‹ Manuel de dessin industriel à l'usage des maîtres d'écoles primaires d'après la méthode de Walter Smith. [microforme]Chapitre 31 sur 58 · I—COURBES RENVERSÉES · texte numérisé non relu

I—COURBES RENVERSÉES

4 1. EXERCICE XXVI—Trois courbes renversées

Instructions —Dans l’espace donné, tirez trois lignes verticales à une raisonnable distance l’une de l’autre, Divisez chaque ligne en tiers. A l’aide de ces trois droites ainsi divisées, décrivez trois courbes renversées, comme celles de la copie. Evitez tout changement de direction soudain, angulaire, ce qui est toujours désagréable. Imitez la copie en faisant vos lignes aussi grecieuses que possible.

Observez combien les trois courbes ressemblent peu l’une à l’autre. Observez aussi comment on arrive à la différence qu'il y a dans leur apparence. La première est tirée par le point inférieur de division de la ligne de base, les deux autres par les points supérieurs, et puis les courbes n’ont pas deux segments qui aient la même courbure. Ainsi, l’on voit combien il est aisé de changer l'apparence d’une courbe renversée : 1° en la traçant par un différent point de division de sa ligne de base; 2° en donnant aux segments une courbure différente.

Le point de la courbe le plus éloigné de sa base, c’est-à-dire, le point de sa plus grande altitude, est ce qui détermine spécialement le caractère de la courbe. Ainsi, dans # et «, on veut que les courbes qui sont sur les tiers du haut et les deux tiers du bas de la ligne de base, aient la même forme, bien que tirées sur des échelles différentes. Le caractère de 2 est surtout déterminé en fixant la plus grande altitude de chaque segment près d’une extrémité de la ligne de base; mais en c, la plus grande altitude de ‘chaque segment est près du point où la courbe renverse sa direction.

ÿ 2. EXERCICE XXVII—Vase

Instructions — Au centre de l’espace donné, tirez une verticale, et divisez-la en trois parties égales, Par chaque extrémité, tirez une horizontale égale au tiers de la verticale et s'étendant éga'ement de chaque côté. Complétez l’oblong avec soin, et divisez ses côtés en trois parties égales. Sur cet oblong, dessinez le contour d’un vase, en vous servant de la courbe renversée a du dernier exercice, Faites le côté droit exactement pareil au côté gauche, ce qui peut se faire

d fort aisément à l’aide des lignes droites, et ne peut guère se faire sans elles. Voyez à ce que les courbes inclinent gracieusement sans changer brusquement de direction. Fina'ement, ajoutez le piédesta!,

Délicatesse des proportions et des courbes-—[La hauteur de ce vase est trois fois aussi grande que sa largeur, ce qui donne la proportion de 3 à 1. On aurait pu prendre n'importe quelle autre proportion avec la même courbe ; et cette proportion aurait produit un plus ou moins bel effet, selon que la courbe

eût été plus simple ou plus délicate. Avec la même courbe dessinez, pour en faire l'expérience, un vase deux fois aussi haut que large, c’est-à-dire, comme 2 est à 1; puis, dessinez-en un autre aussi large que haut, c'est-à-dire, comme 1 est à 1. Mettez ces vases en contraste avec la copie, et l’un avec l'autre; vous verrez que la proportion a une influence décidée sur l'apparence plus ou moins agréable des vases. La proportion de 1 est à 1 donne la forme la | plus désagréable de toutes. Pourquoi? On peut répondre seulement que plus la proportion est simple et plus l'œil la découvre aisément, moins l'effet est plaisant, au lieu que plus la proportion est délicate et plus l'œil la découvre difficilement, plus l'effet est plaisant.

Ce qu'on dit de la proportion générale du vase est également vrai de la proportion des segments des courbes. L’un est deux fois aussi long que l’autre, ce qui donne la proportion de 2 est à 1. S'il étaient égaux, c’est-à-dire exécutés dans la plus simple proportion de toutes, comme 1 est à r,ils seraient mojns beaux que maintenant. Mais la proportion des segments des courbes, celle du vase lui-même, n’est pas la plus belle qu'on eût pu choisir. La proportion de 5 à 13, par exemple, plairait plus que celle de 1 à 3. Parfois un bâtiment, qui a quatre étages à l’intérieur, n’a que trois étages inégaux à l'extérieur, ce qui divise la surface extérieure en segments de proportio::s plus agréables à l’œil.

De même qu’une proportion délicate est plus belle qu'une proportion simple, de même c’est la plus délicate de deux courbes qui fait le plus ‘plaisir. à l'œil,

L'origine de la courbe circulaire, tirée comme elle l’est d’un seul point, est plus aisée à découvrir que l’origine de la courbe elliptique qui part de deux points ; et la première est moins belle que la seconde. Selon que le goût se développe et que la main devient habile en dessinant, on arrive à donner plus de grâce aux

courbes.

#3 EXERCICE XXVIII—Pot à l’eau

Instructions — Dans l’espace donné, construisez un ob'ong

comme dans le dernier exercice, avec les mêmes proportions et les mêmes divisions.

Puis dessinez le contour, en vous servant de la courbe à de l’exercice XXVI. Tâchez de faire les deux côtés du pot exactement semblab'es, Maintenant ajoutez la poignée en la dessinant de manière à indiquer qu’elle a de l’épaisseur, c'est-à-dire, que la jonction de la poignée avec le corps du pot doit être montrée par des lignes

qui ne coïncident pas avec le contour général, mais qui le dépassent légèrement, Finalement, ajoutez les lignes qui forment la portion inférieure du piédestal,

? 4. EXERCICE XXIX-—Vase

Instructions —Dans l’espace donné, construisez un ob'ong comme

dans les deux derniers exercices, avec les mêmes proportions et les mêmes divisions.

Dessinez le contour du vase, en vous servant de la courbe c de l’exercice XXVI, Faites les côtés opposés du vase symétriques. Ayez soin qu'il n’y ait nulle part dans les lignes un changement de direction soudain, disgracieux. Ajoutez les bandes horizonta'es comme dans la copie.

mm

Les horizontales ne doivent pas être placées sur un vase de manière à le diviser en deux parties égales, cat la proportion de 1 est à r est de toutes celle qui plair le moins. En plaçant des lignes horizontales sur un vase, considérez bien la proportion relative des divisions. On pourra arriver à une agréable variété en tirant les lignes ici rapprochées, là espacées.

? 5. Dessins de poterie

L'art céramique ouvre un vaste champ à la manifestation du goût esthétique. La terre glaise qui sert au potier à produire la vaisselle de table, les vases et bien d’autres objets, est tellement plastique qu’il peut aisément donner les formes les plus belles à ses productions. Elle fournit aussi une surface à laquelle on peut appliquer sans peine une décoration d’une grâce exquise. Ainsi, le potier possède les deux éléments généraux qui contribuent à la beauté d’un produit industriel. Il y a une beauté inhérente à la forme elle-même, et il l'a; il y a une beauté à laquelle on arrive par l’application de l’ornement, et il l’a aussi.

Mais ce n'est pas seulement par la matière qu'il emploie que le potier est favorisé. Les usages auxquels ses productions sont destinées, permettent de recourir à l’art le plus élevé pour arriver à la fois à la beauté de la forme et à la beauté de l’ornement. Le bon marché de sa matière première est aussi à son avantage. En donnant à l’argile la valeur de l'or, il sent qu’il ajoute à la richesse de son pays non moins qu’au bien-être de ceux qui achètent les produits de son bon goût. Il a aussi l’assurance que ses œuvres seront soigneusement conservées ; en effet, bien différentes des

objets composés d’or ou d'argent, elles perdront toute valeur lorsqu'on les brisera. On a détruit bien des chefs-d’œuvre de l'art, parce qu'ils étaient faits de matières précieuses. C’est faire preuve d’un goût barbare que de n’aimer que des objets en matières précieuses. Le goût épuré admire l’art quand même, que l’objet dans lequel il se manifeste soit fait de terre glaise ou d’or. L'art peut faire contribuer la substance la plus grossière à notre plaisir et à notre raffinement. C’est une noble puissance que celle-là ; elle vaut bien la peine qu'on cherche à l’acquérir par l'étude.

Tout dessin fait dans un but industriel doit surtout avoir cinq choses en vue : 1° l’usage auquel l’objet devra servir ; 2° la matière dont on devra le faire ; 3° par quels moyens on devra le faire ; 4° quel est la meilleure forme pour l'usage qu'on veut en faire ; 5° quelle sorte d’ornement il faut choisir. La beauté due à l’art doit venir de la forme de l’objet et de l’ornement qu’on y applique ; mais toujours la forme doit avoir le pas sur l’ornement. Quelque prodiguée qu’elle soit, la décoration ne peut pas faire qu’un objet soit beau, à moins que la forme de cet objet ne soit belle elle-même.

Les contours des poteries doivent avoir quelque pro- :

portion définie qui les caractérise. Faute d’une ligne de contour bien accentuée, un vase manque de cachet. On obtient le meilleur résultat en sachant unir un ornement de bon goût à la beauté des lignes. D'un côté, trop d'ornement produit l’étrangeté, et, d’un autre côté, un contour faible, sans cachet, produit l’insignifiance. Il y a beaucoup à faire pour améliorer les dessins des poteries ordinaires. Le goût

public s'élève et ceux qui persistent à faire des articles communs se trouveront bientôt sans marché. Rien ne se vend vite et cher comme la beauté. Pour qu’une chose soit belle, il n’est pas nécessaire qu’elle soit coûteuse ; elle peut être à bon marché, pourvu que l’ouvrier ait du goût. S'il en manque, on le verra dans ses œuvres, quelque chose qu’il fasse.

Les douze exemples donnés sur la page ci-contre, et destinés aux leçons de tableau noir et de dictée, montrent combien il est aisé de modifier la courbe renversée en changeant la longueur comparative des segments ou en changeant leur courbure. Ces exemples font voir les applications de dcuze courbes, et cela est assez pour enseigner la manière générale de dessiner les contours des poteries.

Instructions— Le N° 1 est la cymaise, comme on l’appeile en architecture. Elle consiste en deux courbes circulaires ; aussi, la courbure de chaque segment est-elle la même partout, et au point où les courbes se réunissent, le changement de direction est instantané et comp'et. Si le changement était graduel et imperceptible, c'est-à-dire, si la courbure de chaque segment était le plus grande à son centre, et puis décroissait graduellement vers chaque extrémité pour devenir ligne droite le moins loin possib'e du point où la courbe renverse sa direction—alors nous aurions ce qu’on appelle que'quefois ‘la ligne de beauté.” Un brusque changement de direction plaît moins qu'un changement assez graduel pour qu’il soit impossible de dire le point où il a lieu.

Les segments du N°2 sont des courbes circulaires ; mais ce sont des parties de cerc'es plus grands que les segments du N° 1. Le N° 3 aussi consiste en courbes circulaires. Les segments des N° 4et 5 consistent en courbes elliptiques ; ils sont les mêmes dans l’un et l’autre cas, mais ils sont unis différemment. Il en est de même des N° 6 et 7. Les lignes de base sont divisées, les

unes en demies, les autres en tiers On aurait pu, ce'a va sans dire, les diviser autrement, Examinez ces courbes avec attention.

Après les courbes séparées, viennent les applications qu’on en fait dans les contours des poteries. Les numéros que porte chaque exemple indiquent les courbes dont on s’est servi. Ainsi, le pot à l’eau est numéroté 2, ce qui veut dire qu’on emp'oie la courbe 2 pour ses contours,

Les proportions générales des figures, indiquées par les oblongs sur lesquels ces figures sont construites, sont ou comme 2 est à 1, ou comme 3 est à I. C’est ce que l’œil peut aisément déterminer.

Il n’est pas besoin d’autres instructions pour dessiner ces formes. Si vous vous en servez pour les dictées, faites connaître, dans les instructions générales, la plus grande altitude des segments de chaque courbe, Ainsi, la plus grande altitude de la courbe 1 est de un quart de la base, Dites aussi le point où la plus grande altitude a lieu, Tâchez de faire les lignes aussi gracieuses que possible,

? 6. Vase

Znstructions — Construisez un oblong sur une proportion de 3est à I. Divisez ses côtés en tiers, et par les points supérieurs de division, décrivez des courbes comme celle N° 10, page ci-contre. Bien que la courbure soit trèsmarquée, décrivez la courbe de manière que l'œil ne puisse pas sans peine découvrir le pont exact où la direction de la courbe est renversée, Voyez à ce que les courbes se balancent parfaitement l’une l’autre. Ajou-

tez les lignes horizontales. Faites dessiner souvent à vos élèves ces formes de poterie, dans de grandes dimensions, sur le tableau noir.

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