‹ Manuel de dessin industriel à l'usage des maîtres d'écoles primaires d'après la méthode de Walter Smith. [microforme]Chapitre 35 sur 58 · PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES

L'élève qui a vu le premier livre de ce cours, où il a appris les termes propres du dessin, et qui a dessiné sur le papier dans le ler cahier de ce second livre, doit posséder une connaissance élémentaire des lignes et avoir surmonté les premières difficultés du dessin sur le papier. Le 2° cahier offre de nouveaux exercices qui lui donneront les premières idéès du travail graphique, tel qu’on le fait à l’atelier.

Le maître doit bien se rendre compte de l’objet de l’enseignement du dessin, afin de s’efforcer d’en atteindre le but. On enseigne le dessin industriel dans les écoles publiques, d’abord, pour améliorer la fabrication industrielle, en créant à la fois des dessinateurs habiles et un public appréciateur ; ensuite, pour que le développement et l'exercice des facultés d’observation ajoutent à l’intelligence de l’élève et l’aident à étudier d’autres matières. En supposant que la moitié de ceux qui apprennent le dessin ne le cultivent jamais comme artistes, tout homme a besoin chaque jour de l’intelligence, de la délicatesse de sentiment et de ce goût

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d’exactitude que la seule connaissance du dessin fait naître. L’habileté à dessiner est peut-être le moins précieux des résultats de l’enseignement du dessin ; car, n’y gagnât-il rien de plus que d’apprendre à se servir comme il faut des sens de la vue et du toucher, chaque enfant trouverait encore dans cette acquisition un ample dédommagement de son temps et de ses études. Nous sommes tous victimes des illusions d’optique jusqu’à ce qu’on nous enseigne à voir, et la description qu’un homme fait des objets qu'il a vus court le risque d’être bien superficielle et inexacte, s’il ne sait faire la distinction de l'apparence d’un objet d’avec l’objet lui-même, chose impossible avant d’avoir reproduit l’apparence d’après la réalité, et c’est là l’objet propre du dessin.

Chez les gens dépourvus d’éducation artistique, il y a conflit perpétuel entre ce que l’esprit sait (le monde des faits) et ce que l’œil voit (l'apparence de ces faits). Ces deux choses, bien que relatives au même objet, prises isolément, sont toutes deux imparfaites ; elles ne se complètent que par l’association, et ceux qui n’apprennent pas à dessiner, et qui, par conséquent, ne font jamais l’épreuve de leur connaissance des lignes et des formes, ne parviennent jamais à mettre en parfait accord l'esprit et l'œil. Dessiner, c’est contrôler par nous-mêmes notre connaissance des faits ou des objets, tels qu’ils frappent l’œil dans la variété de leur condition ; et lorsque nous sommes vraiment habiles à voir des yeux et à dire par la parole l'apparence des choses, on peut nous regarder comme des témoins compétents, mais pas auparavant. Le dessin nécessite l'observation, la comparaison, l’analyse et cela, sous

le contrôle des sens aussi bien que par la critique de l'esprit ; c’est peut-être la seule matière d’enseignement qui exerce ainsi à ce point en même temps l'esprit et les sens, et c’est ce qui en fait un si précieux moyen d'éducation.

Ce qu’on acquiert dans l'étude du dessin peut s'appliquer à d’autres sujets, dans le monde comme à l’école; et s’il en est ainsi, on a bien raison d’avoir introduit cette branche d'instruction dans toutes les écoles, depuis la salle d'asile jusqu’à l’université. Si chaque enfant apprend à bien dessiner en suivant ce cours, il en pourra tirer les plus grands avantages pour l'avenir. Et fût-il le seul, sur dix mille, incapable d'apprendre, ces exercices seraient encore d’une grande valeur pour une intelligence qui en est au point zéro de son développement et qu’il est peut-être impossible d’éveiller autrement que par un appel aux sens. La meilleure raison qu’on puisse invoquer en faveur de l’enseignement du dessin, n’est donc pas qu’il est un amusement, une perfection ou même un outil et un moyen d'avancement, un plaisir ou un profit en soi; mais c’est qu’il permet au maître de verser un flot de lumière sur bien des branches d’éducation, c’est qu’il donne à l'esprit cette propriété de recevoir une impression fidèle, et qu’il développe les facultés créatrices et analytiques de l’homme.

Il est évident que les élèves qui voudront faire du dessin une profession, devront aller dans les écoles spéciales ; mais en enseignant le dessin, on doit agir d'après ce principe que tous les enfants doivent l’apprendre, et son enseignement doit avoir ce caractère général qui profite à tous en élevant l'intelligence, et

non cette direction toute spéciale qui ne profitera qu’à un petit nombre. L'éducation donnée dans les écoles publiques élémentaires, devrait, par son caractère d'utilité générale, préparer tous les élèves aux carrières qu’ils embrasseront plus tard, et laisser à l’éducation technique ou secondaire le soin de préparer chacun à sa spécialité. Il lui suffit d’enseigner les notions élémentaires de l'industrie manufacturière ou commerciale, pour éviter le reproche de n'être qu'un enseignement d’écolier et bon seulement pour le petit nombre.

Et qu'il nous soit permis de répéter ici que la raison pour laquelle on doit enseigner le dessin dans les écoles primaires, c’est que là seulement on peut l’enseigner à tous d’une manière satisfaisante. Si, par suite d’une folle idée, l’enseignement du dessin devait être éliminé de toutes les écoles, à l’exception d’une seule, ou si, en l’adoptant pour la première fois, on ne devait l'introduire que dans

une seule espèce d’école, au lieu de choisir les !

écoles supérieures comme l’endroit qui lui est propre, nous soutiendrions que les écoles primaires sont celles où le dessin peut produire les meilleurs résultats et où il aurait l'influence la plus générale sur les élèves et sur le public.

Les idées que nous exprimons ici font comprendre l'esprit qui préside aux instructions données dans ce manuel. L’exécution n’est pas l’objet principal de notre enseignement, et notre méthode ne considère pas le dessin comme une spécialité réservée au petit nombre, mais comme un grand élément d'éducation,

comme le plus puissant des moyens que nous possédions de développer l'intelligence humaine dans son enfance.

Les maîtres ordinaires sont aussi capables d'enseigner le dessin que les écoliers de l’apprendre. (On reconnait, chez les hommes de l’art, que l’artiste, quelque habile qu’il soit, manque ordinairement de l'instinct du maître. Et l'expérience a démontré, au contraire, qu'un instituteur exercé, qui réussit en général dans l'enseignement, a toutes les qualités pour faire un bon maître de dessin.

Il est difficile que celui qui commence à s’y exercer tard devienne habile dessinateur ; mais il n’est difficile à aucun maître, s’il y apporte l’application convenable, d'apprendre sans peine assez, bien le dessin pour l’enseigner d’une manière satisfaisante. Tout maître qui ne possède pas assez de souplesse et d'intelligence pour arriver à ce résultat se condamne comme impropre à l’enseignement, car l’enseignement est un art qui va toujours progressant et qui ne peut plus se contenter des vieilles méthodes.du passé.

Dans cette seconde partie, nous avons introduit un nouveau procédé pour l'avantage et la direction des maîtres qui n’ont pas eu l’occasion d’étudier le dessin. Non-seulement .nous décrivons et illustrons chaque leçon dans ses détails, mais nous donnons aussi les exercices destinés aux pages en blanc, ainsi que des gravures représentant chaque page du cahier ; de sorte qu'il n’y a pas à se tromper sur ce que devra être chaque leçon, quand elle sera finie, ou la page tout entière, lorsque les exercices qui s’y trouvent seront complétés.

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Notre intention n’est cependant pas d'empêcher certains maîtres, s’ils le préfèrent, de remplir les pages blanches d’une manière différente de celle qui est indiquée. Quelques maîtres représentent qu’ils n’ont ni le temps ni l’habileté d’inventer des leçons de tableau noir ou de dictée ; c’est pour eux que ce manuel offre des leçons toutes faites. D’autres maîtres préfèrent dessiner ces leçons pour eux-mêmes, dans le but de se perfectionner et pour enseigner mieux d’après des exemples de leur crû. A ces maîtres les pages blanches remplies peuvent servir d’exemples, sans cependant comprimer leur faculté d’invention.

Nous offrons aussi des pages de leçons pour le tableau noir, ainsi que des modèles d’objets et d’ornementation historique. Le maître peut en choisir comme exemples, au lieu d'employer ceux qui sont données sur les pages en blanc, ou pour les leçons additionnelles sur l’ardoise ou au tableau noir. Les instructions données pour les dessins sont courtes, parce que la plupart s'expliquent d'eux-mêmes et que le maître qui se sert de ces copies doit être en état de suppléer toutes les explications nécessaires.

Les leçons contenues dans ee livre sont arrangées de manière à être exécutées pour la plupart dans une demi-heure, temps suffisant pour des leçons données à des enfants. Si l’on trouve cependant que, par suite du manque d’exercices antérieurs, les enfants ne peuvent esquisser et finir leurs dessins dans une demi-heure, il faudra leur donner une autre demi-heure pour les bien finir. Accorder plus à une leçon, c’est gaspiller le temps de beaucoup d’élèves, sinon de tous. La vivacité

ou la lenteur dans le travail est une habitude, et il

est aussi aisé d'acquérir la première que de tomber dans la seconde.

Si vous voulez que les enfants soient contents et bien employés, donnez-leur assez à faire, et tâchez que le travail leur plaise, qu’il pique leur curiosité et stimule leurs facultés inventives. Il est de fait que les enfants travaillent fort lorsqu'ils jouent ou qu’ils s'amusent, et que rien ne tue plus vite l'intérêt qu’un enfant peut prendre à son travail, que de dormir dessus ou de s’y livrer lorsque la fraîcheur de la nouveauté s’en est allée. Profitez de cette particularité du caractère de l'enfant dans vos leçons de dessin, et vous captiverez l'attention de vos élèves.

Plus vous mêlerez la nature à l’enseignement, plus les élèves s’attacheront à vos leçons et lescomprendront. Pour cette raison, nous donnons comme modèles, et en grand nombre, des figures et des esquisses d’objets. Elles permettront au maître de désigner les traits caractéristiques de figures semblables prises dans la nature ; et c’est ainsi que de nouveaux horizons de connaissances s’ouvriront aux yeux des élèves.

Quoiqu’on n’en ait pas appelé au goût et aux connaissances des élèves avec autant d’insistance dans ce livre que dans quelques autres, le maître n’en verra pas moins qu’un des objets qu’on se propose en enseignant le dessin, est d'augmenter les connaissances et d’épurer ie goût, et cela en développant d’une manière graduelie et presque imperceptible l'esprit d’observation et l’amour du beau dans la nature et dans l’art.

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