DESSINS GÉOMÉTRIQUES RECTILIGNES — TABLEAU NOIR—DICTÉES-—ANALYSE
Comme nous l’avons expliqué plus haut, l’usage du tableau noir offre beaucoup d’inconvénients lorsqu'il s'agit de fournir aux élèves des modèles à copier, et l’on fait mieux d’y renoncer dans le cas où l’on n’a pas d’autre objet en vue. Mais il y a des circonstances où l’on peut, où l’on doit y avoir recours. Ainsi, les élèves doivent savoir exécuter leurs dessins, soit de même grandeur que les modèles, soit plus grands ou plus petits : dans ce dernier cas, c’est-à-dire lorsque vous voulez leur apprendre l’amplification ou la réduction d’un modèle, le tableau noir est de première utilité. Pour l’amplification, l'élève lui-même va au tableau, et il est bon de le faire dessiner sur la plus grande échelle possible, car cet exercice non-seulement lui apprend à agrandir un modèle, mais encore l’habitue au dessin à main levée le plus caractérisé. Pour la réduction, c’est le maître qui exécute sur le tableau les dessins les plus simples, les plus faciles à faire vite, les moins susceptibles de souffrir d’une exécution imparfaite ou du jour défavorable sous lequel
rls sont vus par les élèves qui ne sont pas placés bien en face ; de plus, ces dessins doivent être de proportions exactes, afin que ceux mêmes qui les voient obliquement d’un coin de la salle, puissent, sur la description du maître, les exécuter correctement.
On peut encore se servir avec avantage du tableau noir pour enseigner un principe ou une méthode, car l’un et l’autre peuvent s'expliquer facilement par des exemples, même mal faits ; de plus, ces exemples, exécutés ainsi devant toute la classe, permettent d'enseigner à tous les élèves à la fois aussi bien qu’à un seul ; ils sont la plus précieuse des ressources pour l’enseignement simultané.
Faites attention à ceci :—le centre d’un dessin sur le tableau noir doit être au niveau de l'œil de celui qui l’exécute, sinon l’œil le verra obliquement. Pour bien examiner un dessin, il faut se placer assez loin pour en saisir l’ensemble, c’est-à-dire à une distance d’au moins trois fois la largeur du dessin ; si c'était un dessin sur papier, il faudrait tenir le papier verticalement et de telle sorte que le centre du dessin fût de niveau avec l'œil. Avec ce mode d'examen, on s'aperçoit tout de suite des beautés et des défauts d’une œuvre quelconque.
Pour les leçons au tableau noir, on peut adopter l’une des deux méthodes générales qui suivent :
Instructions—1. Tracez la figure tout entière sur le tableau noir avant la leçon, afin que la classe voie ce qu’elle a à faire. Montrez ensuite aux élèves, ligne par ligne, comment procéder, et prescrivez à toute la classe de faire la même chose en même temps. Quelquefois laissez les élèves exécuter le dessin sans leur
donner d'instructions, chacun devant compter sur son propre jugement pour les proportions et le mode de procéder.
2. Dites clairement ce qu'il s’agit d'exécuter en premier lieu ;. puis faites-le vous-même sur le tableau noir. Après avoir donné à la classe un temps suffisant pour le faire aussi, procédez de la même manière à l’égard de la seconde opération, Cette dernière méthode a quelques avantages spéciaux. Il faut que les élèves prêtent une grande attention, et is demeurent dans un état de perpétuelle attente, quant à ce qui va venir, et de surprise lorsque cela vient. Lorsque vous employez cette méthode, tirez: toutes les lignes légèrement d’abord, en demandant à vos élèves de tirer les leurs de même. L’esquisse faite, finissez. Après avoir fait votre part dans cette sorte de leçon, donnez à vos élèves. un peu de temps pour compléter leurs dessins,
Voyez au Ch: VI du premier livre des exemples desymétrie pour les leçons au tableau noir suivant la seconde des méthodes que nous venons de donner. Les détails secondaires des procédés à suivre s’apprennent avec un peu de pratique.
Dessin sous dictée —Les exercices de dictée sont une des parties essentielles de ce cours. Voici en quoi consistent ces exercices. Vous dictez la figure à dessiner de même que l’on dicte une phrase à écrire, c’est-à-dire que vous donnez une description verbale de cette figure et que les élèves, au lieu d’écrire vos paroles, les dessinent, les traduisent par des lignes. Avec un peu de pratique, les enfants font de cette manière des dessins passablement compliqués, et cet exercice a une double valeur: il oblige, d’abord, le maître à se servir du langage le plus précis, ensuite l'élève à prêter la plus grande attention à la dictée pour se représenter en esprit la figure demandée et pour l’exécuter sur le papier. Pour l'élève, il n’y a qu’une seule ressource,
c’est de comprendre parfaitement l'exacte signification des mots dont se sert le maître, et voilà pourquoi la dictée est un excellent mode de revue ; le maître, d’un autre côté, dans le cas où il croit nécessaire de répéter sa dictée, est obligé de le faire dans les mêmes termes que la première fois.
Selon la capacité des élèves, on peut donner la leçon de dictée d’après l’une des deux manières suivantes :
Instructions—1. Dictez une ligne. Attendez assez longtemps pour que la classe la trace, et tirez-la vous-même sur le tableau, afin que chacun voie s’il l’a bien ou mal tirée. Procédez de même pour chaque ligne de l'exercice.
2. Dictez une figure lentement, et faites-la exécuter par les élèves, après quoi vous la dessinerez vous-même sur le tableau dans l’ordre dicté. Les élèves vérifieront ainsi leur travail ar
comparaison, Ce mode est plus difficile que le premier, puisque
les élèves ne peuvent vérifier leur travail qu'après l'avoir tout fini.
De temps en temps demandez aux élèves d'imaginer une dictée de leur crû, et de l'écrire. Examinez-la pour voir si la description est exacte, puis faites donner la leçon de dictée à toute la classe, à tour de rôle, par autant d'élèves que possible. En divisant la classe par
| sections, on peut faire passer deux élèves ou même plus
à la fois par cet excellent exercice. Vous pouvez même aussi demander à quelqu'un de la classe de dicter une figure à dessiner sur le tableau : dans ce cas, la dictée doit être improvisée. Cela plaira à vos élèves et leur profitera ; c’est à quoi il faut viser. Suivez un principe général, mais tâchez de varier vos leçons de
toutes les manières rationnelles possibles, car non-
seulement la variété est plus agréable que la monotonie, mais elle constitue un meilleur exercice pour l’esprit.
Analyse préliminaire—Tächez de bien pénétrer vos élèves de l’idée qu’avant de commencer à exécuter une figure, ils doivent toujours l’analyser, sans quoi ils ne peuvent dessiner d’une manière intelligente. Les enfants sont capables d’attaquer un dessin sans le comprendre, de même qu’il leur arrive d’attaquer un problème cl’arithmétique sans bien savoir ce qu’il s’agit de résoudre. Cette précipitation est pire que la lenteur. L'élève doit dessiner vite, mais posément, avec sangfroid et réflexion.
Conduisez vous-même l’analyse,en y faisant participer toute la classe. ‘Tout en montrant aux élèves les formes distinctives de la figure que vous prendrez pour sujet d'analyse, tout en leur apprenant à observer et à réfléchir, vous aurez là une excellente occasion de faire une revue de bien des choses déjà enseignées. La manière de conduire l'analyse a été expliquée dans le premier livre, pages 12, 36 et 69. En voici un autre exemple en prenant pour sujet l'exercice XIV du premier cahier :
Le maître—Quelle est la forme de la façade de cette maison ? | Les élèves —Oblongue.
| Le maître—De quels autres termes pourrait-on se servir pour en décrire la forme ?
Les élères—VParallélogramme ou rectangle.
Le maitre—Un parallélogramme a-t-il toujours ses angles égaux,
Les élèves— Non. Il faut seulement que ses côtés opposés soient Cgaux et parallèles,
Le maître—Est-ce qu'un rectangle n’a pas quelquefois tous ses.
| côtés égaux ?
Lu.
Les élèves—Si, et alors il s'appelle carré. IL faut seulement | ‘que tous les angles d’un rectangle soient des angles droits.
Le maître—Quel mot alors préférez-vous en décrivant le côté ‘de cette maison ?
Les élèves —Oblong.
Le maître—Quelle est la forme du toit ? |
Les élèves —Oblongue.
Le maître—1La forme des cheminées, des fenêtres et de la | porte ? |
Les élèves —Elles sont toutes oblongues. |
Le maître—Combien alors d’oblongs en tout ?
Les élères—Dix.
Le maître—Quelles autres figures voyez-vous ?
Les élèves—Quatre triangles, —trois au-dessus des fenêtres, un | au-dessus de la porte. |
Le maître—Quelle sorte de triangles ?
Les élèves —Xsocèles, parce qu’ils ont deux côtés égaux.
Le maître —Quelle sorte d’angles ont-ils ?
Les élèves —Chacun a deux angles aigus et un obtus.
Le maître—Comment donc encore pouvez-vous appeler les vtriangles ?
Les élèves —Triangles obtusangles.
Le maître—\Y a-til d'autres angles dans le dessin ?
Les élèves —Oui, des angles droits.
Le maître—Quelle sorte de lignes dans ce dessin ?
Les élèves —Horizontales, verticales et obliques.
Le maître—1a ligne 7-9 est-elle oblique ou verticale ?
Les élèves —V'erticale.
Le maître—Mais elle représente l'extrémité du toit, et le toit ‘penche ou incline,
Les élèves—Mais la ligne tracée dans le dessin n’incline pas et, par conséquent, n’est pas oblique.
Le maître—TLa ligne 7-9 représente-t-elle la pleine largeur d’un côté du toit,
Les élèves—Nous ne savons pas.
Le maître—Ceci n'a pas été expliqué et je vais vous le dire maintenant, car c'est quelque chose qu’il vous importe beaucoup
de savoir, On dit qu’une ligne comme 7 9 est raccourcie, ce qui veut dire que la vue de devant, ou vue de face de l’objet, est raccourcie, parce qu’elle est en partie détournée de l’œil, et que, par conséquent, elle est aperçue obliquement. Lorsque je tiens ce crayon, par exemple, carrément en face de vous, la vue vous montre sa pleine longueur ; mais maintenant j'en éloigne de vous une extrémité, et, bien que vous voyiez réellement la longueur tout entière du crayon, il paraît être plus court qu'auparavant, Donc lorsque nous dessinons un objet, s’il y en a quelque partie détournée de nous, nous devons tenir compte du raccourcissement, Lorsque deux objets sont en réalité de la même longueur (comme ces deux crayons), mais que l’un est vu obliquement, comme ceci, et l’autre bien en face, comment doit-on les dessiner ?
Les élèves —Celui qui est vu obliquement doit être dessiné plus court que l’autre.
Le maître—Y a-t-il dans ce dessin d’autres lignes raccourcies ? Les élèves —Nous ne pensons pas,
Le maîftre--Comment savez-vous que les côtés de la maison ne pencheraient pas vers vous ou ne s’en éloigneraient pas, si vous étiez debout devant elle, telle que la représente le dessin ?
Les élèves —Parce que les côtés de maisons ne penchent pas. P
Le maître—Mais ce n’est pas une réponse satisfaisante. Supposez que ce fût là le dessin d’un objet que vous n’auriez jamais vus auriez-vous alors la certitude que le côté placé vers vous est perpendiculaire ou non? seriez-vous sûrs que la ligne 7-9 est oblique dans l’objet lui-même ?
Les élèves—Nous voyons maintenant que nous ne pourrions pas le dire,
Le maître—ÆEn vérité, vous ne le pourriez pas. Aussi les dessins pour les maisons, les machines à vapeur, les navires, et bien d’autres choses donnent deux représentations de chaque partie, afin que les ‘ouvriers puissent en savoir au juste la forme et la grandeur, Ces dessins s'appellent ‘‘dessins de détails,” parce qu'ils disent aux hommes comment travail'er,
Tous ceux d’entre vous qui comptent jamais devenir machinistes, constructeurs de navires, charpentiers, mécaniciens de n’importe quelle sorte, doivent apprendre bientôt à faire ces dessins ; car avec cette connaissance vous serez en mesure de faire plus et de faire mieux, et par conséquent de gagner un plus gros salaire, Les deux dessins de maisons-jouets (/07-kouses) de vos cahiers ne sont ni des tableaux ni des dessins de détai's. C’est au genre de ces derniers qu’ils appartiennent jusqu’à un certain point ; mais ils ne disent que la moitié de la chose, et d’autres dessins, qu’on appelle plans et sections, diront l’autre moitié.
On ne présume pas que votre analyse sera précisément comme celle-ci, qui n’est donnée que comme un exemple. Variez l’analyse, suivant les circonstances, en ne prenant qu’une partie des exercices, en y ajoutant d’autres choses, en changeant le langage, l’ordre des sujets, etc.