VISITE ET TRIAGE
Visite .
L'intervention médicale commence nécessairement par la visite des blessés. Cette visite consiste tout d'abord en une inspection minutieuse du corps et des vêtements, inspection dont le résultat fournit habituellement des renseignements au sujet de la
présence du projectile dans la plaie, des complications provenant de la pénétration de corps étrangers, lambeaux de drap, pièces de bufflettèrie, de métal, etc. Six ouvertures percées dans la ceinture en laine rouge d'un soldat français et dont trois corrépondaient exactement à la partie antérieure, les trois autres à la partie postérieure, nous permirent, a priori, de diagnostiquer la direction et la pénétration d'un coup de feu de l'abdomen. Chez un chasseur prussien, les pertes de substance dans le drap vert de la tunique, dans le drap gris du pantalon et dans l'étoffe du caleçon nous fournirent des données certaines sur les pièces qu'il s'agissait de retirer de la plaie, une fois la balle extraite. Quand le tissu des vêtements a été refoulé par le projectile dans les parties molles du corps, en cul-de-sac ou à la manière d'un doigt de gant, il suffit parfois d'exercer une prudente traction sur l'étoffe pour retirer la balle (Baudens). D'autres fois elle a pu être retirée accidentellement pendant le transport ou pendant qu'on déshabillait le blessé ; dans ces cas, l'état de la pièce d'habillement fournit encore le plus souvent les renseignements nécessaires. Sur le membre blessé, les vêtements et les chaussures doivent être incisés avec précaution au moyen de forts ciseaux qui ne doivent pas manquer dans les trousses ou entre les mains des troupes de santé,
Quand on a trouvé une blessure, cela ne veut pas dire qu'il n'en puisse pas exister une autre et n'exclut nullement l'inspection du reste du corps. Une Beconde blessure peut avoir autant ou plus de gravité que celle qui saute aux yeux la première.
V interrogation, absolument impraticable quand il s'agit de blessés épuisés, n'a en général qu'une valeur secondaire et ne doit pas absorber un temps plus utilement consacré à une intervention active et urgente. Tel blessé racontera très-judicieusement et très-exactement son attitude, la sensation éprouvée au moment où il fut atteint, la direction et la nature du coup, tandis que d'autres ne peuvent qu'induire le médecin en erreur avec leurs allégations ou bien ne pourront, aux questions les plus précises, donner d'autre réponse que de dire qu'ils ont ressenti l'impression d'un coup et ont cessé d'être en état de combattre.
Uexamen général fait au moyen de la vue fournit déjà de nombreuses données sur le siège et la nature de la blessure, sur les ouvertures d'entrée et de sortie, sur la direction de la plaie, sur la coexistence d'une fracture ou d'une lésion plus ou moins grave des organes essentiels ; la palpation, le toucher , la pression , les mouvements imprimés complètent le diagnostic. Mais pour apprécier exactement les désordres produits, l'étendue et les complications du coup de feu, le moyen d'exploration le plus sûr et le plus inoffensif est le doigt, préalablement huilé ou au moins mouillé et doucement introduit dans la plaie par de petits mouvements de vrille; selon le diamètre de l'ouverture d'entrée et la profondeur de la plaie, on se sert de l'indicateur, du médius ou de l'auriculaire. On doit être aussi réservé que possible dans Y emploi de la sonde ; les plus inoffensives et celles qui se prêtent le mieux au diagnostic des corps étrangers ou des
esquilles sont la sonde de Bell, celle de Nélaton, ou le cathéter en argent. Lors du premier examen, on doit répondre à deux exigences opposées : l'obligation de ne pas perdre de temps, la nécessité d'asseoir définitivement le diagnostic. Il ne faut pas que le nombre desjblessés soit bien considérable pour qu'il soit possible de satisfaire entièrement à cette dernière tâche.
Triage des blessés.
Les blessés se classent en quatre catégories : 1° Les hommes atteints de blessures graves, incurables et mortelles, chez lesquels il ne peut plus être question que & euthanasie : — boissons, peut-être administration de narcotiques , décubitus commode , mise à l'écart, assistance religieuse ;
2° Les blessés qui ont besoin d'une opération immédiate ;
3° Ceux qui nécessitent l'application d'un appareil compliqué et construit secundum artem ;
4° Ceux qui peuvent être immédiatement dirigés en arrière sans appareil ou avec un simple petit pansement.
Pour qu'on soit en mesure de donner les secours nécessaires à ces quatre catégories, simultanément et sans sacrifier l'une à l'autre, il est nécessaire de di viser le personnel en autant de groupes. Les groupes chargés des catégories 2 et 3 seront composés de médecins ; les groupes chargés des catégories 1 et 4 pourront en partie être composés d'autres personnes. Le groupe 2 occupera le local le meilleur, le groupe 4 pourra être installé dans une
dépendance, en plein air, et même sur un tout autre emplacement.
Pour éviter les graves difficultés qui résultent de l'encombrement subit de la station de pansement par des gens qui viennent demander des secours, il est de la plus haute importance d'évacuer les blessés1 de la 4e catégorie immédiatement, ceux de la 3e aussitôt qu'ils auront été pourvus de leur appareil. A cet effet, il est nécessaire de disposer de moyens de transport considérables. Une partie des blessés de la 3e catégorie peut également , une fois l'opération pratiquée, être dirigée en arrière, mais le plus grand nombre d'entre eux doit être installé dans le voisinage immédiat, ainsi qu'on le verra plus loin.