DE LA CONVENTION-SON APPLICATION AU DESSIN
Un dessin de convention, comme nous l'avons vu, est la représentation d’un objet naturel dans ses lignes générales, sans tenir compte de ses détails secondaires, de manière qu’il se prête aux exigences de l’ornementation. En dessinant les formes conventionnelles avant les formes naturelles, nous prenons le seul moyen rationnel d'arriver à rendre habilement les formes naturelles. Si nous allions commencer par mettre devant les enfants les formes naturelles des feuilles, par exemple, nous les embarrasserions simplement d’une masse de détails et de proportions délicates qu'ils ne pourraient pas comprendre.
On donne ici des esquisses de feuilles naturelles pour qu’on leur compare la feuille conventionnelle. Les petites esquisses & et à sont des feuilles d'érable d’après nature. Il y ad’antres | variétés de feuilles d'érable plus profondément lobées, La feuille conventionnelle donnée comme exemple sur Ja page suivante a les lobes plus
eo
écartés l’un de l’autre que & ou #; mais c’est le type accepté de la feuille d'érable employée pour décors ou ornements des surfaces, du verre poli, des ouvrages de fer ou de cuivre ouvré, chandeliers, paravents,
barrières, etc.
? 1. EXERCICE VI—Feuille d'érable conventionnelle
Instructions— Dans l’espace au-dessous tirez une verticale aussi
longue que la feuille. Divisez-la en quatre parties égales, et par le centre menez une horizcntale presque aussi longue que la verticale, moitié de chaque côté. Au bas de l1 verticale, tirez une seconde horizontale presque aussi longue que la première, Fixez le poirt central d’où sortent les côtes ou veines, et menez celles-ci aux extrémités des horizontales, Ajoutez le pourtour de ‘a feuille, et lorsqu'elle est
complétement esquissée, effacez les lignes de construction et
terminez,
£ 2. Rosace de feuil'e d'érable
Instructions—App'iquez à cet exercice les principes déjà |
expliqués. Dans le grand espace à droite, faites dessiner aux élèves nn triangle équi'atéral, ou un carré, un cercle, un hexagone régulier, aussi grand que l'espace le permettra, laissant une marge de tous côtés:
On ferait bien de diviser ja classe en un certain nombre de groupes, ou rangées, et de faire dessiner à chacun
une forme géométrique particulière, Ainsi, faites construire à la
première rangée un carré, à ‘a deuxième un cercle, à la troisième un triangle équilatéral et à la quatrième un hexagone,
Le dessin de ces formes géométriques est suffisant pour une seule leçon. Convenez avec les élèves que la prochaine leçon sera donnée tel et tel jour, qu’elle aura pour objet un dessin d’après la feuille d’érables, et que chacun apportera des feuilles d'érable autant qu’il peut désirer en mettre dans son dessin. Ceux qui ne pourront en trouver prendront pour modèie la feuille conventionnelle déjà dessinée.
Comme c'est là le premier travail graphique à entrer dans le cahier, il serait à propos de laisser les élèves l'exécuter sur leurs ardoises d’abord, et, lorsqu'ils auront vu de quelle grandeur doit être la feuille pour remplir convenablement l’espace donné, ils la mettront dans une des divisions de la forme géométrique qu’ils ont tracée.
La page ci-contre nous fournit quatre manières de traiter cet exercice. Il s’en présentera d’autres et au maître et aux élèves, et ceux qui ont l'esprit inventif seront pius contents de dessiner leurs propres patrons que ceux des autres. Dans toutes les classes, cependant, il y aura beaucoup d'enfants qui ne pourront pas ou s’imagineront ne pas pouvoir (ce qui, en pratique, est la même chose) composer un dessin. Ces enfants stupides, comme on les appelle bien stupidement, le maître doit les prendre sous sa protection spéciale et les aider plus que tous les autres. Qu'il leur montre les exemples de cette page, et leur en fasse imiter un, n’importe lequel. Cette pratique implantera, créera ou développera la facuité d'invention, mère de la composition graphique.
Comme on l’a dit souvent, en enseignant le dessin d'après cette manière, ce ne sont pas les résultats brillants, sous forme de belles œuvres, que nous recherchons autant que les moyens d'éveiller les facultés mentales d'invention, l'esprit d'originalité, le talent de composition graphique que nous savons exister dans tous les êtres humains et avoir pour eux une valeur particulière. Que l'enfant exécute maladroitement ses dessins, ce n’est une raison ni pour décourager le maître ni pour le porter à décourager l'enfant. Laissez faire l'enfant plutôt que de l’effrayer ou de le fatiguer, jusqu’à ce que l'inclination du dessin d'invention naisse chez lui, et alors vous n'aurez plus d’ennuis avec lui. Cette in..ination prendra tôt ou tard racine dans chaque enfant, et ces pauvres petits qui semblent n’avoir pas la faculté du travail sont simplement incultes ou bien appartiennent à des familles ou à des races qui se développent tard ou lentement. Qu'il me soit permis de dire ici que quelques-uns des plus grands esprits, hommes et femmes, qui aient jamais vécu, ont appartenu à cette classe d’intelligences, et cette considération est de nature à nous rendre très-indulgents envers ceux qui peut-être les représentent aujourd’hui et que nous avons sous Nos Soins.