DU CHLORE
Schéele découvrit, en 1774, cetté substance, qu’il désigna par le nom d'acide marin déphlogistiqué. I] recut des auteurs de la nouvelle nomenclature, lors de la réformation du langage chimique, celui d’acide muriatique oxigéné , et ensuite, de Kirwan, la dénomination de gaz oximuriatique , parce qu’on le considérait comme un composé d’oxigène ét de l’acide du sel marin , appelé alors acide muriatique.
Lés principales recherches dont ce corps a été l'objet sont dues à Berthollet, Guyton-Morveau, Chenevix, à MM. Gay-Lussac et Thénard, et à sir Humphry Davy. |
Berthollet en fit une étude particulière, et créa un art aujourd’hui généralement pratiqué, l’art de blanchir les toiles par le chlore. Guyton-Morveau s’en servit pour désinfecter l'air ; Chenevix chercha le premier à déterminer les proportions de l'acide muriatique oxigéné; MM. Gaÿ-Lassac et Thénard tirèrent de leurs expériences cette conséquence importante que l’acide muriatique oxigéné, qui jusqu’alors avait été regardé comme un corps composé, pouvait être considéré comme un corps simple, et que tous les phénomènes qu’il présentait s’expliquaient très bien dans cette hypothèse, que dix-huit mois après que MM. Gaÿ-lussac et Thénard l’éurent énoncée ; sir Humphry Davy adopta exclusivement.
Le chlore peut s’obtenir par le procédé qui suit : on introduit dans une petite cornue de verre du peroxide de manganèse réduit en poudre, et on y ajoute de l’acide muriatique (hbydrochlorique)ordinaire du commerce, en quantité suffisante pour qu’il en puisse résulter un mélange à l’état de pâte. On fait plonger le bec de la cornue dans une cuve
d’eau, et l’on place dessus ün flacon de verre renversé et préalablement rempli d’eau, pouvant contenir un litre de ce liquide. On chauffe la cornue à la lampe; il y a dégagement d’un gaz qui entre dans le flacon , déplace l’eau et le remplit. Aussitôt que le flacon est plein du gaz dégagé, on le retire et on le ferme exactement avec un bouchon de verre usé à l’émeri et tout préparé à cet effet. On substitue un autre flacon au premier, et ainsi successivement jusqu’à ce qu’on ait obtenu la quantité de gaz qu’on désirait se procurer. Ce gaz est le chlore, ainsi nommé à cause de sa couleur.
Le chlore est un corps gazeux ayant les propriétés mécaniques de l'air. Sa couleur est jauneverdâtre. Il a une odeur extrêmement forte et suffocante, qui est exactement semblable à celle de l’eau régale ou du mélange bien connu des acides nitrique et muriatique (hydrochlorique ). Lorsqu’on est exposé à respirer les vapeurs du chlore, on éprouve une sensation d’étouffement des plus insupportables; elles provoquent une toux violente avec expectoration, qui continue pendant quelque temps, et réduit à un très grand degré de faiblesse. La saveur de ce gaz est astringente.
La pesanteur spécifique du chlore est, suivant les expériences de MM. Gay-Lussac et Thénard, de 2,4700, et le poids d’un décimètre cube de ce gaz à la température de 16° centigrades, et sous la pression barométrique de 76 centimètres , est de 3,149985r.
Lorsqu'on expose à l’action du chlore une couleur végétale bleue quelconque , cette couleur est immédiatement détruite, et elle ne peut plus être rétablie par aucun moyen que ce soit. Ainsi , le chlore a la propriété de détruire toutes les couleurs végétales et de blanchir les corps colorés. Cette propriété lui fut reconnue, pour la première fois, par Schéele , et Berthollet voulut en faire une
276 MANUEL application utile en proposant l’emploi du chlore dans la pratique du blanchiment.
La flamme des bougies, qu’on introduit dans ce gaz, pâlit d’abord , rougit et ensuite disparait.
Si un animal est plongé dans une atmosphère de chlore , de manière à être forcé de respirer le gaz à l’état de pureté, il périt instantanément. Ainsi le chlore ne peut entretenir la vie des animaux.
L'eau absorbe le chlore avec une très grande rapidité lorsque le gaz est pur. L’absorption est beaucoup plus lente s’il est mêlé avec l'air ou tout autre gaz étranger. Suivant les expériences de Dalton, un volume d’eau, à la température et à la pression ordinaires, absorbe deux volumes de chlore. L’eau acquiert la couleur jaune-verdäire, l'odeur désagréable, la saveur astringente et les propriétés blanchissantes du gaz lui-même.
Le chlore bien sec n’a encore pu être ni liquéfié, ni, à plus forte raison, solidifié par un abaissement de température; il résiste à un froid de 50°; il faut qu’il soit humide pour se congeler, et alors sa congélation a lieu même au-dessous de zéro.
Soumis à une excessive chaleur, il n’éprouve aucune altération. En adaptant une cornue de verre, où le gaz est produit à l’extrémité d’un tube de porcelaine qui traverse un fourneau plein de charbon, et alimenté d’air par un bon soufflet, le gaz sort du tube, possédant les mêmes propriétés qu’en y entrant; on peut le recueillir sur l’eau , au moyen d’un petit tube recourbé.