DES MALADIES ORGANIQUES DU CŒUR
De toutes les maladies dont les progrès de la médecine ont, dans ces derniers temps, perfectionné le diagnostic , il en est peu , à mon avis , qui puissent le disputer sous ce rapport aux maladies organiques du centre circulatoire. Telle est du moins la conclusion qui ressort pour moi d'une série d'observations que j'ai recueillies dans les salles de M. le professeur Bouiliaud pendant près de six années consécutives, soit comme simple témoin des succès pratiques de ce professeur, soit surtout,pendanl les deux dernières années,en qualité de chef de clinique. Je dirais, même que le diagnostic de ces affections me paraît offrir aujourd'hui, dans la majorité des cas, un degré de précision presque ma-
thématique, si je ne craignais, par celte assertion anticipée, de me donner, aux yeux de certains de mes lecteurs, une apparence d'exagération. Et, en effet, les dissentiments qui partagent encore la plupart des praticiens, relativement à la théorie des bruits normaux du cœur, ont ce fâcheux résultat , que, pour plusieurs d'entre eux , les bruits morbides de cet organe, auxquels surtout , comme nous le verrons, le diagnostic doit aujourd'hui sa certitude, sont loin d'avoir toute la valeur séméiologique qui leur appartient à si bon droit, et qu'il en est parmi eux pour lesquels il semble que tout soit mystère encore dans cette partie de notre science. L'un d'entre eux , dont je suis loin sans doute de contester le talent d'observation, n'a-t-il pas dit qu'on ne peut expliquer par la théorie de M. Roannet, pas plus que par les autres, tous les bruits anormaux qu'on entend dans le cœur, et arriver ainsi au diagnos' lie spécial de la maladie? (Pathologie gènêralede M. le professeur Chomel, 3e édit., 1841.)
Je vais soumettre cette affirmation au contrôle des faits. Je vais rechercher si la science ne possède pas au contraire des moyens d'exploration à l'aide desquels les lésions du cœur peuvent être non-seulement constatées dans leur ensemble , mais souvent décomposées par
l'observateur jusque dans leurs détails anatomiques, et si le plus fidèle et le plus précis de ces moyens ne serait pas l'auscultation appuyée sur la théorie de M. Roannet, théorie qui, mise ainsi en rapport avec les faits pathologiques, si elle nous les explique tous, en recevra par cela même une éclatante confirmation.
Après cette partie clinique proprement dite, j'aborderai l'étude succincte des moyens d'investigation euxmêmes qui nous auront fourni nos principaux diagnostics ; je noterai leur valeur respective , leur portée séméioîogique, de manière à ce que ceux qui voudront se livrer à leur tour à une étude approfondie des maladies du cœur trouvent dans ce résumé une sorte de précis de diagnostic. Enfin je signalerai l'utilité pratique de ces recherches et je montrerai que, loin d'avoir pour unique résultat la satisfaction stérile d'une vaine curiosité , elles sont susceptibles d'applications thérapeutiques de la plus haute importance.
Au reste, je le répète à dessein , ce sont des recherches cliniques que je prétends livrer à la publicité ; je vais revoir avec mon lecteur une suite de faits que nous interrogerons ensemble , passant graduellement des plus simples aux plus complexes , les analysant tous avec le même soin et empruntant aux uns de quoi
éclairer l'histoire des autres ; et puis, tandis que tous ces faits nous apporteront ainsi tout ce qu'ils peuvent nous donner de documents et de lumières pratiques , tout en recueillant soigneusement les résultats de cet examen, tout en rassemblant ces matériaux épars, ces acquisitions successives, nous ne manquerons pas de constater les déficits que nous pourrons rencontrer; nous verrons ainsi tout à la fois et ce que la science possède et ce qui lui manque encore; et cette sorte d'inventaire, si je puis ainsi m'exprimer, ce rapprochement comparatif de nos richesses et de nos lacunes,aura, je l'espère, cet avantage , de montrer à certains observateurs que nous sommes moins pauvres qu'ils le supposent, et d'indiquer à d'autres ce que pourtant il nous reste encore à acquérir, enfin de n'en appeler que plus hautement le zèle de tous et de diriger plus convenablement les efforts de ceux qui veulent se dévouer au développement de notre art.
Tel est en résumé le but essentiel de ce mémoire.