CHAPITRE X EXAMEN DU SANG
Le sang, histologiquement parlant, peut être considéré comme un tissu doué de propriétés physiologiques spéciales; il a ses maladies propres, que l'on peut ranger à côté des autres maladies spéciales de l'organisme. Mais le liquide sanguin, en raison de sa diffusion et de ses hautes fonctions, est capable de subir le contre-coup de toutes les maladies locales ou générales qui peuvent atteindre l'organisme, et ses altérations sont sujettes à varier suivant les différents étals morbides : à ce titre l'exploration du sang peut être un moyen d'arriver au diagnostic, et elle peut être placée à côté des principaux moyens d'exploration usités en clinique.
L'examen clinique du sang doit porter sur les globules et le plasma : il a pour but de renseigner sur le chiffre et les modifications des globules, sur la richesse
du sang en hémoglobine, sur le processus de coagulation, sur la composition du sérum, sur les éléments anormaux que peut contenir le liquide sanguin; il se fait par différents procédés dont nous exposerons les plus pratiques.
Le sang destiné à être étudié peut être obtenu de deux façons : ou bien il provient d'hémorragies qui se sont faites à l'extérieur, ou bien le médecin le recueille en faisant à la pulpe du doigt une petite piqûre avec une aiguille acérée ou un vaccinostyle, après avoir comprimé un instant le doigt au-dessus du point qu'il va piquer.
Disons tout d'abord qu'aucun moyen clinique ne nous permet d'apprécier les variations de la masse totale du sang; du reste nous savons que cette masse, qui à l'état normal représente le treizième du poids du corps, ne subit de variations appréciables que dans un nombre de cas très restreint, après les hémorragies abondantes, dans le choléra asiatique ouïes diarrhées rebelles.
Numération des éléments du sang. Hématimétrie. — 1° Numération des hématies. — Les modifications dans le nombre des globules ne peuvent se reconnaître que par leur numération ; cette numération se fait par des. procédés spéciaux dont nous allons énumérer les plus importants.
Procédé de M, Malassez, — On commence par diluer le sang ; pour cela, on peut employer le liquide suivant recommandé par M. Hayem :
Eau distillée 200 grammes.
Chlorure de sodium 1 gramme.
Sulfate de soude 5 grammes.
Bichlorure de mercure 50 centigrammes.
On mélange le sang à ce sérum artificiel à l'aide du mélangeur de Fotain, tube capillaire fin, présentant sur son trajet une dilatation ampullaire dans laquelle se trouve une petite boule en verre (fig. 16).
EXAMEN nu SANG.
La longue portion du tube est cil- Ubrée de maniëre à repri'senter la centième portion de la partie reollée. Va Irait, placS de chaque cdté du renflement, indique d'une façon précise le niveau aucpiel ces proportions se trouvent être exactes. Un autre trait, placé sur la. longue portion, se divise en deux parties d'égale capacité.
Pour faire un mélange au centième, ou plonge la pointe de la longue portion dans le sang à examiner, et on aspire doucement parle tube en caoutchouc annexé k la courte portion, de façou à (aire monter le sang jusqu'au niveau du trait qui sépare i^ longue portion de la dllala- Wso- ampullaire; ou essuie en- Kdte la pointe de l'instrument, nt, la plongeant dans le sérum, on aspire de nouveau par le tube en caoutchouc jusqu'à ce que le sang et le sérum remplissent la 'Uatation et arrivent au niveau Irait supérieur. On agile ■'appareil pour obtenir mélange homogène. Puis on ÈouRle par le tube en caoutchouc et on examine le liquide obtenu.
L'appareil de H. Ualassez est complété par un petit tube en verre {capillaire artificiel) destiné à permettre d'esaminer le mélange (fig. 17). Ce capillaire est composé d'une bande de verre, " ;ée sur une glace porte-objet, et i
sang ^K4UatE
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46 PROCËDÉS Û'II^VESTIGATION ET D'EXPLORATION.
de sa face supérieure, se trouve un canal aplati, dont une extrémité est libre, et doaU'autre, relevée en tube, communique avec ua fia tube en caoutchouc. Ce capillaire a été calibré et cubé ; dea chiffres gravés indiquent les longueurset les capacités correspondantes. En déposant une gouttelette du mélange à examiner sur la lame porte-objet, conlre l'extrémité libre du capillaire, elle pénètre par capillarité. On examine ensuite arec un oculaire micrométrique ; on compte le nombre de
globules qui se trouvent dans une longueur donnée (fig. 18). Le nombre ainsi obtenu est multiplié : f par le chiffre qui se trouve en regard de la longueur dans laquelle les globules auront été comptés ; 3° par le litre du mélange. Le produit donne le nombre de globules par millimétré cube de sang.
Procédé de M. Hayem. — II est plus simple et permet d'éviter certaines erreurs qui résultent de la pénétration inégale du liquide et des parties solides dans le tube capillaire.
Au fur et à mesure que ie sang sort de la piqûre du doigt on l'aspire avec la pipette adjointe à l'appareil, jusqu'à ce que la colonne sanguine dépasse le trait marqué 2; puis on souflle dans le tube jusqu'à ce que la colonne sanguine arrive exactement au trait d'affleu-
remeat; le sang chassé en excès est essuyé au fur et à mesure avec une peau de cbamois; cette partie de l'opération doit se faire très rapidement. L'exlrémité "e la pipette est alors placée dans le sérum artificiel e l'on a préalablement déposé dans l'éprouvelte, à
s la grosse pipette, en quantité égale à 500 millimètres cubes ; en soufflant doucement on chasse dans l'éprouvette la colonne sanguine ; pour bien vider la pipette, on aspire et on repousse plusieurs fois de suite un peu de sérum artificiel; à l'aide de la petite palette, on mélange intimement les éléments dans l'éprouvelte. Une goutte du mélange est déposée au milieu de la ^pilule préalablement bien nettoyée, et recouverte de
la lamelle; on réunit avec un peu de salive la lamelle couvre-objet et lacellule. Cette cellule a une hauteur de l/S de millimètre.
Un quadrillé placé dans l'oculaire du microscope permet de déterminer le nombre des globules qui occupent dans la cellule un carré de 1/5 de millimètre de côté. On a donc ainsi ^otis Ips yeux la projection d'un
cube de l/!i de millimètre de c('jté(ng.l9). Les globules ne tardent pas à tomber, par leur propre poids, au fond de la cellule ; il est ainsi facile de mettre au point. On compte Ins éléments contenus dans cinq ou buit carrés; on additi >uneleschiQ'res trouvés, on prend la moyenne, et le nombre obtenu est multiplié par 31 000 ; il reprdsente le nombre de globules contenus dans 1 millimètre cube de sang sur lequel on a expérimenté.
M. Malassez a remplacé la cellule Hayem-Nachet par une chaiiilirc humide graduée. Elle se compose d'une
lame de métal nickelé de même dimension que les porte-objets ordinaires. Elle est percée au milieu par une perforation circulaire, bouchée par un disque de cristal, dont la face supérieure est séparée de son encadrement métallique par une rainure profonde, circulaire, de 1 millimètre environ. En dehors de cette gouttière, la lame métallique est traversée par trois vis placées à égale distance les unes des autres. Leur pointe est dirigée en haut et peut être réglée. En plaçant sur ces vis un couvre-objet plan, on aura un espace à faces parallèles de hauteur connue. La saillie des vis est réglée de manière que leurs pointes dépassent de 1/5 de millimètre la face supérieure du disque micromètre. Celui-ci est quadrillé et porte cent rectangles disposés par rangées de dix. Ils ont 1 /4 de millimètre de long sur 1/5 de large ; leur surface est donc le 1/20® d'un millimètre carré. La hauteur étant de 1/5 de millimètre, chaque prisme ayant pour base un de ces rectangles représentera 1/100 de millimètre cube. Si la dilution a été faite au centième, il suffira d'ajouter quatre zéros au nombre compté pour connaître le nombre de globules que renferme 1 millimètre cube de sang.
Le chiffre normal des globules rouges dans le sang humain est de 5 millions par millimètre cube environ chez l'homme, et de 4 500 000 chez la femme ; le chiffre des globules blancs se trouve, par rapport à celui des globules rouges dans une proportion qui varie de 1 p. 500 à 1 p. 1000.
La numération des hématies permet de reconnaître leur augmentation {polycythémie) ou leur diminution {oligocythémie). La polycythémie est rare ; on l'observe à la suite de déperditions aqueuses : transpirations abondantes, purgations, diarrhée profuse. Le nombre des globules rouges peut s'élever alors à 6 et môme 7 millions. Enfin on peut observer la polycythémie dans la cyanose et à la suite d'un séjour d'altitude. L'oligocy thémie se produit surtout dans l'anémie, que celle-ci soit consécutive à une perte de sang ou à un étal morbide,
Diagnostic, 4« édit. k.
comme le carcinome , la malaria, le mai de Bright, les cachexies; dans les cas graves le chiffre des globules peut descendre à 400 000.
2° Numération des globules blancs. — Gomme ces éléments sont moins nombreux, et répartis irrégulièrement, on les compte dans un plus grand nombre de carrés, en usant du même dispositif; on additionne tous les chiffres trouvés, on prend la moyenne que Ton multiplie par 31000; on obtient le chiffre des leucocytes contenus dans 1 millimètre cube de sang.
Le sang normal contient par millimètre cube 6000 leucocytes, se distinguant en quatre variétés : les lympko^ cytes ou petits leucocytes mononucléaires, possédant un volumineux noyau teint facilement par les couleurs basiques d'aniline; lesmononucléaireSf gros leucocytes à noyau vésiculeux, généralement excentrique (entre les lymphocytes et les gros mononucléaires existe toute une série de termes de transition) ; les polynucléaires neutrephileSy contenant des granulations qui se colorent bien par un mélange neutre de couleur d'aniline ; les polynucléaires éosinophiles, contenant des granulations qui fixent avec énergie les couleurs acides d'aniline, telle l'éosine.
A l'état normal chez l'homme il existe environ 60 p. 100 de polynucléaires neutrophiles, 2 p. 100 de polynucléaires éosinophiles,et 38p. 100 de mononucléaires.
Le chiffre des leucocytes peut être considéré comme accru lorsqu'il dépasse 10000 par millimètre cube, ou lorsqu'il y a plus d'un globule blanc par 400 globules rouges ; si cette augmentation est passagère, il y a leucocytose; si elle est durable et accusée, constituant le symptôme essentiel de la maladie, il y a leucémie; dans la leucémie le chiffre des globules blancs peut arriver quelquefois, par rapport aux globules rouges, dans une proportion de 1 p. 20.
La leucocytose pathologique est des plus banales; on pourrait en distinguer plusieurs variétés, suivant que l'augmentation du chiffre des leucocytes atteint principalement l'une ou l'autre des variétés ; les éosino-
philes,par exemple, sont augmentés dans l'asthme, le pemphiguSyla maladie de Durhing, Ibs helminthiases,etc.
3® Numération des hématoblastes, — L'évaluation des bématoblastes se fait sur des préparations de sang pur ou de sang sec. Gela suffit pour les recherches cliniques ordinaires.
La numération à Thématimètre est bien plus délicate. GhezTadulte on compte, en moyenne, 250000 hématoblastes. A Tétat pathologique ce nombre peut monter à 800000 ou s'abaisser à 50000 ou même à 35 000.
Chromométrie et dosage de rhémoglobine. — La chromométrie renseigne sur l'état chimique du sang, sur sa richesse en hémoglobine ; par son importance, la chromométrie a le pas sur l'hématimétrie ; il est souvent plus important de connaître la quantité d'hémoglobine que le chiffre des globules.
Procédé de M. Hayem. — L'appareil de M. Hayem consiste en une double cellule en verre et une échelle de teintes coloriées. La double cellule est formée par deux anneaux de verre de môme diamètre, à surface extérieure dépolie, collés côte à côte sur une lame de verre; l'échelle est constituée par des rondelles de papier coloriées. Le procédé consiste essentiellement à apprécier la coloration d'une solution sanguine donnée en la plaçant de façon qu'elle soit éclairée par lumière réfléchie ; la solution de sang est alors remplacée par une des teintes de l'échelle. — Les deux cellules sont remplies, à l'aide d'une pipette, de 500 millimètres cubes d'eau distillée ; à l'une des deux ou ajoute de 3 à 10 millimètres cubes du sang à examiner. Audessous de la cellule contenant de l'eau pure, on fait passer successivement des rondelles coloriées de plus en plus foncées : il arrive un moment où une des rondelles possède une coloration équivalente à celle de la solution sanguine ; la teinte de celte rondelle correspond aune solution de sang titrée : le chiffre trouvé exprime en globules sains la richesse globulaire du sang examiné. Supposons, par exemple, qu'on ait pris 6 millimètres
cubes de sang, et qu'on ait obtenu la teinte n^' 4; cette dernière représente une solution faite avec 12189000 globules sains; en d'autres termes, la solution sanguine étudiée contient une quantité d'hémoglobine égale à celle fournie par 12 189 000 globules sains; la richesse globulaire par millimètre cube sera = 2 031 333,
c'est-à-dire que 1 millimètre cube du sang contient autant d'hémoglobine que 2 031 333 globules sains ; ce chiffre '2031333 représente la richesse globulaire; la valeur globulaire est représentée par le chiffre obtenu en divisant le nombre exprimant la richesse globulaire, 2 031333 dans le cas particulier, par le nombre des hématies contenues dans 1 millimètre cube du sang ; dans un grand nombre d'états morbides la valeur globulaire tombe au-dessous de l'unité.
Procédé de M, Hénocque. — L'hématoscope de Hénocque est essentiellement constitué par deux lames de verre de largeur inégale; elles sont superposées de façon que, maintenues en contact à l'une de leurs extrémités, elles s'écartent, à l'autre extrémité, d'une distance de 30/1000 de millimètre, limitant ainsi un espace prismatique capillaire ; la position des lames est assurée au moyen de deux agrafes en laiton nickelé, supportées par la lame de verre inférieure, et formant deux coulisses dans lesquelles la lamelle supérieure est introduite à frottement doux ; une échelle graduée en millimètres est gravée sur la plaque inférieure. Il résulte de cette disposition que si l'on fait arriver du sang entre les deux lames, celui-ci pénètre par capillarité et s'étend en couche d'une épaisseur graduellement progressive : la teinte sera d'autant plus foncée que le sang contient une plus grande quantité d'oxyhémoglobine.
L'hématoscope chargé de sang est superposé à une plaque d'émail blanc, de la dimension de la lame de verre inférieure : sur cette lame d'émail sont gravés des lettres, des chiffres, et des divisions en millimètres; il est évident qu'on lira d'autant plus de lettres et de
chiffres que le sang sera moins chargé de matières colorantes ; Téchelle de chiffres est établie de façon que les chiffres correspondent à des quantités d*oxyhémoglobine déterminées, et le dernier chiffre lu distinctement indique la quantité d'oxyhémoglobinc contenue dans 100 grammes de sang ; avec du sang bien oxygéné et normal on lit les chiffres 14 ou 15. — Il faut examiner les plaques superposées, au grand jour.
L'hématimétrie jointe à la chromométrie permet d'évaluer Tintensité d'une anémie : les anémies, à ce point de vue, sont divisées en quatre degrés (Hayem).
Dans V anémie légère ^ il existe une diminution de la richesse globulaire R, qui devient égale à 3 ou 4 millions ; le nombre des hématies N est de 3 à 5 millions ; la valeur globulaire G, rapport des deux quantités précédentes, peut descendre jusqu'à 0,65.
Dans Vanémie moyenne, R varie de 2 à 3 millions ; N est de 5 à 3 millions; G est aux environs de 0,50.
Dans Vanémie intense, R est de 2 millions à 800 000 ; N est de 4 millions à 800 000 ; G peut descendre à 0,40.
Dans Vanémie <xtréme,B. ne dépasse pas 800 000 ; N ne va pas au-dessus de 800 000 ; G se rapproche de l'unité (0,90) ou la dépasse (1,70).
Examen de Taspect du sang. — Dans plusieurs circonstances le sang doit être examiné à l'œil nu. A l'état normal, le sang artériel est d'un beau rouge vermeil ; le sang veineux est rouge bleuâtre ; dans la stase veineuse, l'asphyxie, la cyanose, le sang est rouge noir, la peau est violacée ; dans l'anémie profonde, dans l'hydrémie, le sang est d'un rose pâle, la peau est d'un Ijlanc cireux; dans la leucémie, le sang est rouge sale ou couleur chocolat, et semble mélangé à du lait; la peau est d'un blanc grisâtre; dans l'empoisonnement par l'oxyde de carbone, le sang est rouge-cerise, la peau est d'un rose vif; dans l'empoisonnement par les substances méthémoglobinisantes, telles que les chlorates, lenitrite d'amyle, la coloration est brun-sépia; le sang a une couleur brun noir sale dans la raélanémie de
la fièvre paludéenne grave; dans Fempoisonnement par le chlorure de potassium et Taniline, le sang a une couleur chocolat.
Spectroscopie. — La description et le mode de maniement du spectroscope appartiennent aux ouvrages de physique : nous n*y insisterons pas. La spectroscopie sert surtout à déceler certaines altérations de Thémoglobine oxycarbonée (intoxication par Foxyde de carbone), et la méthémoglobine (empoisonnement par le chlorure de potassium, le nitrite d'amyle, les morilles).
Les bandes d'absorption de l'hémoglobine oxycarbonée diffèrent des bandes de Toxyliémoglobine parce qu'elles sont un peu déplacées vers le violet, et surtout parce qu'elles résistent à l'action des agents réducteurs de l'oxyhémoglobine (sulfhydrate d'ammoniaque).
La méthémoglobine, en solution alcaline, donne naissance à trois bandes, l'une entre les raies G et D, les deux autres entre les raies D et E ; après addition de sulfhydrate d'ammoniaque, le spectre de la méthémoglobine se change en celui de l'oxyhémoglobine (deux bandes entre les lignes D et E).
£tude du processus de coagulation. — Le processus de coagulation doit être étudié sur des préparations de san^ humide.
La préparation est faite à l'aide d'une cellule spéciale, cellule à rigole^ composée d'une lame- épaisse sur laquelle est isolée, par une rigole circulaire, un petit disque de 3 millimètres de diamètre ; une gouttelette de sang est déposée au centre du disque, puis recouverte d'une lamelle unie ; préalablement le bord externe de la rigole a été enduit de vaseline.
Dans les préparations de sang normal, au bout de dix à quinze minutes, à la température de 18°, se forment des filaments fibrineux fibrillaires épars, ou des treillis très fins, qui demeurent presque totalement invisibles.
Dans certains cas pathologiques, la formation du réticulum fibrineux est retardée, et les fibrilles qui le
composent sont plus nombreuses et plus épaisses ; ces faits, joints à une leucocytose relative, caractérisent le sang phlegmasique. Le type phlegmasique du sang, type complet ou atténué, se voit dans la pneumonie franche, le ihumatisme articulaire aigu, les pleurésies, les suppurations aiguës, les angines aiguës ; il manque dans la fièvre typhoïde, la fièvre intermittente, la tuberculose aiguë, la chlorose fébrile ; lorsque les caractères phlegmasiques du sang apparaissent dans les états où ils font habituellement défaut, il y a lieu de songer à rintercurrence d'une complication.
Examen du sérum. — L'étude chimique du sérum est pleine d'intérêt, mais irréalisable en clinique. Pratiquement Texamen du sérum peut cependant donner quelques renseignements.
Dans une éprouvette de 3 centimètres, stérilisée, on recueille environ 2 centimètres cubes de sang obtenu par piqûre avec une lancette de la pulpe du doigt soigneusement lavé ; réprouvette est placée dans la glace ou gardée dans une chambre fraîche en hiver ; au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures, le caillot est rétracté et le sérum séparé peut être recueilli pour l'examen.
Le sérum normal est d'un jaune verdâtre très clair; dans l'ictère il devient d'un jaune vert foncé caractéristique et rouge-rubis dans l'hémoglobinémie.
L'hémoglobinémie (dans l'hémoglobinurie par exemple) peut être diagnostiquée par la couleur du sérum dans les cas intenses ou par ses caractères spectroscopiques dans les cas plus légers ; on obtient alors les deux bandes d'absorption de l'oxyhémoglobine. Dans l'ictère, le réactif de Gmelin permet de déceler dans le sérum la présence des acides biliaires.
L'urobilinémie laisse au sérum sa teinte normale, même dans les cas d'urobilinurie intense; elle se diagnostique à l'aide du spectroscope : la bande de l'urobiline se trouve vers la limite gauche du bleu ; Furobilinémie se rencontre dans les cas de destruction
exagérée des hématies on dans Tinsuffisance fonctionnelle du foie.
La présence en proportion exagérée d'acide urique dans le sérum ou dans la sérosité d'un vésicatoire (uricémie de la goutte), se reconnut par le procédé du fil (Garrod) ; dans un mélange de 3 centimètres cubes de sérum et de II ou III gouttes d'acide acétique dilué, placé dans un verre de montre, on immerge un fil de coton ; au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures, le fil est recouvert de cristaux d'acide urique rappelant l'aspect du sucre candi ; Fexamen microscopique ou la réaction de la murexide permettent de la reconnaître exactement.
Examen histologiqne du sang et recherche des éléments anormaux. — i^ Recherche d'éléments parasitâmes ou de granulations organiques. — La* recherche des éléments parasitaires dans le sang se fait par les procédés que nous avons indiqués dans un chapitre précédent.
Le sang destiné à cette recherche doit toujours être recueilli aseptiquement ; il peut provenir soit d'une piqûre faite à la pulpe du doigt, à l'aide d'une aiguille ou d'un vaccinoslyle, soit d'une ponction aspiratrice pratiquée à l'aide d'une seringue stérilisable dans une des veines superficielles du pli du coude.
La découverte dans le sang de la filaire (ûlariose), de l'hématozoaire de Laveran (paludisme), des spirilles d'Obermeier (flèvre récurrente), de la bactéridie charbonneuse (période des phénomènes généraux du charbon), du bacille de Koch (tuberculose granulique aiguë), du pneumocoque, du streptocoque, du staphylocoque (infections généralisées, etc.), permet dans des cas douteux d'arriver à un diagnostic sûr; certains microbes ne se rencontrent jamais dans le sang, tel le bacille de la diphtérie ; d'autres n'y ont été trouvés que rarement, tel le bacille typhique.
Le sang charrie dans la mélanose et dans l'impaludisme des granulations mélaniques, sous forme de fines
particules noirâtres arrondies ou irrégulières, insolubles dans les acides forts.
Dans le cas de tumeurs mélaniques, la présence dans le sang des granulations noires est Findice de la généralisation de la néoplasie ; dans le paludisme, le pigment méianique n'apparaît qu'au cours des accès fébriles aigus graves; il disparait après les accès; dans rimpaludisme chronique, il se montre à l'occasion des recrudescences aiguës.
Dans le diabète, l'alcoolisme, la chylurie, les granu^ latioM graisseuses peuvent augmenter d'une façon considérable.
Le sang peut également renfermer des cellules néoplasiques, des cristaux (cristaux de Charcot).
2® Recherche des modifications dans les éléments figurés du sang. Préparation du sang sec, — Pour faire une préparation de sang sec on recueille une goutte de sang sur une lame de verre; on l'étalé rapidement avec une baguette de verre, puis on la dessèche en imprimant à la lame un mouvement rapide de va-etvient. Ainsi desséché, le sang peut être coloré ; à l'état normal les hématies se colorent sous l'action des colorants acides (éosine), les noyaux des leucocytes se colorent sous l'influence des colorants basiques (violet de méthyle, safranine); leurs granulations protoplasmiques se colorent sous l'influence des réactifs neutres ; normalement on rencontre rarement dans le sang des leucocytes dont les granulations prennent les couleurs acides, telles que l'éosine: ce sont les leucocytes éosinophiles.
Examen des hématies, — Les hématies, à l'état physiologique, ont de 6[i,5 à 8{x,5 ; dans les cas où existe de Voligocythémie (anémies graves dans les hémorragies, cachexie cancéreuse, saturnine, tuberculeuse, chlorose grave, etc.), on peut voir s'accumuler des globules naîjiSy ou des globules géants de iO à 12 [i.
Les hématies nucléées se rencontrent dans le sang au cours de la leucémie, des anémies extrêmes; leur
58 PROCÉDÉS D'INVESTIGATION ET D'EXPLORâTION.
présence annonce une issae fatale à brève échéance.
Dans les mêmes conditions d'anémie profonde, on peut observer des poikiiocyteSj hématies déformées, ovalaires, pisiformes ou irrégulières.
Il faut éviter de considérer comme pathologiques, des déformations qui résultent de vices de préparation, tel Fétat mûriforme, crénelé, fragmenté.
Dans les cachexies, la viscosité des hématies augmente; les piles, au lieu de former des îlots disséminés, se réunissent en une masse commune.
Examen des leucocytes. — Les préparations de sang sec permettent de reconnaître à elles seules si un malade est atteint de leucémie et de déterminer à quelle type cette leucémie appartient.
Au point de vue hénatologique, on doit, distiguer deux formes de leucémie : 1® la leucémie lymphatique, où avec rhypertrophie ganglionnaire pour éviter Fhyportrophie de la rate et du foie, et dans laquelle prédominent dans le sang les lymphocytes; 2° la leucémie myélogène, où peut exister ainsi Thypertrophie du ganglionnaire; et dans laquelle s'accumulent surtout dans le sang les leucocytes polynucléaires.
Dans la leucémie, les leucocytes éosinophiles deviennent très abondants, les éléments b<isophiles sont communs, tandis qu'à l'état normal les granulations leucocytiques sont essentiellement neutrophiles.
Enfin, dans la leucémie, on peut observer l'infiltra* tion hémoglobique ou la dégénérescence hyaline des éléments.