‹ Manuel de connaissances utiles aux ecclésiastiques sur divers objets d'artChapitre 28 sur 51 · S MI · texte numérisé non relu

S MI

Notions sur quelques Mies églises gothiques

des pat/s étrangers.

Nous n'indiquerons ici que bien rapidement les églises gothiques les plus remarquables de la Belgique 9 de l'Angleterre 9 de la Suède , du Danemark , de la Russie 9 de l'Allemagne 9 de la Suisse , ée l'Italie 9 de l'Espagne 9 soit par défaut de renseignemens sulïisans, soit pour ne pas nous écarter du plan que nous nous sommes tracé.

I. Belgique. — L'église cathédrale d'Anvers est gothique et très-belle ; elle fut construite dans le i 3* siècle. Sa longueur est d'environ 400 pieds 9 sa largeur de i5o; elle est à cinq nefs : la façade est ornée de sculptures , d'un fronton sur 1g milieu et de deux tours sur les côtés, dont une seule est achevée et d'une hauteur équivalente à celle de Strasbourg 9 mais moins hardie et moins élégante. L'intérieur de cette église est plein de magnifiques tableaux de Rubens.

La cathédrale de Cologne serait peut-être la plus grande et la plus belle église gothique de l'Europe si elle était achevée. Voyez Histoire et description de la cathédrale de Cologne aL\ec de superbes gravures 9 par M. Boisseret.

Les cathédrales de Gand 9 de Bruges 9 de lila^ linei^x ctc.> sont aussi tr^s-belles.

du moyen-âge, aSi

II. ANGLETERRE. — La Cathédrale d'York passe pour la plus belle de* l'Angleterre. On assure que la voûte est si riche et si hardie que les architectes modernes ont construit en bois ce qui était inachevée trouvant trop de difficultés à surmonter pour la terminer en pierre. La cathédrale de Salisbury est aussi très-belle 9 son clocher est le plus élevé de l'Angleterre ; celle de Cantorbéry est immense ; c'est là que se trouve le tombeau de saint Thomas de Cantorbéry : on montre l'endroit où il fut assassiné.

L'église de Westminster à Londres est du plu£^ beau gothique ; toutes les richesses de ce genre d'architecture y sont prodiguées. On cite les stalles comme un des plus beaux morceaux de sculpture ; cependant quelques personnes qui les ont vues préfèrent celles de Brou. Cette église peut être regai*dée comme le Panthéon du royaume ; elle est pleine de mausolées élevés à la gloire des plus grands hommes de l'Angleterre.

A Cambridge 9 la chapelle du roi est, dit-on, l'édifice gothique le plus parfait de l'Angleterre , à raison de sa légèreté, de son élégance et de sa hardiesse. Sa longueur extérieure est de 3 16 pied» et sa largeur de 84* Les fenêtres, au nombre de 27 , sont décorées de superbes vitraux. Au moment de la prétendue réforme , on eut bien de la peine à préserver cet édifice de la dévasValVotv ^%\it^iè-

a82 fioliom sur tet igtiseï

tcsUDs qui , en Angleterre comme ailleurs , niutilaicut toutes les statues, brûUient tous les tableaux et dû mol Usaient même les plus belles églises.

Quelques auteurs ont avancé que le style gothique avait pris naissance en Angleterre ; mais Wytington, auteur anglais, qui avait parcouru la Frauce dans ces derniers temps , pour recueillir des rcnsclgnemenâ et comparer nos monumens français avec ceux de l'Ai^terre , convient que la France l'emporte sur l'Angleterre par la dimension , la beauté et l'antiquité de ses basiliques et regarde comme certain que le style gothique régnait en France un siècle pins tôt que dans sa patrie.

III. Les églises de la Prusse , du Danemark t de la Suède , de la Russie et de la Pologne ne nous ■ont pas assez connues pour en désigner l'architecture. Les trois premiers royaumes ont été convertis an christianisme un peu lard et se sont laissés entraîner de bonne heure au luthéranisme. La Russie est plongée dans le schbme des Grecs et ses églises respirent le style bysantin. Elles sont aftsez généralement carrées et surmontées de d6mes. Quant à la Pologne , elle est éminemment catholique : on vante la cathédrale de Varsovie comme antique et très-belle ; presque tous les rois de Pologne y sont enterrés. En Suède , la cathé*

du moyen^âgcM sSS

drale d'Upsal contient aussi beaucoup de tombeaux des souverains du pays (i). Il faut en dire autant de la cathédrale de Roschiid en Danemark. On citait à Moscou plus de mille églises ou chapelles, dont environ 200 étaient en briques et les autres en bois. La plus magnifique était celle de l'Assomption de la Sainte-Vierge. L'enceinte du sanctuaire était couverte de plaques d'argent et d'or ; les vases sacréset les ornemensé talent excessivement riches. L'incendie du i4 septembre i8i5 a dû faire disparaître la plupart de ces monumens et les richesses qu'ils renfermaient. Nous parlerons plus tard de la fameuse cloche de Moscou. La cathédrale de Sainte- Sophie à Novogorod est la plus ancienne de la Russie : elle fut commencée en io44 f^^ Uladimir, souverain du pays , et achevée en io5i. Il parait qu'elle est en .style bysantin. La cathédrale de Saint-Pierre et de Saint-Paul à Pétersbourg est d'une architecture différente. Au lieu, de dôme il y a un clocher en cuivre élevé de a4o pieds au-dessus du sol.

(I) M. Arthand assure dans V Univers pittoresque (Italie > n^ 6 , page 83) que la cathédrale d'Upsal est d'un bean gotbîqae et qu'elle a été coDstmîte d'après les plans d'an tailleur de pierre français nommé Etienne Boneil, Ters Tan I2&7 et sur le modèle de Notre-Dame de Paris ; ce qui confirme Topinion où nous sommes que l'architecture gothique ne nous vient pas du Nord..

a84 Notions «uj" Us cg lises

IV. AiLEMiGNE. — 11 y 3 en Allemagne beauGOOp d'égUsca en siyles bysaniin et carlovingîen comme nous l'avons dît. L'église gothique la plus renom* mée est le dôme (i) de Saïut-Ëlienee à Vienne eii Autriche. Sa longueur est de 54» pied», m largeur de 22a, et sa haulcui- de jig. Elle reni'erme 58 autels de niaihre ornés de bons tableaux. Il y a dans l'église plusieurs mausolées ; le {dus remarquable est celui de Frédéric III , mort en 1443 i il est de marbre blanc et rougè ; le travail eo est inoompréhensible. U y a trois cents petites figures. La tour de celte église est Fameuse par M» ^léYation , qui est de 44? pieds , et par les statues, les bas-reliefs et les sculptures délicates dont elle est ornée. Elle penche sensiblement vers le nord. 11 y a dans cette tour cinq clocheS) dont l'uneappeléeJofe'^ftine fut faîte en 1711 avec les canons que Joseph I" avait pris sur les Turcs. Elle pèse 554 quintaux.

Les cathédrales de Trente , de Saisbourg , de Passau , d'Olmutz, du Gavcrborn , de Magdcbourg, de Mayence , de Lubech , etc., sont belles ; toutes

(I) En Allemagne comme en Italie, les grandes jgliies ■UDt appelle! dômes , nu par antoanmase domai , mai- SOD par «celleoce, maisuD principale; ou parce que lu grandes églises sonl surmonlées d'nne coupole appelée «UMÎ dôme, qui domioe tout le reste de l'édilîce.

du moyen- âge. a85

ne sont pas gothiques : c'est le style carlovîngien et le bysantin qui dominent.

y, Suisse. — Les anciennes cathédrales de Lausanne et.de Genève sont gothiques et assez bien conservées. On voit dans l'une et dans l'autre des vitraux peints 9 des tombeaux d'ëvêques et tous les vestiges de leur ancienne destination. La façade de St. -Pierre de Genève est d'architecture moderne , ce qui fait un contraste singulier avclte Fair antique de l'intérieur.

YI. iTiLiE. — L'Italie est certainement le pays des belles églises ; mais on en trouve peu qui soient gothiques. Ge ifest pas que depuis les croisades on n'en ait construit beaucoup ; mais les styles bysantin et lombard ont toujours prévalu. Le monument gothique le plus élégant qu'on y trouve est à Pise et s'appelle il campo santo. G'est un cloître de 4^0 pieds de long sur i4o de largeur 5 qui entoure un cimetière. Le pourtour intérieur se compose de 66 piliers qui soutiennent 6a arcades à plein-cintre 9 ce qui appartient au style lombard. Chaque arcade a dans son vide un mince pilier et deux côlonnettes qnt supportent des arcs ogives dont les ornemens sont taillés à jour avec toute la délicatesse du gothique le plus pur et le plus élégant. Cet ouvrage est du i5* siècle. Les murs qui encadrent le tout sont re- TÊtus de belles peintures à la détrempe. Ce cloître

nSù Notions sur tes églises

est garni de sarcophages anciens et modernes. Près de ce cimetière se trouvent la cathédrale ou dôme 9 le baptistère et le campanile ou clocher , trois bâtimens séparés très-beaux^ en style bysantin. Le clocher^ connu sous le nom de tour de Pise , est élevée de 170 pieds. Il est penché d'environ lâ pieds. C'est du haut de ce clocher que Galilée fit ses expériences sur le mouvement des corps pesans.

A Florence , le magnifique dôme de Notre- Dame des Fleurs, ainsi que le baptistère et le clocher, forment trois bâtimens séparés et bysantins, quoique construits dans le 14* et le }5'' siècle. L'église de Sainte-Croix est partagée en trois nefs par des arcs en ogive qui reposent sur des colonnes fort minces, ce qui est un mélange de gothique et de bysantin. On ne cite aucune église gothique à Venise ; on n'en connaît qu'une entièrement dans ce style à Rome , qui est Notre-Dame de la Minerve. Il y en a quelquesunes en Sicile qui ont été construites pendant le règne des princes normands , vers 1072 , et qui sont plutôt en style sarrazin ou mauresque. De ce nombre sont les cathédrales de Palerme et de Messine.

Le DOME ds Milan mérite une attention particulière 5 parce que c'est la plus grande et la plus étonnante basilique du monde après Rome. Elle

du moyen-âge. 287

fot commencée en 1586^ par les soins de Galéas Yisconti et par le zèle des Milanais qui voulaient gagner les indulgences accordées par Bonifaœ IX à ceux qui contribueraient à l'érection de ce magnifique dôme. Il est dédié à la sainte Vierge et à sainte Thëcle. Sa longueur est de 499 pî^ds , sa largeur de 276 dans la croisée et de 180 dans la nef. Sa hauteur sous la coupole est de 238 pieds et de 370 à Textérieur, qui est terminé par la statue de saint Charles. Les nefs, qui sont au nombre de cinq , aboutissent à autant de portes. Il y a de plus un rang de chapelles de chaque côté. 52 colonnes en marbre 9 de 84 pieds de hauteur, et de 24 de circonférence soutiennent l'édifice. Les fenêtres sont immenses et garnies de vitraux peints qiii représentent l'histoire de l'ancien et du nouveau Testament. Le portail, dessiné par Pelegrini, « fut approuvé par saint Charles. Il est d'une richesse d'ornemens qui va jusqu'à la profusion. On peut en dire autant de toute l'église où l'on compte plus de quatre mille statues et la place de plus de deux mille qui manquent. La plus remarquable est celle de saint Barthélémy. Le corps de saint Charles est dans une crypte ou chapelle souterraine dont les murailles sont garnies de plaques d'argent qui représentent en bas- relief la vie du saint. La châsse est en vermeil et garnie de pierreries et de superbes cristaux qui laissent aper-

a88 Notions aur les églises

eevoir la i-cUque. Tous les voyages d'Italie parlent de cette magnifique (église dont rarchilecliirc est un mélange de slylu bysantin , grec et gotliique. L'extérieur est garni de elochelons fort élevés et fort nombreux, qui sont tous terminés pur des statues en marbre. (Voyez Histoire et descnption du dame de Milan , jiar Gaétan Fianchcii , en italien , avec des gravures. 1821 , iH-4")

VII. Esp,icsK. — On vante beaucoup les cathédrales de Cordone, de Léon , de Cadix , de Tolède, de Sévillc, de Burgos, de Valladolid , de Salamanque , de Tortose , les deux de Saragosse , etc. ■ ainsi que les églises de san Isidfo à Madrid . Am Dominicains à Sainmunqiie , etc. ; mais il nous est difficile d'avoir une idée juste de l'architecture de ces moniimens religieux. Nous avons lieu de croire que les styles bysantin et arabe ou sarrazin y dominent.

Notions sur tes vitraux peints, tes mosaïques et les fresques.

En parlant des belles églises., il est si souvent question de vitraux peints, de mosaïques et de peintures ù la fresque , qu'il nous a paru convenable de donner sur cela quelques notions. Nous (dirons un mot plus tard des tableaux psinta sur

du moyen-àge. 289

bois 9 snr caivre et sur toile y parce qne las tableaux font partie du mobilier de l'église dont il n'est pas encore ici question.

AftT. !•'.

Notions sur les vitraux peints.

I. Il y a des verres dont la surface est peinte avec des couleurs ordinaires et représente des fleurs 9 des personnages, ou autres objets. Cette peinture ne renferme aucune difficulté particulière pour l'exécution. On peint sur le verre comme sur la toile et le bois. C'est ce qu'on appelle peinture sur glace. On trouve dans le commerce des tableaux de saints , peints sur verre j qui viennent d'Allemagne ; mais ils ne sont pas transparens. Pour les rendre tels il faudrait employer un ver-» nis et des couleurs particulières. Ces peintures ne sont pas très-solides et sont altérées par l'action de l'air.

II. U y a des verres peints ou plutôt teints d'une seule couleur, ronge, bleue, jaune, etc. Cette couleur est incrustée dans le verre et on la produit en mêlant de la chaux métallique dans le sable qu'on fait fondre et qui alors se change en verre de couleur dans les creusets ou fourneaux (1). Ces

(I) On appelle chaos métallique (ou occide) celle qui i3

sgo NotiovfÊ sur tes églises

verres ne péavent servir que pour faire des compartimens plus ou moins agréables y mais ne forment pas une peinture proprement dite. Depuis quelques années on fait des vitraux avec ces verres de différentes couleurs qui produisent un bel effet. On en voit dans plusieurs églises de Lyon et dans la chapelle du Rosaire à Bclley. Les verres de cou« leur étaient connus des anciens : on en trouve à Herculanum et à Pompé! .

III. n y a des verres peints sur lesquels sont dessinés les fleurs ^ les personnages ^ les traits d*histo{re qu'on voit sur les vitraux de nos églises anciennes. €e genre de peinture est très-curieux et très-ingénieux, H demande beaucoup de connaissances ^ de soins et de talens. Pour faire ces magnifiques tableaux, on met sur une table le dessin qu'on veut imiter : ou place sur ce dessin plusieurs morceaux de verre blanc appelés vitres : ils doivent être coupés et ajustés de manière à ce que les traits du visage et auli*cs parties prin-

provient des métaux qii*on fait calciner à un grand feu. La chaux d'or, mêlée au sable et à quelques autres sub£^ tances, produit du verre rouge, la cbaus de cobalt du bleu, celle de cobalt et d'argent du vert, celle de manganèse du violet, celle d'argent et d'antimoine du jaune. Ces verres de couleur imitent le rubis, le saphir » Ts' métisle et autres pierres précieuses.

du ntoy engage, 391,

eîpsdes soient entiers sur un carreau. Ces verres réunis forment un fout sur la surface duquel on dessine et peiot avec des couleurs d'un genre par«? ticuHer le sujet qu'on veut représenter* On met ensuite toutes ces pièces de verre dans un four bien chaud où les couleurs se vitrifient et pgénètreat jusques dans l'intérieur du verre^ ce qui fait comprendre pourquoi elles se conservent si long-temps et traversent plusieurs siècles sans altération (i). Quand les morceaux de verre sont cuits suflisamment ^ on les réunit ensemble * avec de petites bandes de plomb 9 en sorte qu^elles forment un tableau qui parait placé derrière une griUe. La grande difllcullé à surmonter dans ce genre de peinture , vient de ce que les cquleurs nV)btien«» nent leur perfection qu'après avoir été cuites ^ c'est- à- dire changées en verre, en sorte qu'on ne peut juger de l'effet qu'elles produisent qu^ lorsqu'il n'est plus possible d'y remédier, et qu'il faudrait refaire l'ouvrage s'il y avait un défaut g;rave. ^

IV. Xa peinture sur verre dont nous venons de parler n'était pas connue des anciens Grecs. et Romains. Il y a des auteurs qui en font remonter

(I) Les superbes dessins qa'oD voit sur les porcelaioes sont aussi faits avec des cooleurs qai se vitrifient. idaos un four. . '

Notions sur tes églises riuvuulion à la fin du 8' siècle (vers l'an jgS) ; mais l'usage c'en est deveau bien connu et bien commun que dans le la* siMe , au moment oîi les belles églises gothiques se mulliplièrent. C'est alors qu'on lit tant de magnifiques tableaux qui étonnent par la beauté de leur coloris. On en faisait encore vers le milieu du 17* siècle; mais l'architecture grecque et romaine ayant prévalu sur le style gothique , on cessa tellement de peindre sur verre , que plusieurs auteurs n'avaient pas craint de dire que le secret en était perdu. Mais M. Brongniard, le 14 décembre iSaSj lut à l'académie des sciences , dont il était membre, un savant mémoire où il prouvait que cet art n'était pas perdu, et citait plusieurs essais faits par les chimistes modernes pour le perfectionner. Il nous suffira d'ajouter que dans la belle église d'Hautecombe , qui est près d'Aix-les-Bains f n Savoie , -noas avons vu, en 1837, des vitraux nouvellement peints qui venaient de l'Autriche , et dont les couleurs ne paraissaient pas si belles que celles des anciens vitraux. Il existe maintenant des manufactures de oe genre en Suisse , à Sèvres près de Paris, et même à Lyon. Hais le prix en est si élevé qu'il sera difficile pendant long-temps de réparer les pertes immenses que la révolution nous a fait éprouver (Voyei VArt de peindre sur verre, par Iie-Viel, ou l'Encyclopédie méthodique , dictionaau6 de la pratique de» bea\ot-wrta."^

du moycH'^e. agS

V. Les vitraux peints les plus renommés qui existent encore dans la France sont ceux de la Sainte - Chapelle 9 des cathédrales d'Auch , de Bourges^ de Chartres, de l'église de Saint-Etiennedu*Mont et de Téglise de Brou. Peut-être les vitraux de Brou l'emportent par la vivacité des couleurs et la perfection du dessin. Ce dentier avantage étonnera moins quand on se souviendra que cette église a été terminée en i536 , époque où Michel- Ange et Raphaël avaient fait paraître leurs chefs-d'œuvre.

Art. II.

Notions sur ta peinture eti mosaïque,

La peinture en mosaïque se fait avec de petits morceau]^ de verre ou de marbre de diverses couleurs qu'on rapproche les uns des autres et dont * l'ensemble forme des fleurs , des personnages , et même des tableaux parfaits. Les morceaux de verre ou de marbre réunis produisent le même effet que la laine et la soie dont on se sert pour faire des broderies et des tapisseries à personnages.

L'art de peindre en mosaïque était connu des anciens , puisqu'on trouve beaucoup dé tableaux de ce genre dans les ruines d'Herculanum et de Pompéi , et on sait que ces deux villes avaient été

âç)4 Notions gur tes églises

ensevelies sous les cendres du Vésuve , l'an 7g de l'èi-G chi-ùlieonc.

On vûît de beaux restes de inosaujues anciennes dans un grand nombre de villes en Italie, en Espaguc et en Fraueo-, notatuincnt à Orange, à Valence, à Vienne, à Lyon. Dans le musée de CL'tta dornitre ville, on en eonscrve une qui fut découverte à Perrache, il y a quelques années, et qui est regardée comme Irts-précieiise, parce qu'elle résout un problême long -temps discuté sur la manière dont se faisaient anciennement les courses de cbar. 11 y en a une bien conservée dans l'église d'Ainay. La voûlc de l'église de Sainte- Sophie , à Conslanlinoplc, est peinte en mosaïque. On trouve quelques restes de la même peinture dans l'église du Saint- Sépulcre et dans beaucoup d'aatres églises.

A la An du i5' siècle , le fameux Giotto fil un tableau en mosaïque oii la barque de Pierre était représentée battue par la tempcle. Ce tableau a été transféré de l'ancicnoe église de Saint-Pierre du Vatican au-dessus de la porte de la nouvelle basilique de ce nom. Au commeucemeut du 17* siècle , le pape Clément VIH fil décorer par de superbes mosaïques toute la coupole intérieure de cette basilique et quelques chapelles. Ou contiuue à y reproduire successivement de la même manière tous les tableaux dea plus grands maîtres

du moyen^âgCé agS

auxquels on procure par là une longue durée : car c'est le propre de cette peinture de braver les siècles*

Notions sur la peinture à fresque.

On entend par peinture à fresque celle qu'où exécute sur des murs fraîchement enduits avec du mortier. Il faut pour cela des couleurs préparées exprès, délayées dans de Teau pure^ de Thuile ^ou de Teau d'œuf. Cette espèce de peinture ^t ex>> trêmement solide et on l'emploie même dans det endroits exposés à toutes les intempéries de 1'^* On voit plusieurs tableaux de ce (enre sur la façade de Saint-Marc à Venise. Beaucoup de nudsons à Gênes et ailleurs sont peintes de cçtte manière à l'extérieur; la plupart des belles églises d'Italie sont peintes à fresque ; le dôme des Invalides à Paris a été peint par Lebrun , sou& Louis XIV; celui du Val- de-Grâce par Mignard; la coupole de Sainte-Geneviève l'a été depuis peu d'années par Legros.

Ce genre de peinture demande nn grand talent et une grande habitude , parce que les couleurs changent de teinte à mesure que le ciment perd son humidité. Il faut par conséquent prévoir et calculer d'avance l'effet que produira ce changement. Une autre dilYiculté provient de la hauteur

agO Notions sur tes iglixes

et du grand (iloigiicmcnt ofi sont placées ordinuirctiK^nt CCS BortcH du pcinliirc. Un est oblige du pcindru à grandi traits avoc une espèce de lialaU en giiisc de pinceau. Il faut donc calciitcr nuBsi tout l'cfFcl qui rtisultcra de celte hauteur et du cet dloifçncmcnt. On dit que l.ouU XIV étant sur l'éoliafaud oli était placé Lebrun au moment Dfi il pei^nail la dAnie des Invalides , le monarque crut que Lebrun avait perdu la tCte et qu'il était inipUMibli! que ceit f;rUHdB coups de balais pussent Heii produire d» réf^ulier t il en résulta cependant deochelii-d'œuvre. (Voy. Vlinci/ctopédie méthorfii^up ou le Dictionnaire d'industrie , art. Peinture à fresque, )

Sv.

Notiont iur tes confréries de ^maçont , de pontifes ou pontitus et autres.

I. En fêtant lei yeux sur le nombre el la ma^ificence des églises et autres monumens religieux construits dans le moyen-âge, on se demande avec étonnement quels sont les moyens qui ont été employés pour enfanter tant de cbefs-d'ceuvrc à une époque appelée éaréare , siècles d'ignoraneei à une époque oix l'on se plaît à dire que les aru étaient dans l'enfance, oi\ les mathématiques, la physique, la chimie, la mécanique,

du moyen-âge, 297

l'architecture 9 le dessin , la coupe des pierres 9 et tant d'autres connaissances que nous nous glori* fions de posséder 9 étaient peu connues; à une époque où la France 9 l'Angleterre 9 l'Allemagne 9 l'Italie 9 l'Espagne 9 étaient divisées en petits royaumes 9 dont les chefs n'avaient pas les ressources de l'impôt régulier et ne pouvaient réunir que des sommes peu considérables? Quel est le souverain 9 dit un auteur moderne 9 qui oserait entreprendre dans notre siècle la construction d'une église semblable à celle de Chartres 9 dans uii pays surtout qui n'a ni carrières 9 ni bois ?

On pourrait 9 sans doute 9 répondre que la foi était alors plus vive dans les princes et dans le peuple 9 et que tous se montraient plus généreux et plus empressés à faire des sacrifices à la religion ; mais cette réponse 9 quoique très- vraie » est encore trop vague et n'explique pas assez clairement le fait que nous signalons : il faut donc recourir ^ l'histoire de l'époque 9 et nous y trouverons les traces d'une institution peu connue et qui mérite de l'être davantage.

IL Au moment des croisades il y eut 9 comme nous l'avons dit 9 un bouleversement universel dans toute l'Europe ; chacun voulait prendre part à cette entreprise et aux faveurs spirituelles qui y étaient attachées ; mais tout le monde ne pouvait pas se croiser et quitter ses foyers pour aller i3*

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par les Barlnres, par les goenes des seigneurs et parle laysdateiyK. Les Jimwminspoatifes, <|iii ■e iPOfaieBt pas d*ansB bea œil ^a^oii le dit oohi- , ces^lMerras dXMent, attachèrent les indiilgrgiccs à oes censtmctieBs otilesy 4|a'aa péierinage de la Terre-SaÎDle et à la eonquête qa'oo voulait en £ure. Dès-lors , il se fmna des associatioiis d'omniers dans tous les genres y qn'oo appela hâiisseurs dt églises, pontifes ou fontistes, etc.

UI. Le ^ns ancien monament qae nous connaissions de l'existence des bâtisseurs d'églises, date de l'année 1 14^ ; c'est une lettre que Hugues, évêquis de Rouen , écrivait à Thierry, évêque d'Amiens. Nous y voyons que ces confréries avaient pris naissance à Chartres y et que de là elles s'étaient répandues dans les autres diocèses^ principalement en Normandie. Pour en faire partie ^ il frilait #'étre confessé et s'être réconcilié avec ses ; ooodition extrêmement importante à [U6 oli chaque province et quelquefois conuuuno citait en guerre.

du moyet^âge. 299

lY. Dès que les confrères étaient avertis qu'il y avait quelque part une église à bâtir, ils s'y rendaient en troupe de tous les diocèses voisins, après avoir pris la bénédiction de leur évêque , et ils se mettaient au travail avec une ardeur incroyable. Le chef, appelé maître cfe Vart, employait chacun selon son talent et ses forces. Ainsi les uns taillaient la pierre , les autres coupaient et façonnaient les bois, broyaient le ciment, maniaient la truelle , ou faisaient fonction de manœuvre en transportant les matériaux ou les provisions de bouche. C'était un spectacle inoui de voir des militaires , des nobles , des riches , des honunes de plaisir s'attacher à un char en esprit de pénitence et voiturer eux - mêmes le sable , la chaux , les bois , • les pierres et les autres matériaux nécessaires pour l'édifice sacré, et se faire les serviteurs et les manœuvres des ouvriers. Mais ce qui était plus étonnant encore , c'était l'harmonie , la subordination et le silence religieux qui régnaient dans ces vastes ateliers où se trouvaient réunies tant de personnes différentes , plus accoutumées à conunander qu'à obéir. Les ecclésiastiques donnaient l'exemple et faisaient de temps en temps des exhortations pour inviter à la pénitence et au souvenir de la présence de Dieu , pour la gloire duquel on s'était mis au travail. Ces bons sentimens étaient entretenus par le chant des hynmey

3oo Notions sur les ég lises

et des cantiques à l'honneur de la sainte Vierge et des saints. S'il s'élevait quelque difficulté , on se hâtait de l'apaiser ^ et on chassait de l'atelier ceux qui refusaient de vivre en paix et de pardonner à leurs ennemis. De si saintes dispositions ne pouvaient qu'attirer les bénédictions du ciel et des grâces abondantes sur tous les associés. L'évêquc de Rouen assure à son confrère que la Providence faisait quelquefois des miracles eu faveur des confrères malades.

y. Haimon y abbé de Saint-Pierre de Dives en Normandie I dans line lettre écrite la même année 1145 aux religieux de l'abbaye de Tuttebury en Angleterre y leur tient le même langage et raconte avec admiration l'empressement avec lequel des hommes puissans et fiers de leur naissance et de leurs richesses 9 accoutumés à une vie molle et voluptueuse , s'attachaient à un char pour transporter des pierres , des bois^ du sable , etc. , pour la construction des églises. Haimon ajoute que 9 pendant la nuit y on allumait des cierges sur les chariots qui avaient servi à ces transports ^ et qu'on veillait en chantant des hymnes et des cantiques. EnHn^ il dit aussi que cette pieuse association avait commencé à Chartres à l'occasion des travaux de la cathédrale; que peu de temps après il s'en forma une à Saint-Pierre de Dives ; pour la construction de l'église de cette

du moyen-âge, 5ot

abbaye où il demeurait ; que d'autres se formèrent dans toute la Normandie ^ et surtout dans les lieux où se construisaient des églises à Tbonneur de la sainte Vierge. (Voyez VHiêtoire des archevéqueê de Rouen, par un bénédictin de Saint-Maur^ in-fol.9 pag. 33i ; les Annales de V ordre de Saint' Benoit, tom. VI , n*" 67, pag. 594.)

VI. Robert Dumont^ dans sa Continuation de Sigcbert, Duchesnc^ dans sa Chronique de NoT' mandie , confirment tous les détails édifians que nous venons de rapporter, et les faveurs spirituelles et temporelles que le Tout Puissant faisait éclater en faveur de ces associations. Un vieux parchemin de Van iai3, qui existe dans les archives de Ge* nève^ fait mention d'une confrérie du même genre , fondée par un de ses évêques, et qui prenait soin de l'église de Saint- Pierre. Le même évêque en avait formé une pour la construction d'un pont. ( Voy. VHistijire de Genève, par Spon 5 tonae a 9 pag. ^l\o.)

VII. Plusieurs associations de maçons et de tailleurs de pierre s'étaient aussi formées à Strasbourg à l'occasion des travaux exécutés à la cathédrale ^ et notamment de l'érection de la flèche; Dotzinger, architecte de cette église, vers l'an i45o, profita de son ascendant pour les réunir en un seul corps, dont les ramifications s'étendaient dans toute l'Allemagne et y formaient des ateliers

3oa Notions sur tts églises

ou toges qui avaient un chef, appelé maître. Une assemblée générale enl lieuàltatisbonneen i^5çf; on y fit lies règles pour la réccpliun des apprentis , des compagnons et des maîtres , et on convint de signes secrets par lesquels un pouvait se reconnailre. Cette association fut confirmée par les empereurs d'Allemagne ; elle avait tant de réputation que le duc de Milan demanda, en i4Si , un arcbitectc qui en était membre pour diriger La construction de sa magnifique cathédrale (i). VIII. C'est donc par les travaux de ces sortes de confréries que furent bâties les églises de Saint- Denis, de Chartres, d'Amiens, de Beauvais, de Strasbourg, de Cologne, d'Autun , de Vienne en Dàupfaîné , de Lausanne en Suisse , de Genève , et la plupart des belles égliseade Normandie, du nord de la France , de la Belgique et de l'Angleterre. La cathédrale de Clermont, le dame de Milan, et pluBÎeuTB autres églises, sans être bâties par des associations , furent dues au désir de gagner les indulgences ou d'autres faveurs qui étaient accordées par les papes ou les évêques. Les religieux de Ctteaux , au nombre de 4oo > bâtirent entièrement l'église et le monastère des Dunes : maçon- Ci) Qu«Iqne« pertooiiei croient que c'est cette atsociilioa dégénérée qui a formé plu (ard tel loges mafODiiii[ues.

du moyen-âge, 5o5

nerîe 9 charpente 9 ferrure , tout fut leur ouvrage. Les mêmes religieux construisirent plusieurséglises dans la Flandre.

IX. Dès les premiers siècles du christianisme 9 les fidèles se sont empressés de contribuer par leurs travaux et leurs aumônes à faire construire des églises. Nous lisons dans Tillemont (1) 9 que saint Grégoire-Thaumaturge, évêque de Néocésarée, versl'an 240, ayant voulu construire une église dans sa ville épiscopale y tous les fidèles y contribuèrent de leur argent et de leur travail. C'est aussi en profitant des libéralités spontanées des fidèles que saint Paulin, vers l'an 52o, fit reconstruire magnifiquement l'église de Tyr^ détruite par les payens sous Dioclétien (2).

X. L'histoire ecclésiastique des siècles passés nous fournirait par milliers de semblables exemples (3); mais il est consolant pour nous de pouvoir

(1) Mémoires pour l'Hist. ecclésiast., t. IV, p. 340.

(2) Mémoires pour THist. ecclésiast., tom. VI, pag. 196^*

(3) Le P. Fodtré , dans an ouvrage intitulé : Narration historicfue et top (f graphique des couveas de Vordrt de Saint-François y etc. ; Lyon, I6I9| raconte d'une manière intéressante la fondation du monastère des Gordeliers à Belley, qui eut lieu le 6 avril I45I, et termine ainsi: « Ledit sieur prieur (de la cathédrale) bénit et posa solennellement la pierre fondanpieDtale 1 puis commençft le

3o4 Isolions sh.r Us r.giise.s

dire qu'ils se sont reproduits bien souvent de notre temps et particulièrement dans notre diocèse, où plus de 4oo clocliers avaient (!ti5 détruits et avaient, eu toiubanticaugé ou préparé la ruine des églises. Presque tous les clochers sont maintenant relevés , lus églises sont réparéen; plusieurs ont été reconstruites entièrement. Nous aurions une trop longue liste de paroisses à nommer si nous voulions rappeler toutes celles qui se sont distinguées par leur empressement et leur générosité. Nous ne parlerons que de deus , où se sont passées des circonstances particulières , honorables pour elles et instructives pour les pasteurs.

XI. La première est la paroisse de IVlontmcrle , canton de Tboisscy. Il y avait danscette commune d«ux églises , dont l'une paroissiale tombait en ruines ; l'autre , dédiée à la sainte Viei^ , placée à quelque distance sur une hauteur , avait besoin de très-grandes réparations. Le i5 mai i8a5 > à la suite d'uue visite pastorale et d'une invilalion faite aux habitans, ils s'imposèrent des Bacrifices volontaiKS. Des matériaux furent achetés et emmenés dans des bateaux sur les bords de la Saftne.

T'a Deunt lauditmiu : les oraïioDi finies , lont le peuple s'emploj'a i servir les maçons , A porter les maîtrisai , de la torie qu'il a'y atait pas jusqu'à la moindre femilette qui n'eslimàt à bonheur d'y porter nue pierre. •

du moy engage. 3o5

n oiirail falla beaucoup de temps et de dépeoses pour les transporter sur le lien où était Tédifioe ; mais les kabitans , hommes et femmes de tous les rangs 5 animés par l'exemple et les exhortations de leur zélé pasteur , levèrent cette difficulté en faisant une longue chaîne depuis la Saône jusque sur le coteau ; ils se faisaient passer les briques et autres objets de main en main > en sorte que dans peu de temps les ouvriers eurent ce qu'il fallait pour la restauration du clocher et de l'é^ glise qui , au bout de deux mois et demi , fut bénite par nous et livrée au culte. La Providence a récompensé cet acte.de dévouement des habitans de Montmerle ; des secours àbondans et inattendus ^ joints à de nouvelles souscriptions faites par eux^ ont fourni le moyen de reconstruire leur église paroissiale de manière à devenir la plus grande et la plus élégante de tous les environs* XII. La paroisse de Vaux 5 canton de Lagnieu, a été moins heureuse.» quoique tout aussi zélée. En i8d55 elle s'était imposée pour construire un clocher. Par économie on voulut l'établir sur les anciens fondemens ; mais il était à peine achevé qu'il perdit son aplomb. Pour comble de malheur la voûte de l'église s'écroula dans le même temps. Il fallait donc relever ces deux édifices; mais comment s'y prendre pour se procurer des fonds? LMmposition du clocher n'était point encore payé^

3oO Notions sur tes églises

et, d'après tes lois, on ne pouvait pas être autorisé à en mettre une nouvelle : il u'y avait donc pas de milieu ; il fallait Être privé d'église pendant plusieurs années ou obtenir des habitaus qu'ils fissent un elTort volontaire et extraordinaire pour en construire une nouvelle sans suivre les formes légales. M. le curé, comptant sur le zèle et l'esprit de foi des habituns, prit ce dernier parti. Il obtînt quelques dons volontaires, il fit des emprunts pour acheter des matériaux et les babitans firent des prestations en journées , de sorte qu'où vit dans cette paroisse le spectacle dont nous avons présenté le tableau en parlant des confréries des bâtisseurs d'églises. Dans peu de temps, celle de Vaux fut conatmite en belle architecture d'ordre ionique. Elle fut estimée par les hommes de l'art 70,000 francs, sans ; comprendre les journées volontaires de voitures et autres faites par les habitans. H. le curé n'en demandait que douze à la commune pour rendre les emprunta qu'il avait faits. Le conseil municipal et les plus imposés reconnurent la dette et avaient pris une délibération pour la payer, à la grande satisfaction de tonte la commune. En i83i le nouveau conseil municipal ne crut pas devoir soldercette dette... mais heureusement le gouvernement est venu au secours de U. le curé qui , de son c&té , s'est imjMsé les plus généreux sacrifices.

du moyen-âge. Zoy

Ces deux exemples ^ choisis au milieu de beaucoup d'autres 9 prouvent suffisamment que l'esprit de foi n'est pas éteint, que les fidèles savent entendre la voix d'un pasteur zélé; mais le second prouve aussi qu'il faut prendre se3 précautions quand on fait de grandes entreprises et qu'il faut consulter les gens de l'art. C'est pour ranimer la foi et la prudence que nous sommes entrés dans ces détails.

XIII. Les confréries de pontistes entrent moins dans notre objet que celles des bâtisseurs d'églises: aussi nous n'en dirons qu'un mot. C'est un berger du Yivarais 5 appelé saiiott Benezet, qui, vers l'an 1177 5 donna occasion à l'établissement de cette confrérie (1) dcmt le but était de construire des ponts sur les rivières , de bâtir des hospices et dcKS hôpitaux pour lés voyageurs et les pèlerins, de leur servir de guide et d'escorte dans les Uetix difficiles, de tracer des chemins et de réparer ceux qui existaient , etc. Les ponts d'Avignon et du Saint-Esprit sur le Rhône furent les preniiers es*sais de cette association qui se répandit bientôt en France , en Italie , en Espagne , en Angleterre ,

(I) Vayez sa TÎe dans Godescard , le 14 ayril ; voyesJa iilirtout dans les Bollandistes, qai rapportent leiipreiiTea authentiques des miracles fort extraordinaires opérés par ce saint , tome II du mois d'avril , page 260.

9o8 NoHoiu tur tea igtitea

fXC. (On trouvera des preuves et des détails sur cela dans une dissertation intitulée : Recherches SUT les congrégaliona hospitatières des frèra ■pontifes fou pontistes) comtructeurs de ponlt, par Grégoire , (soi-disant) évËque de Blois ; Paris, 1818, in-8'.}

XIV. Beaucoup d'autres associations se formËrcnt vers le temps des croisades en faveur des jiélerins qui allaient à Jérusalom. De ce nombre sont , dans un ordre élcvi^ , les chevaliers de Malte ■ appelés d'abord Hospitaliers de Saint-Jean de Jévusatem, dont la première destination, vers l'an lOQCi.étaitde recevoir et de servir les pèlerins à Jérasalem même. Quelque temps après ils formèrent une chevalerie , et devinrent leurs guides et leurs défenseurs contre les infidèles. Plus tard, ils s'établirent successivement àRhodesetà Halle' ( Voy. l'Histoire de Malte, par Vertol.) Les Templiers ou chevaliers du Temple eurent la même origine et en partie la même destination que les chevaliers de Malte. Vers l'an 1 1 28 , ils défendaient les pèlerins contre les infidèles, pourvoyaient à la sArelé des voyageurs et à la défense de la religion. Cet ordre fut supprimé par le concile de Vienne en Dauphiné, en 1^13. ÇV oyez Histoire des ordres religieux , par Héliot, tome VI; et VHistoire véritable de la condamnation des Templiers, par Dupny,)

du moyen-âge. 509

S VI

Ohêervations sur tes monumens et Uê instiiM»

lions du moyen- âge.

En terminant les notions que nous avons données siur l'architecture romaine , nous avons ùlt observer (page i54) l'injustice et la mauvaise foi des incrédules qui ont osé dire que la religioii chrétienne s'était propagée à la faveur de l'ignorance. Un simple coup-d'œil sur les monumens érigés à cette époque et sur les chefs-d'œuvre de littérature qui furent publiés vers le même temps a sufii pour réfuter matériellement ce paradoxe* En terminant les notions que nous venons de donner sur les monumens du moyen-âge 9 il nous a semblé utile de faire aussi quelques observations propres à dissiper les préventions injustes qu'on a cherché à propager contre la religion catholique et contre le clergé à l'occasion du moyen-âge. Les siècles qui forment cette époque sont appelés siècles de iarbarie, à^ignorance et de supersti^ tion s et c'est le clergé qu'on accuse de leur avoir mérité ces qualifications. Examinons si elles sont justes et si c'est au clergé qu'il faut s'en prendre.

3to Notions $ur Us églises

Ait. !•••

Le mayefi'âge éiait-il barbare, ^fesi'à'^in cruel et destructeur ?

Il faut d'abord nom souvenir que pendant le S% le i^f le 7* et le 8* siècle $ les peuples du Nord firent de fréquentes irruptions dans le Midi de TEurope et finirent par y former des établissemens après avoir tout bouleversé» après avoir mis le feu aux églises » aux monastères et même aux villes. En se fixant dans nos provinces, ils y portèrent leurs habitudes 9 leurs moeurs et leur férocité; il était donc bien difilciie que des actes sanglani et dévastateurs n'eussent pas lieu. Nous ignorons la plupart des faits particuliers ^ mais la conduitr Û.GÈ successeurs de Clovis> la cruauté de Frédegonde, d'Kbroin et de tant d'autres fait dresser les cheveux et reculer d'horreur. Les premiers siècles du moyen- âge furent donc vraiment pleins de cruauté, de barbarie, do destruction et d'injuHlirc de tous les genres ; mais faut-il s'en prendre à la religion catholique et au clergé? Nous ne craignons pas de dire que ce serait une double injustice i puisque non-seulement le clergé n'a jamaii^ approuvé ces actes de barbarie y mais qu'il les a constamment condamnés et punis par des peines canunicpics : il en a même presque toujours clé

liu

du moyeu'âge, 3i i

idctîme 9 puisqu'on brûlait les églises et les monastères et qu'on massacrait les moines. Plusieurs évêques se sont montrés dignes imitateurs des rertus et du courage de saint Ambroise , mais ib n'ont pas retrouvé la docilité de Théodose et ont été immolés pour prix de leur héroïque fermeté (i). Ajoutons que c'est la religion catholique^ par L'organe du clergé , qui est parvenue peu & peu à rendre les mœurs des Francs 5 des Gotbs^ des Normands et des Bourguignons beaucoup plus douces 9 en sorte que dans les siècles suivans les exemples de férocité devinrent beauc^p plus rares et que les Normands surtout ^ voulant racheter les dévastations qu'ils avaient commises , fondèrent les plus belles églises et les plus vastes monastères. Mais 9 dit-on ^ le clergé , en recevant ces fondations faites par des princes coupables 5 ne semblait-il pas les endormir dans le crime et leur donner une sorte d'approbation ? Il est évident que non f puisque ces fondations étaient une marque de repentir et par conséquent une disposition à ne plus retomber dans les mêmes désordres qui , en effet; diminuèrent.

Au reste ^ on pourrait refuser à nos siècles modernes le droit d'accuser de barbarie , de cruauté

(I) Voyez l'histoire de saint L^ger, de saint Ennembodi de saint Didier, etc.

t Notions sur les érjUscs

et d'esprit destructeur li?s siècles du moycn-âgc. vie d'Henri VIU et d'Elisabeth en Angleterre, I les guerres civiles du i6* siÈcle en France, les ravages et les assassinais juridiques des dernières années du iS' siècle, les incendies et les massacn s qui ont lieu en Espagne , fournissent des preuves malheureusement trop frappantes et trop nouvelles des atrocités dont les siècles de lumière sont capables. On ne rencontre presque jamais de ruines qu'on ne puisse dire : c'est l'ouvrage des peuples barbares , des hérétiques ou des impies du 18' siècle (i).

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