‹ Manuel de chimie théorique et pratiqueChapitre 102 sur 178 · III. SÉLÉNIUM · texte numérisé non relu

III. SÉLÉNIUM

Symbole, Se. — Poids atomiqpe, 80. — Densité de vapeur, 80. — Volume DE L* ATOME ["].

i 73. Le sélénium, par ses propriétés, est très-voisin du soufre; quoique très-peu répandu, il entre néanmoins comme partie constituante dans un grand nombre de minéraux. La riolite est du sélénium libre mélangé de sulfures sélénifères et de séléniures métalliques. Le soufre des îlesLipari est également accompagné deséléuium. On le rencontre en quantités plus ou moins considérables dans des pyrites de certaines provenances, notamment dans cell,es de Fahlun en Suède, deKraslitzet de Luckawitz en Bohême; il existe également dans quelques pyrites cuivreuses, dans celles de Rammelsberg et d'Ànglesea, par exemple.

Le sélénium se rencontre encore, mais en plus petites quantités, dans d'autres sulfures métalliques, par exemple dans les sulfures de plomb et de molybdène, et dans quelques minéraux tellurifères. On connaît des séléniures naturels de cadmium, de fer, de nickel, de cuivre, de mercure, de plomb et d'argent.

[M. Nordenskjoeld a fait connaître récemment un nouveau minéral qui est un séléniure de cuivre, d'argent et de thallium, voisin par sa constitution de l'enkaïrite dans laquelle Berzelius constata la présence du sélénium.]

On extrait principalement le sélénium des séléniures doubles de cuivre et de plomb, ou des dépôts qui se forment dans les chambrés de condensation des fabriques d'acide sulfurique où Ton emploie des soufres ou des pyrites sélénifères. C'est dans les pyrites sélénifères provenant de Fahlun que Berzelius découvrit le sélénium en 1817. Le nom de cet élément a pour étymologie cts^^vïj, la lune.

174. a. Voici la marche suivie pour retirer le sélénium des séléniures cupro-plombiques du Harz. On traite par de Tacide chlorhydrique le minerai finement pulvérisé, dans le but de dissoudre les carbonates terreux qu'il renferme; le résidu lavé et séché est ensuite mélangé avec son propre poids de flux noir et calciné légèrement pendant quelque temps. Le sélénium se transforme ainsi en séléniure de potassium; on épuise la masse par l'eau bouillante, ce qui sépare le sélénkim des oxydes métalliques qui l'accompagnent. Si l'on abandonne à l'air la solution ainsi obtenue, elle en absorbe l'oxygène, et le sélénium se dépose à l'état d'une poudre grise qu'on lave, qu'on sèche et qu'on distille.

|3. Pour l'extraire des dépôts des chambres de plomb de certaines fa-

SÉLÉNIUM. n\

briques d'acide sulftirique, par exemple de celles de Fahluii, ou mélange ceux-ci avec de l'azotate et du carbonate de potassium et l'on fond le mélange au rouge. Le résidu qui renferme du séléniate de potassium est ensuite traité par defacide chlorhydrique, et le tout soumis à l'èvaporation ; il se produit une réduction et de Tacide sélénieux est mis en liberté. On sature ensuite la liqueur par de Tacide sulfureux et on la soumet àTébullition, le sélénium se sépare alors en flocons amorphes rouges.

175. Le sélénium, comme le soufre, se présente sous différents états allotropiques. La modification soiuble du sélénium comporte plusieurs variétés. On obtient du sélénium cristallisé par l'action lente de Fair sur les solutions des séléniures et des sélénhydrates. Il se dépose de sa solution dans le sulfure de carbone parl'évaporationde ce dissolvant, ou encore, lorsque Ton refroidit la solution de sélénium dans Tacide sulfurique concentré. On l'obtient aussi quelquefois cristallisé en laissant refroidir très-lentement du sélénium en fusion ; il cristallise enfin spontanément, si Ton abandonne à lui-même du sélénium vitreux ou si on le chauffe au-dessus de 125«. Le sélénium cristallisé se présente en prismes quadrangulaires dont le système n*a pas été rigoureusement établi. Il est probable qu'il est dimorphe. Sa densité est égale à 4,5 — 4,8 ; il fond à 211^,5 sans éprouver d'abord de ramollissement. Il est un peu soiuble dans le sulfure de carbone et est conducteur de Télectricité ; sa conductibilité augmente rapidement avec la température. Le sélénium amorphe qui se dépose par l'exposition à l'air de l'acide sélénhydrique, ou par électrolyse, est également soiuble dans le sulfure de carbone.

Le sélénium vitreux se forme par la solidification du sélénium fondu ; il forme une masse fragile, à cassure vitreuse, d'un éclat presque métallique et d'une couleur brun foncé. Sa densité est égale à 4,»5. Il est presque insoluble dans le sulfure de carbone, ne conduit pas l'électricité, mais devient électrique lorsqu'on le frotte dans une atmosphère sèche. A la température ordinaire, il se transforme très-lentement en sélénium cristallisé, en prenant une teinte grisâtre et une cassure finement grenue. Le sélénium vitreux étant broyé donne une poudre rouge foncé et se transforme dans la modification cristalline* Celte transformation du sélénium vitreux s'opère très-rapidement sous l'influence de la chaleur, sur tout à 1 25-1 30% température à laquelle il devient brusquement cristallin, en même temps que le thermomètre s'élève rapidement, par cette seule transformation, presque vers 200**. Le sélénium vitreux se ramollit beaucoup dans Peau bouillante, conserve cette consistance pendant quelque temps et peut être étiré en fils comme la

gomme-laque. On oblieul le sélénium insoluble ou électro-positif par Télectrolyse de l'acide sélénieux; dans cette opération, le sélénium se dépose au pôle négatif. On l'obtient également en réduisant l'acide sélénieux par l'acide sulfureux. Cette dernière variété présente, comme le sélénium vitreux, le phénomène d'élévation subite de température lorsqu'on le chauffe à un certain degré.

Le sélénium est complètement insoluble dans l'eau froide ou bouillante. 11 est un peu soluble dans l'acide sulfuriqiio concentré, mais s'en dépose lorsqu'on y ajoute de l'eau. 11 est difficilement combustible; jcependant, convenablement chauffé, il brûle avec ujie flamme bleue, mais en même temps il se répand des fumées jaune rougeâtre de sélénium non brûlé ou, peut-être, d'un protoxyde do sélénium, composé auquel on attribue généralement l'odeur que répand le sélénium en brûlant. Le sélénium, chauffé à l'abri de l'air, bout au-dessous du rouge sombre en émettant des vapeurs d'un jaune foncé qui, suivant la capacité du vase où elles se produisent, se condensent en un sublimé rouge écarlate, ou en gouttelettes se concrétant en masses brillantes brunes. La densité de vapeur du sélénium pur, à une température qui ne dépasse pas beaucoup celle du point d'ébullilion, est anormale, comme celle du soufre observée dans les mêmes circonstances; mais prise vers i 000* elle est 80 fois plus considérable que celle de l'hydrogène à la même température.

Acide sélénhydrique.

Symbole, ffSe. — Poids moléculaire, 82. — Densité, 41. — Volume de LA molécule! \ 1.

476. Ce gaz se forme par l'action de l'acide chlorhydrique étendu ou de l'acide sulfurique étendu sur le séléniure de potassium, sur lesélèniuredefer, etc., de même que l'hydrogène sulfuré est obtenu par l'action de ces acides sur les sulfures : FeSe-i-H*SO* = FeSO*-|-H*Se.

On peut aussi l'obtenir par l'action du sélénium sur l'acide iodhydrique : Se -4- 2HI = P 4- SeH* (Hautefeuille) .

L'acide sélénhydrique, ou hydrogène sélénié, est un gaz incolore et combustible. Il est soluble dans Teau et ne peut pas être conservé longtemps sur la cuve à mercure. Il possède une odeur forte et trèsdésagréable, qui émousse ou détruit complètement, pendant plusieurs heures, le sens de l'odorat. Sa solution aqueuse absorbe rapidement Toxygène de l'air en laissant déposer du sélénium. La saveur de sa solution rappelle celle de l'hydrogène sulfuré; elle a une réaction faiblement acide et provoque dans la plupart des solutions métalliques

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