‹ Manuel de chimie, ou précis élémentaire de cette science dans l'état actuel de nos connaissances (volume 3)Chapitre 41 sur 59 · MANUEL ‘ DU BORE · texte numérisé non relu

MANUEL ‘ DU BORE

MM. Gay-Lussac et Thénard réussirent , en 1808, à décomposer l'acide boracique en le chauffant avec du potassium dans un tube de cuivre chauffé au rouge obscur. Ces savans examinèrent les propriétés de sa base, à laquelle ils ont donné le nom de bore, et ils les décrivirent en détail dans un mémoire qu’ils publièrent sur ce sujet. Sir Humphry Davy décomposa ; en 1809, l’acide boracique par le même procédé que les chimistes français, et 1] publia aussi exposé des propriétés du bore.

Le bore ne se rencontre point à l’état de pureté : dans sa nature ; il est toujours engagé dans quelques : combinaisons. Les composés naturels dont il fait : partie sont l'acide boracique ou borique, le sous- . borate de soude et le sous-borate de magnésie,.

On peut obtenir le bore en mettant dans un | tube de cuivre ou de verre un mélange, à parties 1 égales, d'acide boracique ou borique bien pur, préalablement fondu et réduit en poudre, et de potassium, et en chauffant par degrés le tube con- tenant le mélange jusqu’à le faire rougir légère-ment; on le tient dans cet état pendant quelques: minutes ; à la température de 150 degrés centi-grades, la décomposition commence, et le mélange : chauffé devient d’un rouge intense, ainsi qu’on peut le reconnaître en faisant l’expérience dans un# tube de verre. Lorsque le tube avec lequel on a opéré est refroidi, on verse de l’eau sur la matière qu’il contient pour la laver ; on neutralise la potasse, qui s’est formée, avec de l’acide muriatique, et l’on met le tout sur un filtre. On le lave, et on! le fait sécher à une douce chaleur.

Le bore ainsi préparé ést une poudre d’un brun verdâtre, sans odeur nisaveur. Il peut être exposé, en vaisseaux £los, à la plus violénte chaleur qu'il

soit possible de produire , sans qu’il éprouve d’autre changement qu’une augmentation de densité. Il est tout-à-fait insoluble dans l’eau, l’alcool, l’éther, et dans les huiles, soit à chaud, soit à froid. Il ne décompose pas l’eau, lors même qu'il est chauffé dans ce liquide à la température de 80 degrés centigrades; mais il est probable qu’à une chaleur rouge la décomposition aurait lieu.

Le bore n’a point d’action sur l'air ni sur le gaz oxigène à la température ordinaire de lPatmosphère ; mais si on le chauffe au rouge obscur dans le gaz oxigène, il prend feu et brûle avec beaucoup d’éclat, en absorbant en même temps du gaz oxigène. Par cette combustion , une portion du bore est convertie en acide borique, et cet acide, en se fondant , forme sur le bore une couche qui prive la portion non encore brülée du contact &e l’oxigène, et alors la combustion cesse ; si on lave V’acide borique , la combustion reprend ; mais elle exige une tempéräture plus élevée. MM. Gay- Lussac et Thénard acidifièrent une portion de bore en le chauffant dans l'acide nitrique ; ils parvinrent ainsi à convertir cinq parties de bore en 7,b parties d’acide borique. ;

L’oxigène est, pour ainsi dire, le seul corps simple avec lequel le bore ait pu être combiné jusqu’à présent. |

La pesanteur spécique du bore n’est pas connue; on sait seulement qu’elle est plus grande que celle de l’eau.

DU GARBONE.

Si l’on met un morceau de bois dans un creuset bien recouvert de sable et maintenu pendant quelque temps à une chaleur rouge, ce bois est con- Yerti en une substance noire, brillante, cassante, imodore , insipide, connue sous le nom de charbon de.bois. Les propriétés de cette substance sont à.

LA

peu près les mêmes, quelle que soit l'espèce de bois d’où elle provient, si, pour l'obtenir, on a pris les précautions convenables, en exposant pendant une heure au moins le creuset bien clos à un feu de forge; si l’on néglige cette précaution, les pro priétés du charbon diffèrent considérablement. Le charbon est insoluble dans l’eau. Lorsqu'il est bien dépouillé d’air et d'humidité , il w'éprouve d'autre changement par la chaleur la plus forte, si

ce n’est qu’il devient beaucoup plus dur et plus.

brillant. C’est un excellent conducteur de Pélectricité; il est beaucoup moins susceptible de se pourrir que le bois, et se conserve, par conséquent , plus long-temps ; c’est à raison de cette propriété que les anciens avaient adopté l’usage de charbonner le contour des pieux qu’on enfonçait dans la terre où dans l’eau, afin d’empècher ainsi le bois de se gâter. On se sert efficacement du charbon nouvellement fait pour enlever aux toiles ou aux draps l’odeur désagréable qu’ils auraient pu contracter. On s’est assuré qu’on pouvait employer avec avantage le charbon réduit en poudre, pour la purification d’un grand nombre de substances.

Le charbon récemment préparé est très avide

d'humidité ; on a reconnu que lorsqu'il reste pendant un jour exposé à l'air, son poids augmenté d'environ 12,50 pour cent. La plus grande partie de cet accroïssemeut de poids est due à humidité, qu’il rend en abondance lorsqu'on le plonge, chauffé, à plus de 100 degrés centigrades, sous le mercure.

Lorsque le charbon a été dépouillé , soit par la :

chaleur , soit en faisant le vide, de tout l’air qu’il pouvait contenir, il a la propriété d’absorber une ‘certaine quantité de tout corps gazeux dans lequel il peut se trouver placé. Le procédé de Théodore de Saussure, à qui l’on doit la suite la plussatisfaisante et la plus complète d’expérientes sur l'absorption des gaz par le charbon, consistait à faire chauffer au

rouge le morceau de charbon qu'il soumettait à l’expérience , à le plonger, dans cet état, sous le mercure , et à l’introduire, lorsqu'il était froid, dans le gaz à examiner. L’absorption de tous les différens gaz qu’il essaya ainsi avait complétement lieu au bout de vingt-quatre heures , et elle n’augmentait pas lorsqu'on laissait plus long-temps le charbon en contact avec le gaz.

Lorsque le charbon, déjà saturé d’un gaz, est placé dans un autre gaz, il laisse échapper une portion du gaz précédemment absorbé, et il absorbe une portiou du nouveau gaz; les proportions varient en raison de Ja faculté d’absorption des deux gaz par le charbon.

Le carbone est toujours solide, sans odeur et sans saveur ; le plus souvent, il est noir, sans forme régulière , facile à réduire en poudre : tel est celui qui provient du bois. Alors il ést difficile d’en déterminer exactement la pesanteur spécifique , parce qu’il est rempli de petites cavités, dont on ne peut pas aisément chassér l'air.

Quelquefois le cabone est compacte, friable, luisant , ressemblant à la houille, noir et aussi sans forme régulière ; dans cet état, les minéralogistes Pappellent antracite. L’antracite d’Allemont , département de l’fsère, contient 0,97 de carbone; sa

pesanteur spécifique est de 1,8.

Plus rarement le carbone est cristallisé, et si dur, qu’il raye tous les corps, et n’est rayé par aucun. Dans cet état, il constitue le diamant, autre substance, qui a beaucoup des propriétés du carbone, quoique dans d’autres elle en diffère : c’est la plus dure et la plus belle de toutes les pierres précieuses.

Ce fut Lavoisier qui, guidé par les expériences de Newton et des académiciens de Florence, apercut le premier le carbone dans le diamant. |

- Newton avait eu l’occasion de remarquer que les

corps réfractaient d’autant plus la lumière qu'ils étaient plus combustibles, et ayant reconnu que le diamant était doué d’une grande force réfringente, il soupçonna qu’il était combustible. Les académiciens de Florence avaient rendu, dès 1694, cette conjecture très vraisemblable, en exposant des diamans au foyer d’un miroir ardent, et en observant qu’ils s’y consumaient.

Plusieurs chimistes français l’avaient mise, ainsi que le rapporte Macquer dans le détail qu'il donne à cet égard, hors de doute, en prouvant que les diamans ne perdaient rien de leur poids lorsqu'on les calcinait sans le contact de l’air, et se dissipaient, au contraire, lorsqu'on les calcinait avec le contact de ce fluide; ce fait fut emplement établi et confirmé par les expériences de Darcet, Rouelle, Macquer et Cadet. Cependant Lavoisier, ayant continué ces recherches, 1ls’assura, en brû- Jant par le moyen de fortes lentilles des diamans, dans des vaisseaux férmés, que, pendant leur combustion , il se formait du gaz acide carbonique, et que, sous ce rapport et sous celui de l’affinité , ?l existait une analogie frappante entre le diamant et le carbone, lorsqu'ils étaient chauffés l’un et l’autre dans des vaisseaux fermés. Ces expériences sur la combustion du diamant furent répétées depuis par Lavoisier lui-même, et par plusteurs autres sayans français et étrangers, et tous leurs ré-: sultats, ayant été à peu près les mêmes , il semble : aujourd’hui bien démontré que, quoiqu'il existe une si grande différence entre le diamant et le char- bon, ces deux corps sont identiquement de même nature; car, soit que l’on combine 72,62 d’oxi-: gène avec 27,38 de diamant ou de charbon pur, il! en résulte 100 parties d'acide carbonique ; or le: gaz acide carbonique est un corps constamment! formé des mêmes élémens , et dans les mêmes pro-. portions: donc le diamant est du charbon pur, et!

ne diffère de celui-ci que par l’arrangement de ses molécules.

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