CHAPITRE YIII THERMOMÉTAIE
Par la thermométrie cliaiqae le médecin recherche l'état de la températare du c<»*p3, et constate ses variations au-dessus ou au-dessous de la température normale; Fétude de la température chez le malade nous renseigne sur l'existence de la fièvre et souvent sur la nature de la maladie qui la produit.
Bien que l'élévation de la température soit accompagnée d'autres symptômes, tels qu'accélération du pouls et de la respiration, de frissons, de modification de la nutrition, des sécrétions, etc.., elle seule cepen- •dant est pathognomonique de la fièvre ; si nous ajoutons que la marche de la température varie suivant les maladies, on comprendra l'importance qui s'attache ^ son étude. «
Modes de rechercha de la température. — On se rsert, pour les recherches cliniques, de thermomètres à mercure dont l'échelle porte un intervalle de 20 degrés centigrades, de 25 à 45 degrés. Cette échelle •doit être graduée de manière que les divisions par •dixième de l'échelle soient facilement lisibles. On em- .ploie de préférence. les thermomètres à mercure, bien -qu'ils mettent un temps plus long à s'échauffer.
Les thermomètres à maxima, bien que d'un maniement plus délicat, sont très commodes dans la pratique, -car ils peuvent être placés dans les mains de gardesjuatàdes et renseignent le médecin surTétat delatem-
pérature à une heure donnée : mais il faut vérifier de temps en temps leur exactitude, et se servir autant que possible du même instrument pour le même malade. Inutile de dire que chaque fois qu'on les emploie il faut, par une secousse, faire descendre la température aux environs de 30 degrés.
Pour étudier les températures locales on se sert de thermomètres à cuvette plate que Ton fixe sur les parties à explorer à Taide d'un peu de coton et d'une bande.
Quand on ne prend qu'une seule température par jour, on peut se rendre compte uniquement de Tétat de fièvre ou d'apyrexie; quand on veut suivre une affection fébrile, il est de toute nécessité de multiplier les explorations thermométriques ; le mieux est de prendre la température entre 7 et 9 heures du matin et entre 4 et 6 heures du soir. Dans les cas graves, Texamen thermométrique peut même être répété plus souvent.
On fixe généralement le thermomètre dans Vaisselle, en rappliquant le plus étroitement possible dans le creux axillaire, et en faisant placer ensuite le bras contre la paroi thoracique. Quand le malade est en sueur, il faut avoir soin d'essuyer la cavité axillaire de manière à éviter toute cause d'erreur. Il suffit en général de laisser le thermomètre en place de six à sept minutes, quand on a eu le soin de bien fermer la cavité axillaire, pendant quelques instants, avant d'y placer le thermomètre ; quand on ne prend pas cette précaution, il faut attendre de dix à quinze minutes pour obtenir la température exacte.
On se sert depuis quelque temps de thermomètres à mazima dits à la minute; ils sont construits avec du verre spécial et remplis d'un amalgame particulier,
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qui se mettent rapidement en équilibre de température. Il suffit de une à deux minutes pour connaître la température cherchée.
Chez les enfants on peut appliquer le thermomètre au pli de Vaine, en fléchissant la cuisse sur Tabdomen.
L'introduction du thermomètre dans le vagin ou le rectum permet d'obtenir en cinq minutes la température centrale du corps (cette température est ordinairement de 2 degrés plus élerée que celle de Taisselle) ; chez les personnes très maigres, où le thermomètre ne peut être maintenu dans Faisselle, il est quelquefois nécessaire d'user de ce procédé pour connaître la température ; chez le vieillard, la température rectale seule est capable souvent de renseigner sur la fièvre, car chez lui la température périphérique s'abaisse fréquemment pendant les maladies pyrétiques, tandis que celle des parties centrales s'élève de plusieurs degrés.
Lorsque, pour une raison quelconque, il est impossible de prendre la température dans le rectum ou le vagin, on peut y suppléer en appliquant le thermomètre dans la bouche, soit au-dessous de la langue, soit entre les gencives et la joue.
Pour inscrire les observations thermométriques on se sert de tableaux spéciaux qui permettent d'enregistrer les variations de la température. On obtient ainsi des courbes auquelles on joint celles du pouls et de la respiration.
A. De la température normale. — La température moyenne de l'homme sain est environ de 37 degrés centigrades.
La température normale présente quelques modifications suivant l'âge, suivant le moment de la journée oi!i
3i PROGËDËS D'INVESTIGATION ET D EXPLORATION. on l'observe, et suivant certaines conditions de la vie. Chez le jeune enfant, la température est de 38 degrès après la naissance; puis elle redescend un peu, mais reste toujours de quelques dixièmes plu s élevés que dans la jeunesse; chez l'adulte elle est ordinairement un peu inférieure à 31 degrés; chez le rieillard elle est un peu supérieure : d'une façon générale, on
peut admettre que la température aiillaire de l'individu sain oscille entre 36",a5 et a?",!;, et la température rectale ou vaginale entre 36<>,8 et 38°.
Il existe des fluctuations de la température variables suivant le moment de la journée ; la température la moins élevée existe de 6 ou S heures du soir jusqu'à 6 heures du matin ; la température la plus basse s'observe après minuit; dans la matinée la température s'élève de quelques dixièmes et atteint un premier maximum entre 9 et 11 heures; elle s'abaisse ensuite pour remonter à nouveau et atteindre un second maximum entre 4 et 6 heures du soir; & partir de ce mo-
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ment la température s'abaisse. En somme, la différence entre le maximum et le minimum peut atteindre de 1 à 2 degrés. Ces fiucluations de la température ne tiennent pas au mouvement et à Talimentatiou : on les observe aussi bien chez les individus au repos, privés de toute alimentation.
Enfin il existe une légère élévation de la température après les repas et après les exercices musculaires violents.
B. Des températures anormales.' — 1° Élévation morbide de la température, fièvre, — L'élévation de la température peut être locale ou générale.
Elle peut rester locale dans un certain nombre de processus morbides, au niveau du siège même de la maladie; ainsi dans la pleurésie, dans la tuberculose pulmonaire, on a signalé des élévations de température du côté malade. Le même fait a été signalé pour la péritonite, pour les membres paralysés.
Mais dans la grande majorité des cas, Télévation de température est généralisée, et elle indique le degré plus ou moins élevé de la fièvre. On peut, d'après les indications de Wunderlich, établir Féchelle suivante :
1° Température normale, 37^,0 à 37^,4;
2» Fièvre très légère, 37S5 à 38;
3« Fièvre proprement dite :
a) Fièvre légère, 38«,0 à 38%4; 6) Fièvre moyenne, 38<>,5 à 39<' le matin, 39s5 le soir.
c) Fièvre vive, 39«,5 le matin, 40»,5 le soir;
d) Fièvre élevée, plus de 39<>,5 le matin et plus de 40^,5 le soir.
Le degré de la fièvre a une importance considé-
Diagnostic, 3* édit. 3
rable. I.a vie nVst compatible qu^avec un certain degré de température, au delà duquel les éléments des tissus subissent des altérations profondes. Ainsi quand la température dépasse 41^,7 et qu'elle se maintient à ce degré, le pronostic peut être considéré comme extrêmement grave. Quand il existe des températures aussi élevées, \\y a hypei't/termie. La vie est cependant possible avec Thyperthermie, quand cette dernière est de très courte durée ; c'est ce qui s'observe fréquemment dans la fièvre intermittente.
Quand on étudie la courbe journalière fournie par la température dans les maladies fébriles, on s'aperçoit qu'elle subit des oscillations comme à l'état normal et qu'elle est généralement plus basse dans la matinée et plus élevée dans la soirée. On désigne ces deux variations sous le nom de rémission matinale et ô^exacerbation vespérale. Parfois cependant, Texacerbation se produit dans la matinée et la rémission le soir ; on désigne ce fait sous le nom de type inverse ; on le rencontre parfois dans la tuberculose pulmonaire. Enfin, et c'est là un fait important à noter, il est des cas dans lesquels Texacerbation se produit à midi ou à minuit, de sorte qu'en ne prenant que les deux températures habituelles du matin et du soir on peut croire que le malade n'a qu'une fièvre légère.
On désigne sous le nom de température minima le degré le moins élevé de la température dans les vingtquatre heures, et de température maxima celle qui correspond au point le plus élevé de l'exacerbation fébrile. La différence qui existe entre ces 4eux températures extrêmes constitue le type- fébrile» On distingue généralement quatre types fébriles : 1® lô îype
THEHHOHÉTRIE. 3!>
conlinu ; S* le type réroiltent ; 3° le type ialerinillent ; 4* le type récurrent.
i" Fiêore continue. — On dit qa'il y a fUvre continue quand la difTérence entre la température minima et la température mazima ne dépasse pas un det;ré uentigrade et que le thermoib&tre marque' an moins 39',Q C. Qnelrjui'-. luleurs distint-'UMil un*^ fièvre continua [ntiircment dite et \uf lii'u»
sttbcontinue; il;in^ cvUf dernière la iliiïrTi.'in.'i' entrelateinp>'[MlLiivmi.
nimaetla leni].i-i,ili]iv maxima peu! iill'i {u--qu'à un degrr-.
2" Type TémiiicLt. — Un dit qu'il y a fiàere rimtKenfe quand les dilTérences de température journalière oscillent en- Ire 1 et 3 degrés. On a désigné également sous le nom de fUvre hectique une variété de lièvre rémittente dans laquelle la température est extrêmement élevée pendant le stade d'exacerbation, tandis qu'elle peut être inférieure même à la normale pendant le stade de rémission. On observe ce type particulier dans les fièvres de suppuration, dans la septicémie, dans la pyohémie et même dans certains stades de la fièvre typbqlde.
3° Dans la ftiii-e intermittente il exiçte des ?çcè» fébriles qui durent généralement plusieurs heures
:t6 PBOCEUES D'INVESTIGATION ET D'EXPLORATION, Dans l'intervalle de ces accès il y a une apyrexie complèle. Uuand l'accès se reproduit lous les jours, on
ilit que la lièvre est quotidie
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; quand il se produit ?, ou dit qu'elle est : cnlin quand ^produit toutes soijiante-douïe s, elle est dite
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dési-
,decinq h sept de durée, à la-
e de durée à
es égale; puis eut un nouvel de fièvre continue, de cinq & sept jours de durée ëgalement, qui se termine encore brusqucnient comme le premier. Des accès semblables peuvent ainsi se répéter à plusieurs reprises, et ils vont gênëralemcnt en s'afraiblissanl.
Différents stades dans la marche de la température. — On distini^ue dans la marche de la lempéralure, au cours d'un état fébrile, plusieurs stades, qui, i! faut l'avouer, ne sont pas toujours très distincts :
1* Le slade initial, péiiode d'invasion, de développement de la fièvre.
Dans ce stade, la température peut s'élever de deux
V façons ■ dire in
TltEHMOMIi:TIII&.
bien elle croît par gradation et pour ainsi liblement au-dessus de la normale pendant plusieurs heures ou plusieurs jours, jusqu'au moment il elle atteint le degré aux environs duquel elle va se maintenir; ou bien son élévation s'accompagne d'un ensfmble de symptômes particuliers qu'on appelle le Frisson ; le frisson peut être unique ou répété ; en tout cas la température s'élève dès le début du Trisson et atteint son maximum k la lin de l'accès, même dans les cas où les extrémités, c'est-à-dire le nez, les joues, les oreilles, le front, semblent froides ; du reste la dorée du frisson est variable ; elle peut aller da quelques mi- ' nutes à plusieurs heures. (Jn frisson unique et violent s'ob-
serre en général au débul d'une pneumonie, d'une septicémie, d'un eTanthème aigu (variole, scarlatine, typhus exanthématique); un frisson irrégnlier, plusieurs fois répété, s'observe dans la (lèvre intermittenle, dans le typhus récurrent, dans la pyc-
3" lApm-iode d'acmé, de fasligium, pendant laquelle la température atteint le développement qu'elle conservera pendant la durée de la lièvre.
Cette période peut durer plusieurs heures comnia dans la pneumonie, plusieurs semaines, comme dans a fièvre typhoïde.
38 PROCÉDÉS D1NVE8TIGATI0N ET D'EXPLORATION.
3° L&^tade de défervescence, période pendant laquelle la température décroit.
Quand la décroissance est rapide et s'elTectue entre douze et trente-siï heures, on désigne ce mode sous
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liabituellede la pneumonie; la crise est l'ensemble des symptômes qui accompagnent cette dérervesoence -, quand la défervescence se fait graduellement en plusieurs Jours, 011 dit qu'elle se fait en lysis; telle est ordinairement la défervescence dans le typhus ahdo-
4" l,a pé-io<te (le convalescence.
Quand la fièvre est tombée, le malade entre en con-
TUERHOMâTRlE.
valescence, et dans ce cas la température s'abaisse fréquemment au-dessous de la normale. Cependant on ■observe fréquemment dans le cours de la convalescence des élévations passagères de la température dues à dilTéreutes causes (phénomÉ"""" —'•■"'■:'■■■"- "i;-"')nlalion, mouvements hors du lit, etc.). 11 peut se produire dans ces conditions des frissons de convalescence, des récidives ou des rechutes, et l'on ne saurait trop insister pour que la température soit prise avec soin dans cette période de la maladie.
5° Le tladepriagomque 4]ui précède la mort.
Dans ce stade la tem- t ne.
pérature subit, dans certains cas, une élévation consik.. ^. ,. -^ typhus abdominal, le typhus pétéchial, la scarlatine, la variole, la rougeole, la pyohémie, la pneumonie, l'endocardite, le rhumatisme articulaire aigu, l'érysipèle, le tétanos, par exemple quand il y a eu hyperpyrexie pendant le slade agonîqne, la température s'élève parfois Jusqu'à 44° passés après la mort.
Distinction dei étala fèbrilei iniTant leur dnréo. — On divise g<^néralement les maladies fébriles, d'après leur durée, eu fièvre aiguë, subaiguë et chronique: quand une alTection fébrile ne dure pas plus de quinze jours, on dit qu'elle est aiguë; quand elle se prolonge
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pendant six semaines, elle est subaiguë : quand sa durée est encore plus considérable, on dit qu*elle est chronique. Enfln Ton désigne sous le nom de fièwe éphémère des accès souvent intenses, mais de courte durée, qui peuvent se rattacher à des causes diverses ; on les observe fréquemment chez les enfanls.
Distinction des états fébriles suivant leur cause. — Les maladies où existe un état fébrile peuvent être distinguées en deux groupes, suivant que la marche de la température est caractéristique de la maladie ou ne Test pas.
On appelle fièw^es typiques, celles où la température suit une marche à peu près fixe : tels sont le typhus abdominal, le typhus pétéchial, la fièvre récurrente, la rougeole, la scarlatine, la variole, la pneumonie fibrineuse.
On désigne sous le nom de fièvres atypiques celles dans lesquelles la température suit une marche irrégulière, comme la diphthérie,rendocardite, la dysenterie, la pyohémie, la septicémie, Térysipèle, le rhumatisme articulaire aigu, la méningite, la pleurésie, la tuberculose pulmonaire.
De la température hyponormale. — La température hyponormale commence à 36<',25 ; la plus basse qui ait été observée est de 22 degrés.
La température hyponormale peut être passagère ou persister pour ainsi dire chroniquement.
Ce n^est guère que dans Tétat d^inanition, les troubles profonds de la nutrition, les maladies chroniques du cœur ou des poumons ou les formes dépressives de Taliénation mentale, qu'on la voit persister pendant plusieurs semaines.
EXPLORATION PAR LA PONCTION. 4i
Les températures hyponormales passagères peuvent s'observer à la suite d*une hémorrhagie abondante, ou pendant les maladies aiguës, lorsqu'il existe un état de collapsus caractérisé par une accélération du pouls, la pâleur de la face, Tanéantissement des forces ; on peut les observer aussi au moment de l'agonie, ou bien au contraire au moment de la période critique qui précède la guérison.
L'abaissement local de la température périphérique s'observe dans les membres atteints d'une ancienne paralysie, dans le cas de thrombose veineuse, d'embolie, de thrombose artérielle ou de gangrène.