‹ Manuel de dessin industriel à l'usage des maîtres d'écoles primaires d'après la méthode de Walter Smith. [microforme]Chapitre 39 sur 58 · I—PRATIQUE DU DESSIN ORIGINAL · texte numérisé non relu

I—PRATIQUE DU DESSIN ORIGINAL

J1 peut être utile de donner ici au maître quelques notions des procédés pratiques du dessin original en classe. Le caractère particulier du dessin industriel que nous enseignons, c’est l'utilité dans sa méthode comme dans son objet. Il faut toujours avoir en vue

de préparer l'élève à la vie industrielle, en lui faisant exécuter des travaux du genre de ceux qu’il aura à faire plus tard dans l’atelier, ou dans un cabinet d’artiste. Or, dans l'atelier comme dans le cabinet, il est essentiel que le dessin industriel soit exact, non pas à peu près exact, comme on le fait à main levée, mais aussi exact qu'on peut le faire à l’aide d’instruments tels que le compas, la règle, l’équerre et l'échelle. Tout ce qu'on ne peut pas faire avec ces instruments doit se faire à main libre; mais tout ce qu’on peut faire avec un instrument doit être fait avec un instrument. De plus, lorsqu'on a à répéter une forme ou un détail fait à main levée, il faut effectuer cette répétition à l’aide d'instruments. Par exemple, s’il s’agit de répéter quatre fois une feuille symétrique, on en dessine une moitié comme à @, on la transfère sur le côté opposé de la ligne centrale, comme à #, puis on la finit. Elle est ensuite transférée à chaque quartier. Répétée quatre fois de cette manière, elle sera exacte. En préparant le canevas ou le cadre géométrique destiné à recevoir un dessin, on doit donc tirer parti de tous les instruments, de manière à remplir la première condition du dessin industriel, à savoir, l’exactitude. Et, pour s’habituer à la distribution économique du temps si nécessaire dans l'atelier, on doit ne pas dessiner plus d’une fois à main libre une figure quelconque, et il faudra en effectuer la répétition en transportant le dessin d’un côté d’une ligne à l’autre, au moyen du papier à décalquer ou autrement.

Ainsi donc, en exécutant un plan ou un dessin, l'élève doit tirer toute ligne droite avec la règle et décrire avec le compas toute courbe qui pourra être

ainsi décrite. Le mesurage devra se faire au moyen d’une échelle ou avec une règle marquée en pouces, de de manière qu’une ligne que l’on donnera pour longue de trois pouces, ait vraiment cette longueur.

Des jeunes enfants à qui l’on n’a pas enseigné le dessin géométrique, le maître peut obtenir l’exactitude approximative en leur montrant à vérifier leurs carrés avec la règle. Ainsi, dans un carré, si les diagonales sont de la même longueur, et les quatre côtés égaux, il faut que la figure soit un carré exact. Lorsque l'enfant aura construit un carré, qu'il le soumette à cette vérification.

Pour répéter symétriquement un élément exécuté à main levée, il y a un moyen mécanique très-facile : c’est de plier le papier sur l’axe de symétrie de manière à obtenir une empreinte légère de l'élément tracé au crayon noir. Commencez par dessiner l'élément, comme à 4, avec un crayon noir dans un carré préala.

blement construit sur ses diagonales et ses diamètres. Pliez le carré sur la diagonale 1-2, et frottez le dos du papier derrière le dessin avec l’ongle du pouce ou un manche de couteau—-n’importe quoi de dur et de poli—ce procédé transférera la trace comme à ÿ. Il ne restera ensuite qu’à finir. Pliez le carré de nouveau sur

eee

la diagonale 3-4, et frottez de nouveau sur le dos, en faisant une trace comme à c. Finissez cette trace. Ensuite, pliez le carré sur le diamètre vertical comme à c, et frottez l'envers pour transférer les deux feuilles dans les quarts restants, comme à 7. Finissez les deux derniers transferts. Cette opération demande du papier mince, comme du papier à lettre ou du papier fin de manille. En le pliant de la sorte on gâte, bien entendu, l'apparence de la feuille.

Pour transférer ensuite le dessin dans le cahier, on y fait d’abord avec soin le cadre géométrique destiné à recevoir le dessin ; puis on applique le papier sur ce cadre, on l'y tient solidement, puis on frotte uniformément jusqu’à ce que le tout soit transféré en légères lignes d’esquisse. On finit ensuite avec soin.

Une autre méthode de répétition mécanique consiste à faire usage du papier à décalquer. Supposons que la forme à remplir est un pentagone et l'élément à répéter celui de a.

D'abord, construisez le pentagone et divisez-le en dix parties égales en tirant une ligne du sommet de chaque angle au centre du côté opposé. Puis dessinez un dixième de la rosace, sur lequel vous placez un morceau de papier transparent, soit du papier à lettres mince, soit du

papier à décalquer, tel qu'on l’achète dans les magasins. Avec un crayon mou, tracez le dessin sur le papier, tel que vous le voyez à travers, et aussi les lignes du triangle qui l’enferme. Puis, retournez-le et transférez ce dessin à l’autre côté de la ligne centrale en frottant, de manière à obtenir un trait léger que vous pourrez ensuite finir, comme on le voit à a Tracez l’élément complet, et frottez-le ainsi quatre fois autour du centre du pentagone.

Si l’on ne réussit pas bien en frottant, on pourra passer un crayon dur sur l’envers du papier transparent en suivant chaque ligne avec soin, et la pression du crayon reproduira le dessin sur le cahier aussi exactement que tracé.

En répétant ainsi, il peut se faire qu’il y ait des inexactitudes par suite du dérangement du papier ou parce que les formes géométriques n’ont pas été rigoureusement exactes.

Lorsque le transfert est complété, on peut corriger à main levée ces sortes d’inexactitudes ou d'accidents ; mais si le transfert est très-défectueux, on devra l'effacer et recommencer l’opération avec plus de soin. Puis, on finira le dessin avec un crayon bien affilé, en tâchant de faire les lignes nettes, assurées, et sans variations d'épaisseur ou de teinte.

Le maître qui n’a pas l’expérience des procédés qu’on vient de décrire peut demander à un dessinateur quelconque de lui montrer la manière d’opérer. La chose est simple et facile à accomplir, lorsqu'on l’a vue une fois, bien que la description écrite paraisse en faire un travail compliqué.

Il yaune autre méthode de répétition d’un usage général lorsqu'on travaille avec la couleur ; c’est ce qu’on appelle piquer et poudrer.

Les dessins destinés aux tapis, aux papiers à tapisser, aux cotonnades, et exécutés en couleur à l’eau (couleur en poudre mêlée d’eau et de gomme, ou de colle de poisson, pour rendre la couleur collante), sont appliqués d'ordinaire sur un fonds colorié ; lorsque le dessin a été fait exactement sur du papier mince, on pique, à intervalles d'environ un 32° de pouce, chaque ligre du contour, de manière à former une ligne de petits trous qui ressemble aux lignes ponctuées des illustrations de ce manuel. Puis, on place le papier sur le fond colorié, et on le frotte avec un tampon chargé de couleur en poudre fire, telle que blanc de plomb ou plombagine, ou toute autre poudre d’une couleur différente de celle du fond. Chaque petit trou laisse la poudre pénétrer jusqu'au fond colorié, et ainsi le dessin paraît reproduit sur le fond, lorsqu'on enlève le papier perforé. C’est le moyen de beaucoup le plus court de multiplier un patron, mais qui convient plus à la salle de dessin d’une usine qu'à une salle d’école, à cause de la grande quantité de matériel qu’il exige.

Les dessinateurs, en exécutant une forme symétrique, font souvent usage d’un petit morceau de miroir de forme rectangulaire qui, lorsqu'un de ses bords est placé sur la ligne centrale et que le verre lui-même est tenu à angle droit avec le papier, répète le patron sur le côté opposé de la ligne précisément tel qu’il paraîtrait s’il était dessiné, et ainsi permet au dessinateur de voir l’effet de son travail sans avoir la reire de l’exécuter. Un morceau de miroir d’environ quatre pouces

sur trois serait assez grand pour l'écolier, et il exempte de beaucoup de labeur, en permettant de corriger les fautes d’un dessin, sans en exécuter toutes les parties.

Pour peu que le maître comprenne la valeur de; plu: simple; exercices de deisin, et lui sera facile d'y intéresser les enfants. Or, il faut distinguer, et distinguer bien clairement, les avantage; du dessin à main levée de ceux du dessin original. Le premier et un exercice de composition et d'exécution manuelle. Le second est l'application industrielle du preinier ; et on ne doit pas confondre les règles de pratique reratives à l’un et à l’autre.

Dans le dessin à main levée sur modéles, on ne doit pas régler les lignes droites, ni avoir recours au décalque ou au transfert ; car son objet est l'éducation de l'œil et de la main, objet que l'on ne peut atteindre sans beaucoup pratiquer le de;sin sur modèles. Dans un cas, il faut que l'élève se convainque qu'il doit compter sur lui-même, sur sa sûreté de vue et de main, sur son esprit d'appréciation et son habileté d'exécution. Dans l’autre, il applique son talent et ses connaissances à l’arrangement de son dessir, qu'il doit travailler en ouvrier, comme s’il était déja dans une usine, Souvenez-vous donc qu'en exécutant un ex:2rcice de dessin à main levée, il est mal de recourir &?x instruments, puisque l’objet est de former l'œil et la main et d'exercer le goût, mais que, dans la pratique du dessin, c'est-à-dire lorsqu'on fait œuvre d'ouvrier, il est juste de profiter des instruments ; car alors l'exactitude parfaite est de rigueur.

Après avoir ainsi décrit les procédés par lesquels on peut pratiquer le dessin dans l'école, on donne ici un

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, exemple de la var.é'é qui résulte simplement de la répétition d'un élément quelconque dans tn cadre géométrique,

Ces dessii.s démontrent au maître l'influence de la répétition d'un même élément dans diverses figures géométriques. L’élément est un trèfle ou la feuille à trois pointes qu'on voit à 7, On | le répète dans 1° un triang'e équi'atérai, 2° un carré, 3° un pen tagone, 4° un hexagone, $° un cercle, 6° dans des carrés, comme moulure horizontale, 7° dans des carrés, comme moulure verticale, On conserve dans chaque cas le caractère de l'élément, bien

qu'on en change les proportions de la largeur à ‘a longueur,

Ces sortes d’exercices constituent une excellente préparation à la composition, s'ils sont donnés au tableau noir. Commencez par faire dessiner par la classe tout entière le sujet ou élément de répétition a. Puis, divisez les élèves en quatre groupes, ie premier groupe pour dessiner un triangle; le deuxième un carré ; le troisième un pentagone, et le quatrième un hexagone. Ces figures seront les formes dans lesquelles on inscrira l'élément.

Voici comment on exécute ces rosaces. Après avoir complété les figures qui leur serviront de cadre, marquez le centre de chacune par un point, ainsi que les centres de chaque côté de la figure. Puis, décrivez de simples courbes des côtés aux centres, tel que dans les petites figures, 1, 2, 3, 4, 5, et ajoutez les feuilles à pointes, ou extrémités des feuilles, dans les angles des figures. La leçon est facile et le maître peut dessiner sur le tableau noir une feuille dans une division de chaque figure, et demander aux élèves de répéter l’élément dans les autres divisions autant de fois que la figure qui l'enferme a de côtés. En remplissant le cercle, par exemple, on décrit la circonférence sur le diamètre vertical et sur le diamètre horizontal, et l'on tire deux autres diamètres qui coupent les angles droits en deux parties égales, ce qui la divisera en huit parties égales. On dessine le sujet ou élément sur chaque demi-diamètre, pris comme ligne centrale,

On peut ajouter une série d'arcs décrits autour des pointes de feuilles et d'ordinaire connus sous le nom de croissants, et renfermer le tout dans un second cercle extérieur

Les moulures verticales et horizontales consistent en carrés continus dans un sens vertical ou horizontal, l'élément étant placé sur les diamètres de chaque carré. Dans le dessin vertical, la moitié de l'élément est placée à côté de la figure centrale, pour mieux remplir l'espace. Lorsque le remplissage est complété, on doit ajouter, pour donner de l'unité au dessin, des lignes parallèles aux côtés des carrés. Lorsque plusieurs éléments de forme différente sont groupés ensemble, comme dans le cas des carrés placés côte à côte, ou l'un au-dessus de l’äutre, il faut unir chaque partie, soit en les circonscrivant, comme dans les polygones, soit par des lignes parallèles, comme on vient de l'indiquer.

On verra par ces différentes applications que l'élément est en réalité une moitié de la feuille à laquelle la symétrie ajoute l’autre moitié. On peut dire que la symétrie est une répétition sur un axe, et qu’une répéütion autour d'un centre est la symétrie sur un grand nombre d'’axes.

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