III. Notions sur ta cathédrale de Rheims
L'église de Rheims, commencée sous l'évêque £bbon, du temps de Louis -le -Débonnaire, et achevée par le fameux Hincmar, fut recommencée en 1210 sur les ruines de l'ancienne qui avait été dévorée par les flanmies. L'extérieur de cette église oflre un exemple intermédiaire entre l'architecture du 1 1* siècle et celle des i5* et i4% c'est-à-dire un mélange de masses unies , pesantes , d'ornemeus grossiers qui tiennent encore à l*état peu avancé de l'art, et de parties plus sveltes et plus délicates, qui annoncent le nouvel essor que cet art allait prendre dans les siècles suivans, où il fut poussé jusqu'à la plus extrême élégance et jusqu'à la hardiesse en apparence la plus téméraire. Le grand portail est regardé comme la plus belle chose connue en ee genre et , suivant un adage populaire , une des quatre parties essentielles proposées pour modèle dans la construction d'une cathédrale parfaite (9).
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( I) Outre la description intéressante de cette église , donnée par M. de Jolîmont, qui est dans l'ouTrage de Ghapuy, on peut lire celle de M. Riroire) I80&.
(2) On dit commanément qae poar faire une cathé-
958 Notions sur L-s égtiicê
La partie inférieure est divisée en trois grande^ ouvertures ou portes d'entrée , chargée» de aculp* tures et de détails gothiques, de statues, etc.; mais c'est principalement autour de ces portes et dans les frontons qui les surmontent que Fartiate a donné carrière à son génie , en traçant avec son ciseau un poème religieux tout entier^ C'est l'his- Uàte de l'ancien et du nouveau testament, terminée par la résurrection générale, le jugement dernier, la punition des méchans et l'entrée des élus dans les demeures éternelles ; enfin l'apothéose et le couronnement de la Sainte-^Yierge au milieu des anges et des chérubins dominent toute cette composition , comme étant la plus parfaite créature et la patrone de l'édifice. Le portail est divisé en trois étages ornés de statues de person- . nages tirés de l'bîstoire sainte et de l'histoire profane ; les arcades ogives , les fleurons , les découpures en trèfle, les pignons aigus , les colonnes en faisceaux et isolées ne sont qu'une partie des beautés qui rendent cet ouvrage admirable. Les façades
drale parfaite, il faudrait réunir ensemble le portail de Rlieims , les clochers de Chartres , la nef d'Amiens et le chœur de Beauvaîs ; mais , sans doute , cette opinion exprime plutôt le mérite eiclosif de chacune de ces parties considérées isolément, que la pensée réelle que leur réimioD produisait un tout (parfait.
du moyeri'ige, 359
latérales au nord et au midi ne le cèdent en rien à la façade jprincipale pour la délicatesse et la multiplicité des détails gothiques.
L'intérieur de la cathédrale de Rheims est vaste f d'un aspect imposant 5 et l'architecture n'en a pas moins de noblesse et d'étonnantes richesse» que ^extérieur. Le plan est en forme de croix latine y mais la croisée est beaucoup plus rapprochée de l'extrémité du chevet que dans la plupart des autres églises. La masse principale des pilier? est ronde; quatre autres piliers rond», d'un moindre diamètre 5 leur sont adossés en forme de croix; ils sont tous couronnés dé chapiteaux à feuillages. Au-dessus de ces chapiteaux s'élève tm faisceau de piliers d'un très-petit diamètre ^ également ornés de bases 9 de cordons et de cha^ pitcaux qui supportent la retombée des arcs et la nervure des voûtes. Entre les arcades des aile» latérales et les fenêtres de la nef , règne dans tout le pourtour de l'église une galerie composée d'une suite de petites colonnes avec chapiteaux 9 et d'arcades ogives de 10 pieds d'élévation , parfaitement en harmonie avec la gravité du style du reste de l'église. Enfin mille autres beautés d'architecture, de sculpture, de peinture, placent la métropole de Rheims dans le premier rang des églisesde France .^ On sait tous les souvenirs qui se rattachent à cet admirable édifice : il était destiné aux pompe»
, a6o Notions svr Us églises
te» plus Imposantes de la nation. M. Chapuy, dann les vues pittoresques de ce monument, représente les pi-ineipales d'it-monii s du sacre. Le telle historique et descriptif est de M. de Jolimout. (Voyez aussi la Description historique de l'égtise fie Notre-Dame de Rhcims , par Gilbert , i8i5.)
IV. Notions sur ta cathédrale de Strasbourg. On s'accorde à dire , selon M. de Jolimont , qnc la première construction de l'église de Stra«bouif en' due à Clovis, qti'elle ëtait en bois et dédiée k fAasomptioa de la Sainte-Vierge. Elle fut presque entlèremeiit brûlée en 1007 et recoinmeacée ea ioiS. Après divers accidens arrivés aa chœur et à la nef) la construction des voAtes supérieures ftit achevée en lajS. Le style bysaniin domine presque entièrement dans les constructions primitiveSf tandis que l'ogive élégante apparaît avec tontes ses grâces dans les parties de l'édince qui datent dn i5' siècle. La première pieire de la façade fut posée en 1277 : cette façade est surtout remarquable par la tour merveilleuse qui la couronne : sa hauteur est de 4S0 pieds ; on l'aperçoit à dix lieues de distance. Elle est carrée à sa base jusqu'à la hauteur de l'église et percée à jour sur les trois cOtés: 3 partir de cette hauteur, elle devient octogone et ouverte sur toutes les faces. Elle se termine en forme pyramidale qui semble
du moyen-âge. 261
flotter avec l'air et se jouer des orages. Il faudrait un volume entier pour décrire les beautés qui décorent la façade principale de cette église qui est sans contredit TédiUce le plus étonnant en son genre 9 autant par l'élégance et la hardiesse de son architecture que par sa hauteur extraordinaire; les portes sont au nombre de trois ^ conmie dans la plupart des basiliques (1).
Plusieurs autres cathédrales présentent à l'intérieur des dispositions beaucoup plus avantageuses que celle de Strasbourg : le chœur est petite mais en revanche les bas côtés sont remarquables par la beauté et l'élévation de leurs piliers ; la magnificence des vitraux coloriés jette dans ce temple auguste un clair-obscur magique. La chaire est d'une riche composition. (Voyez Chapuy et les Essais historiques et topographiqiies sur la ca^ thédrate de Strasbourg , par M. Grandidier^ 178a).
(I)Noas avoiiA déjà fait observer que pendapt.plasieiirs siècles les hommes étaient placés dans Téglise du côté de répltre et les femmes du côté de l'évangile , usage ^al se conserve dans quelques diocèses : par une suite de cette sépara tîoo , les hommes sortaient par la porte qai est à droite et les femmes par celle qui est à gauche * la porte du milieu ne s'ouvrait que dans les grandes aobennités, pour les processions et pour le clargi enxorpt*
26a notions tuf tes ÉgHscs
V, Notions sur ta cathédrale de Chartres,
L'église de Chartres a été détruite et rcbâtlv plusieurs fois. Une grande partie de l'édirice , tel qu'on le vuit au jourd'liui , date du comme iicemcnt du 10' siècle. La pesanteur et la nudité des masses, la gravité du style, les arcs à plein-cintre font bien vite recouuaiire les parties qui apparticnneut aux lo'et ii'BÎècles. Ccscaractiressonlcmpreicla sur la façade occidentale et sur les deux tours qui l'accompagnent; mais sur tout le reste de l'édi- Oce un admire les formes gracieuses de l'ogive , des pointes élancées, des chefs-d'œuvre de découpure qui ravissent l'imagination ; ninia ce qui , dans la façade , fixe le plus l'attention des étranger» et que l'on cite avec le pins d'éloge , ce sont les deux clochers qui l'accompagnent. Celui de -droite, moins svelte et moins orné , est du style lombard ; le plein-cintre seul y domine. Celui de gauche est surtout remarquable par sa flèche élancée vers le ciel. L'ogive , les fleurons , les pics aigus et toute la broderie de l'architecture gothique en font un des plus beaux monumens du iS'siècle. Eule voyant, on dirait que l'architecte a eu le dessein de le détacher de la terre et qu'il y a réussi. La pensée suit la flèche dans les nties et de là monte jusqu'à Dieu.
On ne trouve dans l'intérieur de l'église de
du moy engage. s63
Chartres 5 dit M. de Jolimont, ni ce grandiose, ni cette immense élévation 9 ni cette harmonie , ni cette légèreté qui excitent Tétonnement ; mais nul autre temple ne produit dans l'âme une im- . pression plus profonde de recueillement et de vénération religieuse ; nul autre dont l'architecture » ni trop lourde ni trop svelte 9 soit plus gracieuse et plus largement entendue ; nul autre siirtouj; dont l'aspect plus sérieusement rembruni par la grande quantité et la parfaite conservation des vitraux peints 9 ne donne une idée plus complète du caractère particulier imprimé aux grands édifices religieux de cette époque. Les piliers ronds» auxquels sont adossés quatre autres piliers ronds » la jolie galerie qui règne au-dessus des arcades et les fenêtres divisées en roses et en panneaux terminés en trèfle , offrent dans toute sa pureté le style du 1 2* siècle. Vatri%imon porche intérieur» qui est entre les deux tours» porte des chapiteaux et des arcs cintrés évidemment d'une époque antérieure et digne de remarque. (Voyez Chapuy et la Description historique de Notre-Dame de Chartres ,i^2a Q'ûheri y 1^25.)
YI. Notions sur ta cathédrale (t Orléans.
Cette église fut commeneée en 122^. Lesprotcstans la détruisirent en grande partie en 1567 » et peut-être jamais ne se fût-elle relevée de
aGj Violions sur les églises
SCS ruines sans la piotiiclion et les libéralités d'Henri IV , qui eu coaimcnça la reconstruction CD lUoi. Sa légèreté, son extrême élégance , la (juantîlé d'omemcns de détail et le caractère entièrement neuf des tours du grand portail , en fout un des plus beaux monumens de la France (i)- L'architccte a su s'afriauchir du mauvais stjlc tl des innovations introduites dans l'art vers la fm du 16' sif:cle, eu imitant scrupulcusemi^nt > dans les nouvelles pai tics de cet édifice , l'architecture des aucieanes. Il a conservé à ce monument, sauf le portail , une unité parfaite et le caractère primitif de l'archileclure des iS'et 1 4' siècles. L'ensemble offre un aspect d'autant plus piltoresquc que les arcB-boutaug , les galeries , les contreforts les clocbetons et tous ces ornemens , qui donnent tant de mouvement et font le principal cliarmc de l'architecture gothique , y sont plus mtiltipliés et d'une forme plus svclte que dans beaucoup d'autres édifices semblables. La façade se compose de deux parties principales , le portail proprement dit et les tours qui sont à côté. Le portail est divisé régulièrement et soutenu dans toute son élévation par quatre grands contreforts triangu-
(!) Le modile de c«« tours fot d'abord fait en boit et In dimeDslons assez grandes pour qu'on j pAt enu'ei. Ellei sont encore dans le palais épiscopal d'Orléwis.
du moyen- âge. aG5
laîres dans les trois quarts de leur hauteur et surchargés de colonnes et d'ornemens gothiques. Les tours offrent des milliers de colonnes ^ d'arceaux découpés eu trèfle 9 qui étonnent par la légèreté de leur forme : elles sont surmontées d'une jolie balustrade. Enfm^ une colonnade circulaire entièrement à jour f couronnée par une riche dentelle en pierre 9 ornée de quatre statues colossales d'anges , termine d'une manière fort élégante et fort heureuse chacune des tours qui^ tout évidées dans l'intérieur sur toutes les faces ^ ont une forme aérienne et un aspect qui captive involontairement l'œil le plus sévère. Les façades latérales au nord et au midi offrent aussi les plus beaux détails d'architecture gothique. Les deux extrémités de la «roisée sont terminées par deux grands portails remarquables aussi par leur belle structure 9 leurs rosaces et leurs ornemens gothiques d'ui>e légèreté admirable. L'intérieur de l'église d'Orléans est vaste 5 présente de belles lignes , d'immenses proportions 9 et 9 comaie tous les beaux édifices de ce genre 9 beaucoup de grandeur et de majesté ; mais on n'y trouve rien de particulièrement remarquable ni dans l'ensemble ni dans les ornemens9 si ce n'est peut-être le rond*^ point du chœur9 qui est cité pour son élégance et sa légèreté. (Voy. Chapuy etlA Notice historiquesur ta cathédi*aie d'Orléans , par M, DuboSs» i8i8*^
«66 Isolions sur tes églises
VII. Notions sur quelques nvtres cathédrales gothiques de ta France.
Parmi les autres belles cath<!drales gothiques de laFraucciOn cite celles de Rouen, Bourges, Sens , Auxerrc , Lyon , Vienne , Beaiivais , Avraoches, NarboDUB, Sentis, Auch , Le Mans, Tours, Clermont, Alby, Dijon , Metz, Meaus, etc. Nous dirons un mot de celles qui présentent un inlérël plus particulier ou qui nous avoiiînent.
1° La cathédrale de Rouen fui brûlée et reconstruite vers l'an i3oo. Ses principales parties sont l'ouvrage de plusieurs siècles. Elle est a trois nels et a iioS pieds de long et i63 pieds de large dans la croisée. Les trois façades sont richement ornées; la principale est flanquée de deux tours qui ont :i5o pieds de haut , dont l'une s'appelle la tour de beurre , parce qu'elle fut bâtie avec les deniers payés par les habitans pour obtenir quelques dispenses pendant le carême. On l'appelle aussi tour d'Atnboise, à cause de la cloche dite Georges d'Aoïboise, qui pesait 36o quintaux, et fut détruite en i7g3. L'église est éclairée par i3o fenêtres et trois superbes rosaces ; au milieu de la grande nef s'élevait une lanterne ou tour carrée percée de fenêtres, au-dessus de laquelle était un clocher pyramidal en charpente et couvert de plomb , qui avait 3^ pieds de hauteur. Cette flèche fut in-
du moyen-âge, 267
cendiée par la foudre le i5 septembre 1822; on la rétablit en ce moment avec des pièces de fonte ; elle aura 436 pieds de hauteur. En i56a les calvinistes mutilèrent le façade et les tombeaux. (Voyez les lithographies et la description de cette métropole dans le Voyage pittoresque et romane tique de M. Nodier, etc.)
2** L'ancienne cathédrale de Beauvais était , dit>on 9 un temple payen , qui fut changé en église dans le 4* siècle et peut-être avant. On l'abandonna dans le 9* et on l'appelle aujourd'hui Végiise de ta hasse-œuvre » par opposition à la construction d'une nouvelle plus vaste 9 mais qui n'est pas achevée* Le chœur est cité comme le plus beau modèle d'architecture , à raison de son élévation 9 qui est de 142 pieds, de sa vaste étendue et de la richesse des ornemeus qui le décorent. (Voyez Gilbert, Description de ta cathédrale de Beauvais.)
3° La cathédrale de Bourges fut commencée vers le milieu du 9* siècle , terminée et consacrée le 5 mai i524 9 ce qui fait présumer d'avance que l'architecture lombarde est mêlée avec le beau gothique , et c'est en effet ce que l'on remarque , même dans le frontispice, qui était richement décoré avant que les protestans n'eussent brisé les statues en 1662. La tour qui est à gauche s'appelle tour de beurre , comme à Rouen et par le
a68 Noiiatis sur 1rs itjtiscs
mDmc roolif. H. l'abbiS Uomelol a fait une ample ilescriplion &e cette belle iSglisti , qui est surtout remarquable parlabeauté et la belle conaervatioo de SCS vitraux.
4' La catliédralc de Sens fut commencée dans le lo* siècle, augmentée dans Xe la*: aussi la partie ancienne et la tour septentrionale sont en styles Ljsantin et lombard. C'est pour cela qu'on voit d'un ci)té des plcins-ciotrcs soutenus par des colonnes, de petites galeries du même style, de lourds contre-forts, de petites funètreB, etc.; de l'autre , ce son t d'éltigantcs ogives , des clochetons, des fleurons et tous les ornemens gothiquM, Od remarque la même dilTércncc de style dans l'intérieur. Cette église est intéressante : on y trouve le tombeau du dauphin père de Louis XVI avec celui du cardinal Duprat. Les vitraux sont estimés. (Voyez Chapuy.)
5* La cathédrale d'Auxerrc > comme celle do Sens, fut commencée dans le ic* siècle et terminée dans le i5*: aussi on y aperçoit, comme à Sens, le plein cintre, l'o^ïve et ce qui accompagne les deux styles. La façade serait une des plus remarquables de la France si la tour du midi était achevée,
6'. La cathédrale d'Autun date du commence* ment du 12' siècle ; elle fut construite par une de ces confréries de maçons dont nous parlerons
du moyen^âge^ 26^
dans peu. La façade principale parait plusancienne que le reste : tout y respire le style lombard 5 areis et voûtes à plein-cintre sans nervures ^ colonnes massives ^ chapiteaux grossièrement sculptés 9 pleins de figures chimériques. L'intérieur pré-* sente des détails et des découpures fort délicates. — Le clocher qui est au milieu du transeps est fort élégant. ( Voyez dans Chapuy les planches et le texte de M. de Joliment.)
7*" La métropole de Lyon n'était d'abord que le baptistèjre de l'église de Saint-Etienne qui était fort ancienne et qui n'existe plus. Ce baptistère devint bientôt l'église principale du diocèse et la primatiale des gaules. Elle fut réparée par l'archevêque Leydradc; au commencement du 9* siècle (1)9 ce qui suppose qu'elle existait avant: aussi elle présente des caractères bysantins ou cariovingiens. Cette basilique est flanquée de quatre
(I) C'est lui-même qui le dit à Charlemagne, dans une lettre déjà citée , page 208, qui est toute enlière daus le 3« volume de TUagiologe intitulé : Archives du diocèse de Belley, Les Sarrazins s'étaient emparés de Lyon dans le 8« siècle et avaient dévasté le monastère d'Ainay et celui de l'Ile-Barbe, ainsi que les églises de St.-Nizîer et de. Saint-Paul. Il est à présumer qu'ils n'épargnèrent pas la métropole et que c'est ce qui donna occasion aui réparations que fît Leydrade.
370 Notions sur tes églises
tours carrées richement omises. Trois sont vides, la quairième scri de cloclier et renferme la plus gi'osse cloche qu'il y ait aujourd'hui cb France. Les tours sont garnies de clochetons fort tilégans , ainsi qiiti le fronton qui est allongé , comme celui d'un grand nombre d'anciennes églises. Deux galeries taillées à jour cL une belle rose divisée en compartimens ornent la façade. Les trois portesétaient entourées d'anges et de saints qui ont été détruits ou mutilés par le baron des Adrest. Dans l'intérieur de l'églisi; , la longueur des nefs, l'élé^ ration des voûtes, la mulliplicité des colonnes, la richesse des sculptures , l'élégance d'une des galeries (car il y en a deux), la beauté des vitraux, donnent à cet édifice un grand caractère de ma^ jesté. Le sanctuaire et la croisée sont plus anciens que la nef qui semble appartenir au i5' ou au i4' siècle. Le maltre-autel est remarquable par la richesse de ses marbres : deux croix en métal placées derrière l'autel rappellent que ce fut pendant te concile «xcunténique tenu dans cette église en 1374 que s'opéra la réunion de l'église grecque et de l'église latine. Autour des petites nefs régnent beaucoup de chapelles richement ornées. Celle qui est appelée des Bourbons est la plus élégante et la plus riche en ornemens. A la suite de cette chapelle on en voit une autre trèsoraée où se trouve le cccur de saint Vincent de
du may engage. ayi
Paul i renfermé dans un reliquaire en vermeil. Il y a près de la métropole un bâtiment appelé aujourd'hui tnanécanterie 5 dont la façade a tous les caractères de l'architecture lombarde ou Carlovingienne et que Leydrade a fait construire ou réparer (Il existe plusieurs histoires de l'église de Lyon, par Golonia 5 Ménestrier 5 Parradin 5 etc.). 8** La métropole de Vienne en Dauphiné mérite plus d'Jattention qu'on ne lui en donne ; elle était d'abord sous le vocable des Machabées et fut dédiée à saint Maurice en 718 ; elle fut reconstruite par les frères maçons dans le i5' siècle et consacrée par le pape Innocent IV en 1 a5 1 . Beaucoup d'augmentations y furent faites successivement. Il faut monter a8 marches pour y arriver 9 ce qui lui donne un aspect très-imposant. La façade 5 terminée l'an iSSS^ était enrichie de statues et de sculptures qui ont été mutilées par le baron des Adrest en i56a et 1567. Son projet était de démolir tout l'édifice. L'intérieur a 288 pieds de long et 107 pieds de large. Il est partagé en trois ne& par i5 arcades en ogive de chaque côté de la grande nef. Les voûtes 5 peintes en bleu 5 sont fort élevées et pleines de nervures fort gracieuses ; une galerie fait le tour de l'église et en partage agréablement la hauteur. On y fait des réparations considérables. Le mausolée en marbre de M. de Montmorin est fort estimé. On sait que ce
.^ja Notions sur tes églises
fut par l'oraison funèbre de Henri de Yillars prononcée dans cette métropole que Massillon débuta dans la belle carrière qu'il a parcourue. (Voyez l'histoire de cette église, par Charvet, in-4°5 ^^ les antiquités de, Vienne , par Chorier.) . 9*" On pourrait croire que la cathédrale de Belley ne mérite pas de trouver place parmi tant de chefs- d'œùvre de l'art ; il convient néanmoins que nous en disions un mot. La grande nef ^ qui est fort simple 5 tient du style bysantin et lombard tout à la fois, puisque les arcs à plein -cintre reposent alternativement sur des piliers et sur des colonnes. Les petites nefs sont en ogives peu prononcées. La porte latérale qui est du côté de l'évêché est fort belle ; elle est garnie de colonnes et se termine en lobe 5 comme nous l'avons dit ; elle est surmontée d'une galerie simulée qui se compose d'arcs à plein-cintre, posant alternativement sur de petites colonnes et des pilastres parfaitement semblables aux petites colonnes et aux pilastres qui forment la galerie du chœur de la métropole de Lyon. Celte porte latérale conduisait dans le transcps, dont la hauteur est partagée dans cet endroit par une voûte moderne au- dessus de laquelle sont des restes de colonnes, de nervures et autres ornemens qui ont été altérés par le feu et annoncent que cette cathédrale était fort belle , ce qui est confirmé par quatre colonnes en granit
' -. du moyen âge. a;fe
dont l«s cha|dteaux sont délicalement sculptés et qui sont placés dans le rond-point. La grande façade paraissait être en style bysantin , s'il faut en juger par quelques vestiges de l'ancien clocher que l'on apercevait encore sous le badigeonage dont cette façade était couverte. Heureusement elle va être reconstruite ainsi que le clocher , et le tout sera mis en harmonie avec le chœur qui est d'un beau gothique et environné d'une tribune dont la balustrade est fort élégante. Les piliers sont formés de colonnes groupées dont les chapiteaux sont en feuilles de violettes. Cette construction fut faite -ver» i'an 1460.
VIII. Notions sur quelques églises ffOthîqiM» de ta France qui ne sont pas cathidtatea.
Outre les maguinques cathédrales qui ont été construites depuis les croisades jusqu'au i6*sîèclef il est un grand nombre d'autres églises fort remarquables, qui datent de la même époque et qui appartenaient à dcsmonastÈres ouà d'autres ins* titutions. De ce nombre sont la Sainte- Chapelle) Saint-Germain-l'Auxcrroisf Saint- Ellcnne-du- Hont , etc. , à Paris ; les églises de Saint-Denis , de Vincennes, de Saint-Onen, à Rouen ; de la Dorade et des Cordelîers (1) à Toulouse ; de Saint-
([)jL¥glise des Cordeliera à Toulooie eit moiai re-
3^4 F^otions sur tes égtUtt
Bonaventurc et de Saint-Nizier à LyoD , etc. Non» dirons un mot du quelques- uii69.
I. L'église de Saint-Denis près de Paris est une des plus belles et des plua ialiiressanteB qu'il y ait en France par sa construction et par ses souvenirs. C'était d'abord une cbapi^lle construite vers la fia- du 3' siècle par une pieuse dante , pour y placer les reliques de saint Denis et de ses compagnons. Chilpéric y fit quelques changemens vers l'an 58o , et son lils y fut inhumé. Dagobert, dans le 8' siÈcle , y substitua une duiible église , dont l'une souterraine subsiste encore : c'est une Crypte consacrée depuis lors à la séputture privUégiée de DOS rois. La supérieure , où se trouve le tombeau de Dagobert, fut reconstruite par Pepiu-le-Bref et Cbarlemagne ; mais l'abbé Suger, régeul du royaume pendant la deuxième croisade , fit refaire le cbœur et la façade, qui est enrichie de belles statues et autres sculptures et de deux tours fort
FoniniaDdabte par son architecture qne par la propriété de ses caveam qoi copserïent exempts de corruptioD les caâa>res qui y soot inhoniés. L'église de St.-Micfael i Bordeani a la même propriété. Benoit XIV, dans son. grand anvrage suc la canoniMlioa des saîols, liv. IV, partie I, ehap. XXX, lile quelques églises où le même phéDomèue arrive. Voyet aussi \t P. Théophile Bayuaud, ttUicXlU, cbap.VIII.
du moyen-âge. ajS
élésaotes. Celle qui est â gauche est terminée par sept petiU clochers I de forme pyramidale ^ placés avec tant d'art qa'on les croirait en l'air. Aa milieu de ces clochers s'élève une flèche qui semble prcodrc son essor vers les nues. L'abbë Oddon, dans le 1 Z' siècle soua saint louis , fil refaire la nef dontlesfenêtressontsi nombreuses qu'on les croirait continues. C'est ce qui a fait donner à cette église le nom de lanterne de Saint-Denis. Les vitraux coloriés étaient d'une grande beauté et rdpandaieot autrefois une clarté magique et toute religieuse , dont l'effi^t ne saurait plus exister aujourd'hui que des flots de lumière viennent sans obstacle éblouir les yeux et ea^cher le recueillement.
Lesprolestansen 1567 eties philosophes de 1789 ont dévasté ce monument. Le 3i juillet 1793, la Convention décidafue fes toméeirux et mataotéa tUê ci-devant roi» élevés dans C église de Saint- Denit géraient détruits. Leurs oesemens furent donc ramassés pêle-mêle dans deux fosses ; on ne fit grâce ni aux restes de. Louis XII, père du peuple, ni à ceux du boo Henri IV, idole des Français (i). Une dt^putatioii de Saint-Denis vint
(I) II est d'asags que la bière du dernier rni mnrt mu dans l'jglîje lapérieDre et ne toit mise dans la
sjfi ISotions sw les églises
. deniauder à la Convention de changer le nom de celle \iUe et Ue l'aijpelcr Frunciaile. Les mausolées >idc8 de Louis XII, du François 1" et de Henri II août encore daiis la nef supérieure. La crypSe renferme les cénolaplies éf;alciiient vides des roid p i-é dû cesse ui'S , rangés ehronologîqnemecl dçpujs Clovis (i). Les statues qui les représentent «Mes grossièrement pourraient servir à se faire une idée de la décadence et du progrès de l'art; Viais elles servent plus ellicacement encore à inspirer de sérieuses réflexions sur l'instabilité de la vie et des grandeurs. On a fait et on fait encore de jurandes réparations dans l'église de Saint- Denis. Il est fâcheux qu'on ne se soit pas toujours conformé à l'ancien style. Bonaparte avait fondé un chapitre composé d'évëques et de chanoines qui faisaient des prières continuelles pour les races royales. Cette idée était grande et toute religieuse ; maisdes vues étroites, pour ne rien dire de plus, eu ont disposé autrement.
II. La Saiiite-Cliapelle de Paris est, dit-on, l'église gothique la plus parfaite et lapins élégante
crj-pU- à la suile des autres qu'après avoir été remplacée par celte du successeur.
([) Voyez 1j lielle descri[itlon que fait M. de CtiSleaif briaud de ce i anùalisme impie.
du moyen- âge, «77
qui existe en France et même en Europe 9 parce qu'elle est construite d'un seul jet et qu'on n'y trouve pas ces additions successives qui déparent la plupart des autres. Elle fut construite par l'ordre de saint Louis pour y renfermer la couronne d'épines et quelques autres reliques venues de Constautinople. (1) Ce monument superbe se compose de deux églises placées l'une sur l'autre* L'inférieure n'a rien de bien remarquable ; elle servait de paroisse aux employés de la cour de saint Louis 9 dont le palais était contigu. On monte dans la supérieure par une rampe composée de 44 marches ; elle a une seule nef ; les murs se composent de piliers fort légers ^ délicatement sculptés 9 entre lesquels sont des fenêtres en ogive d'une hauteur prodigieuse 9 garnies de vitraux peints de la plus grande richesse. La voûte est si légère et si élégante qu'elle parait aérienne. Ce monument superbe est aujourd'hui fermé au pivblic et fait partie du palais de justice (3).
(1) Voye^^ l'histoire de la translation de ces reliqaes 1 dans Godescard , le 31 mai , note 2 , et le 25 août , Vie de saint Louis, Voyez aussi VHistoire de Vé^lise ^alli' tane , tome II, liv. XXXI.
(2) On peut voir la description de la Saînte-Ghapelie dans ane histoire publiée en 1790, par Jérôme Moi^aand;. chanoine de la Sainte-Chapelle.
3;8 Notions sur Us égfûet
III. niËme après avoir parlé de la Sainte-ChapcUe et de l'tïglisc de Saiot-Denis (i), nous ne craignons pas de dire nn mot de l'église de Brou , attenante à Bourg à notre grand séminaire, et regardée par tous les connaisaeurs comme c moniimens les plus distingués et iesmienzci vés qu'il y ait en France. Nous n'en ferons pas la description , parce que tout le clergé du diocèse la connaît et que d'ailleurs il en existe une qu'il est facile de se procurer. Nous nous bornerons à dire que la façade , le iubé , les vitraux peints, la chapdle de la Sainte-Vierge , les stalles , les tombeaux de Philibert-le-Beau , de Marguerite de Bourbon sa mère et de Hargijerite d'Autriche , sou épouse , renferment des beautés de détail et d'ensemble qui étonnent tous les étrangers. Le tombeau de Philibert tient tout à la fois au genre gothique et ' au renouvellement des arts. Les statues du prince et les génies dont il est entouré sont d'une per-
(Ij II y a qaelqaes aDoées qa'no prêtre df ce diocise , se IrouraDt à Saint-Denis , et ailmiraDt la beauté de celle église , le concierge lui dit qu'il eiiitait eu France une plus belle église. Quand od lui demanda où ell« élait, il répondit : Je ne saurais pas bieo le dire , mais on l'appelle l'église de Brou. Gel honaia n'était qoe l'étfao de ce qa'il avaU eatendu dire ans amateBii qui linUient SaiM -Denis.
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fectîon de travail et d'une régularité de dessin qu'on ne se lasse pas d'admirer (i).
rV . Plusieurs églises du diocèse se sont ressenties de l'impulsion donnée aux arts pendant la construction de l'église de Brou. De ce nombre est l'église de Châtillon-les-Dombes, dont saint Vincent de Paul a été curé pendant quelque temps et qui renferme des sculptures fort délicates. Quel dommage que ce superbe édifice reste im^ parfait et qu'on ne rétablisse pas la flèche abattue pendant la révolution l
y. L'église paroissiale de Bourg fut construite dans le même temps que l'église de Brou. Les vitraux sont moins .beaux ^ les stalles sont d'un travail moins fini ; mais le vaisseau est peut-être plus parfait et dans de plus belles proportions.. La chaire serait belle et admirée partout.
y I. Il y a près de Montluel une église dédiée à saint Barthélémy 9 qui fut construite en 1289 ^^ dont la façade porte des caractères analogues à, cette date. Les églises de Saint- André de Bâgé ,. de Saint- Paul de Varax, de Conzieu ^ de Pérouge^ de L'huis 9 etc. ^méritent aussi quelque attention par leur antiquité.
(I) M. Dspasquier, architecte distingué de Lycm^ t» pablieF cinquante gravures ou lithographies qui r^résenteront ce qu'il y a de plus remarquable dans cette église»
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