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LE PANSEMENT

Bien que la chirurgie moderne conteste qu'il soit d'absolue nécessité de couvrir une plaie récente, il y a lieu cependant, tant pour satisfaire au désir bien naturel du blessé, que pour protéger la plaie contre les influences mécaniques et atmosphériques, d'appliquer sur chaque plaie un simple pansement 'protecteur. L'écharpe triangulaire de Major se prête particulièrement à cet office. Esmarch (Der erste Verband auf dem Schlachtfelde; Kiel, 1869) a déjà contribué à la vulgarisation de l'emploi de ce pansement et à son adoption par la plupart des armées civilisées pour les guerres de l'avenir. Cependant une cravate ordinaire ou un mouchoir de poche peuvent servir au mCme objet, ainsi que chaque lambeau de toile ou de bande, quoique l'application

peu expéditive de cet objet de pansement semble - réserver de préférence pour certains cas, d : ;.:.:mc-ni pour le service des ambulances de seconde lione. Partout où le petit nombre des blessés le permet, le pansement protecteur est appliqué de la manière suivante : un lambeau de toile humecté d'eau ou imprégné d'buile, mieux encore un linge fenétré. es: placé directement sur la plaie et recouvert d un peu de charpie ou douate (en quantité plus grande chez les sujets maigres ou dans les régions a saillies osseuses ): une écbarpe triangulaire ou quelques jets de bande sont passés par-dessus et maintiennent le tout. H n" y a aucune objection à ! faire contre l'emploi des bandelettes collodionnées de Xeudcerfer ou du diachylon, quand il s'agit exceptionnellement de faire affronter les lèvres de plaies lear-tes. Quant à l'emploi de la bouillie de plâtre NVadœrfer), je n'en ai pas fait l'expérience.

Quand des os sont fracturés, quand une luxation a été réduite, et souvent aussi dans les plaies des parties molles, un appareil de soutien, pour le membre! ou la partie lésée est absolument nécessaire. Pour le membre inférieur, cet appareil se confond avec l'appareil contentif et la position. Pour l'œil, l'oreille, le nez. les lèvres, on emploie la fronde, le bandage en T ou la cravate. C'est pour le membre supérieur, où un bon appareil de soutien permet d'aller et venir et rend le transport possible, que cet appareil acquiert la plus haute importance et prend aussi les formes les plus variables. Depuis la clavicule jusqu'aux phalanges, toutes les fractures et luxations, presque toutes kx i .sions osseuses et beaucoup de plaies des parties

molles, nécessitent un appareil de soutien qui sera ou l'écharpe triangulaire (fig. 21), ou la cravate {fig. 22), ou le bandage de corps, ou une simple

Fig. 21. Fig. 22.

serviette {fig. 23), ou enfin le grand bandage roulé du thorax {fig. 24).

Fig. 23. Fig. 24.

En l'absence de tout appareil, le membre supé-

j | rieur peut être soutenu au moyen de la main passée

dans la tunique en partie déboutonnée, ou bien au moyen de la manche fixée par des épingles ou quelquelques points contre le plastron de la tunique.

A la station de pansement, le pansement compressif est appliqué sur les artères, pour arrêter les hémorrhagies : sur les têtes articulaires réduites après luxation", pour les maintenir en place : sur des viscères herniés, pour les contenir: sur l'œil endommagé, pour le protéger et comme antiphlogistique. En général, il consiste en une boulette de charpie, en une compresse graduée ou roulée, en une bande roulée, en une pelote régulière ou improvisée que Ton fixe sur les parties voulues au moyen de bandes, de pièces de drap, de lanières. Le fascia nodosa (nœud d'emballeur) est l'appareil compressif traditionnel pour les lésions de l'artère temporale, comme le monocle l'est pour celles de l'œil. Le tourniquet, dont l'emploi exige de grandes précautions, n'est autre chose qu'un appareil compressif pour les artères des extrémités. L'appareil compressif qui ménage le plus les parties consiste à envelopper la région bien uniformément au moyen de bandes roulées, principalement de bandes de flanelle. Les appareils plâtrés, dont nous allons nous occuper en parlant des appareils contentifs. sont souvent en même temps \ des appareils compressifs.

Appareils contentifs.

Par appareils contentifs, on entend les appareils destinés à fixer dans une position normale et à y maintenir les fragments de squelette qui ont été

l'objet d'une solution dans la continuité ou la contiguïté (fractures, luxations, résections).

On ne saurait assez prémunir le médecin militaire contre la tendance à se laisser séduire par les avantages qu'offre l'appareil plâtré et par la prédilection qu'il a pour cet appareil, au point de négliger de s'exercer à la confection des autres appareils contentifs et d'en enseigner l'application au personnel sanitaire. Là où l'un des matériaux fait défaut, on recourt à un autre ; là où tel appareil a causé de la fatigue et des accidents, on lui substitue tel autre. Il n'y a presque pas de substance qui ne puisse utilement être employée à la confection d'appareils de nécessité.

Les deux types auxquels peuvent se rattacher tous les appareils contentifs sont :

a) Ceux où le membre fracturé est fixé sur un solide appui extérieur;

b) Ceux où le membre est enfermé au centre d'une coque dure ou durcie.

. Au type a appartiennent tous les appareils à attelles droites en bois, en cuir, en métal, en carton ; ceux qui sont construits avec des fanons de paille, des paquets de branchage, des bâtons, des armes, des gouttières, ces dernières constituant la transition aux appareils à coque.

Au type b appartiennent les appareils construits avec deux attelles creuses, d'après Pelikan, Volkmann, Port, Bell, les gouttières en fil de fer pour bras et jambes, les appareils amidonnés, plâtrés, gélatinés, en papier, silicatés, etc.

Comme exemple d'un appareil à attelles, nous

62 LA station de pansement.

décrirons celui pour fracture de cuisse. La fracture réduite et l'extension continuée, toute l'extrémité, depuis le pied jusqu'à la hanche, est enveloppée d'une bande roulée ou r^ 9.

mieux de bandelettes de Scultet: deux attelles droites en bois de 2 1 â à 3 1 2 pouces de large, enveloppées dans une pièce de toile, sont appliquées au côté externe et au côté in- Pjjj terne du membre , de manière que l'attelle externe dépasse l'articulation coxofémorale et la plante du pied, et que l'interne s'étende depuis la région inguinale jusqu'au delà de la plante du pied. Les deux attelles sont évidées à la hauteur des malléoles.Pour protéger les parties molles et pour remplir les dépressions, on interpose, entre les attelles et le membre, des coussins, des fanons, avec ou sans enveloppe de toile, des draps roulés en longs cylindres, des sacs garnis de foin, de crin, ^-Zkk}' d'ouate ou de mousse. Les attelles sont attachées ensemble au moyen de 4 à 6 lacs, le pied est fixé dans

sa position au moyen d'un étrier, et placé sur un anneau rembourré de crin, pour éviter l'endolorissement du talon. Pour fixer le membre pansé dans sa direction normale, on glisse, par les côtés, sous les parties à élever, de petits sachets de sable ou des faux-fanons (pièces de bois taillées en prisme), ou bien on place l'extrémité dans une gouttière ou sur un appareil à suspension.

Pour confectionner des fanons, on place parallèlement les uns aux autres une grande quantité de fétus de paille non brisés, autant que possible ; on les rassemble dans un paquet assez volumineux pour pouvoir être embrassé dans la main, on ficelle ce

Fig. 26.

paquet en plusieurs points, et on coupe les extrémités à une longueur correspondant à celle du membre. On peut, quand on veut, les envelopper de toile. A défaut d'autres ressources, ils peuvent tenir lieu d'un appareil à attelles (fig. 26).

Comme modèles d'appareils de nécessité, citons : les attelles d'Esmarcb faites avec des branchages ; l'excellent appareil de Schiller pour fractures de cuisse, construit avec un fusil, un fourreau de sabre et trois cravates- enfin l'appareil de fracture de jambe constitué au moyen d'attelles, de pièces d'étoffe et d'objets d'équipement. On peut espérer, dans des guerres européennes, que les compagnies de santé des stations de pansement de l'armée ou des

mà

sociétés de secours, seront pourvues d'un approvisionnement suffisant d'attelles, de gouttières et d'autre matériel de pansement. Cela n'empêche pas qu'il soit indiqué d'exercer le personnel à la confection de ces appareils de nécessité, ou au moins de les lui faire connaître.

Quand on a des gouttières doubles en métal, en carton ou en cuir, confectionnées à l'avance, il suffit de les fixer au moyen de boucles, de courroies, de quelques tours de bande, pour constituer des coques tout à fait complètes et emprisonnant entièrement le membre. Mais il est bien préférable de recourir à l'emploi des appareils inamovibles durcissants, parmi lesquels le plus utile et le plus pratique est l'appareil plâtré. Il en existe deux variétés qui ne se distinguent que par des différences peu essentielles : 1° celle où, à l'exemple des inventeurs hollandais, Matthysen et van der Loo, on se sert de bandes préalablement plâtrées à sec et humectées seulement au moment de l'application ; 2° celle où on commence par appliquer l'appareil non plâtré pour le mouiller ensuite et l'enduire de bouillie de plâtre jusqu'à la consistance voulue. Avant de commencer l'appareil, on huile le membre et on étend sur toute la longueur de celui-ci un bout de bande étroit et sec qui n'est pas plâtré et sert, plus tard, à apprécier le degré de constriction ou de laxité de la coque, et, finalement, comme conducteur, pour inciser l'appareil quand on l'enlève. Les malléoles, les doigts, le trochanter, l'olécrane, l'acromion doivent être protégés par un peu d'ouate, ainsi que les bords libres de l'appareil ; faute de prendre cette précaution, ces

bords inciseraient les parties molles comme un couteau. L'enveloppement du membre tout entier avec du coton n'est indiqué que chez les sujets très-maigres, autrement l'appareil perdrait sa principale qualité qui consiste à enserrer solidement le membre. Afin de laisser libre l'accès de la plaie, on ménage à l'avance ou on pratique après coup une fenêtre, ou bien encore on construit un appareil bivalve. Pour pratiquer la fenêtre, on recouvre la partie à laisser libre d'un fort bourrelet de charpie par-dessus lequel l'appareil plâtré forme une saillie. Avant la solidification totale, on excise sur ce bourrelet une portion d'appareil de forme et de grandeur voulues. On peut encore placer sur la plaie un anneau de corde par-dessus lequel les tours de bande sont renversés, ce qui laisse à la hauteur de la plaie une ouverture à peu près circulaire. Il est plus simple encore de couper la bande en deçà de la plaie, chaque fois que les tours couvriraient celle-ci, et de continuer l'application au delà.

Quand on veut obtenir un appareil plâtré qui permette de procéder de temps en temps à l'inspection du membre sans qu'il soit nécessaire de le fendre avec des ciseaux à plâtre, on ménage, lors de l'application, la fente longitudinale nécessaire à cet effet. On y arrive par les procédés suivants :

1° Avec les appareils construits au moyen de landes circulaires, Van der Loo recourt à deux pratiques : la première consiste à couper, pendant l'application même, les tours de bande à la partie antérieure du membre et à continuer l'application de la bande de l'autre côté de la ligne médiane, de manière à

ménager un espace libre sur toute la longueur de l'appareil. Cette fente est couverte d'un ou plusieurs lambeaux ou bouts de bande longitudinaux qui sont plâtrés et qu'on peut enlever et replacer à volonté. La seconde pratique consiste, quand on est arrivé avec le tour de bande à la partie antérieure du membre, à renverser la bande sur elle-même et à revenir sur elle pour contourner le membre, en sens opposé, jusqu'à ce que la ligne médiane soit dépassée de 1 ou 2 centimètres ; arrivé là on renverse de nouveau la bande, on la reporte encore dans le sens opposé et ainsi de suite, de manière à constituer sur la ligne médiane antérieure un spica constitué par l'entre-croisement des bouts des bandes repliées sur elles-mêmes. Sur les deux côtés de la ligne médiane de ce spica, ainsi du reste que sur les côtés de la ligne médiane postérieure du membre, on applique quelques bandes longitudinales de renforcement. Puis, avant que le plâtre se soit entièrement consolidé, les bords libres du spica fendu sont reployés en arrière jusqu'à la bande longitudinale la plus voisine, de manière à ménager sur la face antérieure de l'appareil une fente qu'on peut ouvrir et fermer à volonté et utiliser pour retirer l'appareil.

2° Avec les bandelettes de Scultet, le même chirurgien procède comme suit : Sur un drap-fanon étalé sur un coussin, une planchette, une feuille de carton *, on dispose 12 à 15 bandelettes de Scultet

1. L'auteur prépare toujours ses appareils de Scultet ou à attelles sur une feuille de carton ; celle-ci a l'avantage de pouvoir être plus facilement glissée sous le membre que quoi que ce soit et joint à une assez grande rigidité une surface plane et une certaine flexibilité.

plâtrées, qui ne doivent se couvrir que sur la moitié ou le tiers de leur largeur pour que l'appareil ne devienne pas trop épais. Sur la ligne médiane on place une ou plusieurs bandes longitudinales également plâtrées (fig. 21, a). Cette première couche est recouverte d'une seconde couche de 12 à 15 bandelettes non plâtrées, dépassant les premières en longueur d'un petit nombre de lignes seulement d'un côté, g, de plusieurs centimètres de l'autre

Fig. 27

Fig. 27 b.

côté, d (fig. 27, b). Ainsi disposé, l'appareil est glissé sous le membre fracturé qui est enveloppé, d'abord du côté d, successivement avec la couche de bandes non plâtrées et avec la couche de bandes plâtrées ; les extrémités de ces dernières atteignent la ligne médiane du membre, mais sont un peu débordées par la couche non plâtrée. On passe ensuite au côté g où l'on replie autour du membre d'abord les

ßg la STATION DE PANSEMENT.

longs chefs des bandes non plâtrées, pnis les demibandelettes de la couche plâtrée. Ces dernières atteignent approximativement, comme celles du côté opposé, la ligne médiane, mais sont débordées d'un certain nombre de centimètres par les bandes non plâtrées, lesquelles empêchent l'occlusion de l'anpareil et permettent de l'ouvrir à volonte. Des deux côtés de la ligne médiane, on applique des bandes de renforcement longitudinales.

D'une manière générale, du reste, Van der Loo, au moyen de ses bandes longitudinales, au moyen de bandes circulaires qui tantôt ne se rejoignent pas tantôt se superposent sur la ligne médiane, par l'interposition de bandes non plâtrées, arrive a varier son appareil au point de pouvoir l'appliquer a toutes les régions du corps et à tous les cas qui peuvent se

F3S°eUne autre variante également ingénieuse, indiquée par Van der Loo, est la suivante ; on saupoudre fortement de plâtre un bas de lame ou de coton, on passe ce bas sur le membre blesse, deja Préalablement chaussé d'un bas non plâtre, on Phumecte et on le laisse consolider, de manière a constituer une coque plâtrée très-étroitement moulée sur le membre. Quand on veut faire un appareil solide et inamovible, on passe encore un bas plâtre sur le premier; quand, au contraire, on veut construire un appareil amovible, le bas plâtre unique est renforcé par des bandes longitudinales dans 1 interstice desquelles il est facile de l'inciser. Les avantages de ce procédé résident dans la confection expeditive et dans l'exact moulage de l'appareil sur le membre.

4° Un autre modèle d'appareil plâtre est la gouttière valvulaire ou bivalvulaire en toile plâtrée (fig. 28). Pour envelopper le membre fracturé, on prend deux pièces de toile assez longues pour

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