CHAPITRE I SYMÉTRIE-—CONVENTION—RÉPÉTITION
En traçant les lignes d’esquisse, il faut tenir le crayon bien à l’aiseentre les doigts. Rappelez souvent ce précepte à vos élèves, sans quoi ils prendront vite l'habitude de trop serrer le crayon. De plus, exigez d'eux qu’ils tracent les lignes très légèrement, afin que, s'ils ont ensuite à faire des corrections, ils ne soient pas obligés de frotter le papier trop pesamment avec la gomme. Pour le dessin à main levée, il faut que la main soit libre, non pas guindée.
$ 1. EXERCICE I—Pot en verre de Bohême
Instructions—1a moitié gauche du pot est dessinée et l’élève doit le compléter en dessinant la moitié droite. Continuez les horizontales à 1, 2, 3, 4, 5, autant à la droite de la ligne centrale qu’elles s'étendent à la gauche.
Puis, complétez l’esquisse. Remarquez la forme d'œuf entre 2 et 3. La poignée n’est pas à répéter ; mais si le maître trouve l’exercice trop court, on peut dessiner une seconde poignée symétrique à celle de la copie. Faites remarquer, en dessinant la poignée, qu'aux points où elle s’unit au col et au corps du pot, elle empiète un peu sur le con-
tour du pot.
$ 2. EXERCICE II—Rosace carrée
Instructions—Cet exercice a pour objet de montrer la vaïeur et l'effet de la répétition. Le huitième d’un carré est rempli par une portion de fleur en forme de lotus.
La forme est à répéter d’abord dans le triangle à gauche de Ia ligne centrale, et l’élément du dessin remplissant un quart du carré sera alors complèt. On doit répéter cet élément dans lis trois quarts
restants du carré, et la rosace tout entière sera alors finie. Cet exercice démontre par voie d'illustration la répétition autour d’un centre, et dans une figure géométrique. Décrivez la courbe extérieure près de la diagonale, laquelle se termine près de 6 et balance celle qui se termine à 5. Puis, dessinez la moitié gauche du foliole central se terminant à I. Ajoutez labaieetlatige. Cela fait, répétez la fleur trois
fois dans les trois triangles, et complétez la rosice. Les lignes
les plus longues, celles de 5 à 6, sont les premières tirées dans
chaque triangle.
Les deux copies de cette page du cahier serviront de démonstrations graphiques de deux principes de dessin, et prépareront les élèves à dessiner avec intelligence. Ces principes sont la symétrie et la répétition. Dans le pot à l’eau, une seule répétition donne la symétrie. Dans la rosace, sept répétitions forment un arrangement complet qui fait voir l’effet de la répétition.
Cette dernière rosace étant un exercice de dessin à main levée, l’élève en trace chaque partie sans s’aider d'aucun instrument, parcequ'ici il aptrend à dessiner, et
en dessinant, à fixer dans son esprit les principes de dessin. Lorsque, plus turd, il travaillera dans son atelier, il tracera à main levée l'élément de ce dessin, comme on vient de le faire pour la moitié de fleur cidessus, puis il le répétera à l’aide de ses instruments | aussi souvent que cela sera nécessaire.
Des répétitions comme celle-ci fixent dans l'esprit des élèves par le moyen le plus efficace, celui du dessin, la manière dont il faut répéter la forme pour faire une rosace, et leur apprend quels sont les axes de symétrie et quel est l’élément du dessin.
En dessin, il faut apprendre par le bout des doigts plus que par les oreilles. On est plus sujet à oublier les idées qu'à perdre l’habileté développée par la pratique.
$ 3. EXERCICE III-Feuille conventionnelle
nstructions—--Etant donnée la moitié d’une feuille, l'élève doit compléter cette feuille en dessinant l’autre moitié. Faites projeter les horizontales aussi loin à droite qu'elles projettent à gauche de la ligne centrale, ou médiane, de la feuille. Décrivez la courbe extérieure de droite. Divisez les horizontales en deux parties égales, et à ces divisions tirez les courbes qui forment les lobes de la feuille. Les trois veines qui partent de 11 médiane, et finissent dans les pointes des lobes doivent étre dessinées les dernières, Les veines doivent s’unir à la médiane en tangente, et non pas en sécante.
L'objet de cet exercice est d’enseigner la valeur de la symétrie. La moitié d’un objet étant dessinée avec exactitude, il faut que l'élève exécute l’autre moitié
parfaitement semblable. Ainsi il se forme l’œil. Cet exercice n’est pas difficile, et lorsqu'on le donne, on peut exiger des élèves une bonne exécution manuelle.
$ 4. EXERCICE IV—Feuille de lierre conventionnelle
Instructions—Tirez dans l’espace au-dessous de la copie une ligne centrale de la même longueur que la feuille au-dessus. Divisez-la en six parties égales, et par le centre tirez une horizontale s'étendant de chaque côté d’une longueur égale à un sixième de la centrale. Tirez les quatre veines de la feuille, et puis, commençant du haut, tirez les lobes de la feuille sur le côté gauche ; répétez-les sur le côté droit et complétez la feuille.
Les esquisses a et ? sont des feuilles dessinées d’après nature—a, lierre de maison ; #, lierre des haies.— Une autre espèce de lierre, qui croît aux arbres comme plante para.
site—trait caractériste du lierre, partout où il pousse—n’a pas les lobes si courts que le lierre des maisons, ni si longs que le lierre des haies. Ses feuilles ressemblent ainsi beaucoup plus à la feuille conventionnelle qu’à æ ou #. Le maître doit faire voir, d’après les trois formes données ici, que la convention consiste à conserver les traits généraux des feuilles, en élaguant les particularités de chacune d’elles. Les esquisses en miniature & et à ne sont pas destinées à être copiées par l'élève.
$ 5. EXERCICE V—Rosace de feuilles de lierre
Znstructions—Tirez le carré dans l’espace au-dessous, avec ses diamètres et ses diagona'es. Décrivez le cerc:e à son centre, et dans un quart du carré dessinez une feuille pour le rempiir, comme la copie. Répétez cette
Nous avons ici l'application d’une forme naturelle, et c’est un des arrangements les plus simples qu’on puisse faire d’une feuille. Ce procédé s'appelle répétition autour d’un centre ; c’est le principe appliqué par la nature à la construction d’une fleur, chaque pétale étant une feuille modifiée, répétée en cercles autour de la graine placée au centre de la fleur.
feuille dans les trois autres quarts.
Ce dessin, après avoir été exécuté dans les cahiers, | serait, pour de très-jeunes enfants, un bon exercice de dessin de mémoire. ‘Tout ce dont il faut se souvenir, c’est la forme d’une seule feuille de lierre qui, par la | répétition, constitue en apparence un travail tout-à-fait compliqué, bien qu’en réalité ce soit l’arrangement le plus simple.
Il ya une autre leçon intéressante à donner, c’est de demander que chaque élève apporte quatre feuilles | d’une sorte quelconque (si l’on est à une saison conve- | nable de l’année), et qu'après avoir une fois vu remplir ! un carré, en faisant une rosace, comme dans la rosace |
de lierre déjà dessinée, il fasse un dessin neuf en copiant les feuilles qu'il apporte. Faites arranger à tous les élèves les quatre feuillés naturelles sur leurs
ardoises d’abord, pour voir de quoi elles auront l’air, et puis expliquez que si, dans la nature, les feuilles diffèrent de forme et de grandeur, dans le dessin d’ornementation on doit les faire toutes de même forme et de même grandeur ; ils verront ainsi les différences qu’il y a entre une rosace naturelle et une rosace de convention. Ces expériences sur les ardoises serviront comme exercices d'occasion à varier le travail sur le papier, tout en enseignant les rapports qui existent entre la nature et les principes du dessin.
II—EXERCICES DE TABLEAU NOIR POUR LA PAGE 3 DU CAHIER-—RÉPÉTITION HORIZONTALE
On divise la page blanche en trois parties égales, en tirant deux horizontales aux points de division tel que indiqué dans la gravure de la page 159. Dans ces divisions on doit placer les trois moulures horizontales, comme exercices de tableau noir.
$ 1. Moulure en forme de cœur
Instructions—Dans Ja division du haut tirez deux horizontales à un pouce un quart l’une de l’autre, et à partir d'un pouce du bord gauche du papier, marquez le long de la ligne du haut cinq divisions | d'un pouce un quart.
De ces points, tirez des vertica'es pour former
cinq Carrés. Chacun de ces carrés doit contenir une feuille en
forme de cœur. Divisez donc le carré en deux parties égales par un diamètre vertical, et esquissez la courbe de la feuille de chaque côté. Lorsque toutes les feuilles sont complétées, ajoutez le cercle et la tige entre les feuilles.
Le maître ne dessinera qu’une de ces feuilles sur le tableau noir pour servir de copie, et il laissera aux élèves le soin de répéter seuls la feuille dans les autres carrés, car il faut quelquefois laisser l'enfant à lui-même. Le maître doit employer, pour dessiner au tableau et donner des instructions à la classe simultanément, à peu près un sixième ou un huitième du temps consacré à la leçon de tableau noir, et le reste du temps à examiner et à corriger le travail de chacun des élèves.
Les esquisses & et à représentent des feuilles de convolvulus et de belle-de-nuit, toutes deux en forme de cœur, et types d’un grand nombre de feuilles naturelles qui ont la même forme. Etant d’un caractère simple, ce sont de bons sujets de composition, surtout pour les moulures. On peut en faire apporter aux élèves, comme sujets de dessin ; sans leur imposer de grandes fatigues, on leur apprendra à voir combien de sortes il est possible d’en trouver. Plus les enfants travailleront des yeux, et apprendront à découvrir les belles formes des feuilles et des fleurs, mieux ils s’en
trouveront maintenant, et plus ils seront intelligents |
et contents plus tard.
$ 2 Moulure en forme de cœur, pour patron
Instructions —Disposez l’espace de la même manière que pour le dernier exercice. Les lignes horizont:les doivent être à un pouce un quart l’une de l’autre, et les cinq carrés sur cette base.
Divisez chaque carré en deux parties éga'es par le diamètre vertical, et chaque moitié du carré encore en deux parties par une verticale, comme on l'a montré dans Ja dernière
division à droite. On a ainsi la ligne centrale pour la petite forme ovoïde près du bas, et le point où les deux lignes principales se croisent près du haut. Tirez les lignes principales extérieures de chaque demi-carré dans trois carrés, avant d’ajorter les lignes inférieures, ou lignes de dedans, sur lesque’les sont les points de rencontre, puis ajoutez ces dernières. Dessinez l’ensemb'e des formes, et pnis effacez les parties qui ne doivent pas paraître. Terminez.
Quoique les carrés soient au nombre de cinq, il suffit d'en dessiner trois pour une leçon, et l’on pourrait faire des deux qui restent le sujet d’un nouvel exercice, que les élèves exécuteraient sans l’aide du maître.
Dans la méthode de Smith on s'efforce constamment de varier à la fois le mode de donner les leçons et le sujet de ces leçons. Souvenez-vous qu’il faut nourrir l'esprit, non le bourrer, développer l'intelligence, non enseigner à faire des tours. Si l’élève, en passant par tout cet apprentissage, finit par ne pas savoir dessiner du tout, encore aura-t-il appris par là, mieux que par
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tout autre exercice intellectuel, ce dont il est capable. Cultivez l'intelligence, et laissez à l'individu et aux circonstances le soin de déterminer à quoi cette intelligence devra être appliquéé. Aidez l'élève de tout votre pouvoir, si le sujet ou le moyen de le traiter est neuf ; ne l’aidez pas du tout, lorsqu'il sait tout ce qu’il peut savoir à cet égard, et qu’il n’a qu’à faire l’application de ses connaissances ; il apprendra ainsi davantage à compter sur lui-même.
$ 3 Moulure feuilles de lierre
Jnstructions—Comme vous l’avez fait dans les deux derniers exercices, divisez l’espace en cinq carrés dont les côtés auront un pouce un quart. Divisez aussi chaque carré verticalement par un diamètre. Dans chaque carré dessinez une feuille de lierre et des baies, comme l'indique la gravure ; la feuille
doit être semblable à celles
qu'on a déjà dessinées. Dessinez une feuille complète et une grappe de baies complète, sur le tab'eau, et demandez aux élèves de les répéter le nombre de fois voulu, après que leur première copie aura été corrigée et contrôlée.
Nous donnons ici une demi-page de ces exercices afin de montrer au maître quelle sera l'apparence de la page du cahier, lorsqu'elle sera remplie. Bien que sur une plus petite échelle que ne le sera le dessin du cahier, les proportions sont exactement les mêmes. Ainsi, on fournit au maître non-seulement le procédé
à suivre pour faire chaque élément du dessin, mais on lui fait voir aussi quelle sera l’apparence du cahier de | l'élève, si les instructions données sont suivies.