‹ Manuel de chirurgie de guerre [electronic resource]Chapitre 20 sur 35 · BARAQUES, TENTES, AMBULANCES DE NÉCESSITÉ · texte numérisé non relu

BARAQUES, TENTES, AMBULANCES DE NÉCESSITÉ

Convenables.

Marchés. -Ateliers de construction. -Fabriques. -Granges. — Châteaux. - Édifices publics.

Conditionnellement convenables.

Églises. -Pensionnats. - Écoles. - Hôtels. - Établissements thermaux.

A rejeter.

Cellules de couvents. — Maisons particulières. — Hôpitaux militaires. — Hôpitaux civils. - Casernes, - Navires.

L'aménagement des ambulances varie ordinairement avec les exigences du climat et les habitudes des populations. En guerre, d'ailleurs, il faut s'accommoder de ce qu'on a. Malgré cela, il subsiste des règles générales auxquelles on a le devoir de se conformer le mieux possible. Ces règles sont relatives soit à l'hygiène des établissements, soit à l'organisation du service; avec les modifications raison-

nables et nécessaires, elles sont applicables partout o ù il s'agit de recevoir des malades ou des blessés, soit d'une manière improvisée, soit dans une installation préparée d'avance.

Mesures contre V incendie. — Partout où une ambulance est organisée soit dans des habitations privées, soit dans des bâtiments spéciaux, on doit tenir compte des dangers d'incendie et prendre les mesures nécessaires pour arrêter le feu. Dans les établissements importants, il y a lieu d'organiser un service et des gardes d'incendie (baraques du Tempelhoferfeld à Berlin) ; quand les bâtiments sont trèsélevés, on préparera des échelles de sauvetage et des cordages ; quand les constructions sont facilement inflammables, comme les baraques, par exemple, ou attachera des haches de sapeur-pompier à chaque toit (Haurowitz, baraques américaines); enfin, dans tout établissement, 'quelque restreint qu'il soit, doit se trouver au moins une pompe à incendie. Dans les combles de tout hôpital sédentaire il faudrait qu'il y eût un grand réservoir d'eau, et cette disposition devrait se retrouver en petit dans toutes les ambulances improvisées.

Une conduite d'eau suffisante, non-seulement pour alimenter l'établissement en eau potable, mais aussi pour servir aux travaux de propreté et aux besoins du service d'incendie, ne doit, autant que possible, faire défaut nulle part. Dans les baraquements de Coblentz et à l'hôpital sous baraques de Bruxelles, cette installation était organisée de la manière la plus complète. Le médecin en chef d'un pareil établissement, surtout quand il s'agit d'une ambulance im-

provisée, fera bien de se réserver personnellement le soin de veiller à cette partie du service; il arrêtera les dispositions générales à prendre en cas d'incendie et fera exercer son personnel à la manœuvre de la pompe à incendie, de la chaîne, de l'application des échelles et de l'usage des cordes de sauvetage.

Tous ceux qui connaissent les terribles et éternels dangers de l'incendie dans les pays où ne se trouvent guère que des constructions en bois, ceux qui réfléchissent qu'il s'agit ici de malades incapables de s'aider eux-mêmes, souvent même de faire le moindre mouvement , ne trouveront certainement pas qu'aucune de ces mesures de prévoyance soit exagérée. Par les chaleurs prolongées, on aura soin d'arroser par intervalles toutes les constructions en bois et leurs environs, ce qui a des avantages multiples, car non-seulement on diminue la sécheresse et, par suite, les dangers d'incendie, mais encore on maintient la pompe en état et les gens de service au courant de la manœuvre, sans parler des bienfaits de l'humidité de l'air et de la production d'ozone.

Chambre des morts. — Partout où l'on a reçu des malades et des blessés, il faut prévoir la possibilité de décès, et il importe de veiller, tant pour des raisons d'hygiène que pour des raisons d'humanité, à ce que les morts ne séjournent pas avec les vivants. Dans toute ambulance, dans toute localité ayant reçu des blessés de la guerre, il faut donc installer une chambre des morts. Celle-ci doit être fraîche, située à l'écart, facilement abordable et susceptible d'être fermée; elle doit être assez spacieuse pour que les cadavres puissent y être exposés d'une manière

décente et que des autopsies puissent y être pratiquées. Le meilleur serait de la placer à proximité de la chapelle où l'on rend les derniers honneurs aux défunts.

Amphithéâtre. — Dans un établissement de quelque importance, un amphithéâtre spécial d'anatomie doit être annexé à la chambre des morts pour la pratique des autopsies, pour les recherches d'anatomie wt pathologique et pour les exercices opératoires. Ces locaux doivent être pourvus de moyens de nettoyage et de désinfection tout spéciaux ; la décence et le respect doivent y régner. Ce serait la plus honteuse dégradation de la science que de blesser en présence de la mort les sentiments naturels et la pudeur. Le spectacle, le soupçon seulement de traitements indignes infligés aux cadavres, exercent l'influence la plus fâcheuse sur les blessés et sur les malades de l'hôpital.

Latrines. — L'établissement et l'entretien des latrines ont leur importance dans toute habitation humaine ; dans un hôpital et dans des bâtiments affectés au service hospitalier, cette importance redouble. Partout où il y a accumulation d'hommes bien portants ou malades, l'établissement en nombre suffisant de latrines hygiéniques constitue l'une def plus grandes difficultés, et l'organisation imparfaite de cette installation devient une cause de viciation pour l'air, viciation qui peut exercer l'influence la plus désastreuse sur l'état sanitaire de la population en général et sur la guérison des plaies en particulier. A cet égard, deux systèmes opposés sont en présence : l'enlèvement et la canalisation, susceptibles

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tous deux d'être combinés avec la désinfection; un troisième système, l'enfouissement des matières, n'a qu'une application très-restreinte, mais une importance relativement grande.

Tous ces systèmes exigent la surveillance la plus sévère et de grands soins de propreté.

Le système de la canalisation se rencontre parfois tout organisé dans des bâtiments ou dans des localités entières. Quand il est combiné avec une installation de water-closets , la propreté locale des latrines est assurée. Mais l'établissement de la canalisation ne peut être pratiqué que là où le terrain a une certaine consistance et une certaine pente, là où les eaux potables ne peuvent être mélangées d'aucune façon avec les matières drainées, et là où l'installation est effectuée de telle manière que ni le bâtiment, ni le sol ne peuvent être imprégnés par les matières.

Le système de V 'enlèvement se recommande particulièrement pour les constructions hospitalières et les baraquements; c'est le système qui peut le mieux se combiner avec la désinfection et avec une autre disposition importante, à savoir la séparation des matières solides et des matières liquides ; à cette catégorie se rattachent : le système français des fosses mobiles, le système Müller-Schür 1 et le sys- ; tème Goux. Les matériaux liquides, conduits à travers un lit de tourbe, de sable, de charbon, y abandonnent leurs éléments organiques et odorants et arrivent aux conduits de drainage sous la forme

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• t. Heyfelder: les Camps de Krassnoje-Selo et de Châlons Saint-Pétersbourg, 1868.

d'une eau pure et inoffensive, tandis que les matériaux solides, retenus par le charbon, la chaux, la terre, le sable, et désinfectés au moyen d'acide phénique ou de sulfate ferreux, sont utilisés immédiatement comme engrais, ce qui est préférable, ou bien sont employés par l'industrie pour la préparation du guano artificiel.

Notre troisième système, la fosse improvisée, est en usage dans les lazarets improvisés et dans les camps. Un fossé de 3 pieds de profondeur au moins 1 et d'une longueur de 10 à 20 pieds, selon les besoins, est creusé, dans la direction opposée à celle d'où vient le vent, à une certaine distance de tout lieu habité. Sur l'un des bords, le fossé est taillé à pic et le sol balayé ; c'est là qu'on se place pour satisfaire ses besoins ; sur le côté opposé se trouve la terre rejetée pour le creusement de la fosse ; tous les matins cette terre sert à enfouir les matières, puis au bout d'un, de deux ou trois jours, elle est foulée solidement. Préalablement, on aura eu soin de projeter sur les matières des cendres, du charbon, des résidus de tourbe, du sable, de la chaux, etc. Un feu de tourbe ou de charbon entretenu au-dessus de la fosse serait un puissant moyen de désinfection. Une pareille fosse ne peut servir plus de huit ou quinze jours sans infecter l'atmosphère (camps de Wilna et de la Chartreuse, à Coblentz). Une clôture en planches, élevée pour des motifs de décence, isole les latrines d'avec le voisinage (camps de Villeneuve-l'Étang et de la Chartreuse). A côté des

l. A Cuba, les Espagnols durent réglementairement les creuser à une profondeur de 7 à 8 mètres.

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atrines, on disposera des urinoirs (baquets). En Lierai, du reste, on veillera autant que possible à e qu'on ne vienne pas verser des liquides dans la osse.

Ventilation. — Dans les baraques et les tentes, le enouvellement constant de l'atmosphère se fait au moyen de la ventilation par le faîte ou par les lucarnes 1 ; dans les grands hôpitaux, la ventilation Le fait au moyen de systèmes mécaniques, soit par aspiration (système Regnault), soit par l'air chauffé ((système Grouvelle), soit enfin par refoulement mécanique de l'air à l'aide d'une machine à vapeur. Jüans tous les hôpitaux improvisés ou autres, les ILortes et fenêtres ouvertes, les cheminées allumées 2, [les fourneaux se chauffant à l'intérieur, concourent

I puissamment à la purification de l'air dans l'intérieur de la maison. Tous ces systèmes de ventilation sont secondés et peuvent en partie être remplacés (par les petits moyens suivants dont l'application est (possible partout, même dans des bâtiments qui sont affectés à d'autres destinations : 1° un ventilateur en fer-blanc encastré dans la cheminée ou dans une I fenêtre ; 2° une disposition permettant d'abaisser comme u.npont-levis la partie supérieure des fenêtres,

t. Le directeur d'hôpital Lund, de Hambourg, a appliqué aux baraques le procédé de ventilation par les lucarnes, procédé que nous avons employé pour nos tentes, et a érigé ce procédé à la hauteur d'un système à substituer à la ventilation faîtière.

2. Dans les hôpitaux et dans les ambulances, en Russie, les latrines sont pourvues d'une cheminée constamment allumée. De même, dans la plupart des salles de malades, les poêles sont flanqués de cheminées et les fenêtres pourvues d'un carreau en fev-blanc percé de trous.

et installée de manière qu'il ne puisse dépendre de la volonté du malade d'abaisser ces impostes, mais de manière aussi que le courant d'air froid ne soit j pt pas directement dirigé sur les lits ; 3° un carreau en fer-blanc percé de trous ou une pièce de canevas ou de gaze substitués à un carreau de vitre ; ce dernier dispositif divise le flot d'air en une infinité de petits courants et empêche la pluie, la poussière de pénétrer en même temps que l'air, comme cela arrive quand on ouvre simplement une croisée 5 ce carreau criblé peut rester à demeure même la nuit, même en hiver ; 4° des bouches à. air, ou incisions de 10 à 20 pouces de longueur sur 8 à 15 de largeur, pratiquées dans le panneau inférieur de la porte.

Cuisines, — Aussitôt qu'une ambulance est installée, il s'agit de s'occuper d'une prompte et bonne préparation des aliments. Lors du choix du local, déjà on aura dû tenir compte de la nécessité d'une cuisine spacieuse. Dans les ambulances sous baraques, on installe généralement la cuisine dans une baraque spéciale placée dans une situation centrale. Comme modèle d'une cuisine facile à improviser en été, nous pouvons présenter les cuisines de régiment ou de bataillon du camp de Krassnoje-Selo. C'est un hangar élevé, dont le toit en planches repose sur des piliers en bois ; au-devant d'une paroi également en planches, les marmites sont murées dans un fourneau en briques1. Au besoin, du reste, on peut faire la cuisine à feu découvert , sur n'importe

1. Coscuisinessontl'objet d'une description plus détaillée dans mon travail : les Camps de Krassnoje-Selo et de Châlons. Saint Pétersbourg, 1868.

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quel emplacement. Pour les ambulances volantes et les hôpitaux improvisés, on recommande instam- [ment et avec raison l'emploi des cuisines militaires roulantes, d'après le système Besmogarytschin. Cet appareil de coction, long de 5 pieds, haut de 3 f pieds, arrimé sur une voiture, peut en deux heures faire la cuisine pour 200 personnes. La cuisson se fait par la vapeur et l'on obtient de plus une quantité d'eau chaude, avantage qu'on ne saurait assez apprécier pour le service de santé en campagne ; enfin il suffit de fermer les marmites en y vissant les couvercles pour avoir la faculté de les emporter sans que la cuisson en soit interrompue. Une voiture analogue fut envoyée d'Amérique à l'Exposition universelle de Paris; indépendamment de la grande marmite, elle contenait encore trois réservoirs munis de robinets et dans lesquels on pouvait faire bouillir du café, du thé, de l'eau, etc. A l'Exposition de Vienne, en 1873, les voitures-cuisines de Locati, de Coutard et de Mundy, furent jugées dignes de récompenses.

Des appareils très-dignes d'attention et qui ont subi avec succès l'épreuve de la pratique, sont les cuisines automatiques norvégiennes (Swansen et Thaler). Elles consistent en des vases pouvant être hermétiquement fermés et placés dans des récipients qui contiennent en outre un rembourrage de mauvais conducteurs de la chaleur, c'est-à-dire de poils d'animaux. Les vases remplis des aliments ou liquides à préparer sont placés jusqu'à ébullition sur une lampe à alcool ou sur un feu de charbon, puis solidement fermés et placés dans les récipients, où la cuisson se continue tout doucement. Lorsque,

au bout d'un temps donné, on les en retire et qu'on les ouvre, on trouve la viande, la soupe et les légumes qu'ils eontenaient, cuits à point. Il devient ainsi possible de préparer de la nourriture pendant la marche, pendant le transport en* voiture, en chemin de fer ou dans la première chambre venue. J'ai vu ces cuisines en service dans le bataillon des gardes du corps deNorwége, en garnison à Stockholm; le bataillon s'en sert depuis des années pendant les marches et au camp, et on en fait le plus grand éloge. Elles trouvent place sur une voiture de bagages ordinaire et voyagent ainsi.

Dans la guerre d'Amérique, on utilisa également des voitures à café. Elles se composent d'un avant-train chargé de l'approvisionnement de café, sucre, thé et lait condensé, et d'un compartiment contenant trois bouillottes, une marmite et une caisse à charbon.

Lits. — Les meilleurs lits sont les lits en fer; ils doivent réunir les qualités suivantes : être solides sur leurs pieds afin de n'éprouver ni secousses, ni oscillations sous l'influence des mouvements du malade ou de son entourage ; avoir des arêtes et des surfaces lisses ahn que ni les malades, ni les infirmieis ne puissent s'y blesser ou y rester accrochés; être assez grands pour contenir un homme adulte, et en môme temps assez ramassés sur eux-mêmes pour ne pas occuper une trop grande place ; avoir une certaine hauteur, déterminée pour la commodité des pansements et du service général ; se replier sur eux-mêmes pour le transport et, au besoin, pour être démontés le jour.

Indépendamment du lit en fer, que tout le monde

(connaît et qui se monte et se démonte au moyen de vis, nous citerons : 1° le lit d'hôpital russe, an- \cien modèle, dont les montants des deux extréjmités se replient sur la partie horizontale, ce qui rend ce lit éminemment transportable; des cordages entrelacés relient les deux pièces latérales ; 2° le lit militaire norwégien, analogue au précédent, mais moins volumineux ; les cordages entrelacés sont

Fig. 39.

Lit pour malade avec sommier doublement élastique de Speier.

(remplacés par des lanières; pendant le jour, les lits [sont pliés et empilés les uns sur les autres ; à l'aide de hampes et d'une capote en caoutchouc on les rend propres au transport des blessés ; 3° le lit \de camp proprement dit, composé de barres de fer itub'ulées (comme des canons de fusil), vissées les unes sur les autres et recouvertes de toile, est tout à fait [démontable et tient dans un étui en cuir ; 4Û le lit ipour malades de Speier, à Berlin, avec sommier dou-

258 AMENAGEMENT DES AMBULANCES.

bleinent élastique; 5° le lit de camp du capitaine hollandais Herkenrath (fip. 40) présente cet avan-l tage que le blessé apporté du champ de bataille peut y être placé sans qu'il soit nécessaire de l'enlever de dessus son brancard (De militare sj)ectator} 3° série, tome II, n° 12): 6° la table-couchdte, lit en 1er susceptible de se replier et d'être utilisé, sous cette forme, comme une table; en service dans les prisons cellulaires belges, ce lit se présente sous un volume très-minime 1 ; 7° le Ut-hamac de Maurice \ composé' d'une toile tendue sur un châssis en bois . est!

Fig. 40.

Lit de campagne de Herkenrath. j

relevé pendant le jour et abaissé pour la nuit, de sorte que l'extrémité répondant à la tête vienne à reposer sur un banc rixé contre le mur et que 1 autre extrémité s'appuie sur une table mobile : 8° le lit d

l. Décrit par moi dans le Messager médical russe. 15?'2. n° 4. î. Gfr. Morache. Hygiène militaire. Paris, 1873.

eau, très-difficilement transportable à cause de son poids énorme, mais vanté ajuste titre comme moyen préventif du décubitus. Malheureusement , au moindre accident qui atteint le matelas, l'eau fuit et l'on assiste à une véritable inondation; 9° le lit a a air participe à tous les avantages et à la plupart des [inconvénients du précédent. Ni l'un, ni l'autre, en [(raison de leur mobilité, ne peuvent, comme on le 1 conçoit bien, servir à coucher des fracturés ; 10° le Ut là fractures, destiné aux fractures du membre inférieur, est un lit ordinaire en bois ou en fer, dans lequel le montant du côté des pieds peut être retiré pendant la durée du pansement, ce qui donne au chirurgien le libre accès du membre fracturé ; le pansement terminé, la planche est de nouveau glissée, au moyen jde deux rainures, à sa place primitive, où elle sert jd'appui au pied et peut aussi être utilisée pour l'installation d'un appareil à suspension.

Bemjplissage du lit. — La base du couchage dans un lit consiste en de la paille, des paillasses, des matelas de crin, des sommiers élastiques reposant sur un gril de lanières, de cordes entrelacées, de lattes en bois ou de lames métalliques élastiques, sur un tissu métallique, ou sur de la toile ou de la toile cirée tendue, etc.

On improvise une couchette au moyen de couches de paille, du sac et d'autres effets d'habillement ou d'équipement étendus sur le sol, au moyen de lattes ou de perches réunies par des cordages entrelacés, comme on fait pour le lit de camp improvisé de Remich (fig. 41).

Ce qui vaut mieux que ce couchage improvisé,

ce sont les brancards et les civières disponibles. On peut parfaitement y laisser les blessés pendant un ou plusieurs jours, surtout quand il est possible

Fig. 41.

Lit de campagne de Remich.

d'en retirer le bout des hampes, ce qui les rend plus facilement accessibles.

Placement des lits. — Les lits doivent toujours être placés la tête au mur, les pieds vers le centre de la tente, de la chambre ou de la baraque, afin qu'ils soient abordables par trois côtés. Une bonne pratique consiste à ménager entre les lits alignés des intervalles alternativement plus larges et plus étroits ; on utilisera les premiers à y placer les tables de nuit, les seconds donnent simultanément au médecin l'accès des deux lits voisins. On gagne aussi par là des espaces libres assez grands, très=utiles pour les mouvements des malades autour de leur lit et pour l'exécution du service. Dans le même ordre d'idées, il est bon de placer dans chaque salle un certain nombre de lits démontables, comme les ta-

bles-couchettes, les lits-hamacs, etc.; en les repliant le jour, on augmenterait l'espace libre.

Mobilier. — Indépendamment des lits, des tables de nuit, des tabourets et des bancs, la salle de mail lades doit contenir une armoire, une chaise percée (placée dans lasalle, mieux dans une pièce adjacente), une table de toilette et une table à pansements. Sur des planches ou des rayons disposés contre le mur à ! une certaine hauteur, on peut placer une grande I quantité d'effets appartenant aux blessés ou nécessaires pour le service ; des porte-manteaux ou râteliers fixés au voisinage du lit permettent au malade d'accrocher sa serviette, sa capote et ses autres habits d'hôpital ; les objets d'uniforme et le linge ap- 1 partenant aux malades seront conservés dans un dépôt particulier.

Dans la salle de malades on ne doit conserver que le strict nécessaire, les objets qui servent à chaque heure de la journée et qui ne créent pas de danger d'infection, comme le verre, la faïence, les effets en métal. Tout objet qui a servi doit être scrupuleusement nettoyé avant d'être replacé dans la salle. La garde-robe, les objets de toilette, urinoirs, baignoires, doivent être placés de préférence dans une dépendance de la salle. Les verres, les bassins en métal, les terrines à pansement, les appareils à pansement (fig. 20), les trousses à pansement, peuvent être placés dans la salle même.

Locaux de rechange. — Un lit de rechange dans la salle, une salle, une tente ou une baraque de rechange dans l'ambulance, constituent une précaution utile, même nécessaire. Nous en dirons autant des

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locaux destinés à isoler certains cas contagieux ou certaines particularités individuelles, sociales ou nosocomiales. Une même salle ne doit pas indéfiniment servir à une même catégorie de malades. Il convient d'établir tous les mois un changement de local entre les malades graves et les malades légers, entre les services de médecine et les services de chirurgie. Au bout de trois mois de service, chaque salle doit être évacuée, nettoyée à fond et aérée. L'installation de services d'été est d'une grande importance pour les établissements permanents; celle de services de convalescents et de colonies de malades, pour toutes les ambulances. L'organisation de services d'été sous la tente ou dans des baraques est réglementaire dans les hôpitaux militaires russes. Dans un but de décentralisation et afin de procurer aux malades un changement d'air, les ambulances de Neuwied avaient établi des divisions de convalescents dans de nombreuses localités des environs. Quant aux colonies de convalescents et aux stations climatériques pour les maladies internes, leur installation est encore à l'heure qu'il est un pium desiderium, mais qui ne pourra pas manquer d'arriver à la réalisation.

Observatoire météorologique. — A l'exemple des hôpitaux militaires français, il serait à désirer que tout hôpital de quelque importance, ainsi que tout groupe d'ambulances, fût pourvu d'un observatoire météorologique donnant l'indication des degrés barométrique, thermométrique, hygrométrique, ozonom étriqué, de la direction et de l'intensité des vents, de la tension électrique de l'atmosphère. Une fois ces mensu-

rations entrées dans les coutumes du service hospitalier, il sera facile de les obtenir, au moins en partie, Bans des établissements moins parfaits.

Logement des médecins. — Les médecins, le personnel auxiliaire et les employés de l'ordre adminisjtratif doivent demeurer aussi près des malades que Ipossible. Il y a donc lieu d'affecter à ces logements des chambres, des baraques ou des tentes particulières. Dans un logement isolé à l'intérieur de l'enceinte de l'hôpital, ces personnes seront à la fois à l'abri de l'infection et à portée pour donner les secours instantanés. En campagne, il est établi en principe qu'il n'est jamais permis au personnel destiné à secourir les malades et blessés de prélever pour lui les ; locaux les meilleurs ou de se réserver les parties les Iplus confortables de l'installation; mais partout où des établissements hospitaliers sont organisés d'une \ manière durable, les pavillons destinés au logement \ du personnel doivent être choisis et aménagés avec j soin.

Le but essentiel d'un hôpital étant le traitej ment des malades, la personnalité la plus importante - est le médecin. C'est à lui, par conséquent, que revient la préséance en ce qui concerne la proximité, . la salubrité et le confortable du logement. D'ailleurs, î la dignité de la profession médicale suffirait seule à j justifier ces égards. Malheureusement, presque nulle . part on ne tient compte de ces considérations. C'est il certes un contre-sens administratif et un crime de ; lèse-logique que d'en arriver, ainsi que cela se pra- \ tique dans certains États, à tout faire, dans l'organisation des hôpitaux militaires, pour favoriser et en-

graisser le personnel administratif aux dépens des malades, aux dépens du médecin, relégué dans une situation de paria, au grand préjudice de la chose publique et au détriment de l'influence que doit exercer le médecin sur l'hygiène et la salubrité de l'établissement. Tout cela ne sera changé et réformé que le jour où la position sociale et le rôle politique du médecin seront modifiés dans le sens que je propose dans ma brochure : Sur la possibilité et la nécessité d'un ministère de médecine dans l'État moderne. Leipzig et Neuwied, 1871.

Le personnel des ambulances.'

Médecin en chef, — A la tête de tout établissement médical doit se trouver un médecin. Qu'on l'appelle médecin en chef, ou médecin-directeur, ou directeur tout court, un fait est constant : c'est qu'un médecin seul a la compétence entière du service et des mesures à prendre. Sous ses ordres, avec voix consultative et pouvoir exécutif, se trouve l'employé, économe ou administrateur ; sous ses ordres encore, en nombre suffisant, mais non excessif, sont les commis et les scribes.

Pour toutes les affaires militaires, le médecin en chef doit se conformer à toutes les prescriptions et aux formalités en vigueur dans l'armée. Sur le théâtre même des opérations, comme en seconde et en troisième ligne, il doit toujours se rappeler qu'il est le subordonné du commandement. Ce n'est qu'en observant sévèrement ces principes qu'il sera en mesure de défendre son autonomie au point de vue médical et au point de vue de l'hygiène.

Médecins subalternes. — Les collaborateurs les plus directs du médecin en chef sont d'autres médecins, puis des infirmiers volontaires ou soldés. Selon l'importance de l'établissement et le degré d'initiative donné aux médecins, ces derniers servent comme chefs de service ou médecins traitants, ou comme aides-médecins. Le talent du directeur consiste à répartir le détail du service dans une mesure judicieuse, de manière à donner à chacun sa part de satisfaction, de mérite et de charges, tout en s'en réservant une partie pour lui, sans préjudice de la direction supérieure qu'il doit imprimer à l'ensemble.

Prosecteur. — Pour peu que le lazaret ait d'importance, il est à désirer qu'un médecin y soit attaché avec les attributions exclusives de prosecteur ; on assurera par ce moyen la bonne administration des richesses anatomo-pathologiques et l'on élèvera une barrière entre les travaux sur le cadavre et le service près des blessés.

Etudiants en médecine — Il est parfaitement naturel d'employer des étudiants en médecine dans les ambulances en temps de guerre. Mais cet emploi exige : 1° qu'on tienne compte de l'adresse individuelle et du degré d'expérience de chacun; 2° qu'on s'occupe sans relâche de leur instruction par des cours de bandages, des cours et des exercices opératoires ; 3° qu'on proportionne leur service et leur responsabilité à leurs aptitudes réelles. Les victimes de la guerre ne doivent jamais être, d'une manière spéciale, des sujets d'instruction ni d'enseignement. La pratique, tout extérieure et subalterne du service

ri

de santé, est suffisamment instructive par elle-même. On aurait d'ailleurs peine à citer, en chirurgie, cette science, cet art éminemment basés sur l'adresse manuelle, une seule pratique, une seule manœuvre qu'on soit en droit de taxer d'insignifiante. Cette pensée est si vraie , qu'elle a dicté en quelque sorte la progression des études chez les chirurgiens anglais, qui débutent parles opérations les plus subalternes avant de passer successivement à des genres d'études de plus en plus relevés.

Infirmiers. Assistance volontaire. — En ce qui concerne les infirmiers, il n'est et ne sera plus possible désormais, avec les proportions des guerres modernes et avec les exigences actuelles du service de santé, de se passer du concours de l'assistance volontaire. Mais il est à désirer que l'admission d'infirmiers volontaires soit subordonnée à des aptitudes réelles et à une instruction préalable. Plus ces volontaires sont au courant du service hospitalier et des soins à donner aux malades, plus ils entreront vite dans la voie hors laquelle ils cesseraient d'être les auxiliaires utiles du médecin, moins on perdra de temps à les dresser, à les surveiller et même à lutter contre eux. En général, du reste, autant il convient de laisser à l'assistance volontaire toute liberté et toute initiative pour se produire, a,u% tant, une fois que de la création elle passe à l'action, elle doit constituer un élément subordonné à la direction médicale et aux prescriptions militaires.

Dans les ambulances, le médecin donne aux infirmiers et infirmières une tâche limitée comme étendue et comme compétence; cette tâche leur sera

conservée ou sera même augmentée quand ils sont fidèles au devoir ; elle leur sera retirée quand ils manquent d'aptitude ou d'obéissance au devoir. Dans l'intérêt du service, il importe de ne pas montrer de longanimité excessive vis-à-vis des personnes incapables ; ce n'est pas leur nuire dans leur profession que de les exclure du service de santé volontaire.

Les amateurs ne seront pas tolérés dans le service de santé. Avant tout, on dicte strictement et réglementairement pour chacun la répartition du temps, l'emploi de la journée, la nature des fonctions et des attributions du service. C'est le meilleur moyen d'éviter le gaspillage du temps et les conflits.

Un règlement trop sévère d'ordre intérieur ou d'emploi du temps s'adoucit toujours dans la pratique ; des fautes commises dans une première répartition peuvent toujours être corrigées ; mais quand dès le début la direction est relâchée ou anarchique, on arrivera difficilement à mettre quelque ordre et quelque précision dans le service.

Aide des femmes. — La participation des femmes au service de santé mérite d'être prise en considération. Il y a bien des pratiques qu'elles exécutent avec infiniment plus d'adresse que des infirmiers mâles. Mais leur sexe et leur tempérament leur interdisent certaines fonctions et l'accès de certains locaux. Il appartient à une bonne direction de l'ambulance de les dispenser de celles-là et de les tenir éloignées de ceux-ci. Les femmes ne doivent pas paraître sur le théâtre de la guerre, tout au plus peut-on y admettre celles qui portent le costume d'un ordre. Mais dans les ambulances situées en ar-

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rière de la zone des opérations, leur concours est indispensable et l'on doit en faire grand cas. Le médecin en chef saura mieux que tout autre leur donner les occupations qui leur conviennent, telles que la surveillance du linge, de la préparation et de la distribution des aliments, du service de! 1 lf. propreté; les soins et l'assistance à donner aux ma-

lades. Le pansement et le service d'aides dans les opérations sont moins dans leur rôle. Autant tout excès d'activité, de loquacité et d'obséquiosité doucereuse fait horreur au médecin, trop souvent témoin , des conséquences fâcheuses qui en résultent, autant |

il peut difficilement se passer de l'heureuse influence produite dans les salles de malades et blessés par les allures placides, par les sentiments affectueux et par le bon goût de la femme.

De tout temps les Ordres de femmes se sont distingués dans la pratique du service de santé j en temps de guerre. Ils ont pour eux, plus qu'aucun autre personnel de secours, l'organisation, le nombre, la pratique mieux entendue et plus ra-j tionnelle du service sanitaire. Leur étroite organisation prête, il est vrai, au danger de les voir faire j de l'opposition au médecin en chef ou poursuivre certains buts particuliers. Mais il faut savoin faire plier ou rompre, obéir ou partir. Quand les Ordres ont placé des délégués à côté du médecin en chef de l'ambulance, le médecin doit user de l'autorité de ces délégués pour le bien du service médical ou administratif. Mais, dans aucune ambulance, aucune volonté ne doit régner à côté, ni au-dessus de celle du médecin en chef.

AMENAGEMENT DES AMBULANCES.

Personnel soldé. — Si les aides -médecins, les dames, les sœurs, les frères, les infirmiers volontaires nourvoient au service de santé proprement dit, il faut toujours, pour certains services et certaines occupations d'ordre inférieur, entretenir ou employer temt porairement un personnel auxiliaire soldé; ce seront ! des hommes pour les travaux de force, des femmes Ijpour les travaux de propreté. En guerre, chacun doit I être prêt à tout faire au besoin. Cela ne veut pas Mdire cependant qu'il soit rationnel d'épuiser par I des besognes subalternes ou fatigantes, et d'enlever l à des fonctions plus importantes des personnes cai pables d'être employées à une tâche plus relevée et [plus en rapport avec l'instruction qu'elles possèdent, il Statistique médicale. — Les établissements relej vant ou non de l'Etat, hôpitaux improvisés, hos- [ pices permanents, ambulances temporaires, doivent ■ établir une statistique médicale organisée, autant Ilque possible, d'après un modèle uniforme pour tous [lies pays et assez simple pour qu'en peu de temps tout I le inonde puisse être mis au courant de son fonc- I jtionnement. Les billets de salle, folios d'observa- Ition, billets d'entrée et de sortie, la comptabilité et j les états et nomenclatures devraient être dressés f. partout sur le même modèle, et les imprimés néces- I saires devraient être distribués en même temps que !|le matériel d'exploitation aux établissements de || l'administration et de l'assistance volontaire. C'est I là un objectif qui mérite de fixer l'attention des f congrès internationaux de statistique.

! Organisation du service. — Dans les hôpitaux [ qui ne rélèvent pas directement de l'administra-

tion militaire, il y a lieu d'organiser le service d'une manière analogue à celle en vigueur dans les établissements de l'Etat, en tenant compte toutefois des circonstances spéciales à ce genre d'institutions. C'est ainsi qu'il importe d'afficher contre les portes le tableau de l'emploi du temps et le roulement du service, avec le nom des personnes qui ont la garde; de faire connaître par voie de circulaire à tout le personnel les dispositions nouvellement arrêtées; de réunir dans des conférences périodiques les membres les plus compétents du personnel de l'ambulance, afin de discuter et de délibérer en commun, d'arrêter les régimes, de régler les dépenses et les recettes, et d'établir une comptabilité |avec pièces justificatives.

Régime des ambulances et régime de campagne.

Régime des ambulances. — Dans les hôpitaux improvisés en campagne et dans les hôpitaux d'associations, le médecin établit le régime, en prenant comme base le régime réglementaire des hôpitaux militaires et en le modifiant selon le climat, les usages locaux et la saison. Ce régime sera en général supérieur, au moins dans les ambulances privées ou dans les ambulances d'associations, en finesse, en variété et aussi en prix, au régime hos-

pitalier commun. Cependant, malgré toute la générosité des donataires, il est prudent de ne pas pousser les choses trop loin dès le début ; on risquerait de voir arriver ce qui est advenu dans la dernière guerre, à savoir que les approvisionnements et les fonds sont épuisés bien avant le terme auquel ils ont été affectés. En thèse générale, tout régime comprendra trois portions ou degrés différents : 1° la portion entière avec viande (375 à 500 grammes), légumes, ration entière de pain (2 à 2 1 livres de pain bis, là où il est en usage) ; 2° la demi-portion ou régime moyen, avec une moindre quantité de viande et avec une moindre quantité de pain blanc ; 3° la portion des malades au régime : trois soupes par jour et une petite quantité de pain blanc. Ce dernier régime peut être modifié et remplacé par le régime lacté pour les malades atteints d'affections pulmonaires etpour les convalescents, par le régime des soupes mucilagineuses à l'orge, au riz, à l'avoine pour les dysentériques et les typhiques. Les aliments spéciaux sont prescrits spécialement par lemédecin. Les boissons en usage dans le pays peuvent faire partie intégrante du régime, comme le café en France, comme le qnass dans la portion entière des hôpitaux russes, ou peuvent y être jointes à titre de supplément, selon les prescriptions du médecin.

Des imprimés permettant d'inscrire dans autant de colonnes qu'il y a de régimes, le nombre des malades mis à chacun de ces régimes, servent au médecin, qui les signe, de moyen de contrôle, au cuisinier d'indication pour les quantités à préparer^

à l'économe de pièce justificative de sortie. Ces relevés permettent d'économiser du temps et d'embrasser d'un coup d'œil l'ensemble du service de l'alimentation ; po.ur cette raison ils méritent d'être mis en vigueur dès l'établissement de l'ambulance.

Modifications du régime selon les nationalités. — Bien que la prescription de portions déterminées doive constituer la règle et ait l'avantage de faciliter le service, elle n'exclut nullement les modifications motivées par les individualités et les nationalités. Quand le médecin donne des soins à des malades étrangers, il doit tenir compte des habitudes nationales et des traditions alimentaires du pays auquel ils appartiennent; pour cela, ces habitudes et ces traditions, il doit les connaître ou les étudier. Les Français croient être mal nourris quand dans leurs repas ils sont privés de leur beau pain blanc; les Russes, quand ils n'ont pas leur pain noir. Pour les uns, c'est le thé, pour d'autres, c'est le café; pour d'autres encore, les Espagnols, par exemple, c'est le chocolat, qui constitue la boisson stimulante préférée. Au soldat en voie de guérison, il faut de la bière quand il est Bavarois, du vin blanc quand il est Rhénan, du rouge quand il est Français, du porter et du vin de Porto quand il est Anglais, du cognac et de l'eau-de-vie quand il est Russe ou Suédois. Quand on ne donne pas le tonique qui convient, le malade est mécontent, le stimulant manque son effet, parfois même il n'est pas du tout supporté. L'Allemand s'imagine n'avoir pas dîné quand il n'a pas eu sa soupe, l'Anglais quand il n'a pas son roastbeef, le Russe quand on ne lui donne pas son schtschi

i(soupe aux choux). Il est donc bon d'étudier le régime des hôpitaux et des armées des différents [pays '.

F Indépendamment de la nationalité, il faut tenir compte de la constitution, des habitudes, de la position sociale et de l'âge des individus. Pour ce qui est de l'âge, on ne rencontre pas de grandes différences parmi les militaires. En revanche, il importe de savoir quels sont les pays, les classes, les individus qui mangent peu ou beaucoup, qui ont l'habi- Jtude d'ingérer des aliments légers ou des choses lourdes, qui sont accoutumés à des mets compliqués pu à une alimentation simple. L'esprit d'indépenpance des donateurs a été, pendant la dernière kuerre, la cause de plus d'une faute ; beaucoup d'in- Ëigestions ont été occasionnées par des friandises inconnues au malade, sans compter que par là on a

1. Voyez pour l'armée espagnole, Ullersperger,^assm; pour l'armée russe, 0. Heyfelder, passim; pour l'armée française,

fcofîre et Larrey, passim; pour l'armée belge, Roth, passim.

! Dans les hôpitaux militaires russes, l'échelle des régimes est a suivante :

i Portion entière n° 1, I Régime avec viande .... I Portion entière n° 2,

( Portion moyenne.

/ Portion entière,

Régime maigre Portion moyenne,

( Portion légère.

N° l, potage au riz, N° 2, décoction d'orge, N° 3, compote, N° 4, soupe au poisson, N° 5, lait cuit, N° 6, gelée de fruits.

Gras.

Maigre.

Régimes légers

Régime antiphlogistique.

accoutumé beaucoup de gens à des aliments et à des boissons dont plus tard leur position ne leur permettait plus l'usage.

Régime des blessés. — En général, voici quel serait le régime des blessés : 1° aussitôt après le traumatisme, l'opération, la perte de sang, donner du vin, de l'eau-de-vie, du bouillon, et quand le malade en désire, un peu de viande, un œuf ; 2° pendant la période inflammatoire, régime sévère et boissons rafraîchissantes; 3° quand l'inflammation et la fièvre sont tombées, on passera aussitôt à un régime récon fortant, qui, selon le cas et la constitution, ser émollient ou excitant. L'expérience démontre qu la viande augmente la fièvre dans les pyrexies, que les excès* de régime provoquent des indigestions qu* retardent la convalescence plus qu'une alimentation temporairement maintenue à des proportions tant soit peu insuffisantes; que la variété de l'alimentation excite l'appétit', enfin que l'appétence est la règle la plus judicieuse du régime. Cette dernière règle souffre cependant quelques exceptions : ainsi chez les malades sans connaissance et privés du sentiment de la faim et de la soif, surtout chez les typhiques, on doit néanmoins donner quelques aliments, par exemple, deux ou trois lois par jour quelques cuillerées de lait, de décoction de riz ou d'orge, et toutes les demi-heures quelques gorgées de boisson rafraîchissante ; d'un autre côté, chez les individus longtemps affamés, par exemple après un siège, on doit, malgré l'avidité des malades, ne donner que de faibles doses d'aliments préparés sous les formes les plus inoffensives.

iiat;

Régime de campagne. — Il est parfaitement rationnel que le médecin soit consulté pour le régime alimentaire à prescrire aux troupes en campagne. Ce régime doit, d'une part, s'accorder avec le mode d'alimentation en vigueur dans l'armée sur le pied de paix, et, d'autre part, se régler d'après les habitudes du pays qui est le théâtre de la guerre; enfin il doit être adapté à la constitution médicale du moment.

Plus le climat, le sol, le genre de vie du pays s'éloignent des conditions analogues du territoire de la mère patrie, plus il sera important de donner aux soldats des prescriptions bien précises sur ce qu'ils peuvent boire et manger, sur le mode de préparation des aliments, sur l'heure des repas. C'est ainsi que les Anglais dans l'Inde, les Russes à Chiwa, les Espagnols à Cuba, eurent à observer dans l'aliiiei tentation des règles toutes spéciales.

Un mode d'alimentation dont l'importance est extrême, dans une guerre ayant pour théâtre des contrées éloignées ou peu civilisées ou quand il s'agit d'alimenter les masses, est celui qui a pour base les conserves, les. matières alimentaires fabriquées artificiellement ou extraites par les procédés chimiques, comme le lait suisse concentré, l'extrait de viande de Liebig, les conserves de caséine du professeur Danilewski, l'extrait de café de Martens (de Saint-Pétersbourg), les légumes comprimés, la isaucisse aux pois, le biscuit, le knekebro suédois, etc. Ces aliments conservés peuvent toujours, pour éjul an temps, remplacer les vivres frais ou servir au moins de complément quand les approvisionnements

frais s'épuisent; mais ils ne peuvent, pour une durée plus longue, constituer l'alimentation exclusive. Ils répugnent au bout de peu de jours et il est à craindre que, par un usage prolongé, ils ne viennent à engendrer le scorbut. Dans l'expédition de Chiwa, où les troupes eurent de plus à souffrir de l'état des puits, du sol et de l'atmosphère, les conserves de caséine de Danilewski, parfaites d'ailleurs, ne tardèrent pas à ne plus être goûtées, en raison de leur richesse excessive en sel (D1' Grimm), absolument comme les saucisses aux pois dans la guerre franco-allemande.

Quand il faut tenir compte de maladies épidémiques ou endémiques, un ordre du jour, basé sur les propositions du médecin, devra proscrire tels aliments, recommander l'usage de tels autres, et prescrire toutes les autres mesures nécessaires relatives au régime. Malheureusement la faim et le manque de raison conduisent toujours à violer la règle.

Nous avons eu souvent déjà l'occasion d'appeler l'attention sur l'importance qu'il y a d'avoir pendant la marche une boisson à la fois désaltérante et inoffensive ; sur la haute valeur hygiénique de la mesure qui consiste à ne pas mettre la troupe en route le matin à jeun et à préférer un déjeuner composé de café ou de thé chaud à un verre d'eaude-vie ou à toute autre boisson froide ; enfin sur l'extrême nécessité de prémunir les hommes contre l'ingestion de liquides froids ou de fruits verts.

On commence d'ailleurs dans toutes les armées à accorder à cette grave question d'hygiène militaire

une partie de l'attention qu'elle comporte, et à donner une importance presque suffisante au jugement et à l'intervention du médecin.

Récapitulation des régimes à prescrire en campagne par le médecin.

Régime de malades.

1° Portion entière; — 2° Demi-portion; —3° Portion des malades au régime : régime lacté, soupes.

Régime de campagne.

Régime réglementaire.— Régime modifié selon la nationalité. — Régime modifié selon le climat. — Régime modifié selon le génie épidémique. — Boissons excitantes, toniques, rafraîchissantes.

En campagne, parmi les questions qui sont de la compétence du médecin, une des plus importantes est celle des inhumations. L'intervention médicale dans les inhumations doit s'exercer dans des conditions et à des époques diverses.

1° Commissions médicales lors des inhumations en m,asse. — Une commission sanitaire spéciale pourvue de médicaments, de cordiaux, d'objets d'habillement, doit assister à l'inhumation des hommes tombés sur le champ de bataille, inspecter et examiner les cadavres et constater la mort. Il n'est pas absolument rare de voir des individus en état de

rière de la zone des opérations, leur concours est indispensable et l'on doit en faire grand cas. Le médecin en chef saura mieux que tout autre leur donner les occupations qui leur conviennent, telles que la surveillance du linge, de la préparation et de la distribution des aliments, du service de propreté ; les soins et l'assistance à donner aux malades. Le pansement et le service d'aides dans les opérations sont moins dans leur rôle. Autant tout excès d'activité, de loquacité et d'obséquiosité doucereuse fait horreur au médecin, trop souvent témoin des conséquences fâcheuses qui en résultent, autant il peut difficilement se passer de l'heureuse influence produite dans les salles de malades et blessés par les allures placides, par les sentiments affectueux et par le bon goût de la femme.

De tout temps les Ordres de femmes se sont distingués dans la pratique du service de santé en temps de guerre. Ils ont pour eux, plus qu'aucun autre personnel de secours, l'organisation, le nombre, la pratique mieux entendue et plus rationnelle du service sanitaire. Leur étroite organisation prête, il est vrai, au danger de les voir faire de l'opposition au médecin en chef ou poursuivre certains buts particuliers. Mais il faut savoir faire plier ou rompre, obéir ou partir. Quand les Ordres ont placé des délégués à côté du médecin en chef de l'ambulance, le médecin doit user de l'autorité de ces délégués pour le bien du service médical ou administratif. Mais, dans aucune ambulance, aucune volonté ne doit régner à côté, ni au-dessus de celle du médecin en chef.

Personnel soldé. — Si les aides -médecins, les dames, les sœurs, les frères, «les infirmiers volontaires pourvoient au service de santé proprement dit, il faut toujours, pour certains services et certaines occupations d'ordre inférieur, entretenir ou employer temporairement un personnel auxiliaire soldé ; ce seront des hommes pour les travaux de force, des femmes | pour les travaux de propreté. En guerre, chacun doit être prêt à tout faire au besoin. Cela ne veut pas dire cependant qu'il soit rationnel d'épuiser par : des besognes subalternes ou fatigantes, et d'enlever à des fonctions plus importantes des personnes capables d'être employées à une tâche plus relevée et plus en rapport avec l'instruction qu'elles possèdent.

Statistique médicale. — Les établissements relevant ou non de l'Etat, hôpitaux improvisés, hospices permanents, ambulances temporaires, doivent établir une statistique médicale organisée, autant que possible, d'après un modèle uniforme pour tous les pays et assez simple pour qu'en peu de temps tout le monde puisse être mis au courant de son fonctionnement. Les billets de salle, folios d'observation, billets d'entrée et de sortie, la comptabilité et :les états et nomenclatures devraient être dressés [partout sur le même modèle, et les imprimés nécessaires devraient être distribués en même temps que lie matériel d'exploitation aux établissements de | l'administration et de l'assistance volontaire. C'est là un objectif qui mérite de fixer l'attention des congrès internationaux de statistique.

Organisation du service. — Dans les hôpitaux qui ne rélèvent pas directement de l'administra-

tion militaire, il y a lieu d'organiser le service d'une manière analogue à celle en vigueur dans les établissements de l'État, en tenant compte toutefois des circonstances spéciales à ce genre d'institutions. C'est ainsi qu'il importe d'afficher contre les portes le tableau de l'emploi du temps et le roulement du service, avec le nom des personnes qui ont la garde; de faire connaître par voie de circulaire à tout le personnel les dispositions nouvellement arrêtées; de réunir dans des conférences périodiques les membres les plus compétents du personnel de l'ambulance, afin de discuter et de délibérer en commun, d'arrêter les régimes, de régler les dépenses et les recettes, et d'établir une comptabilité |avec pièces justificatives.

Régime des ambulances et régime de campagne.

Régime des ambulances. — Dans les hôpitaux improvisés en campagne et dans les hôpitaux d'associations, le médecin établit le régime, en prenant comme base le régime réglementaire des hôpitaux militaires et en le modifiant selon le climat, les usages locaux et la saison. Ce régime sera en général supérieur, au moins dans les ambulances privées ou dans les ambulances d'associations, en finesse, en variété et aussi en prix, au régime hos-

pitalier commun. Cependant, malgré toute la générosité des donataires, il est prudent de ne pas pousser les choses trop loin dès le début • on risquerait de voir arriver ce qui est advenu dans la derj nière guerre, à savoir que les approvisionnements et lies fonds sont épuisés bien avant le terme auquel ils ont été affectés. En thèse générale, tout régime (comprendra trois portions ou degrés différents : j l° la portion entière avec viande (375 à 500 grammes), légumes, ration entière de pain (2 à 2 I livres de pain bis, là où il est en usage) ; 2° la demi-portion ou régime moyen, avec une moindre I quantité de viande et avec une moindre quantité de pain blanc ; 3° la portion des malades au régime : trois soupes par jour et une petite quantité de pain blanc. Ce dernier régime peut être modifié et remplacé par le régime lacté pour les malades atteints d'affections pulmonaires et pour les convalescents, par le régime des soupes mucilagineuses à l'orge, au riz, à l'avoine pour les dysentériques et les typhiques. Les aliments spéciaux sont prescrits spécialement par le médecin. Les boissons en usage dans le pays peuvent faire partie intégrante du régime, comme le café en France, comme le qnass dans la portion (entière des hôpitaux russes, ou peuvent y être jjointes à titre de supplément, selon les prescriptions du médecin.

Des imprimés permettant d'inscrire dans autant [de colonnes qu'il y a de régimes, le nombre des «malades mis à chacun de ces régimes, servent au médecin, qui les signe, de moyen de contrôle, au buisinier d'indication pour les quantités à prépare^

à l'économe de pièce justificative de sortie. Ces relevés permettent d'économiser du temps et d'embrasser d'un coup d'œil l'ensemble du service de l'alimentation ; po.ur cette raison ils méritent d'être mis en vigueur dès l'établissement de l'ambulance.

Modifications du régime selon les nationalités. — Bien que la prescription de portions déterminées doive constituer la règle et ait l'avantage de faciliter le service, elle n'exclut nullement les modifications motivées par les individualités et les nationalités. Quand le médecin donne des soins à des malades étrangers, il doit tenir compte des habitudes nationales et des traditions alimentaires du pays auquel ils appartiennent; pour cela, ces habitudes et ces traditions, il doit les connaître ou les, étudier. Les Français croient être mal nourris quand dans leurs repas ils sont privés de leur beau pain blanc; les Russes, quand ils n'ont pas leur pain noir. Pour les uns, c'est le thé, pour d'autres, c'est le café; pour d'autres encore, les Espagnols, par exemple, c'est le chocolat, qui constitue la boisson stimulante préférée. Au soldat en voie de guérison, il faut de la bière quand il est Bavarois, du vin blanc quand il est Rhénan, du rouge quand il est Français, du porter et du vin de Porto quand il est Anglais, du cognac et de l'eau-de-vie quand il est Russe ou Suédois. Quand on ne donne pas le tonique qui convient, le malade est mécontent, le stimulant manque son effet, parfois même il n'est pas du tout supporté. L'Allemand s'imagine n'avoir pas dîné quand il n'a pas eu sa soupe, l'Anglais quand il n'a pas son roastbeef, le Russe quand on ne lui donne pas son schtsclii

(soupe aux choux). Il est donc bon d'étudier le régime des hôpitaux et des armées des différents pays ».

Indépendamment de la nationalité, il faut tenir compte de la constitution, des habitudes, de la position sociale et de l'âge des individus. Pour ce qui est de l'âge, on ne rencontre pas de grandes différences parmi les militaires. En revanche, il importe de savoir quels sont les pays, les classes, les individus qui mangent peu ou beaucoup, qui ont l'habiitude d'ingérer des aliments légers ou des choses ourdes, qui sont accoutumés à des mets compliqués )u à une alimentation simple. L'esprit d'indépenlance des donateurs a été, pendant la dernière jkerre, la cause de plus d'une faute ; beaucoup d'inligestions ont été occasionnées par des friandises nconnues au malade, sans compter que par là on a

1. Voyez pour l'armée espagnole, Ullersperger, j?assm; pour armée russe, 0. Heyfelder, passim; pour l'armée française, Groffre et Larrey, passim ; pour l'armée belge, Roth, passim. | Dans les hôpitaux militaires russes, l'échelle des régimes est a suivante :

( Portion entière n° I,

I Régime avec viande .... I Portion entière n° 2,

( Portion moyenne.

Portion entière,

Régime maigre \ Portion moyenne,

Portion légère.

N° l, potage au riz,

N° 2, décoction d'orge,

Ht»'- t ] N° 3, compote,

1 Regimes légers { No ^ ^ ^ poisson>

N° 5, lait cuit, N° 6, gelée de fruits.

Régime antiphlogistique. . j JjS^re.

CHIK. MILIT. 18

274 RÉ 01 ME s.

accoutumé beaucoup de gens à des aliments et à des boissons dont plus tard leur position ne leur permettait plus l'usage.

Régime des blessés. — En général, voici quel serait le régime des blessés : 1° aussitôt après le traumatisme, l'opération, la perte de sang, donner du vin, de l'eau-de-vie, du bouillon, et quand le malade en désire, un peu de viande, un œuf; 2° pendant la période inflammatoire, régime sévère et boissons rafraîchissantes; 3° quand l'inflammation et la fièvre sont tombées, on passera aussitôt à un régime réconfortant, qui, selon le cas et la constitution, sera émollient ou excitant. L'expérience démontre que la viande augmente la fièvre dans les pyrexies, que les excès de régime provoquent des indigestions qui retardent la convalescence plus qu'une alimentation temporairement maintenue à des proportions tant soit peu insuffisantes; que la variété de l'alimentation excite l'appétit', enfin que l'appétence est la règle la plus judicieuse du régime. Cette dernière règle souffre cependant quelques exceptions : ainsi cbez les malades sans connaissance et privés du sentiment de la faim et de la soif, surtout chez les typhiques, on doit néanmoins donner quelques aliments, par exemple, deux ou trois lois par jour quelques cuillerées de lait, de décoction de riz ou d'orge, et toutes les demi-lieures quelques gorgées de boisson rafraîchissante ; d'un autre côté, chez les individus longtemps affamés, par exemple après un siège, on doit, malgré l'avidité des malades, ne donner que de faibles doses d'aliments préparés sous les formes les plus inoffensives.

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