III. Affections chroniques de la moelle
Atazie locomotrice progressive, tabès dorsal (myélite des cordons postérieurs). — Le tabès dorsal préseate dans son évolution trois stades marqués par des symptômes qui ne sont pas toujours constant :
1»' Stade. — Douleurs lancinantes j fulgurantes; engourdissement dans les extrémités, douleurs en ceinture. Disparition du réflexe rotuUen (signe de Westphal); fixité réflexe de la pupille, qui ne réagit plus à la lumière, mais réagit à Taccommodation (signe d'Argyll Robertson) ; diplopie et parésie des muscles oculaires; diminution de Tacuilé visuelle; analgésie partielle; troubles de la miction, crises gastriques, yésicales ou rectales. Durée de ce stade, 1-20 ans.
2® Stade, — Incoordination dans . les mouvements (ataxie des membres inférieurs, puis des membres supérieurs), avec conservation de la force musculaire ; vacillement du corps à Tocclusion des yeux (signe de Rombêrg). Recrudescence des troubles de la sensibilité (^^satiens de duvet à la plante des pieds.
sensation d'elTondrement) ; zones d'anesthésie, d'byperesthésie, de polyesthésie ; retard de la perception sensitive. Troubles de la miction, de la défécation. Arthropathies, troubles trophiques.
Durée de ce stade : plusieurs années.
d"* S^e. — Aggravation des symptômes des stades précédents; paralysie des membres inférieurs; sym* ptôroes vésaniques; complications viscérales (cystite, phthisie, etc.), marasme.
Atazie héréditaire de Friedreich. — Affection familiale et ordinairement héréditaire, assez rare, à début dans le jeune âge (10-20 ans).
Symptômes principaux : absence de douleurs, ataxie dans les membres, disparition des réflexes tendineux ; sensibilité intacte. Troubles de la parole, scansion des mots, nystagmus. Paralysies, contractures, atrophies musculaires terminales. Durée fort longue.
A côté du tabès dorsal il faut placer une affection nerveuse qui peut être confondue avec lui, et dont il doit ôtre distingué ; c'est la
Pol3rnévrite chronique multiple (alcoolisme, saturnisme, diabète, etc.).— Début par douleurs lancinantes dans les membres, surtout les membres inférieurs; plus tard (quelques années quelquefois), parésie des membres inférieurs avec ataxie et incoordination des mouvements (pseudo-tabès, nervo-tabès) ; atrophie fréquente des muscles de la jambe surtout des péroniers, avec réaclion électrique de dégénérescence ; abolition du réflexe rotulien ; anesthésie plus ou moins accentuée; état stalionnaire ou marche progressive et établissement d'une paralysie irrémédiable.
L'atrophie, la paralysie, ou Tincoordination peuvent,
suivant les cas : tenir le premier rang, lorsque Fincoordination domine, le diagnostic avec le tabès dorsal se fait par Fabsence des signes pupillaires (signe de Robertson), l'absence de troubles urinaires, de douleurs en ceinture, l'existence d*a(rophies musculaires précoces et localisées à certains groupes de muscles avec réaction de dégénérescence, et quelquefois par une démarche spéciale (steppage).
Myélite chronique diffuse. — Les symptômes des myélites chroniques présentent les combinaisons les plus variées, suivant le siège et l'étendue de la lésion.
Début lent et progressif, ou apparition assez rapide des symptômes; évolution chronique; quelquefois marche envahissante des symptômes à forme ascendante ou descendante ; durée de plusieurs années, mort par complications (eschares, cystite), ou par marasme.
Myélite transverse cervicale. — Paralysie des membres supérieurs avec ou sans troubles de motilité dans les membres inférieurs ; quelquefois, exagération des réflexes tendineux, symptômes spastiques (contracture, tremblements); troubles de la sensibilité (douleurs, analgésie ou hyperesthésie) ; troubles de la vessie et du rectum ; troubles trophiques de la peau ou des muscles, pâleur ou congestion de la face, troubles pupillaires (lésions du centre cilio-spinal).
Myélite transverse dorso-lombaire. — Extrémités supérieures libres. Paraplégie des membres inférieurs, avec ou sans phénomènes spastiques et exagération des réflexes ; troubles de la sensibilité dans les membres inférieurs; troubles de la vessie et du rectum; troubles trophiques de la peau ou des muscles.
Myélite chronique transverse hémilatérale (dorso-
lombaire ou cervicale). — Du côté de la lésion : paralysie des membres avec ou sans phénomènes spasliques, sensibilité intacte, zone d'anesthésie dans la partie du corps correspondant au niveau de la lésion médullaire, quelquefois zone d'hyperesthésie au-dessus de la zone d'anestbésie. Du côté opposé à la lésion : intégrité du mouvement, anesthésie avec zone d'hyperesthésie au niveau de la lésion.
Sclérese cérébro-spinale à foyers disséminés (Sclérose en plaques). — (Voy. plus haut le résumé des symptômes dans les maladies à tremblements.)
Tabès dorsal spasmodique, paralysie spinale spastiqne (Myélile primitive ou prédominante des cordons latéraux). — Parésie des membres inférieurs; contractions spasmodiques spontanées; à chaque tentative faile pour mouvoir la jambe, raideur et coniraclure musculaire; exagération considérable des réflexes tendineux; production de tonisme musculaire par la percussion des tendons : marche spéciale, soudée, à petits pas, les pieds semblant collés au sol; tendance à marcher sur la pointe des pieds (marche spastico-parélique).
Ces symptômes spastico-paré tiques peuvent exister seuls (sclérose des cordons latéraux), ou être dominants et s'accompagner de troubles de sensibilité ou d'atrophies musculaires dans les membres inférieurs (myélite diffuse transverse dorso-lombaire à forme spastique), ou de symptômes céphaliques, tels que nystagmus, tremblements de la parole, vertiges (forme fruste de sclérose en plaques).
Ces symptômes du tabès spasmodique ne peuvent être confondus avec la forme fruste de la paralysie agitante (Voy. plus haut).
Sclérose latérale amyotrophiqae. — Début par affaiblissement et amaigrissement de Tun des bras ou des deux bras ; quelque temps après, troubles dans les membres inférieurs.
Symptômes constitués : atrophie et parésîe des muscles thénar et hypothénar, des interosseux, des muscles de la face postérieure de Tavanl-bras, du triceps et du deltoïde, avec intégrité relative des autres muscles, au moins au début; conservation de la contractilité électrique; plus tard, contracture dans les bras et les mains. Aux extrémités inférieures, parésie et raideur dans les muscles; apparition de phénomènes spastiques (marche parético-spaslique), exagération des réflexes tendineux, atrophie des muscles, sensibilité intacte; pas de troubles urinaires.
Phénomènes bulbaires terminaux; syndrome de la paralysie labio-glosso-laryngée (Voy. pi. haut), et phénomènes dyspnéiques.
Syringomyélie (hydromyélie, myélite cavi taire périépendymaire, cavités gliomateuses de la moelle). — Scoliose vertébrale, atrophie musculaire du type Aran- Duchenne, intégrité de la sensibilité du tact, thermoanesthésie, analgésie (dissociation de la sensibilité) ; troubles trophiques de ta peau, des doigts, etc. ; troubles vaso-moteurs. La syringomyèlie est difficile quelquefois à distinguer de la maladie de Morvan (panaris analgésiques, avec atrophies musculaires et troubles de la sensibilité) et de la lèpre aneslhésique ; dans rhystérie, on peut observer quelquefois la dissociation syringomyélique de la sensibilité.
Compression lente de la moelle (tumeurs, affections vertébrales, méningite chronique, etc.). ~ Au début.
an niveau de la compression, sensations douloureuses irradiées, fourmillements, sensations anormales dans les membres; faiblesse et raideur dans les membres au-dessous de la lésion, paralysie progressive, exagération des réflexes tendineux, quelquefois phénomènes spasliques, secousses, tremblements épileptoîdes, rétractions; diminution ou abolition de la sensibilité; troubles vésicaux et rectaux ; troubles trophiques (herpès, altération des ongles, de Tépiderme, atrophie des muscles).
Les symptômes de compression sont souvent unilatéraux. L^étiologie seule, avec les symptômes douloureux du début, permet, au point de vue symptomatique, de distinguer la compression de la moelle dorso-lombaire de la myélite transverse primitive. La compression de la moelle cervicale offre une physionomie un peu spéciale.
GompresBlon de la moelle cervioale (en particulier dans la pachyméningite hypertrophique). — Début par douleurs à la nuque et aux bras ; puis paresthésie €t engourdissement dans les bras; paralysie atrophique affectant de préférence la sphère du nerf cubital et du nerf médian (main en griffe), anesthésie dans les membres supérieurs; finalement paralysie spastique des membres inférieurs, sans atrophie musculaire, plus tard anesthésie et troubles vésicaux.
Les phénomènes douloureux et Tétiologie distinguent la compression de la moelle cervicale de la sclérose latérale amyotrophique.
H. — Étals morbides chroniques caractérisé» par des symptômes nerveux multiples, variables ou mobiles, pouvant être rapportésà des troubles dynamiques de toutes les sphères du système nerveux.
Hystérie. — Elle est caractérisée cliniquement par des manifestations de divers ordres, éminemment mobiles et variables.
i^ Phénomènes psychiques, — Mobilité du caractère, des sentiments affectifs, état moral mal équilibré (irritabilité, entêtement, simulation, exaltation, etc.). 2° Troubles moteurs.
Convulsions généralisées. — Grises de mouvementsconvuisifs gesticulatoires (Voyez pi. haut), ou crises de convulsions toniques, courtes, avec spasmes de la glotte et des muscles respiratoires. Mouvements spasmodiques passionnels, — Rireconvulsif, pleurs convulsifs, toux convulsive, crisconvulsifs, spasme de la glotte, hoquet, spasmedePœsophage (boule hystérique), etc.
Contractures partielles souvent opiniâtres, — .Cou,
nuque, bras ou jambe (coxalgie hystérique). Paralysies, — Ordinairement à formes ,paraplégiques, uni ou bilatérales, quelquefois à formehémiplégique ; paralysie des cordes vocales^ (aphonie).
3<* Troubles de la sensibilité. — Diminution partielleou généralisée de la sensibilité à la douleur ou de la sensibilité sous toutes ses formes, quelquefois sousforme d'hémi-anesthésie sensitive et sensorielle (am-
biyopie unilatérale, ou achromatopsie). Hyperesthésie, douleurs de toute nature : névralgies, arlhralgies, douleurs spinales, crâniennes, ovariennes, thoraciques, etc.
4« Symptômes fournis par d'autres organes. — Palpitations, dyspepsie, météorisme, ischurie ou polyurie, etc.
Le diagnostic de Thystérie se fonde sur Tapparition successive ou simultanée de manifestations nerveuses de divers ordres, et sur Tétude de chaque symptôme qui, pris en particulier, ne peut, en général, être rapporté à aucune affection déterminée du système nerveux.
Névrasthénie. — Sensation d'obnubilalion intellectuelle, de constriction cérébrale, inaptitude au travail; dépression morale, mélancolie, hypochondrie, état vertigineux; affaiblissement physique prononcé, paresthésies variées (fourmillement, engourdissement, etc.), sensations subjectives multiples, rhachialgie, douleur à la pression des apophyses épineuses; troubles vaso-moteurs (lividité, froid des mains, raie méningitique), palpitations, dyspepsie nerveuse, quelquefois troubles sexuels (impuissance).
Suivant la prépondérance des symptômes on peut diagkiosliquer des formes générale, cérébrale, spinale, sympathique ou locale de la neurasthénie.
Marche chronique, durée longue.
Le diagnostic de la neurasthénie se pose surtout par Texclusion de toute affection cérébrale (néoplasme, paralysie générale) ou spinale (tabès) au début, par la multiplicité des symptômes subjectifs, par Tétat stationnaire ou l'amélioration des manifestations morbides.