‹ Manuel de chirurgie de guerre [electronic resource]Chapitre 5 sur 35 · PRÉPARATION DU MEDECIN · texte numérisé non relu

PRÉPARATION DU MEDECIN

Nous supposons que l'autorité supérieure aura déterminé à l'avance 1 la composition non-seulement de la trousse portative dont les médecins militaires doivent être personnellement munis, mais encore de l'arsenal chirurgical, plus considérable, qui doit suivre en campagne les corps de troupe et les ambulances. On évitera ainsi à chacun le souci et l'embarras du choix. Toutefois, quiconque voudra opérer sur le champ de bataille ou sur le théâtre de la guerre, devra bien se pénétrer de cette idée que, même dans les contrées les plus civilisées, dans les armées les mieux organisées, on ne doit jamais en-

l. En Russie on emporte réglementairement en campagne : 1° la trousse pour infirmiers; 2° la trousse pour médecins; 3° la boîte de campagne; 4° la boite d'ambulance ; 5° la boîte à résection ; 6° la boîte à autopsies; 7° la boite pour exercices opératoires.

CniR. MIL1T. 1

trer en campagne sans, emporter ses propres instruments. Ceux-ci, indépendamment de la trousse de poche, doivent comprendre de quoi pratiquer une amputation, une résection, l'extraction d'esquilles ou de corps étrangers ; cet outillage doit être assez restreint pour que le médecin puisse sans difficulté le faire voyager avec soi comme bagage à la main et au besoin s'en charger lui-même pendant un certain trajet. Pour répondre à ce but, la boîte devra être pourvue d'une enveloppe en toile ou en cuir et d'une poignée commode à saisir. Cette précaution d'emporter ses propres instruments est de la plus haute importance, car chaque chirurgien peut se trouver dans la nécessité d'opérer sans avoir à sa disposition les instruments prescrits par les règlements; puis tout opérateur se sert de préférence et avec une adresse particulière de tel ou tel instrument dont il ne peut se passer que difficilement et auquel il n'en pourrait substituer un autre sans se sentir gêné. Une certaine part peut donc être faite ainsi aux préférences individuelles dans la composition de l'outillage personnel de chacun.

A cette occasion, je recommanderais volontiers une petite boîte qui sort des ateliers de Lüer et qui me fut bien utile en 1863 en Pologne, en 1870 et 1871 en Allemagne et en France, et en maintes circonstances dans mes nombreux voyages *.

Cette boîte, qui mesure 40 centimètres en longueur, 15 en largeur et 7 en hauteur, se divise en

l. Entre l'enveloppe et la boîte j'avais logé un petit approvisionnement de PenghuawarrDjambi et quelques premiers pansements d'Esmarch.

deux compartiments : le premier contient trois couteaux à amputation, un grand, un moyen et un petit; deux couteaux interosseux, un grand et un petit; deux bistouris, une scie à dos mobile, une scie à chaîne ; le second contient une scie à amputation, une scie à main, une pince de Liston, un élévateur, un tire-fond, une pince, un crocliet mousse, une érigne aiguë, un tourniquet, des aiguilles.

Pour le médecin militaire qui marche avec la troupe, une pareille boîte serait un peu volumineuse. Il lui faut des instruments serrés dans un étui en cuir, à arêtes arrondies, susceptible de trouver place dans une gibecière ou même dans une poche, ayant de 25 à 30 centimètres de longueur, de 12 à 15 de largeur d'un côté, de 10 à 12 de l'autre, et contenant un couteau à amputation1, une scie à main et une scie à chaîne. Tous les autres instruments qui sont d'un usage quotidien doivent se trouver dans la trousse de poche. Quant à celle-ci, ses dimensions doivent permettre de la transporter dans une poche de côté.

Quand ensuite le médecin aura pu obtenir que chaque combattant soit pourvu d'un premier pansement'd'Esmarch; quand il aura enseigné aux soldats ainsi qu'aux officiers avec lesquels il se sera trouvé, la manière d'appliquer un appareil provisoire; quand, d'autre part, il se sera fait démontrer et expliquer par des militaires la nature, la forme, le maniement et l'effet des divers projectiles, il pourra s'estimer

1. Un couteau à amputation de Weiss, à Londres, ou de Lüer, à Paris, fait tout une campagne; d'ailleurs, quand il est hors de service, on l'échange au dépôt central contre un neuf.

suffisamment préparé pour commencer l'exercice de son ministère sur le théâtre de la guerre.

Mais pour que ce ministère y soit fructueux , il est une condition essentielle que le médecin doit remplir: c'est d'être chirurgien, ce qui, comme chacun sait, suppose des études spéciales et une pratique constante. Toutefois, tout médecin de quelque instruction peut, après avoir suivi un cours de médecine opératoire et d'application d'appareils, devenir, pour les besoins du moment, un opérateur passable.

Ajoutons une fois pour toutes qu'en campagne le médecin est appelé à posséder, à côté d'une énergie et d'une abnégation sans bornes, le courage passif à tous ses degrés, et que son devoir le plus sacré consiste à user, envers le malade et le blessé, de la bonté et de la douceur qui sont l'apanage de la vraie éducation et de la plus pure charité.

Sur le champ de bataille, le rôle du médecin doit se borner au strict nécessaire ; il ne doit pas éparpiller son secours en pure perte, ni le gaspiller en l'appliquant à des détails futiles. La recherche des balles, si instamment réclamée par le blessé et par certains médecins, n'est pas si absolument importante et peut être ajournée. Sur le champ de bataille, le médecin ne doit entreprendre que les pratiques qui sauvent la vie, et cela, autant que faire se peut, par les procédés qui prennent le moins de temps : il ne faut pas sauver une existence au prix de nombre d'autres.

En somme, sur le terrain, le rôle du médecin se borne à trois choses : 1° coucher les blessés; 2° les

ranimer, au hesoin les rappeler à la vie; 3» arrêter Zhém rrhagies. Et cela s'applique non-seulement au médecin, mais aussi à ses aides, les troupes de santé et les auxiliaires volontaires; car le médecin ne doit pas tout faire par lui seul: il y a des choses qu'il doit savoir prescrire et faire exécuter a d autres.

Coucher les blessés.

Cet acte comprend l'assistance directe et urgente qui a pour but de transformer une attitude douloureuse, insupportable ou dangereuse des blesses en une position non douloureuse, plus rationnelle et plus appropriée à la nature de la blessure. Exemple • Le blessé est couché la face contre le sol la tete plus basse que les pieds, le nez et la bouche dans [a boue d'un fossé, d'une flaque d'eau, d'une mare de sansr On le mettra dans le décubitus normal sur le dos ou sur le flanc, on élèvera la tête, on donnera à l'air le libre accès des organes respiratoires. Le blessé se trouve-t-il dans quelque autre position anormale de nature à entraver certaines fonctions de l'économie; est-il, par exemple, couche, le haut du corps ployé sur les parties inférieures ; ou a-t-U des membres arrachés ou brisés, places de manière à faire un angle aigu avec l'axe normal ou a être écrasés sous le poids du tronc; le corps tout entier repose-t-il sur une couche dure, raboteuse, inegale i On le place dans une attitude plus naturelle, sur une surface relativement plane et douce, on met le membre blessé dans la direction voulue, on le tiechit, on l'élève, on le soutient, selon le cas, et en prenant pour règle la théorie du couchage sur le

6 SUR LE QtfAMP DE BATAILLE.

brancard de campagne. Quand le blessé est couché parmi des cadavres, d'autres blessés, des chevaux, des débris d'armes, de voitures, de bâtiments, sous des décombres, sous de la terre éboulée, on le dégage de dessous les masses qui pèsent sur lui, ce qui parfois exige de grands efforts, beaucoup de précautions et le concours d'ouvriers de l'art, et on le place à quelque distance, en lieu sûr, d'après les règles établies plus haut.

Désaltérer las blessés et les ramener à là vie.

a) Désaltérer les blessés. — Tous ceux qui ont jamais visité un champ de bataille ou éprouvé euxmêmes une perte de sang de quelque abondance, connaissent les tortures auxquelles la soif soumet les blessés; la physiologie enseigne aussi que l'homme succombe bien plus rapidement à la soif qu'à la faim. Le médecin lui-même ne doit donc jamais mettre le pied sur un champ de bataille sans un bidon bien rempli, et il est de son devoir de veiller à ce que ceux qui l'accompagnent en soient également pourvus. Il devra même chercher à obtenir que de l'eau en grande quantité soit amenée, soit au moyen des tonneaux d'eau des compagnies de santé, soit par des conduits provenant de réservoirs quand il en existe à des distances pas trop grandes. On doit à l'avance considérer le besoin de boire comme celui qu'on rencontrera le plus souvent et se tenir prêt à y remédier. Chez les blessés exsangues, épuisés, mourants de soif, la règle de faire boire avant l'intervention de tout secours chirurgical ou médical a la valeur d'un axiome.

b) Ranimer les blessés est une pratique qu'on trouve assez souvent l'occasion d'appliquer. Excès de la douleur, impressions psychiques, influence météorologique, pertes de sang, faim, éboulements, compression ou obstruction mécanique des voies respiratoires, sont autant de causes de syncope ou de mort apparente. Un examen minutieux du pouls, des battements du cœur, de la température du corps de la respiration, de la pupille, permet a 1 œ il exercé du médecin de découvrir des traces de vie là où d'autres désespèrent. On peut ainsi se trouver dans le cas de sauver des hommes en état de mort apparente du danger d'être enfouis dans la fosse commune. C'est pour cela qu'après la bataille des médecins devraient être attachés aux corvées d inhumation. . ,.

■ Les premiers secours à donner ont deja ete indiqués plus haut dans les pages qui traitent des soins que réclament les blessés sur le champ de bataille. On nettoie le nez et la bouche en enlevant les corps étrangers, tels que le sang, la boue, la terre, qui les obstruent-, on relâche les cravates, courroies objets d'équipement et d'habillement qui compriment le cou et le thorax-, on couvre, on réchauffe le corps; on établit la respiration artificielle; on fait inspirer des odeurs fortes; on asperge ou arrose le visage et la tête; bref, on agit selon toutes les règles gèneraies en vigueur pour de pareils cas. L'ingestion d'eau-de-vie, de vin, de café, d'éther, de teintures alcooliques et d'autres stimulants, exige non la main mais la prescription du médecin.

Arrêter les hémorrhagies.

Il existe des agents qui, de par les lois de la physiologie, déterminent, dans le cas d'une lésion artérielle, les uns l'issue du sang par l'orifice du vaisseau, les autres l'arrêt de l'écoulement, c'est-àdire l'occlusion de la plaie artérielle. Donner à ces derniers la prépondérance sur les premiers est le but que recherchent tous les procédés d'hémostasie. L'arrêt naturel des hémorrhagies provient, ou bien de ce que le sang se coagule et bouche le calibre du vaisseau, ou bien de ce que les parois vasculaires, inégalement divisées, se rétractent en haut et constituent un obturateur mécanique. Ceci explique la rareté des hémorrhagies dans les plaies par arrachement : les bouts des artères inégalement arrachées se rétractent en haut, et l'artère, par la rétraction de son tissu, constitue son propre bouchon.

Repos, position.

Souvent il suffit, pour arrêter une hémorrhagie, de changer simplement la, position et d'éviter tout mouvement, de manière à diminuer d'une part les battements du cœur, et d'autre part à rapprocher les bords de la plaie béante et à tendre des tissus relâchés ou à relâcher des tissus tendus.

Flexion exagérée.

La flexion exagérée (Hyrtl, Adelmann, Fischer), surtout celle du coude dans les hémorrhagies de la main ou de l'avant-bras et celle du creux poplité

dans les hémorrhagies du pied et de la jambe, constitue un procédé si expéditif, si simple et si efficace, qu'il est parfaitement indiqué sur le champ de bataille. Comme ce procédé n'est employé, dans ce cas, que très-provisoirement, le seul reproche qu'on puisse lui adresser, la menace de la gangrène du membre par suite d'un trouble prolongé apporté à la circulation, n'a plus sa raison d'être.

Extension exagérée.

Comme dans la pratique de la flexion exagérée l'effet est produit principalement par la pression exercée par les muscles sur le calibre du vaisseau, on ne saurait nier que Y extension exagérée (Neudœrfer) puisse également, en produisant une tension suffisante des muscles, avoir la même action hémostatique.

Froid.

Le froid employé sous forme d'applications d'eau froide ou de vessies de glace, pour combattre les hémorrhagies, appartient à la thérapeutique des ambulances. Toutefois, lorsque les hommes de la troupe de santé et les combattants eux-mêmes connaissent l'action hémostatique du froid et qu'ils sont au courant des divers modes d'application de cet agent, il est incontestable que l'exposition de la plaie saignante à l'air froid, l'application de neige, de glace, d'eau froide, l'immersion du membre blessé dans l'eau froide d'une rivière ou d'un étang, peuvent arrêter mainte hémorrhagie et sauver bien des existences même sur le terrain.

Occlusion de la plaie.

Une pratique des plus simples, et à laquelle on peut à peu près toujours recourir, est le pansement de la plaie, ce qui détermine une occlusion mécanique de la plaie artérielle ou du moins une compression exercée sur celle-ci, le rapprochement des parties molles et la coagulation du sang. On peut se servir pour cela de la suture entortillée, des épingles de naturaliste, du premier pansement d'Esmarch, introduit dans presque toutes les armées de l'Europe, du premier mouchoir venu, d'une bande, du moindre lambeau d'étoffe, etc.

Tamponnement.

La transition du procédé d'hémostasie par pansement au procédé par compression est constituée par le tamponnement, qui consiste à bourrer la plaie jusque sur l'orifice jaillissant du vaisseau. Le meilleur moyen de pratiquer le tamponnement consiste à porter au fond de la plaie un lambeau de toile, huilé, placé sur l'index à la manière d'un doigt de gant et que l'on bourre ensuite de charpie ou de quelque substance analogue ; de la charpie, de la ouate, de la mousse, etc., directement bourrées dans la plaie, ont aussi rendu de bons services. Un sac en caoutchouc, gonflé d'air après son introduction dans la plaie et analogue à celui qu'emploie Trendelenburg pour bourrer la trachée dans la trachéotomie, peut également produire le tamponnement.

Compression digitale directe.

A défaut de tout autre moyen, le blessé lui-même, ou une autre personne, peut directement porter le doigt sur la plaie ou l'appuyer, dans la plaie, sur l'artère ouverte, ou même l'introduire dans la plaie artérielle et arrêter ainsi une hémorrhagie mortelle, jusqu'à ce que le secours arrive. Galien, déjà, avait recommandé cette pratique qui, depuis l'observation du soldat autrichien de Solférino, fut de nouveau généralement préconisée.

Compression digitale indirecte.

La compression digitale du tronc artériel, employée comme adjuvant des autres procédés ou, en cas d'inefficacité de ceux-ci, comme méthode indépendante, est d'une grande importance et d'un succès décisif. Quand le blessé est en possession de ses forces, quand il est suffisamment intelligent,^ on peut lui enseigner à comprimer l'artère lui-même avec les doigs de la main libre ou des deux mains alternativement. Dans le cas contraire, un homme de la troupe de santé, un camarade, un petit blessé même, peuvent être employés à cet office. Cette compression digitale peut être ainsi continuée pendant des heures, à l'ambulance même pendant des journées entières, soit d'une manière ininterrompue, soit par intermittence. Elle se fait de préférence, soit avec le pouce, le reste de la main prenant un solide point d'appui, soit au moyen de l'extrémité des quatre autres doigts, le reste de la main embrassant tout le membre. L'opérateur se place latérale-

ment et en avant ou en arrière du blessé. Des corps durs, arrondis, par exemple des manches d'instruments, peuvent remplacer le bout des doigts pour presser l'artère contre les os sous-jacents.

La compression de la carotide se fait, vers la pointe du triangle cervical inférieur, contre les vertèbres cervicales, celle de la maxillaire externe contre le bord inférieur de la mâchoire, celle de la

Fig. 1.

de l'extrémité supérieure, le point le plus central pour la compression digitale est la région sus-claviculairc, où l'artère sous-clavière peut être comprimée contre la première côte (fig. !)• l'aisselle, où l'artère

axillaire peut être comprimée contre la tête de l'humérus ; plus près de la périphérie. L'artère numérale est comprimée dans le sillon qui sépare les muscles biceps et triceps, contre le corps de l'humérus < fig. 2). Pour les membres inférieurs, la compression digitale se fait d'abord dans la région inguinale où l'on com-

Fig. 2.

prime l'artère fémorale au moyen du doigt contre la branche transversale du pubis (fig. 3); un peu plus bas, dans le triangle de Scarpa, le même vaisseau est comprimé contre le corps du fémur au moyen de l'extrémité des quatre doigts de la main qui embrasse le membre. Dans le creux du jarret, l'artère poplitée peut, avec un léger degré de flexion de la jambe, être comprimée contre l'extrémité articulaire du fémur. On sent sûrement que l'artère est suffi-

samment comprimée quand le sang afflue en faisant fortement battre le vaisseau au-dessus des doigts

Fig. 3.

compresseurs et quand le pouls et Fhéraorrhagie s'arrêtent au-dessous.

Tourniquet.

Pendant les opérations, on donne toujours à la compression digitale la préférence sur l'emploi du tourniquet ; celui-ci, par suite des dangers d'une constriction circulaire, de l'arrêt de la circulation et d'autres conséquences fâcheuses, est, autant que possible, banni de la pratique chirurgicale. Sur le champ de bataille, au contraire, le tourniquet est parfaitement indiqué comme moyen provisoire d'hémostasie. Nous n'avons pas à nous occuper ici du tourniquet des boîtes d'instruments réglementaires.

Mais le tourniquet que tout médecin, tout homme des troupes de santé, tout militaire instruit doit pouvoir porter sur lui, n'exige ni une construction bien compliquée, ni des dimensions bien grandes. Comme remplissant ces conditions, citons le tourniquet de campagne de Rust, par exemple, composé d'une lanière, d'une pelote et d'une boucle, ou le tourniquet de Liier, à pelote en bois fixée sur la boucle {fig. 4 et 5); le tourniquet réglementaire russe.

Fig. 4.

Parmi les tourniquets circulaires qui arrêtent aussi la circulation rétrograde des veines, le tourniquet à baguette présente cet avantage qu'il n'étrangle pas le membre dans toute sa circonférence et évite ainsi le danger d*un afflux sanguin excessif et de la gangrène. Ce tourniquet s'applique avantageusement au membre supérieur. Charles Schiller [Cours de pansement et de transport pour les troupes de santé. TVurtzbourg, 4e édition, 1870) décrit ce tourniquet en ces termes : « Il se compose de deux baguettes

dans les extrémités desquelles on a taillé une légère encoche et de deux bouts de bande. Ces baguettes, d'un diamètre de deux tiers de pouce à peu près et d'une longueur de trois quarts de pied, sont attachées l'une contre l'autre à l'une des extrémités au moyen d'un solide bout de bande, de manière à avoir un écartement répondant au diamètre du membre, deux pouces, par exemple, pour le bras. Le système est passé comme une fourche autour du membre de telle manière que l'une des baguettes

Fig. 6.

vienne à s'appliquer sur l'artère, l'autre au point diamétralement opposé. Les deux baguettes, à leur autre extrémité, sont ensuite également rattachées au moyen d'un bout de bande, et de cette manière on exerce sur l'artère la pression nécessaire pour y intercepter la circulation. » (Fig. 6.)

Comme on voit, ce tourniquet à baguettes peut être improvisé au moyen de la moindre tige de bois

ou de métal que l'on a sous la main et du premier lien venu, corde, ficelle ou lambeau de vêtement. Le tourniquet à nœud de Volkers n'est autre chose que ce système perfectionné et plus soigné dans sa forme.

D'ailleurs, tout médecin et tout soldat de la troupe de santé doit savoir, avec un mouchoir ou une bande et une baguette, confectionner lui-même un tourniquet à garrot. Voici comment Morel, l'inventeur du compresseur artériel, recommande de procéder. Il entoure le membre d'une compresse épaisse, passe un lien par-dessus la compresse et engage une baguette sous le lien du côté du membre où se trouve le vaisseau, et une autre du côté oppose ; puis il tourne cette dernière baguette jusqu'à ce que le lien soit suffisamment tendu. La baguette appliquée sur le vaisseau est remplacée par une pelote dans un garrot régulièrement construit, et peut l'être, dans un appareil improvisé, par une bande roulée ou par le premier objet venu, pourvu qu'il soit dur et de forme ovoïde.

L'appareil de Sylvestri-Esmarch, pour l'amputation sans écoulement de sang, trouve aussi un utile emploi dans l'hémostasie ; au moins peut-on utiliser à cet effet des bandes et des cordons de caoutchouc de tout calibre.

L'appareil de campagne de Cort y Marti, composé de plusieurs pièces de métal, est d'un emploi si simple que chaque soldat peut l'appliquer à son camarade.

Enfin le tourniquet élastique des Foulis, qui est une ingénieuse variante de celui d'Esmarch, peut aussi rendre d'excellents services.

Médic amen ts h ém os ta U ques.

Parmi les agents hémostatiques, ceux qui se prêtent le mieux au service du champ de bataille sont ceux qui sont de consistance sèche. Tels sont :

a) Les poudres hémostatiques, telles que la colophane pulvérisée, l'alun, le charbon ou les préparations de Lentin, Bonnafond, Radius. On en saupoudre la plaie directement ou par l'intermédiaire de charpie, et leur emploi peut être combiné avec celui du tamponnement.

b) Les pâtes hémostatiques, comme, par exemple, la pâte de Catechu aluminée (TA. Cooper, la pâte au chlorure de zinc et d'antimoine de Xeudœrfer. Il s'agit, quand on se sert de ces pâtes, de les porter dans la profondeur de la plaie, jusque sur l'artère saignante, au moyen de la spatule ou d'une petite tige de bois.

c) Les hémostatiques fibreux, comme le Penghuawar- Djambi. Cette racine fibreuse, originaire de l'Inde, de couleur brune et de forme très-ténue, est si légère qu'une once en remplit une boîte de 12 centimètres sur 4 centimètres et demi de largeur et 6 centimètres de hauteur. On peut donc très-facilement en porter sur soi une certaine quantité, soit dans la trousse, soit dans une simple enveloppe en papier, voire même dans la poche du gilet. Grâce à ses innombrables petites fibres transversales, insérées suivies fibres longitudinales comme les poils d'une chenille, cette racine constitue par son ensemble un tissu lâche présentant au sang une sur-

face très-grande pour la coagulation, et agit à la manière des toiles d'araignée, dont l'emploi comme hémostatique est si répandu dans le vulgaire. Il suffit de rouler cette substance en boulettes du volume d'un haricot ou d'une noisette et d'en bourrer la plaie pour réussir d'une manière presque constante à arrêter l'hémorrhagie. Comme, selon toute vraisemblance, l'action du Penghuawar est purement mécanique et que sa réaction chimique est nulle ou peu marquée, ce styplique si sûr a l'avantage de ne pas donner lieu à ces phénomènes secondaires désagréables que produisent certains autres hémostatiques en brûlant les tissus, en souillant la plaie ou en exaspérant la douleur. Il se recommande donc avant tout autre hémostatique pour le service du champ de bataille ; le prix élevé en est la seule contre-indication.

Un succédané peu énergique du Penghuawar s'obtient en imbibant d'une solution d'alun , d'acide phénique, de tannin ou de perchlorure de fer, un mélange de charpie et de ouate ou de la sciure de bois, qu'on fait sécher ensuite et qui constitue une masse fibreuse de consistance variable, agissant comme astringent.

Astringents liquides.

Parmi les hémostatiques liquides, malgré la valeur de l'eau de Pagliari et de l'eau de Neljubini, la solution de perchlorure de fer, qui peut être emportée et employée en doses relativement faibles, se prête seule au service du champ de bataille.

Fer rouge.

Le fer rouge est un hémostatique trop sûr et trop simple pour que nous le perdions de vue pour le service du champ de bataille. Il est vrai que l'on ne peut demander sur la station de pansement une installation secundum artem du réchaud, avec son soufflet et son cautère. Mais comme, en définitive, chaque clou, chaque stylet, chaque baguette de fusil, rendue incandescente peut servir à la cautérisation d'une artère ou d'une surface saignante, ce ne doit pas être toujours une difficulté absolument insurmontable que de tenir prêt sur le champ de bataille, au moyen d'un feu allumé rapidement ou destiné à d'autres services, un fer rouge avec lequel on sera en mesure d'arrêter instantanément les hémorrhagies.

Occlusion de l'artère : 1° dans la plaie.

Dans certains cas, il ne sera pas impossible de saisir l'orifice de l'artère jaillissante dans la plaie même et de le boucher, soit définitivement au moyen de la torsion ou de la ligature, soit temporairement en y plaçant des serres-fines ou des pinces à coulisse. Comme les secours doivent être prompts et qu'il ne faut pas gaspiller le temps destiné à d'autre besogne, on ne peut pas, sur le champ de bataille, s'attacher à longtemps rechercher une artère située au fond d'une anfractuosité de la plaie ou rétractée au loin. Ce n'est que dans le cas o,ù la vie serait compromise par un retard, lorsque l'on a épuisé sans succès tous les autres moyens et que l'artère est re-

lativement superficielle et d'un accès facile, que la torsion ou la ligature est indiquée.

2° Au-dessus de la plaie.

Quand l'hémorrhagie artérielle est considérable, l'artère difficile à découvrir et la faiblesse du malade grande, on procède aux opérations méthodiques de l'occlusion artérielle ou de la ligature du tronc vasculaire.

Occlusion artérielle.

V occlusion artérielle est une invention de Neudœrfer et mérite au plus haut degré l'attention des chirurgiens militaires. Comme pour la ligature ordinaire du vaisseau, Neudœrfer met à nu, au-dessus de la partie lésée, la gaine des vaisseaux, isole l'artère et l'entoure avec un fil de soie fin et fort. Les extrémités du fil sont enfilées dans des aiguilles droites qui, toutes deux, sont enfoncées dans les parties molles de l'une des deux lèvres de l'incision. On fait ressortir les deux aiguilles à une distance variable de l'incision, l'une, par exemple, à 6 lignes, l'autre à 12 ou 15 lignes de l'incision, de manière qu'un intervalle de 6 à 9 lignes sépare les deux points de sortie. Cela fait, les deux chefs du fil sont fortement serrés sur la moitié d'un bouchon fendu dans sa longueur, jusqu'à ce que l'artère, pressée contre les parties molles, soit aplatie et cesse d'être perméable. On procède alors à la réunion complète de la plaie d'incision, en vue d'obtenir une guérison par première intention. Quant au fil, qui ne doit pas couper l'artère, mais a simplement pour but d'ame-

ner l'occlusion du vaisseau par coagulation, il est retiré au bout de vingt-quatre heures, ou, comme le veut Neudœrfer, au bout d'une heure, mais peut aussi bien être laissé trois ou quatre jours, afin qu'en cas de besoin on n'ait qu'à faire le nœud *.

Ligature.

Guère plus longue à effectuer, mais plus grave comme opération, la ligature consiste à rechercher le tronc artériel au-dessus de la plaie et à le lier au moyen d'un fil simple ou double, ce qui nonseulement a pour effet de le rendre imperméable, mais souvent aussi de le faire couper par le fil. Dans ce dernier cas, on doit craindre une suppuration des parties sectionnées et du thrombus qui s'est produit, et enfin une hémorrhagie consécutive.

Ces dernières opérations sont rarement pratiquées sur le champ de bataille, mais peuvent sauver des existences. Maintenant que les champs de bataille sont fréquemment et minutieusement explorés par les patrouilles de troupes de santé, l'occasion de les pratiquer pourra cependant se présenter plus souvent que cela n'était admis jusqu'à présent.

Il est bon que le médecin militaire sache que généralement, lorsqu'un gros vaisseau est lésé, tout son arsenal d'hémostasie arrive trop tard et que la mort par hémorrhagie survient le plus souvent très-

L. L'acupressure, la ligature à travers la peau et la ligature eu bloc sont des méthodes connues de tout temps et différant peu des procédés que nous venons de citer. La ligature reste le seul moyen sûr.

vite. Néanmoins il doit être pénétré de toutes les méthodes, préparé et exercé à tous les cas. Puis ce n'est pas dans les grandes batailles seulement qu'il a affaire à des blessés récemment atteints; cela peut arriver aussi dans les petits engagements, dans les canonnades, dans les combats isolés et dans d'autres circonstances particulières ; et dans ces cas le petit nombre des blessés permet de leur porter un secours plus prompt et plus complet.

Coucher, désaltérer, ranimter les blessés sur le champ de bataille, panser et arrêter l'hémorrhagie, définitivement ou provisoirement, toutes ces pratiques sont autant de manœuvres préparatoires pour le second acte immédiatement indispensable : le transport en arrière du champ de bataille.

Récapitulation du service médical sur le champ de bataille.

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