‹ Manuel de dessin industriel à l'usage des maîtres d'écoles primaires d'après la méthode de Walter Smith. [microforme]Chapitre 8 sur 58 · III. Technologie — Les lecteurs du Manuel seront · texte numérisé non relu

III. Technologie — Les lecteurs du Manuel seront

peut-être portés à croire que nous accordons trop d’es- | pace à la définition des termes techniques et que nous

insistons trop sur l’importance de ce détail. Mais on ne doit pas perdre de vue que l’enseignement a une double fin : donner des connaissances et former l’esprit. Or, quant au premier point, celui des connaissances à acquérir, l’expérience prouve que l'étudiant se rend maître d’un sujet, arithmétique, grammaire, dessin, d'autant plus vite qu’il comprend plus nettement le sens exact des mots employés. Sans cette conception claire des termes, il n’acquiert que des connaissances incertaines, car son esprit ne peut se fixer et reste dans le vague. Quant au second point, celui de la disci-

pline de l'esprit, nous dirons qu’il n’y a guère de plus |. grand malheur pour une jeune intelligence que de | s’habituer à ne comprendre qu’à demi, au lieu de se

former à bien concevoir et à faire d’une manière précise la distinction des idées et des choses ; cette funeste

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habitude pèsera sur toute son existence et paralysera ses études en tout temps.

Tous les termes techniques ne présentent pas les mêmes difficultés. Par exemple, les termes de grammaire ont rarement ou n’ont jamais un sens absolu ; ils souffrent dans l’application de nombreuses exceptions ; il est d’ailleurs impossible de les expliquer aux yeux par des exemples, et comme, par conséquent, ils ne sortent pas du domaine de l’abstraction, il est toujours très-difficile à de jeunes esprits de les comprendre et de les expliquer. C’est tout le contraire pour la technologie du dessin : elle offre un sens précis, tranché ; on peut toujours en donner la définition par voie d'illustrations graphiques ; aussi est-elle à la portée même des plus jeunes enfants.

Tout dépend des explications et de la manière de les donner. Si le maître se contente de faire apprendre par cœur les définitions et de les faire réciter ensuite, il arrivera ce qui arrive trop souvent pour la grammaire, la géographie, l’arithmétique, c’est que les enfants ne comprendront peut-être pas du tout les termes dont ils répéteront la définition comme des perroquets. Mais si, au contraire, le maître a soin de faire voir les définitions à ses élèves, ceux-ci compren-

Il dront vraiment, et s’ils comprennent, peu importe } qu'ils sachent répéter mot à mot. L’illustration vaut

bien mieux que l’explication verbale comme moyen

| d’instruire l'enfance : n'oublions pas cette notion

h essentielle,

Du reste, c’est en se servant des mots qu’on en

À apprend la signification ; il ne faut donc pas chercher

un

à s’en passer. Par exemple, ne dites pas de niveau pour horizontal, penché pour oblique, dans la pensée que vos élèves vous comprendront mieux. A force d’être employés, les termes techniques en diront autant à l'esprit de l’enfant que les termes vulgaires, et ils ont sur ceux-ci l'avantage de signifier clairement une seule chose. Exigez en tout temps de vos élèves l’emploi du mot propre.

Mais on fait deux objections. D'abord, on dit que les termes techniques sont trop difficiles à comprendre. C’est une erreur. La longueur des mots ne fait rien à la chose. Expliquez le mot cérconférence, que vous pouvez, en quelque sorte, faire voir sur le tableau ; puis essayez d'expliquer le mot verbe, qui est une abstraction, et vous saurez ce que vaut cette objection. Ensuite, on prétend que ces termes sont inusités et qu’ils sont remplacés par des expressions plus populaires, quoique moins exactes. Eh bien! raison de plus pour les enseigner dans les écoles, afin de les rendre populaires ; leur place a été usurpée, il faut la leur rendre.

Enfin, n'oublions pas que le dessin, au point de vue de la pédagogie, a une portée considérable. Il ne faut pas en considérer l’étude simplement en soi, isolée de toute autre, sans rapport avec le développement intellectuel des élèves. Il faut voir au-delà du jour présent, il faut regarder au lendemain. Le dessin, plus que les autres matières, fournit à l’enfant l’occasion de se façonner l'esprit, en s’habituant à distinguer nettement le sens des mots, et, par suite, à se former des idées claires, précises, chose si importante dans toutes les études. Les termes techniques du dessin ont leur

utilité même en dehors de cette matière spéciale, dans toutes les études, par exemple, qui se rattachent à la géométrie ; mais, ne craignons pas de le répéter, ils tirent leur plus grande valeur des ressources qu’ils fournissent à la pédagogie. Le dessin convient mieux que toute autre étude aux esprits qui ne sont pas encore mûrs, qui sont en voie de croissance et de développement. Les enfants aiment par-dessus tout à voir et à agir, et le dessin, de sa nature, satisfait à cette double curiosité. Au début, il n’exige que peu de chose des facultés de raisonnement, il ne demande aucun enchaînement d'idées ; les termes qui lui sont propres peuvent être expliqués par des illustrations qui parlent aux yeux des enfants, et les figures dont il requiert l'exécution répondent à leur besoin d'agir, de réaliser une œuvre quelconque. Le dessin est ainsi l’enseignement qui se conforme le plus au caractère même des jeunes intelligences.

IV. Aptitudes des élèves ——On doit se tenir en garde contre une faute que l’on est trop souvent porté à commettre en jugeant des capacités de chaque élève. En constatant qu’un enfant n’apprend qu'avec de grandes difficultés une certaine matière, parfois on en conclut, sans en faire l'épreuve, qu’il n’apprendra pas mieux une autre matière. C’est porter un jugement : téméraire. L’échec sur un point n’implique pas un échec inévitable sur tous les points : l’enfant peut trèsbien manifester avec le temps un talent spécial qu’on | ne découvre pas chez lui tout d’abord. D'ailleurs, il se peut que la matière qu’on lui enseigne soit au-dessus de son âge et de sa force présente, et cet obstacle pourrait ne pas exister pour une autre matière.

Par exemple, de ce qu’un enfant, ennuyé par l’étude de formes et de noms arbitraires, qui ne signifient rien pour lui, est lent à apprendre l'alphabet, faut-il en conclure qu'il ne saura point se servir de ses yeux et de ses mains pour apprendre le dessin? De ce que cet enfant, ayant un peu avancé, manifeste encore de l’embarras et reste à peu près confondu devant les termes techniques et les abstractions logiques de la grammaire, dirons-nous qu'il ne saisira pas mieux d’autres définitions, si différentes qu’elles soient de celles de la grammaire? Il se peut que les enfants, à leurs débuts, ne fassent pas des lignes de toute beauté, mais cela ne prouve pas qu’ils ne réussiront dans aucun genre de dessin. Ils pourraient très-bien réussir, par exemple, dans la composition originale, qui ne dépend que fort peu de l’habileté à manier le crayon, et qui n’en est pas moins un genre supérieur à celui du dessinateur simplement adroit.

Le maître se gardera donc de juger trop vite des talents. Il fera même plus: lorsqu'il verra un enfant porté à se rebuter par suite de son peu de succès dans l'exécution proprement dite des figures, il aura soin de relever son courage en lui faisant, s’il le peut convenablement, des éloges de ses petites compositions originales.

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