‹ Manuel de chimie, ou précis élémentaire de cette science dans l'état actuel de nos connaissances (volume 3)Chapitre 42 sur 59 · DU PHOSPHORE · texte numérisé non relu

DU PHOSPHORE

Le phosphore fut accidentellement découvert, en 1669, par Brandt, alchimiste de Hambourg, lorsqu'il s’occupait des moyens de trouver dans l'urine humaine un liquide capable de convertir largent en or. Il fut d’abord fait trafic de cette découverte, dont on eut soin de faire un secret, quelques essais qu’on eût fait, mais jusqu'alors sans succès de produire le phosphore, jusqu’en 1737, époque à laquelle il vint à Paris un étranger qui offrit de faire le phosphore. Le gouvernement français lui accorda une récompense pour la communication de son procédé, qu’il exécuta avec succès en présence de Hellot, Dufay, Geoffroy et Duhamel, commissaires nommés à cet effet; et dans les Mémoires de l’Académie des Sciences de la même année 1737, Hellot publia ce procédé dans le plus grand détail. Margraf, qui s’était livré vers la même époque à la recherche du phosphore, proposa à ce procédé un perfectionnement qui consistait à mêler un sel de plomb à lurine épaissie.

Ce fut en 1769 que Gahn, chimiste suédois, découvrit que le phosphore est contenu dans les os; et peu de temps après, Schéele trouva un procédé pour l'en obtenir. Al

On peut préparer le phosphore par le procédé suivant, qui est celui de Fourcroyÿ et de M. Vauquelin : ;

On fait brûler, ou, en terme de chimie, calciner des os, jusqu’à ce qu'ils cessent de donner de la fumée , et de répandre aucune odeur quelconque. Après les avoir réduits en poudre fine, on met dans une bassine de porcelaine ou de grès, 100

parties de cette poudre délayée dans quatre fois son poids d’eau; on y ajoute alors peu à peu, et en remuant bien chaque fois, 40 parties d’acide sulfurique. Le mélange s’échauffe, 1l s’y manifeste un dégagement très abondant de builes d’air, ce qu’on appelle en chimie effervescence ; on laisse le mélange dans cet état pendant vingt-quatre heures, en ayant soin de le remuer de temps en temps avec une baguette de verre ou de porcelaine, afin de faciliter l’action de l’acide sulfurique sur la poudre d’os. Le tout est alors retiré de la bassine pour le mettre sur un filtre de toile, placé audessus d’un vase de porcelaine, destiné à recevoir la liqueur qui passera à travers. On kve ensuite la poudre blanche restée sur le filtre avec de l’eau. pure, à plusieurs reprises, et jusqu’à ce que Île lavage n’ait plus de saveur sensible; on verse alors lentement dans la liqueur réunie dans la bassine et qui a une saveur tres acide, du nitrate de plomb dissous dans l’eau; il se précipite immédiatement au fond du vaisseau une poudre blanche. Il faut ajouter du nitrate de plomb pendant tout aussi long-temps que la précipitation de cette poudre continue d’avoir lieu ; on filtre alors le tout ; et après avoir bien lavé et séché la poudre blanche restée sur le filtre, on y ajoute environ un seizième de son poids de poussière de charbon. On met ce mélange dans une cornue de grès, qu’on place dans un fourneau , en faisant plonger le bec de la cornue dans un vase rempli d’eau, de manière qu’il se trouve toujours au-dessous de sa surface; on chauffe alors par degrés jusqu’à ce que la chaleur de la cornue soit portée au blane. Ï1 s’en dégage une grande quantité de bulles d’air, dont quelques unes prennent feu par le contact de l'air, et viennent crever à la surface de l’eau; et lorsque la chaleur est assez forte , il en découle une substance, ayant l’aspect de la cire fondue,

qui fige dans Peau en sortant du bec de la cornue qui y plonge : cette substance est le phosphore.

Il a été fait, depuis 1722, beaucoup d’expé:

riences sur le phosphore ; des recherches importantes eurent lieu sur cette substance tout récemment par sir Humphry Davy, et par MM. Gay- Lussac et Thénard. MM. Thenard et Vogel ont examiné la poudre rouge qui reste après la combustion du phosphore , et les changemens que pro” duit sur cette poudre l’action de la lumière, et MM. Dulong et Berzélius se sont occupés de la combinaison du phosphore avec l’oxigène.

Le phosphore est ordinairement d’une couleur légèrement ambrée; mais lorsqu'il a été préparé avec soin, il est à peu près incolore et transparent. Lorsqu'il a été conservé pendant quelque temps dans l’eau, il devient opaque à l'extérieur, et ressemble beaucoup alors à de la cire blanche, dont il a à peu près la consistance; on peut le couper avec un couteau ou le tordre avec les doigts; il est insoluble dans l’eau, et sa pesanteur spécifique moyenne est de 1,770.

Le phosphore se fond à la température de 37 degrés centigrades , et à une température de 42 degrés centigrades il est en fusion complète. Il faut avoir soin de tenir le phosphore sous l’eau quand on le fond ; car il est si combustible, qu'il ne pourrait être facilement fondu à l'air sans qu’il prit feu. Le phosphore nouvellement préparé est toujours sale, parce qu’il est mêlé avec de la poussière de charbon et autres impuretés; on l’en sépare en le fondant sous l’eau et en le faisant passer dans cet état à travers un morceau bien nettoyé de peau de chamois. On peut le former en bâtons, en en mettant dans un entonnoir de verre à long tube et fermé à son extrémité par un bouchon de liége: et en plongeant le tout dans l’eau chaude, le phosphore se fond et prend la forme du tube ; on l’en

fait sortir aisémént avec un morceaf@fde bois, lorsqu'il est refroidi. Le phosphore s’évapore à l'abri du contact de l’air, à la température de 104 degrés centigrades ; il y entre en ébullition à celle de 290 degrés centigrades.

Le phosphore, brûlant avec tant de facilité, ne doit point exister à l’état de pureté dans la nature: aussi, jusqu’à présent , ne l’a-t-on rencontré qu’en combinaison avec d’autres corps.

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