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II-DES PROCÉDÉS D'EXÉCUTION

Il ne suffit pas, pour parvenir à bien dessiner, de connaître les principes du dessin ; il faut de plus être au fait de certains procédés de travail et d’exécution matérielle que l'expérience a sanctionnés et qui

épargnent à l’étudiant quelques-unes des plus grandes difficultés de l’art.

I. Fournitures—Ce n’est pas, dit le proverbe, l'outil qui fait l’ouvrier. Mais il n’en est pas moins vrai qu’un bon ouvrier travaille mal avec un mauvais outil. Dans le dessin surtout, l’instrument de travail est de première importance.

Pour ce cours intermédiaire, l'élève a besoin de crayons, d’une gomme (caoutchouc) et d’une règle ou d'une petite équerre ordinaire, voilà tout. Mais les crayons et la gomme doivent être de première qualité ; il faut cela pour bien travailler et, d’ailleurs, les bons articles sont toujours, au bout du compte, ceux qui coûtent le moins cher.

Dans l'intervalle des leçons, on ne doit pas laisser les cahiers, les crayons et les gommes entre les mains des écoliers, car ils s’en serviraient pour s’amuser : le maître doit en prendre soin, et les faire distribuer avant chaque leçon. Cette distribution, bien dirigée, ne doit pas prendre plus d’une minute pour une classe de quarante élèves.

Les crayons doivent être parfaitement afflés : quelqu'un pourrait être chargé d’y voir avant les leçons. Les gommes doivent être tenues très-propres ; on enlève une petite couche de leur surface, s’il y a lieu.

IT. Position—On ne saurait donner de règle absolue sur la manière de s'asseoir pour dessiner, de poser la main, de tenir le crayon, de placer le cahier ; on peut compter que l’enfant qui prend intérêt à l'étude du dessin, trouvera la position qui répond le mieux à son

intention de bien faire. Cependant il y a certaines instructions générales que l’on peut suivre et que nous allons donner ici.

Il faut adopter une position qui n’impose aucune contrainte et qui soit conforme aux lois de l’hygiène, On ne doit pas baisser la vue sur le papier plus qu’ilne faut pour bien voir les lignes. Le bras ni les doigts ne doivent être guindés, mais au contraire parfaitement dégagés ; c’est le seul moyen de conduire le crayon sans gêne et de dessiner, si l’on veut, des heures entières sans que les muscles fatiguent. Le crayon se tient à environ un pouce et demi de la pointe ; mais plus les élèves sont petits plus les doigts doivent être rapprochés de la pointe. Pour tirer une ligne horizontale, on tient le crayon comme d’ordinaire une plume en écrivant ; pour les autres lignes, on change la position de manière à les tirer toutes avec aisance. Lorsqu'on finit les lignes, on tient le crayon quasi vertical.

Règle générale, le cahier doit être posé droit en face de l’élève, que ce dernier soit assis vis-à-vis le pupitre ou non, ce qui est pour lui une question de commodité ; c’est cette position du cahier qui permet de mieux voir toutes les lignes. Mais l’essentiel est que l’espace où l’on dessine soit bien en vue, et cela oblige parfois à changer la position de la main et du crayon, ou à tourner le cahier ; ce dernier procédé est le plus lent, il faut l’éviter autant que possible. Lorsque l’on trace une ligne courbe, on doit tenir la main du côté concave, non du côté convexe, et pour cela on tourne le cahier ; c’est un cas exceptionnel où tourner le cahier vaut mieux décidément que changer la position de la

rares |

main. Néanmoins, après un temps raisonnable, si l’élève ne réussit pas avec ce mode du cahier fixe, il faudra lui permettre de le tourner à volonté.

Il va sans dire qu’il est toujours permis de tourner le cahier pour examiner le dessin que l’on exécute, car c’est souvent la meilleure manière d’en découvrir les défauts. C’est en plaçant le dessin droit en face, dans une position verticale et assez loin pour en saisir l’ensemble, que l’on en fait un plus sûr examen.

Les enfants sont quelquefois enclins à tourner la main ou le cahier mal à propos, et il faut leur donner des instructions précises à ce sujet ; mais toutes ces méthodes de travail n’ont rien d’arbitraire. L’expérience sera le meilleur guide en plus d’un cas; l’important est que l’élève travaille à son aise et travaille vite.

III. Du tracé des lignes seion leur longueur — On ne peut pas tirer à son aise de la même manière les lignes longues et les lignes courtes ; pourtant, il est impossible de donner une règle absolue pour chaque longueur de lignes. Voici tout ce que l’on peut recommander : Tirez les lignes les plus courtes par un mouvement des doigts seuls ; puis, selon que leur longueur augmente, par un mouvement du poignet, ou du coude, ou du bras entier, où même du corps, si l’on trace sur le tableau noir une très-longue ligne horizontale. Pour tirer une verticale sur le tableau, on doit se tenir assez loin pour permettre au bras de retomber librement.

Il y a donc cinq mouvements : les doigts, la main, l’avant-bras, le bras, le corps. Il faut les enseigner

| avec soin pour commencer ; puis, peu après, les élèves

feront, même sans y penser, juste le mouvement qu'il faut pour le tracé de chaque ligne.

IV. Lignes d’essai et esquisses—Dans le dessin sur papier, l’élève débutera par le tracé d’une ligne donnée. Il fera cette ligne si légère et si fine qu’on la verra tout juste ; elle sera continue ou non. Si elle est jugée défectueuse, il ne l’efl.cera pas, mais il en tirera une seconde à côté, puis, s’il y a lieu, une troisième, une quatrième. Enfin, lorsqu'il aura réussi à la tracer comme il faut, il la finira en repassant le crayon dessus pour lui donner l'épaisseur voulue et une couleur plus foncée—grise, non pas noire. Alors, et alors seulement, il effacera les autres lignes. Pourtant, lorsqu'il y a plusieurs lignes, il est bon d'effacer, au moins en partie, avant de terminer, celles qui sont incorrectes. De plus, si l’on a fait les lignes d’essai trop foncées, on doit employer largement la gomme, avant de finir, afin de les rendre tout juste visibles, car c’est à cette condition que le dessin peut être fini le plus aisément.

S'il s’agit d’une combinaison de lignes, comme dans tout dessin régulier, on commence par tirer toutes les lignes légères et fines, tout juste visibles ; c’est ce que l’on appelle faire une esquisse. Puis, on repasse le crayon sur toutes les lignes jugées correctes, c’est ce que l’on appelle #”rr, et l’on se sert de la gomme pour effacer les autres et nettoyer le dessin. En pratiquant, les élèves prendront chaque jour moins de temps à faire les esquisses, et bientôt ils exécuteront leurs dessins sans beaucoup effacer.

Parfois, lor: ju’on leur donne cette permission d’effacer, les élèves dessinent avec si peu d’attention qu’ils

perdent à cette opération une bonne partie de leur temps, et toute la classe s’en trouve retardée. Aussi, certains professeurs refusent-ils cette permission ; ils aiment mieux faire finir l’esquisse telle quelle, ou en faire exécuter une seconde. Il peut être bon, à l’égard de quelques élèves, d’adopter cette méthode pendant un certain temps, pour leur apprendre à travailler d’une façon plus réfléchie.

Dans tous les cas, lorsqu'on permet d’effacer, on doit voir à ce que les gommes soient toujours nettes et taillées droit, et à ce que les élèves ne les tiennent pas dans la main en dessinant, ce qui les humecterait plus ou moins, et le dessin en serait sali.

V. Délicatesse de touche et fermeté des lignes — A ses débuts sur le papier, une des premières choses que l’élève doit chercher à acquérir, c’est la délicatesse de touche. Lorsqu'on n’a pas d’expérience, on est exposé à dessiner beaucoup trop pesamment, et alors, si les lignes tracées sont incorrectes, on perd du temps à les effacer et l’on gâte l’apparence du cahier, sans compter que souvent on a cassé la pointe du crayon. Sur l’ardoise, cela souffre moins d’inconvénients, car il est facile d’effacer les lignes vitement.

Mais il faut bien s'entendre sur ce qu’on appelle délicatesse de touche. On ne ne veut pas dire qu’il

| faille cette touche pour produire des lignes délicates

en finissant un dessin, mais plutôt qu’elle est néces-

4 saire dans le tracé des premières lignes qui constituent

L | l'esquisse et qui doivent être à peine visibles. Lors- } qu’on finit un dessin, les lignes doivent être fermes, æ non pas faibles, hardies, non pas indécises et timides,

et la condition essentielle pour cela, c’est que l’élève sache bien ce qu’il doit faire et l’exécute avec confiance. Donnez votre leçon en conséquence.

Dans le but de donner aux enfants cette fermeté et cette hardiesse, dans quelques-unes des meilleures écoles, on commence par les faire dessiner au charbon. Mais ce procédé est impossible lorsqu'on enseigne à toute une classe, et d’ailleurs l’usage du crayon est beaucoup plus facile et plus profitable. Contentezvous de guider vos élèves suivant les règles que nous venons de poser, et de les empêcher de perdre leur temps à la recherche du fin et du délicat, lorsqu'ils finissent un dessin : mieux vaut la fermeté et la hardiesse, même avec un peu de rudesse.

VI. Education de l’œil—L’élève sans expérience est d'ordinaire enclin à tenir l’œil fixé sur la pointe du crayon, comme sur la pointe de la plume en écrivant. Il faut lui apprendre à faire autrement. Pour le dessin à main levée, les règles peuvent se réduire à trois.

1. Lorsqu'il s’agit de tirer une ligne qui doit toucher un point donné, comme c’est généralement le fait, ayez toujours ce point bien en vue, sans quoi vous ne pouvez savoir où vous allez. Imitez l'exemple de l’ouvrier qui ne regarde pas son marteau, mais la tête du clou qu’il veut frapper. Autant que possible, tenez dans le même rayon visuel non-seulement le point que vous voulez toucher, mais tout l’espace que la ligne doit traverser.

2. Lorsqu'il n’y a pas à toucher un point donné, embrassez de l’œii la ligne tout entière, à mesure que vous la tracez. C’est le moyen de prévenir des erreurs, ce qui vaut mieux que d’avoir à les corriger.

Bin *

3. Pour tirer une ligne parallèle à une autre, tenez en vue les deux lignes à la fois. Cela s’apprend par la pratique.

Ces règles ne s'appliquent qu’au premier tracé des lignes d’esquisse ; lorsqu'on finit un dessin, l’œil suit la pointe du crayon.

VII. Mouvement du crayon—La main et l'œil doivent travailler d'ensemble, l’œil dirigeant la main. Il faut que l’œil distingue parfaitement chaque mouvement du crayon: d’où il suit qu’il faut régler la rapidité du crayon sur la capacité de l’œil. De plus, on doit diriger le crayon, du commencement à la fin de la ligne, d’une manière régulière et uniforme, sans hésitation ni secousse.

Donnez à ces dernières instructions une attention

| toute particulière, et observez bien comment chaque

} élève manie son crayon. Ces préceptes sur la manière | de travailler seront enseignés, non pas tout d’un bloc, h mais à mesure que l’occasion se présentera de les appliquer. On les répétera souvent, jusqu’à ce que les

enfants aient appris à les suivre par habitude. Quand

} une fois certaine façon de penser ou d’agir est passée

f en habitude, alors vraiment on en est bien maître, mais M pas avant. Surveillez bien vos élèves à leurs débuts, } et tâchez de les empêcher de prendre aucune mauvaise

: habitude dont ils auront à se défaire plus tard, car N désapprendre est la chose la plus difficile à apprendre,

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