‹ Manuel de chirurgie de guerre [electronic resource]Chapitre 21 sur 35 · IM I · texte numérisé non relu

IM I

Régime de campagne. — Il est parfaitement pationnel que le médecin soit consulté pour le régime alimentaire à prescrire aux troupes en campagne. Ce régime doit, d'une part, s'accorder avec le mode d'alimentation en vigueur dans l'armée sur le pied de paix, et, d'autre part, se régler d'après les habitudes du pays qui est le théâtre de la guerre; enfin il doit être adapté à la constitution médicale du moment.

Plus le climat, le sol, le genre de vie du pays s'éloignent des conditions analogues du territoire de la mère patrie, plus il sera important de donner laux soldats des prescriptions bien précises sur ce qu'ils peuvent boire et manger, sur le mode de préparation des aliments, sur l'heure des repas. C'est ainsi que les Anglais dans l'Inde, les Russes à Chiwa, [les Espagnols à Cuba, eurent à observer dans l'alimentation des règles toutes spéciales.

Un mode d'alimentation dont l'importance est extrême, dans une guerre ayant pour théâtre des contrées éloignées ou peu civilisées ou quand il s'agit d'alimenter les masses, est celui qui a pour base les conserves, les. matières alimentaires fabriquées artificiellement ou extraites par les procédés (chimiques, comme le lait suisse concentré, l'extrait jde viande de Liebig, les conserves de caséine du [professeur Danilewski, l'extrait de café de Martens '(de Saint-Pétersbourg), les légumes comprimés, la saucisse aux pois, le biscuit, le knekebro suédois, letc. Ces aliments conservés peuvent toujours, pour [un temps, remplacer les vivres frais ou servir au [moins de complément quand les approvisionnements

frais s'épuisent; mais ils ne peuvent, pour une durée |i plus longue, constituer l'alimentation exclusive. Ils ; répugnent au bout de peu de jours et il est àl craindre que, par un usage prolongé, ils ne vien-i nent à engendrer le scorbut. Dans l'expédition de! Chiwa, où les troupes eurent de plus à souffrir de j l'état des puits, du sol et de l'atmosphère, les con- j serves de caséine de Danilewski, parfaites d'ailleurs, ne tardèrent pas à ne plus être goûtées, en raison de leur richesse excessive en sel (D1 Grimm), absolument comme les saucisses aux pois dans la guerre franco-allemande.

Quand il faut tenir compte de maladies épidémiques ou endémiques, un ordre du jour, basé suri les propositions du médecin, devra proscrire tels aliments, recommander l'usage de tels autres, et prescrire toutes les autres mesures nécessaires relatives au régime. Malheureusement la faim et le manque de raison conduisent toujours à violer la! règle.

Nous avons eu souvent déjà l'occasion d'appeler l'attention sur l'importance qu'il y a d'avoir pendant la marche une boisson à la fois désaltérante et inoffensive ; sur la haute valeur hygiénique de la mesure qui consiste à ne pas mettre la troupe en route le matin à jeun et à préférer un déjeuner composé de café ou de thé chaud à un verre d'eaude-vie ou à toute autre boisson froide; enfin sur l'extrême nécessité de prémunir les hommes contre l'ingestion de liquides froids ou de fruits verts.

On commence d'ailleurs dans toutes les armées à: accorder à cette grave question d'hygiène militaire

une partie de l'attention qu'elle comporte, et à donner une importance presque suffisante au jugement et à l'intervention du médecin.

Récapitulation des régimes à prescrire en campagne par le médecin.

Régime de malades.

|o Portion entière ; — 2° Demi-portion; —3° Portion des malades au régime : régime lacté, soupes.

Re'gime de campagne.

Régime réglementaire.— Régime modifié selon la nationalité. — Régime modifié selon le climat. — Régime modifié selon le génie épidémique. — Boissons excitantes, toniques, rafraîchissantes.

En campagne, parmi les questions qui sont de la compétence du médecin, une des plus importantes est celle des inhumations. L'intervention médicale dans les inhumations doit s'exercer dans des conditions et à des époques diverses.

1° Commissions médicales lors des inhumations en

\m,asse. — Une commission sanitaire spéciale pourvue de médicaments, de cordiaux, d'objets d'habillement, doit assister à l'inhumation des hommes tombés sur le champ de bataille, inspecter et examiner les cadavres et constater la mort. Il n'est pas

[absolument rare de voir des individus en état de

mort apparente ou épuisés par l'hémorrhagie, être i reconnus, au dernier moment, comme étant encore en vie et être sauvés par une intervention énergique du médecin. Il y a tout lieu de croire qu'en des circonstances semblables des hommes encore vivants ont pu être coucbés et ensevelis dans la fosse commune. Ce sont là des faits terribles qu'on peut prévenir en faisant parcourir les champs de bataille par une commission médicale.

2° Choix d.u lieu â/ inhumation. — Partout où l'on a le choix de l'emplacement à consacrer aux inhumations, par exemple dans un camp, dans une garnison, dans une place forte, dans un grand hôpital, le médecin doit être consulté. La règle à suivre est celle-ci : le cimetière doit être situé en aval et non en amont d'un lieu habité, quand il est riverain d'un cours d'eau quelconque; il ne doit être établi ni dans le fond d'une gorge, ni sur le rocher, mais dans une couche de terreau d'une certaine étendue, d'une certaine profondeur et située sous le vent des localités voisines. Il est à désirer, quand la chose est possible, qu'un taillis, un rideau d'arbres, une colline, un fleuve se trouvent entre le cimetière et le lieu habité.

3° Mode d'ensevelissement. — La fosse individuelle doit mesurer 4 à 5 pieds de profondeur, la fosse commune, bien plus ; la couche de terre qui recouvre la tombe doit avoir au moins 2 à 3 pieds d'épaisseur. Dans les fosses communes, chaque fois que faire se peut, les cadavres doivent être saupoudrés de chaux, de charbon, de tan, avant qu'on' les recouvre de terre ; la terre doit être solidement foulée

Jet, autant que possible, couverte de gazon, de manière à éviter, d'une part, que la pluie ou les ani- Jmaux ne déterrent les cadavres, et à favoriser, d'autre [part, une rapide poussée de végétation au-dessus du lieu d'inhumation. (Cfr. Roth u. Lex, Handbuch der ^Gesundheitspflege , vol. II, fasc. 1, p. 143.)

Crémation1. — Plus hygiénique, plus expéditive, {plus sûre que tous les moyens d'inhumation, serait Wincinêration des cadavres, tant dans la vie commune jque, plus particulièrement, en campagne. Au Imoyen du pétrole, la crémation serait d'une pratique {facile et n'exigerait pas de grandes dépenses de combustible. Mais la tradition et les idées généralement reçues s'opposent, quant à présent, à la pratique de cette méthode. On est conduit cependant à |se demander, du moins pour les grands centres ou pour les champs de bataille, si l'utilité et la nécessité de la crémation ne sont pas démontrées par la [force des choses, et si l'incinération des cadavres ne doit pas y être mise en pratique malgré tout. L'objection qui m'a été faite, que ce serait priver la terre d'un engrais très-riche, n'aurait pas grande valeur ien comparaison de l'utilité qui en résulterait au ! point de vue de l'hygiène. D'ailleurs cette objection 1 est absolument spécieuse, attendu que les cendres U du corps humain restituent à la terre, sous une forme

I 1. Depuis que ces lignes ont été écrites, la question de la cré- ;j mation, du terrain des propositions théoriques, a passé sur le I domaine de l'expérimentation pratique et a même déjà été agitée | dans les masses. Déjà, en Italie, en Suisse et en Allemagne, on | a pratiqué des crémations de cadavres, et on a fait des démarches et émis des vœux favorables. D'ici à la nouvelle guerre, peutêtre la méthode aura-t-elle reçu une sanction définitive.

réduite, les éléments chimiques les plus essentiels à sa reconstitution.

4° Enfin les médecins doivent encore être consultés quand il s'agit de rendre inoffensifs, pour les habitants, les champs de bataille et les grandes nécropoles Les inhumations pratiquées autour de Sedan et de Metz ont vivement excité l'inquiétude des populations avoisinantes, et en réalité ont influé, dans un rayon très-étendu, sur la viciation de l'atmosphère et la production de maladies, au point : v de provoquer des mesures correctives ultérieures, et la constitution de commissions internationales. Il importe dès lors de savoir par quels moyens on peut rendre des agglomérations de tombes, des champs de bataille enfin, inoffensifs pour ceux qui en habitent les environs immédiats ou peu éloignés.

a) Le moyen le meilleur et le plus sûr consiste à ensemencer aussitôt la nécropole ou le champ de bataille. Aussitôt que les jeunes pousses percent, les mauvaises odeurs sont absorbées et la terre gagne en consistance ; les plantations d'arbres et de broussailles ont le même effet, mais sont plus difficiles à mettre en pratique.

b) Comme il peut arriver que la saison s'oppose aux ensemencements et aux plantations, il y a lieu, quand les inhumations en masse ont été pratiquées défectueusement ou superficiellement, de procéder

L. Je renvoie sur ce point au rapport que j'ai adressé de Lille, à ce sujet, à la division médicale du ministère de l'intérieur et qui a été reproduit in extenso dans le Messager médical russe , 1871, et par extraits dans le Journal de Saint-Pétersbourg.

à une nouvelle inhumation, faite alors à fond. Mais cette pratique est répugnante et dangereuse. Elle doit autant que possible être effectuée, non par des soldats, mais par la population du pays et sous une direction médicale. Avant tout, ceux qui y sont employés doivent être pourvus de cordiaux et de moyens de désinfection. Puis aussitôt que la couche de terre est enlevée et que les cadavres sont mis à découvert, on doit les asperger d'acide phénique, de sulfate ferreux, de chaux et d'autres désinfectants et absorbants ; on les retirera ensuite, avec toutes les précautions individuelles et en faisant usage de tous les préventifs possibles, pour les répartir dans des fosses préparées à l'avance ; là on les recouvre enfin d'une épaisse couche de terre et de plaques de gazon. La terre qui a été remuée dans ces opérations sera foulée et passée au rouleau, ou assujettie au moyen de tas de pierres ou de larges dalles.

Ici encore, comme procédé le plus court et le plus sûr, je proposerais de recouvrir les cadavres mis à nu d'une mince couche de combustible, déchets de bois, charbon de bois, sciure, d'arroser le tout de pétrole et d'y mettre le feu ; les cendres, les ossements, les cadavres qui auraient pu échapper à l'incinération seront recouverts de terre ultérieurement foulée et traitée ainsi que nous l'avons établi plus haut.

Si la mission de la commission sanitaire est pénible et non exempte de dangers, elle est aussi de la plus extrême importance et doit être honorée comme telle.

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Récapitulation du rôle du médecin dans l'inhumation.

1. Inspection du champ de bataille par une commission médicale ; présence de celle-ci aux inhumations. Secours en cas de mort apparente. — 2. Choix de l'emplacement. — 3. Modes d'inhumation ; crémation. — 4. Désinfection du champ de bataille par l'ensemencement, par les plantations, par les désinfectants, par l'incinération, par une réinhumation.

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