou étui d’étain de bo millimètres de diamètre et 25 centimètres de long. Lorsqu'on place sur la flamme un vaisseau qui contient de l’eau, on entend aussitôt un bruit de sifflement ou frémissement. On attribue ce bruit aux vibrations occasionnées par l’évaporation suc- .cessive et la condensation des molécules en contact immédiat avec le bord du vaisseau. Le bruit devient plus fort à mesure que le liquide est plus chauffé, et il se termine en ébullition. La tempé- Täture devient alors soudainement stationnaire, lorsque le vaisseau est ouvert, quelque rapidement qu’elle s'élève, et quelle que soit la force du feu appliqué au vaisseau. Le docteur Black ayant mis un vase d’étain rempli d’eau à 10 centigrades, Sur, une plaque de fer chauffée au rouge, dans Œuatre minutes cette eau commença à bouillir, et
au bout de vingt minutes, elle était évaporée en totalité par l’ébullition. De 10° centigrades à 100, l'élévation de température est de go°; et en divisant cet intervalle par 4, on a 220,5, représentant la quantité de chaleur qui entre dans le vase par minute. D’où il suit, que 20 minutes, ou 5 fois’ 4 multipliés par 22,50—= 450, nombre indiquant qu'il est entré 430° centigrades de chaleur dans l’eau bouillante pour la convertir en vapeur. Mais la température de cette vapeur n’est encore que celle de 100°3 d’où il suit, suivant le docteur Black, que 450° ont été employés seulement à donner la tension élastique, ou, selon Irwine, à fournir cette quantité de chaleur à la capacité prodigieusement croissante de l’état aériforme, et par conséquent cette quantité peut être appelée chaleur latente, comme n'étant pas sensible au thermomètre. Les plus exactes expériences de M. Watt font voir que quelle que soit la durée de temps assignée à l’échauffement d’une masse d’eau de 10 à 100° centigrades, il faut 6 fois plus de temps d’une chaleur uniforme pour la vaporisation totale de cette eau. Mais 6% 90 —=b540—la chaleur latente de la vapeur d’eau ; résultat qui s'accorde avec ceu: dé mes expériences faites d’une autre manière, ainsi que Je le ferai voir tout à l'heure. Tout manipulateur attentif a dà observer que l’eau paraît arriver plus difficilement au terme de son ébullition dans un vase de verre, que lorsqu'elle est exposée au même degré de chaleur dans des vases métalliques. M. Gay- Lussac a étudié ce sujet avec la sagacité qui le caractérise. Il a découvert que l’eau bout dans un vase de verre à une température de 101°,22 centigrades , tandis que celle de l’eau bouillante dans Un vase d’étain contigu n’est que de 100°. Du verre en poudre mis dans le vase de verre fait descendre le thermomètre qu’on y plonge à 100°,33 centi- ‘grades, et la limaille de fer à 100. Lorsqu'on re-
tiré pour quelques secondes la flamme de dessous un vase de verre d’eau bouillante, l’ébullition recommencera en y projetant quelques pincées de limaille de fer.
Les professeurs Munche et Gunelin d'Heideiberg ont étendu ces recherches, et ont annoncé avoir ebtenu, relativement aux poinis d’ébullition, les résultats intéressans présentés dans la table qui suit :
SUBSTANCES THERMOMÈTRE |, TRERMOMEFRE a touchant le fond. à millimètres aù-|} vaisseaux. Échelle centigrade. essous de la sur- . face de l’eau.
RE À nee Ârgent,. sec. 99°875 99°75 JPlatine.......... 09:875 | : 99,375:
Cuivre... ose. se 100,500 100,125 1Fer-blanc........ 100,69 99.81 Marbre..........| 100,55 99,81 l 499 Plomb... 100,25, 99,872 <infs His iseee | 100,90! 99,875 orcelaine. ...... 100,05 ‘ 99:944 Verre blanc...... 100,39 . 100,»
PMerre vert... 101,00 100,75 Idem............| 100,39 100,»
Poterie de Delft... 101,» 100,39 Poterie commune..| 101,» 100,25
Il est difficile de concilier ces variations aVeC les résultats de M. Gayÿ-Lussac. Suivant lui, la vapeur formée à la surface d’un liquide peut faire équilibre à la pression de l’atmosphère, tandis que son intérieur prenait un plus grand degré de chaleur que celui de sa véritable ébullition, pourvu que le liquide fût renfermé dans un vase et chauffé par sa partie inférieure. Dans ce cas, l’adhérencé du
liquide au vaisseau peut être considérée comme analogue à la viscosité dans sa manière d’agir pour élever la température de l’ébullition. Il est facile, d’après cela, d'expliquer le phénomène des soubresauts qui ont quelquefois subitement lieu dans des liquides bonillans. C’est surtout dans la distillation de l’acide sulfurique que ces phénomènes sont souvent très marqués, et quelquefois de manière à briser l’appareil, si la distillation se fait dans un vase de verre. On peut efficacemeut prévenir cette cause de danger en mettant dans la cornue quelques petits morceaux de fil de platine; il n’y aura plus alors de dégagement subit de gaz, et par conséquent les vaisseaux ne séront plus sujets à se rompre (Annales de Chimie et de Physique, vol. 7). Si l’on introduit un morceau de papier, une croûte de pain, ou une poussière, dans un liquide légèrement imprégné d'acide carbonique, le dégagement de cet acide sera déterminé. De même aussi les aspérités de la surface d’un verre ou autre vaisseau agissent comme les points dans Vélectricité , pour chasser un gaz ou vapeur présente dans le liquide que ce vaisseau contient. Dans tous les exemples de la table qui précède, la température est plus grande au fond qu’à la surface du liquide ; et les différences spécifiques peuvent être attribuées à la force attractive du vaisseau pour l’eau, et à sa faculté de conduire la chaleur. C’est ainsi qu’il nous faut essayer d’expliquer comment il se fait que le fer-blanc donne à l’eau bouillante, en contact avec elle, une température de 0,915 centigrades plus élevée que l’argent et le platine. Entre l’eau et le fer, l’étain ou le plomb ,ilya des rapports réciproques à des
températures élevées, qui ne paraissent pas exister relativement à l’argent et au platine.
On a présenté, dans la table qui suit, les termes
d’ébullition des liquides les plus importans sous
la pression moyenne de 760 millimètres de mercure.
k Ternes d’ébullition ’ cenligr.
Ether, pes. spéc.; 0,7365, : :
à environ 9° centigrades. Gay-Lussac. 370,78 Carbure de soufre. . .…... - Idem. 45 ,»
Alcool, pesant. spéc. . . 0,81 Ure. 78 ,05 Acide nitrique, pes. spéc. 1,500 Dalton. 08 ,99 Re ns 5, POPTETÉ 100 ,»
Dissol.saturée desulfatedesoude. Biot. 100 ,79 Disso!. saturée d’acétate deplomb. Zdem. 102 ,03 Dissolution saturée de sel marin. Zdem. 106 ,85
. Muriatedechaux. 2+eau 1 Ure. IIO ,»
Dem. + 1. 35,5-+eau 64,5 Idem. 112 ,77 ! TT PINS 40,2 +eau 59,5 Idem. 115 ,55 Acide muriatique,pes.spéc.1,094 Dalton 111 ,r£ Idem. (DER. pue Bat VT Id FÉFO D 400 Idem. Hem) IUT. 1,047 Idem. 105 ,55 Acide nitrique. . . . . MC T,45: Idem." 15 ç08 FL REP SUT,4S ‘Ideni. ” 130,»
M Ut ES T0 1,40 dem. 119 ,44 LT MSP EE 1,34 dem. 116 ,66 LÉ M ER 1,30 dem. 113 ,33 DM VO NES 1,16 dem. 104 ,44 Pétrole rectifié. . . . :. Uré’1 152 ,22 Huile de térébenthine, . Idem. 157 ,77 Acide sulfuriq., pes. spéc. 1,30+ Dalton. 115 ,55 FÉES RAP HR A UEE 1,408 Zdem. 126 ,66 RP Loin *, 1,520 Zdem. 143 33 PL CP 1 D Gia Jdem.s | 176) ,60 LUTTE 1,670 1dem. 182 ,22 Te 1,699 Idem. 190 ,»
LPC NON EE 1,730 Idem. 199 33 Idem D RES ET CRT AR 1,780 Idem. 229 ,»
LT MER RARES 1,810 dem. 244 ,44 AE LU, ... . « 1,819 {dem. : 351,66 AN 1,827 Idem. 260 ,5
Men DU |. 'E,839 Idée 300800
134 MANUEL Termes d’ébullition , centisr.
Acide sulfuriq., pes. spéc. 1,842 Dalton. 285 ,» . dem. on RU CU Hour M ÉEPtE 301 ,66 Das Se OC INONNOAREE 310588 Lien io celte Te TE ce MARANSIEUE 318 ,33
Lion SUN LL CPE O0 MI TES 326 ,06
Idem: sc d: 5 LL AS AUX, 315 ,bà Phosphore. . . . EN ET 290 , Sonfre dir share te eee 297 77 Huile. de:lin: 4 ‘ia sue rte 336 ,66?
Mercure (Dulong, 350°). . . : 346 ,66
Ces liquides émettent des vapeurs qui, à leurs termes respectifs d’ébullition, font équilibre à la pression de l'atmosphère équivalant à 76 centimètres de hauteur verticale de mercure; mais à des températures inférieures , ils produisent des vapeurs d'un pouvoir élastique inférieur. C’est ainsi que la vapeur de mercure s'élève dans le vide du tube barométrique , comme cela se voit particulièrement dans les climats chauds, par la rosée mercurielle sur le tube de verre, à son sommet, Il s'ensuit , que l'humidité aqueuse adhérente au mercure le fait abaisser au-dessous du véritable niveau barométrique , d’une quantité proportionnelle à la température. La détermination de la force élastique des vapeurs, en contact avec leurs liquides à différentes températures , a été l’ohjet d’un grand nombre d'expériences. Le moyen de mesurer leurs élasticités , décrit dans le Mémoire du Dr Ure sur la chaleur, semble convenable et susceptible de
récision.
Un tube de verre d'environ 3 millimètres de diamètre intérieur, et deux mètres de long , est scellé à l’une de ses extrémités, et formé par une courbure arrondie à son milieu , en un siphon dont les deux branches sont parallèles, et à la distance : June de l’autre d'environ 6 centimètres. Dans cet:
intervalle, entre les branches est ajusté un morceau rectangulaire de liége, qu’on y assujettit solidement au moyen d’une ficelle , à environ 15 centimètres des extrémités du siphon. On introduit alors dans le tube du mercure bien sec, de manière à remplir la branche scellée et la portion recourbée du siphon. En suspendant ensuite par le liége, le baromètre à siphon dans une direction verticale , le niveau du mercure, dans chacune des branches, prendra une situation correspondante à la pression de l’atmosphère. La différence est done la véritable hauteur du baromètre au moment de l’observation ; et cette hauteur peut être mesurée par l’application d’une échelle séparée, divisée en centimètres et millimètres. Après avoir ‘alors fixé des anneaux de fil très fin de platine autour du tube aux deux points de niveau du mercure, on introduit dans ce tube quelques gouttes d’eau distillée, récemment bouillie, en la faisant passer à travers le mercure. La vapeur s’élevant de l’eau fera baïsser le niveau du mercure dans la branche scellée, et l’élèvera dans la branche ouverte d’une quantité égale dans chacune, à la moitié de la dépression réelle. Il serait difficile de mesurer distinctement, et avec une exactitude minutieuse , cette différence de niveau ; mais on peut aisément connaître la dépression totale, qui est la quantité cherchée, en introduisant du mercure en un filet délié dans la branche ouverte, jusqu'à ce que la surface du mercure dans la branche Stellée devienne encore une fois tangente à l'anneau de platine, ce qui se reconnaît par une ligne de lumière, comme dans le baromètre géodésique. La colonne verticale de mercure ;, au-dessus du niveau initial inférieur, étant donc mesurée, elle représente précisément la force élastique de la vapeur, puisque cette élévation du mercure, était nécessaire pour surmonter la force d’élasticité de
Ja vapeur. Tout l’objet consiste alors à appliquer une chaleur réglée à la. portion supérieure de la branche scellée, à partür d’environ 25. millimètres au-dessous du niveau mercuriel jusqu'à son sommet.
On remplit aisément cet objet en faisant passer le tube à travers un liége, percé à ceteffet, dans une fiole renversée, de 125 millimètres de diamètre, et de 175 millimètres de long; dontona préalablement enlevé le fond au moyen d’un fer chaud ; ou l’on peut avoir, pour s’en servir dans ce cas, une fiole faite sans fond. Si l’on presse fortement dans l’ouverture de la fiole, le liége qui porte le tube , cette fiole ne laissera rien couler du liquide qu'on y met. En inclinant le siphon, on en fait sortir un peu du mercure, de manière qu’étant redressé, le niveau dans la branche plus basse puisse coincider à peu près avec l’anneau. En suspendant alors l'appareil dans une position verticale, on introduit dans la fiole de l’eau à zéro. Lorsque le tube barométrique a acquis la température de l’eau qui l'entoure, on ajoute lentement du mercure dans la branche ouverte, jusqu’à ce que le niveau primitif soit rétabli & Panneau de platine supérieur : la colonne de mercure qui reste au-dessus de l’anneau de platine inférieur dans Ja branche ouverte, représente la force de la vapeur aqueuse à zéro. Quant aux températures plus basses, on peut mesurer la force de la vapeur à ces températures en mettant des mélanges frigorifiques salins dans la fiole. Pour connaître la force de la vapeur à des températures plus élevées, on dirige sur les côtés opposés de la partie renflée de la fiole de Pair échauffé par les flammes faibles de deux lampes d’Argand. A chaque élévation de deux ou quatre degrés de température , il faut détérminer l’augmentation de l’élasticité vaporeuse,
en y vsant du mercure dans le siphon jusqu'à ce À F
que sa pression verticale surmonte cette élasticité et rétablisse le niveau primitif supérieur.
Pour les températures supérieures à 100 degrés centigrades, j’emploie la même disposition d'appareil, légèrement modifiée. La branche scellée du siphon à 15 ou 17 centimètres de long, tandis que la longueur de la branche couverte est de 25 à 30 centimètres. Le siphon est maintenu dans la rainure d’un prisme de bois gradué. Le niveau initial devient 100° centigrades lorsque le mercure est dans chacune des branches dans un plan horizontal, et alors la chaleur est communiquée à travers de l’huile servant de milieu. Si en courbant le tube qui forme le siphon, on lui fait faire un angle écartant d'environ 35° les branches de leur parallélisme, un ballon tubulé est le vaisseau . qui convient pour contenir l'huile. Le liége de
orme conique que traverse l’extrémité de la branche scellée du siphon étant introduit avec force dans l’ouverture conique du ballon, le rend parfaitement fermé, sans qu’il puisse s’en rien éconler à toutes les températures élevées auxquelles la chaleur peut faire progressivement gonfler Fhuile qu’il contient. Celui qui n’a pas fait des essais de ce genre, peut former des objections
.contre la probabilité de fermer aussi hermétique-
ment le ballon ; mais ayant opéré ainsi dans des expériences de plusieurs mois consécutifs, j'ai eu
lieu de me persuader qu’il n’y a qu'une extrême
Hmaladresse du manipulateur qui puisse donner lieu à ce qu’il s'écoule du ballon des gouttes
d'huile , lors même qu’elle est chauffée à 160 de-
.Srés centigrades. Dans la tubulure du ballon est admis un thermomètre. ;
» … Dansles essais du Dr Ure, pour chercher s’il pourfait exister quelque rapport entre les élasticités Cidessus de la vapeur aqueuse et les températures , il ent lieu de reconnaitre la loi suivante :
« La force élastique de la vapeur d’eau à 98,88 degrés centigrades , est de 734nm06 de mercure ; à 93°,33, elle est de 599"m44; le rapport est 1,23. Le rapport pour 87°,77 est 1,24, pour 82°,22; 1,25, et ainsi de suite, progressivement pour chaque intervalle de 5°,55 centigrades d’abaissement de la température. Au contraire, le rapport pour chaque intervalle de 5°,55 centigrades d’élévation de température au-dessus de 08°,88 est de 1,22, 1,21, 1,20, €C. »
La modification suivante de la même règle donne des résultats plus exacts. Soit r le rapport moyen entre celui de 98#°,88 et la température donnée; r le nombre des termes (chacun de 5°,55 centi-grades ) distant de 98,88 ; soit F la force élastique de la vapeur d’eau en centimètres de mercure. Alors, log. de F=log. 734,06 + # log. r; le signe positif étant employé pour les températures plus élevées que 98°,88 centigrades, et le signe négatif pour les températures au-dessous de celle-ci. |
En déterminant , par l’expérience, le volume de vapeur qu’un volume donné de liquide peut produire à ro0° centigrades, M. Gay-Lussac a Écte reusement résolu le problème très difficile de la mesure des pesanteurs spécifiques des vapeurs. Après avoir pris le poids d’une bulle de verre mince, ayant une tige courte capillaire, il remplissait cette bulle du liquide à essayer, et il en scel- . lait hermétiquement l’orifice. En pesant alors la bulle ainsi remplie, et déduisant de son poids total celui déjà connu de la bulle, il avait le poids du liquide; il prenait alors une cloche de verre longue et étroite, divisée en parties de capacités égales, pouvant contenir environ un litre et demi, et le vemplissait de mercure? Il renversait ensuite cette : cloche sur un bain de même métal , et y introdui-. sait la petite bulle de verre rerhplie du liquide en: expérience qui gagnait le haut de la cloche. Tout
étant ainsi disposé , il enveloppait la cloche d'un cylindre sans fond ou manchon de verre plus long qu’elle, et plongeant par sa partie inférieure dans le mercure. Après avoir alors rempli d’eau l’intervalle entre la cloche et le manchon, de manière que la cloche s’en trouvât couverte , il plaçait tout l'appareil sur un fourneau où l’on allumait le feu; l’eau et le mercure, en s’échauffant , échauffaient aussi le liquide contenu dans la petite bulle de verre; celui-ci, en se dilatant, brisait son enveloppe , se répandait au sommet de la cloche , et s’y réduisait en vapeur dont on élevait la température jusqu’à ce que l’eau du cylindre fût entrée en ébullition. On mesurait alors la hauteur de la colonne de mercure qui reste dans la cloche audessus du niveau extérieur, et d’après elle, on calculait aisément le volume de la vapeur qui la pressait. La quantité du liquide sur lequel on opérait était toujours si petite, qu’il était converti en totalité en vapeur. :
La table qui suit présente les pesanteurs spécifiques telles qu’elles furent déterminées par la méthode ci-dessus. ;
Pesant. spéc. , celle Termes d’ébullit.
de Pair = 1. centigrades.
Vapeur d’eau. . . . . 0,62349 100° Acide hydrocyanique. 0,94760 26,5 Alcool absolu. . . . - 1,6050 7833 Éther sulfurique. . . 2,5860 35,96 Éther vit dique . 5,4749 64,44 Huilede térébenthine. 5,0130 157,77 Carbure de soufre. . 2,6447 46,67
Éther muriatique. . . 2,2190 M. Thénard 11,11
Les pesanteurs spécifiques ci-dessus sont estimées sous la pression de 76 centimètres de mercure.
M. Gay-Lussac a trouvé que; lorsqu'une combi-
naison liquide d’alcool et d’eau ou d’alcool et d’éther est convertie en vapeur à 100 centigrades, le volume est exactement la somme des volumes que chacun de ces liquides aurait séparément produits ; de sorte que la condensation par Paction chimique dans l’état liquide, cesse d’avoir lieu dans l’état gazeux. On a observé que des volumes égaux d’alcool absolu et de carbure de soufre, à leurs termes respectifs d’ébullition de: 79°44 et 520,22 centigrades , fournissent chacun une.quan-. tité égale de vapeur de la même densité. Il a promis une détermination plus précise, et peut-être est-elle nécessaire sur ce sujet intéressant. I] paraît qu’un volume d’eau à + 4°,44 centigrades forme 1694 volumes de vapeur à 100° centigrades. Il à déjà été établi que l’augmentation subséquente du volume de la vapeur d’eau et autres vapeurs n'étant pas en contact avec leurs liquides respectifs, suit le rapport de l'expansion des gaz, formant une addition à leur volame de 0,375 par chaque intervalle de 100° centigrades; on peut actuellement inférer, et de cette expansion d’une mesure en 1694, et de.la table des forces élastiques de la vapeur d’eau , la violence d’explosion de cet agent à des températures encore plus hautes, et le danger qu’il y a à craindre de l’introduction d’eau dans des moules fermés , où l’on doit verser du métal fondu. De là résultent aussi les accidens terribles qui ont eu lieu en laissant tomber un peu d’eau dans des huiles chauffées. Les petites bulles de verre appelées bombe-chandelle, offrent un exemple frappant de la force de la vapeur d’eau; mais le risque qu’il y a qu’il ne soit lancé des particules de verre dans les yeux, exige que l’emploi de ces bombes ne soit fait que par des manipulateurs prudens. M. Watt évalue à 1800 les volumes de vapeur d’eau résultant d’un volume d’eau; et en nombres ronds, à 1728; nombre qui
DE CHIMIE. 141 diffère peu de la détermination ei-dessuys de M. Gay- Lussac. L'évaluation à 14000, par Moule, était donc extravagante.
1} a été déjà fait mention , que le calorique de fluidité dans la vapeur d’eau surpasse celui d’un poids égal d’eau bouillante d’environ 540° centigrades. La manière la plus convenable de déterminer cette quantité, ou comme on Pappelle la chaleur latente de la vapeur d’eau, consiste à faire passer un certain poids de cette vapeur dans un poids donné d’eau à une température connue, et, de l'élévation de température du liquide , on conclut la chaleur qui s’est dégagée pendant la condensation de la vapeur. MM. Watt, Lavoisier, le comte de Rumfort , ont publié, ainsi que MM. Clément et Desormes et le Dr Ure, des observations sur cesujet. « Dans cette recherche, ditcedernier, je me servais d’unappareil très simple, etpouvant donner, je crois, au moyen d’une disposition convenable, les quantités absolues de chaleur latente dans différentes vapeurs, d’une manière aussi exacte que les inécanismes les plus perfectionnés et compliqués. Avec cet appareil, on obtiendra à tout degré des résultats comparatifs avec une grande précision. Îl ‘consistait en une cornue de verre de très petite dimension, à col court , entrant dans un ballon de verre très miuce et d'environ 8 centimètres de diamètre. Le ballon était entouré d’une certaine quantité d’eau àune température connue, contenue dans un vase de verre. On introduisit dans la cornue 13 grammes du liquide dont on examinait la vapeur, et cette quantité de liquide fut rapidement distillée dans le ballon , à la chaleur d'une lampe d'Argand. La température de l’air était de 7°,22 centigrades et celle de l’eau dans le vase de 2°,06 à 60,11, et l'élévation de température, OCCaslonnée Par la condensation de la vapeur , n’excéda jamais de 29,22 centigrades celle de l’atmosphère. Par ces
moyens, comme la communication de la chaleur entre les corps qui diffèrent peu en température est très lente, je trouvai que l'air ne devait pas exercer d'influence sensible sur l’eau dans le vase pendant l’expérience, qui était toujours complétement terminée dans cinq à six minutes. On remuait continuellement dans cette eau un thermomètre d’une grandesensibilité; et l’on pouvait distinguer, au moyen d’une loupe, ses indications à des petites fractions de degré.
« Le docteur Black ayant négligé les précautions ci-dessus dans toutes ses expériences sur la chaleur latente de la vapeur d’eau ordinaire , il en résulta des erreurs matérielles dans son évaluation de cetté chaleur. C’est ainsi que ce physicien distingué trouva que la chaleur latente de la vapeur d’eau n’excédait pas 426 à 430° centigrades; M. Wait | estima depuis qu’elle se rapprochait davantage de : 488 à 5ano centigrades. Lavoisier et M. jDelaplace | ent porté cette chaleur latente à 537°,97, et le } comte de Rumfort à b60°.
« Dans ma manière de procéder, la petitesse de ». la cornue, le peu de longueur du col, et son inser-tion complète dans le ballon, préviennent toute # condensation par l'air dans son passage, tandis que? Ja surface du ballon, et la masse d’eau étant grande® relativement à la quantité de vapeur employée, lan chaleur est transportée en entier au réfrigérant,,
où elle reste pendant un petit nombre de minutess sans diminution apparente. |
« La même expérience, répétée un grand nombre de fois, $e trouva d’un accord parfait dans ses ré-sultats, dont la table qui suit présente le termes moyen. L'eau, dans chaque cas, pesait enviromn 2 kilogrammes, et l'on distillait 13 grammes det chaque liquide. La cornue était maintenue placéee au centre du ballon au moyen d’un anneau déliéé
fixé autour de son col. » Quant aux réductionns
arithmétiques, je dois renvoyer au Mémoire même. Le docteur Thomson, en commentant cette partie de mes recherches, observe : « [l est évident que les chaleurs latentes déterminées de cette manière doivent être considérablement au-dessous de ia vérité. La méthode imaginée par le comte de Rumford me semble de beaucoup la meilleure. Il refroidissait l’eau qui entourait le ballon, de 20,22 centigrades au-dessous de la température du lieu où il opérait, et il continuait sa distillation jusqu’à ce que la température de l’eau fût devenue exactement supérieure de 2°,22 centigrades à celle dé ce lieu ». M..le docteur Thomson n’a certainement pas lu mon Mémoire avec attention : il ÿ aurait vw que je dis avoir reconnu que l’air n’exerce aucune influence sensible sur l’eau du vase pendant Pexpérience, qui toujours est complétement terminée dans cinq à six minutes. Dans le fait, je Jlaissai le vase de verre d’eau , à plusieurs reprises, à une température de 2°,22 centigrades au-dessus
de celle du lieu pendant le double de la durée de
expérience , et je trouvai à peine un changement
apercevable dans le thermomètre plongé dans cette
eau; je me mettais ainsi suffisamment en garde
<ontre cette source d’erreurs. Mais j’ai reconnu
depuis qu’il était convenable de faire pour le verre
lui-même une compensation que j'ai omis, par
accident, d'introduire dans mes réductions arith-
métiques. Cette rectification aurait élevé la chaleur
latente de l’eau à très près de 537,77 centigrades ,
et celle des autres vapeurs dans un degré propor-
tionnel. Je donne ici la table originale, en y joi-
8nant une colonne corrigée.
Table de la chaleur latente de vapeurs.
Echelle Colonne cent. corrigée.
Vapeur d’eau, à son terme d’ébull. 510°,44 537,77! Alcool, pesant. spécifique 0,825. . 22777 236,11. Éther, terme d’ébullition 44°,44. 150,22 100,09) DÉLAI EPOAMRR ERNS SS ARALES 84,333 Huile de térébenthine. . . . . - + 81,» 84,333 Acide nitrique, pesanteur spéc.
1,404, terme d’ébullit. 730,89
centigrades. . . . + + . + + + * 277177 207,779 Ammoniaque liquide, pes. spéc.
DOS NE D 2 EE EU 447,39 463,27] Vinaigre, pesant. spécifiq. 1,007: 468,33 483,833
« La pesanteur spécifique de la vapeur aqueuséf d’une force élastique faisant équilibre à la pressiorh atmosphérique, est, comparée à celle de l’airt d'après les expériences exactes de M. Gay-lussact dans le rapport de ro à 16. Pour la facilité de coma paraison, faisons la vapeur d’eau l'unité ou = 1,000 Alors la pesanteur spécifique de la vapeur d’étheë
ur est 4,00, tandis que la pesanteur spécifique di ’alcool absolu est 2,60. Mais la vapeur d’étherr dont le terme d’ébullition n’est pas de 37°78 centli grades, mais de 44°,44, comme l’éther de la tabl ci-dessus , contient de l'alcool; et par conséquer le nombre qui représente la pesanteur spécifiquu de sa vapeur doit être un peu diminué ; il deviers dra alors, au lieu de 4,00, 3,55. L'alcool. cd 0,825 de pesanteur spécifique contient beaucouu d’eau. La pesanteur spécifique de sa vapeur est 2,330 celle de la vapeur d’eau étant, comme dessus l'unité 1,00. Les espaces d’interstice dans ces vi peurs seront donc en raisoninverse de ces nombree OÙ 333 pour l'éther, + pour l'alcool, 5 por l’eau : d’où il suit, Que 57 de chaleur latentt
existant dans la vapeur éthérée, occupera un espace proportionnel par une condensation égale, ou que cette vapeur est douée de la méme tension que celle de —— dans la vapeur alcoolique, et de +5 dans la vapeur aqueuse. I! conviendra sans doute d'introduire une petite modification pour la différence des tensions thermométriques, ou chaleurs sensibles, sous la méme force élastique. La vapeur d’eau ordinaire, par exemple, peut être con- Sidérée comme tirant toute son énergie élastique de la chaleur latente multipliée par la pesanteur spé- €ifique + la tension thermométrique,.
Donc les forces élastiques de l’eau , de l’éther et de l’alcool sont ainsi qu’il suit : | À = : o centig.